J’ai pas fait gaffe

J’ai pas fait gaffe.

Le nez dans le guidon, la tête à fond dans la reprise, je ne l’ai pas vu arrivé.
Les guirlandes et les étoiles restées suspendues aux murs de ma classe, leurs yeux encore enfants brillants d’un peu de trop, j’ai oublié qu’il était là.
Le p’tit Jésus vite déposé dans la crèche avant la sonnerie et c’était déjà reparti.
J’ai pas fait gaffe.
Depuis deux jours il est bien là pourtant.
Le temps ordinaire est revenu, l’ordinaire que j’aime tant.

L’ordinaire d’un lundi matin à s’embrasser sur les joues on s’en fiche de la grippe on s’est souhaité du bon temps ensemble et des projets qui les feront sourire et nous avec dans ce p’tit collège de rien qu’on aime plus que tout.
L’ordinaire d’un lundi qui commence avec sa place vide comme chaque lundi matin ou presque. Parce que personne n’est là pour l’aimer à la hauteur de ses 11 ans et de ses rêves d’enfant. Le coup de téléphone ordinaire pour la réveiller, lui dire que le collège c’est pas facultatif, qu’on l’attend. Et lui souhaiter du vraiment mieux comme un voeu tout ordinaire qu’on croit encore possible ici, que je crois vraiment possible ici.
L’ordinaire.
L’ordinaire des cours qui s’enchaînent et qui accrochent à chacune de mes heures un peu plus de joli à la vie.
L’ordinaire du jour d’après.
J’ai pas fait gaffe.

Et c’est en rentrant ce soir.
Il faisait presque nuit, il faisait pluie. A la sortie du collège, mes phares l’ont reconnue et se sont arrêtés pour la saluer.
Jeanne sortait d’une visite à la maison de retraite.
Quel temps de chien, ça fait longtemps, tu es jolie comme ça, la galette des rois avec les anciens, les fêtes alors c’était bien et ta famille et tes enfants et le collège ça va toujours et.
Jeanne a posé dix questions en deux minutes du trajet pour la déposer chez elle à l’abri.
Et rentre donc cinq minutes, j’ai de la galette.

Je n’ai pas résisté à son sourire gourmand, au temps offert, aux souvenirs de celle qui m’a appris à « faire du caté ».
J’ai pas fait gaffe. Et c’est Jeanne qui me l’a rappelé.
– J’arrive pas à enlever ma crèche. Tous les ans c’est pareil, non c’est pire, ce fichu temps ordinaire m’invite à une seule chose: continuer à vouloir vivre Noël. C’est un temps bien plus extraordinaire après en fait tu sais, quand on a déposé son Amour au fond de nous, encore une fois.

J’ai pas fait gaffe.
Jeanne a raison.
L’ordinaire avec le goût des habitudes que j’aime tant a fait danser ses mots sur la route du retour. La nuit, la pluie et la vie.

La vie à aimer dans l’extraordinaire simplicité des jours.
Faut que j’y fasse gaffe. 😉

 

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5 réflexions au sujet de « J’ai pas fait gaffe »

  1. « Personne n’est là pour l’aimer à la hauteur de ses 11 ans et de ses rêves d’enfant ». Si. Il y a toi, et tou•te•s les autres, qui lui rappellent qu’iel compte pour quelqu’un•e.

    « C’était un professeur, un simple professeur, qui pensait que savoir était un grand trésor… Que tous les moins que rien n’avaient pour s’en sortir que l’école et le droit qu’a chacun de s’instruire… »

    Merci de faire vivre cet ordinaire et de changer la vie ! 😉

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    1. @Tigreek: ah bah là si tu mets du Jean-Jacques dedans, tu m’prends par les sentiments. 😉 <3

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