Ils quittent la maison

Je me souviens encore très bien de leurs inscriptions en maternelle. Il n’y a pas de nostalgie, aucune tristesse. Je me souviens de ce temps avec de la tendresse, seulement.

Il y avait toute la bienveillance d’une directrice face à deux jeunes parents (un peu) très inquiets mais aussi la condition sine qua non du quand il/elle sera propre. Je souris en y repensant et en me rappelant les étés d’avant, à chaque fois, à mettre nos bambins en petit maillot pour leur « apprendre la propreté » comme le leitmotiv de ce qui devait être un incontournable du devenir-de-bons-parents.
Ensuite tout a continué.
Nous nous sommes demandés souvent si nous étions des « bons parents ». Surtout moi, je crois, comme un truc à ne pas rater, sous aucun prétexte. Mais très vite, j’ai su, nous avons su, que le « parfait » en ce domaine n’existe jamais et qu’il n’y avait qu’un seul mot important finalement. S’aimer. Les aimer.
Les aimer avec leurs différences, et surtout avec ce qui nous agace, avec ce qui nous déplaît, avec ce qu’on pense être des défauts et qui n’en sont pas, avec leurs faiblesses, avec leurs fragilités. Les aimer avec ce qui nous rend heureux, fiers. Les aimer avec ce qui nous fait sourire, rire et rire encore aux éclats. Les aimer.
Alors tout a continué et nous les avons aimés.

Je me souviens encore très bien d’un soir au bord de l’océan. Ils étaient petits et ils s’étaient endormis très vite au retour d’une plage fatiguée et de châteaux de sable à faire rêver des rois et des reines. Nous, nous étions restés là, à regarder l’horizon. Il m’avait dit « tu te rends compte quand ils auront 20 ans… », laissant en suspens l’avenir et comme si leurs âges, un jour, les réuniraient en un seul. On avait souri en n’osant pas imaginer ce qu’ils seraient. On s’en fichait. Ils seront heureux.

 

On y est. Ils ont 20 ans. 22, 20 et bientôt 18. Ils ont 20 ans comme si cet âge les réunissait en un seul.
Ils quittent la maison.

Je me souviens encore très bien de leurs inscriptions en maternelle. Le matin de la rentrée, ils arboraient fièrement leurs petits cartables neufs.
Au soir de la première journée, ouvrant un des trois cartables- celui de mon aînée – j’y ai trouvé une petite cuillère, un de mes stylos et un coquillage, un de ceux que je gardais dans une coupelle sur la petite table du salon. Lui demandant le pourquoi de ces trésors hétéroclites trouvés au fond d’une pochette, elle m’avait répondu « c’est pour avoir un peu la maison avec moi. »

On y est. Ils ont 20 ans. Ils quittent la maison.
Pas vraiment. Pas tout à fait.
Je crois qu’ils emportent un peu d’elle avec eux.

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