Par la fenêtre (3)

Par la fenêtre de l’imprévu

L’heure était imprévue. Mais peut-être bien que Dieu aime l’imprévu.

Le lundi a commencé très vite, trop vite, et il a continué à enchaîner les cours, les rendez-vous et deux conseils de classe, un début décembre habituel où le brouillard d’un matin qui peine à se réveiller s’attache à un soir déjà nuit sans qu’on ait vu le jour, ou presque.
Et sur la route de ce lundi-là, je me demandais où était l’Avent. Foutu le camp ?

C’est drôle parce que moi ça me fait toujours ça le premier dimanche. Je crois toujours que la vie va être un peu plus jolie autour parce que Noël est au bout du chemin. On aime à me qualifier de naïve ou de rêveuse. Mais, on m’aime assez pour me sourire.
Tu sais, j’entends bien quelques soupirs. Désabusés.

Jésus, c’est pas le gars à la potion magique.
Et la vie elle continue pareille, ça change rien.

Ils ont raison sans doute, même que dimanche soir, les mauvaises nouvelles de la journée m’ont bien fait comprendre que rien ne serait changé. Dès fois que je n’aurais pas compris. Sandrine et ses galères, Zoé et sa maladie. Et là, si tu savais comme j’ai toujours envie d’être grossière.
Je suis partie lundi matin avec cette impression d’avancer de travers.

Pourtant j’aurais dû m’en douter. Noël avait commencé à prendre ses quartiers.
La crèche dans l’entrée du collège m’a dit bonjour, les guirlandes de leurs mots d’Avent m’ont invitée à sourire encore, les cours et ce projet  qui avait mis des heures à se préparer fonctionnait presque en claquant des doigts c’est fou, la pause du midi, le p’tit café partagé, les bons mots, ceux qui font rire, et puis ceux qui font juste du bien comme une poignée de main, tu sais, quand quelqu’un prend ta paume d’une main et qu’il pose son autre main juste dessus doucement, pour garder un peu plus longtemps le doux de l’échange. Et toi, pendant ce temps-là, tu réussis à mettre dans un coin de ta tête ce qui ne tourne pas rond autour.

Jésus c’est pas le gars à la potion magique.
Et la vie elle continue pareille, ça change rien.

La route du retour fatiguée, tu repenses à Sandrine et Zoé comme si elles étaient restées là, sur le siège d’à côté à t’attendre pendant que tu essayais de sourire au reste de ta journée. Rien n’est changé.
Si pourtant. Peut-être.
Tu le sais que Jésus c’est pas un gars qui claque des doigts comme ça mais, dans ta vie, la magie, grâce à Lui, tu en mets parfois. Non, pas de la magie, du simplement joli. Dans le Noël du collège qui se prépare, dans tes cours, un peu autour.
Alors tu souris. Quand même.

 

 L’heure était imprévue.

20H30. Tu ne sais plus très bien ce qui t’a poussée à t’arrêter un peu plus loin que la maison avant de rentrer. Il est tard. Tant pis.
C’est moi qui frappe à sa porte ce soir.
Tous ses enfants sont assis autour de la table.
Ils mangent.
Le sourire de Sandrine. « Tout va bien ». Pudique. Sans rien qui n’ajoute au doux du moment.
Petit porte entrouverte sur un inattendu qui réchauffe.

Le dîner, le bureau, les mails. P’tite pause de mots d’Avent en sms pour mes enfants. Des cours pour demain, encore. Dans une heure, courage, savoir que ce bon roman m’attend.
Pour oublier que rien ne change complètement.

21h27. Le petit écran s’allume, une réponse des enfants sans doute, le cours reste en suspens. Regard machinal vers la petite fenêtre d’un téléphone.
Le SMS d’Anne-Cécile qui écrit un « Elle va bien. » Pudique. Sans rien qui n’ajoute au beau de la nouvelle. Zoé est sortie des soins intensifs, je pourrai la voir un peu dans mon mercredi.
Petite fenêtre sur un inattendu qui fait battre mon coeur.

Et la vie continue, pareille.
Sans potion magique mais avec des imprévus d’amour.
Les imprévus de Dieu.

 

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