Stop ou encore

C’est drôle la mémoire, c’est étrange les souvenirs.
Tu sais, ça part de rien, d’un goût, d’un parfum, l’ami Proust et sa madeleine, ça revient sur une photographie ou sur un mot. Et parfois ça aime bien la musique.
Ma mémoire aime bien les chansons.
Ma mémoire aime beaucoup les chansons.
Et ça file en aiguilles, ça défile sans que rien ne puisse s’arrêter.

On roulait vers la fête d’un anniversaire quand la radio nous a annoncé la mort de France Gall. Je ne crois pas être une fille fan de. Même si les chanteurs de variété française ont toujours accompagné ma vie et que j’ai une vraie tendresse pour eux, elles, leurs chansons surtout. Petite, il y a eu un « radio-cassette » seulement pour ses cassettes de Piaf posé sur le buffet de la cuisine qu’elle écoutait quand il pleuvait pour mettre du soleil en chantant. Et comme il pleuvait assez souvent, il y a eu beaucoup de soleil dans cette cuisine. Il y avait un tourne-disque noir et argent dans son bureau où il déposait précieusement ses 33 tours de Brel ou de Brassens. Il parlait d’un « diamant » fragile qui faisait vibrer les voix de ses poètes préférés. Ensuite il y a eu un mange-disque orange sur lequel j’ai fait danser le Big Bazar de Michel Fugain parfois tout au fond du jardin parce que je leur cassais un peu les oreilles. Enfin une chaîne hifi payée avec un petit boulot d’été à trier des enveloppes. MA fierté. Mais là, leurs murs ont commencé à trembler un peu.

Et il y avait une petite radio rouge et noire que j’ai trimbalée sous la tente les premiers étés de vacances.
Je me souviens d’un coin de France un peu trop chaud pour moi où les parents d’une amie m’avait emmenée et d’une émission de radio. Je crois que c’était sur RTL et ça s’appelait « stop ou encore ». Un principe des plus simples. Il paraît que des auditeurs appelaient un numéro et disaient stop ou encore aux chansons d’un tel ou d’une telle.
Je me souviens d’un coin de France un peu trop chaud, de la copine brûlée par des coups de soleil et coincées toutes les deux à l’ombre pour lire. En attendant que la Biafine fasse un peu d’effet.
Je me souviens surtout que j’étais drôlement bien là à bouquiner et à écouter un « stop ou encore » sur France Gall.
C’est drôle la mémoire parce que sans le soleil trop chaud, sans le dos de Nathalie rouge écrevisse, sans la petite radio rouge aussi et noire et cette émission, je n’aurais peut-être jamais aimé France Gall.
Parce que l’émission a toujours dit « encore » et que les tubes de la jolie blonde ont défilé les uns après les autres.
J’avais 14 ans et elle donnait tout pour la musique. Je la trouvais nouvelle. Et en vrai, je ne connaissais que des chanteurs ou des vieilles chanteuses. Je la trouvais jolie et nouvelle.

En rentrant de cet été-là, ils ont découvert les 45 tours de la blondinette que mes économies ont osé acheter et sur ma petite radio les « stop ou encore » que je leur faisais partager le samedi ou le dimanche matins je ne sais plus très bien.

C’est drôle la mémoire, c’est étrange les souvenirs.
Ça part de rien, d’un goût, d’un parfum, l’ami Proust et sa madeleine, ça revient sur une photographie ou sur un mot. Et parfois ça aime bien la musique.
Ma mémoire aime bien les chansons.
Ma mémoire aime beaucoup les chansons.
Et ça file en aiguilles, ça défile sans que rien ne puisse l’arrêter.

Il y a une dernière chose qui est restée avec cet été-là, France Gall et surtout avec le « stop ou encore ». De fil en aiguille, la mémoire a ouvert ce souvenir.

Son petit sourire amusé à me regarder grandir, devenir jeune fille et me dire en préparant une jolie idée de sa catéchèse pour la rentrée de ses écoliers qu’elle retrouvait en ce début de septembre qui arrivait.
– Je t’ai emprunté (j’ai failli écrire « piqué » mais elle disait « emprunté » et c’était drôlement joli)…je t’ai emprunté ton émission; je viens de faire « un stop ou encore »…
J’ai coupé court.
– Sur France Gall !!!!
– Non, sur Jésus dans ma vie. Mais c’est joli aussi.
On a éclaté de rire. J’entends encore son rire.

Je l’ai encore le jeu.
Un jour prochain, je viendrai te le raconter, tu verras c’est vraiment joli.

Mais là, stop. Il y a encore des cours à revoir pour demain.
Et les souvenirs de fil en aiguilles…  STOP.   😉

 

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4 réflexions au sujet de « Stop ou encore »

  1. Dimanche soir, pas trop envie de reprendre parce que tout va être encore très compliqué à gérer et venir te lire. Tu fais du bien et tu fais du bien tout le temps. Tu redonnes le sourire, à mercredi Corine, Zoé t’attendra avec une histoire, peut-être à raconter, mais chut, je ne dis rien. Anne-Cé

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