Ils me parlent de Dieu en grand

C’est en rentrant ce soir que j’ai repensé à ce moment. C’est étrange les souvenirs, même très récents, parfois ça se planque dans un coin de la tête, on croit que c’est oublié et il suffit d’un mot, d’un regard, d’un paysage pour que ça revienne. La petite madeleine, c’est vrai, juste vrai.

Il y avait un sms avec Joseph écrit en majuscules. C’est pour ça.
J’ai repensé à ce petit  Josef tout minuscule.

Je ne sais pas si ça s’écrit comme ça son prénom en irakien. Je ne lui ai pas demandé comment s’écrivait son prénom. J’ai compris seulement qu’il s’appelait ‘iosef’, c’est avec un « i » plus qu’un « j » que le jeune Rami m’a présenté le petit garçon.
C’était dimanche. Il y a des dimanches où je me retrouve avec des petits à raconter l’évangile du jour, avec mes mots et ceux de Colette, avec des dessins parfois. Souvent, on s’assoit sur un tapis tranquille, on allume une bougie et je lis la Bible. Avec les vrais mots. Et puis on raconte aussi.
On est bien. On est toujours bien.
On appelle ça la liturgie des petits, ça laisse papa et maman un peu au calme certains dimanches, le temps de l’homélie et de la prière, on les rejoint après.

J’aime beaucoup ce moment.
Je crois que leurs mots de tout-petits me parlent de Dieu en grand.

Certains dimanches, ils sont nombreux, très nombreux; d’autres dimanches moins que les doigts d’une main. On s’en fiche un peu. On est là.
Dimanche, ils étaient seulement quatre: Anne, Matthieu, Rami et Josef.
Rami est le petit garçon d’un couple de migrants arrivés il y a deux ans. Il a 6 ans. Josef est là depuis 15 jours seulement. Il a le même âge.

– Mais tu sais Josef il parle pas français alors je vais traduire les mots en arabe.
Rami, il faut que je vous dise, il a deux yeux qui pétillent, noirs comme l’ébène, et un sourire… Rami,  il sourit tout le temps.
Josef s’est assis à côté de lui, son visage doux de petit enfant qui attend, en silence, qui regarde, attentif. J’ai aimé qu’il s’appelle Josef. Je me suis dit que ça lui allait drôlement bien.
Et on a raconté le chemin.
On a raconté la vie.
On a parlé de vérité un peu.
Et de Jésus.
Rami traduisait, doucement. Et souriait.
Au moment de rejoindre l’église, j’ai demandé à Rami si tout allait bien pour Josef.
Il lui a demandé en arabe.
Leurs voix étaient douces. J’aime bien entendre des enfants parler. On dirait qu’ils chantent.
Dans un sourire, Rami m’a dit que oui il était content.
Et puis ils ont répété des mots plusieurs fois, dans leur langue. Tous les deux.
Josef s’est retourné alors et m’a dit « merci ». J’ai compris. Le mot n’était pas hésitant.
Rami a souri encore, il sourit tout le temps.
– Tu vois je lui ai appris un mot. Il m’a demandé comment on dit merci.

Merci.
Je crois que leurs mots de tout-petits me parlent de Dieu en grand.

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