Quelques miettes de nous

Je ne sais pas vous mais moi, au soir d’un samedi rempli d’amitié, je laisse parfois la table à peine rangée avant d’aller me coucher.  Non pas seulement parce que l’heure avancée invite au sommeil mais plutôt pour garder, encore quelques heures, tout ce qu’on a partagé.
Et au matin, j’aime regarder nos places proches, nos verres qui se sont croisés, nos chaises même, oui, les chaises un peu retirées de la table qui rappellent que nous étions là, bien là, assis ensemble.  Et je termine le rangement, tranquillement, reposée, souriante.

Ce matin, j’ai ramassé les deux ou trois bricoles que j’avais laissées, j’ai regardé les plis de la nappe qui souriait encore puis j’ai posé ma main juste dessus.
J’ai laissé filer les miettes qui traînaient  jusqu’au creux de mon autre main. Au versant de ma paume, nos restes de pain comme on laisse nos restes de mots, quelques miettes de nous que j’ai déposées sur le rebord de ma fenêtre.

Je ne sais pas vous mais moi, au matin d’un dimanche rempli d’une soirée d’amitié, je garde, à chaque fois, ces petites miettes de nous.
Je n’en oublie aucune.
Je n’en perds pas une miette.
C’est pas grand chose, mais de c’est de ça que nous sommes faits.
C’est pas grand chose, les mésanges matinales s’en régalent ou bien  le vent les emporte en un souffle.
Mais on garde au coeur ces moments qui ne sont rien d’autre que les instants retenus au temps qui file, au temps qui court, au temps qui passe

Des miettes de nous qui nous gardent vivants.
A chaque fois, un petit peu de Dieu en somme.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *