P’tite prière… dans un mouchoir de poche

Une idée me venait. Ou le truc qu’il faudrait absolument faire. Ou encore la chose à demander en rentrant.
Je sortais un mouchoir de ma poche et d’un coup de main rapide et plutôt habile, je faisais un p’tit noeud dans un des quatre coins.
Pense-bête pas si bête, retrouver le noeud du mouchoir suffisait à me souvenir de la belle idée, à ne pas manquer ce qu’il fallait faire, à ne pas oublier de poser la bonne question.

J’avais enfoui ça dans un coin de mémoire comme au fond de ma poche quand en début de semaine dernière, je suis allée faire un tour chez ma copine Isa et ses petits – enfin non, ses grands – de dernière année de maternelle. Projet nouveau d’atelier d’écriture, futurs échanges avec mes collégiens, on avait des idées à partager et des conseils à se donner.
Midi à déjeuner dans sa classe, assises sur les toutes petites chaises rouges, au beau milieu des crayons de couleurs, d’une caisse à doudous endormis et de lettres d’un alphabet en pâte à sel. Ça sentait bon l’enfance mais pas seulement.
Ça sentait la vie en vrai aussi.
Au retour de la cantine, trois petits, qui ne font plus la sieste parce que déjà un peu grands, sont venus s’installer pas très loin de nous deux pour jouer. Tranquilles. Habitués à faire des puzzles en attendant les copains de la classe, sans doute un peu fiers d’être déjà parmi les grands qui ne dorment plus l’après-midi. Nous, on a continué à papoter avant que la sonnerie ne retentisse. De choses et d’autres, et peut-être un peu plus des bruits d’un monde qu’on trouve compliqué et qu’on trouvait trop bruyant cette semaine. Nantaise d’origine, elle m’a raconté sa ville. On essayait d’entendre et de comprendre. Catholique en questionnement dans son église, elle m’a parlé de sa vie. J’ai essayé d’entendre et de comprendre. Et on a continué sur tous les bruits d’un monde, ceux que toutes les deux on a du mal à entendre et à comprendre.
On était bien quand même.
C’est toujours bien les partages.
Il y avait tout autour l’odeur des peintures d’enfants, des couleurs données à leur vie,  quelques voix très sages qui jouaient juste à côté et nos cafés qu’on sirotait, doucement.
Et les bruits qu’on se racontait encore et encore. De ce qu’on pouvait y faire.
– Faire, faire, faire…Parfois j’oublie de prier je crois à force de faire… j’oublie que nos prières peuvent poser du silence dans tous ces bruits et du bon et du bien… Peut-être que je n’y crois pas assez tu sais…
J’ai trouvé qu’elle parlait bien, qu’elle disait vrai Isa. Et j’ai ajouté:
– Oh moi aussi… j’oublie de prier, de prier vraiment. Je fais peut-être semblant seulement…

 

– Mais il faut que tu fais un noeud à ton mouchoir.

 

J’ai dû parler un peu plus fort ou bien il est passé tout près Tom, parce qu’il a entendu ma phrase et il l’a répétée:

– Il faut que tu fais un noeud comme ça, si tu veux pas oublier de prier vraiment.

Il a sorti un grand mouchoir de sa poche à l’allure d’un doudou et de ses petits doigts déjà habiles, il a réussi à faire un noeud dans un des quatre coins.

– Et comme ça tu oublieras plus.

On a souri.
Des mots de Tom et de sa mine sérieuse à me rappeler comment faire.
Isa  a ri encore davantage en attrapant un de ses kleenex.
On a souri  en vrai et dit merci à Tom de sa très bonne idée pour ne plus oublier.

La sonnerie a retenti.
Je suis repartie, un joli projet en poche et par dessus mon mouchoir avec un p’tit noeud dans un coin.

 

Depuis presque une semaine, je le garde au fond de ma poche, caressé au milieu de mes heures bousculées, de mes jours à courir, de mes projets à vivre. Attrapé au milieu des bruits de ce monde.
Et j’entends Tom comme ça tu n’oublieras plus. De prier vraiment.
Alors j’essaie de poser un peu de silence, un bout de mon espérance, un petit sourire aussi, l’espace d’un tout p’tit mouchoir de poche.

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2 réflexions au sujet de « P’tite prière… dans un mouchoir de poche »

  1. J’ai acheté un mouchoir en tissu. Merci, c’est beau ce que tu écris. Bises d’amie
    Zabelle

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