Une respiration

Je regarde le monde du haut de mes 3 pommes et je l’écris au crayon.
Je m’appelle Coquille et le dimanche est mon jour préféré.

Aujourd’hui, j’ai respiré le matin.

Le réveil ne sonne jamais le dimanche. Nul besoin. Les adultes ne comprennent pas toujours bien cela d’ailleurs: les enfants n’ont pas besoin de réveil quand ils savent que les heures devant eux souriront.

Et les heures du dimanche, si vous saviez comme elles sourient.

Le pyjama que je garde un peu plus longtemps comme si les rêves me collaient encore à la peau.
Le dernier Picsou que je peux laisser traîner sur la table du petit-déjeuner entre deux tartines grillées.
Le dessin animé que je n’aime pas plus que ça mais qui autorise la télévision du matin.
La table qu’on dresse avant de partir chercher le pain et juste avant d’aller à la messe.
J’aime bien aller à la messe et ce n’est pas parce que j’y suis habituée depuis toute petite parce que je n’y suis pas habituée depuis toute petite. C’est plutôt le contraire. J’aime aller à la messe parce que ça dégomme les habitudes. Les grandes personnes ne croient pas que certains enfants peuvent aimer ce qui leur paraît à eux comme une obligation ou une vieillerie dépassée. Et même pour les adultes qui vont de bon coeur à l’église, il y a toujours une quantité parfois astronomique d’énormes précautions pour nous y emmener. On dirait que c’est un endroit piégé, ça me fait sourire. Il ne se doute pas de ce qui peut se passer. Même Phil qui ne croit pas mais qui vient parfois avec son papy René, il me dit qu’il aime bien cette heure à ne rien faire. C’est une excellente raison ça.
Vous savez moi, je ne suis obligée de rien, je peux rester à la maison si je veux.
Mais je ne veux pas.

Parce que j’aime la lumière à travers le plus petit vitrail, celui qui me fait toujours un clin d’oeil au soleil de midi et qui fait danser la poussière sous mes yeux.
J’aime les gens qui se racontent des bouts de leur semaine et que j’écoute en douce. J’aime les fous-rires de Pierrot qu’il cache au fond de ses poches.
J’aime la voix de Brigitte quand elle lit les textes surtout quand il y a plein de mots démodés dedans.
J’aime quand monsieur le curé parle, je ne l’écoute plus vraiment mais je regarde les gens autour et j’imagine au-dessus de leurs têtes les ponctuations de leurs vies. Et s’élèvent dans la nef,  comme dans une grosse bulle de BD, tous leurs points d’interrogation, tous leurs points d’exclamation et une ribambelle de points de suspension. Si vous saviez comme c’est drôlement joli à regarder.
J’aime laisser filer ma main sur le bois du banc, doux à caresser, juste au retour de la communion. Je ne sais pas trop ce qui se passe au-dedans mais je suis bien.
J’aime quand je sors de l’église et que je me sens prête à sourire davantage même si ça ne dure pas très longtemps. J’aime le moment qui me souffle l’envie d’être un peu meilleure, elle n’est pas là seulement au bord des lèvres cette envie, je la sens blottie tout près de mes yeux qui regardent autour.
Il y a souvent le petit Claude, là, à l’entrée, sur le parvis.
Je lui mets une pièce dans sa main qu’il me tend en me disant merci. J’aimerais bien qu’il ne soit pas là le petit Claude, j’aimerais bien qu’il ne me montre pas sa pauvreté et le monde que je voudrais autrement. Mais justement il est là, petit Claude. Il me fait respirer mon matin comme il est exactement. Et ça paraît sans doute étonnant, presque insolent, mais cela me donne l’envie d’y croire à un autrement. J’aime bien le mot insolent. On dirait qu’il va se faire attraper à la fin d’une phrase ce mot-là et en vrai, il donne parfois le courage d’en écrire d’autres.

J’aime bien respirer le matin, surtout le dimanche.
On dirait que la vie, elle remplit un peu plus mon au-dedans.

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6 commentaires

  1. En te lisant, on se dit Coquille ne ressemble à personne sinon à une héroïne de tes petites histoires…mais c’est sans connaître les enfants, du moins sans connaïtre ce qu’ils peuvent avoir au fond du coeur. Merci Corine.

    1. Merci Amélie mais tu sas je n’ai pas forcément envie que Coquille ressemble à quelqu’un 😉 Elle fait juste entendre qui elle est. Bon dimanche! 🙂

  2. J’ai relu trois fois. Coquille ne dit pas que Jésus est son ami. Elle parle de l’amour de Dieu sans le prononcer. Je me demande parfois si on ne dit pas trop… et s’il ne faudrait pas laisser les émotions et les ressentis parler d’eux-mêmes. 🙂

  3. « Les grandes personnes ne croient pas que certains enfants peuvent aimer ce qui leur paraît à eux comme une obligation ou une vieillerie dépassée. »
    Cela ressemble à Sa grâce 😉

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