Par la fenêtre (1)

Par la fenêtre de l’ordinaire

 

Quand recommence l’Avent, il y a toujours ce petit espace où se glissent les souvenirs des Noëls de mon enfance. Jamais ils ne me plongent dans la nostalgie triste d’un temps perdu, oh non, au contraire, ils sont de ces souvenirs qui donnent à l’aujourd’hui une vraie joie, une douceur aussi parfois, un sens sûrement.

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Petite, il n’y avait pas de fenêtres à ouvrir chaque matin sur un chocolat ou sur un trésor de mots doux.
Ce n’était ni mieux ni moins bien, c’était ainsi.
C’était chaque soir qu’il y avait un rendez-vous avec un morceau de Sa vie. C’était son affaire à lui. Il ouvrait à la fin du repas un gros livre que je ne connaissais pas encore, dans le tout simple de la cuisine, sur la toile cirée. Du revers de sa grande main, il repoussait les miettes du repas et commençait à lire. Je crois qu’il tenait à la simplicité de l’endroit.
Et à l’ordinaire du moment, il ajoutait l’extraordinaire d’une Vie.
Et c’est cela dont je me souviens le mieux.
L’ordinaire de chaque chose de ce temps.

 

Le premier dimanche, une fois notre crèche terminée, on partait chez le vieux Jean installer la sienne parce que c’est Nine qui la faisait et depuis qu’elle est partie, il n’est pas fichu de sortir les santons de son carton le pauvre Jean. J’ai appris que la mort faisait mal à l’ordinaire du temps mais qu’on pouvait y déposer un peu de douceur.
Fenêtre ouverte sur nos peines.
Les dimanches suivants, une fois nos fenêtres et nos portes guirlandées de lumière, elle m’apprenait les sablés à la cannelle ou les boules en papier doré. Elle m’apprenait surtout que partagés avec la drôle de Fanette, les sablés étaient bien meilleurs. Et que les boules accrochées aux fenêtres du vieux Paul nous donnaient à voir bien plus de joli.
Fenêtre ouverte sur les voisins qui ne me disaient rien.
Le reste de la semaine rien ne changeait vraiment. L’école et les leçons. Le froid et le vent.
Et l’attente d’une veillée et d’un jour que je rêvais, petite fille, un peu plus extraordinaire.

J’ai compris beaucoup plus tard que l’extraordinaire était déjà là, dans l’ordinaire des gestes d’amitié et d’amour.

 

Et ce matin, en ouvrant les fenêtres de ma maison, j’ai bien envie d’y regarder le beau de cet ordinaire.
D’y prendre garde.
D’y veiller.
Le jour qui se lève, le voisin qui sort son chien et qui me souhaite un bon dimanche sans vraiment savoir combien ce dimanche compte pour moi, leur sommeil de grands comme des enfants qui rêvent encore et que je garde au chaud, l’écran qui s’allume sur un monde où les petits riens dessinent des sourires, le café qui donne le goût de vivre, la Bible et son clin Dieu sur un mot d’ami partagé.

Par ma fenêtre ouverte, Il me rappelle de veiller à l’ordinaire de nos vies.
Parce que c’est là qu’Il nous attend.

Demain et les jours d’après, se croiseront à mes fenêtres celles d’amis lecteurs et lectrices pour que par nos fenêtres nos regards se partagent.
Belle entrée en Avent !
Corine

1 commentaire sur “Par la fenêtre (1)

  1. Veiller… Par la fenêtre, ici ou ailleurs, dans nos coeurs et au pied de chez soi…
    Veiller et accueillir toutes les petites étincelles qui peuvent faire de nos coeurs un brasier de Son Amour ! 😉

    Très belle entrée en Avent !

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