Les chaussures neuves

Je regarde le monde du haut de mes 3 pommes et je l’écris au crayon.
Je m’appelle Coquille et j’aime bien me poser des questions sur Dieu.

Je déteste les chaussures neuves.

Détester, le mot n’est absolument pas trop fort pour ce temps, même s’il est assez court, qui consiste à habituer mes petits orteils à un nouvel espace entre lacets.
Coquille n’est pas coquette, c’est assez vrai pour les chaussures. Pour le reste, je vous rassure, j’aime bien les robes qui tournent au vent, les perles accrochés au poignet et le rose pâle que je peux parfois déposer sur le bord de mes doigts. Mais tous ces jolis atours, ça ne me dérange absolument pas de les porter avec mes vieilles godasses, celles que j’ai traînées sur les chemins, celles qui courent encore à perdre haleine, celles dans lesquelles mes doigts de pieds ont leur place  juste là où il faut, exactement.

Je déteste les chaussures neuves et pourtant il faut bien se plier à l’exercice de chaque début de saison qui permet de laisser grandir le petit orteil dans une nouvelle paire à sa taille mais c’est à chaque fois, à regret, que je laisse les sandales, les bottines ou encore les baskets de l’année précédente.
En étrennant ma nouvelle paire ce matin pour reprendre le chemin de l’école, je repense aux mots du père Jean (c’est lui qui vient dans nos célébrations de catéchèse et j’aime bien sa façon de nous parler comme si nous étions et grands et importants). Le père Jean donc, il nous a dit au sujet de la lecture de la Bible et des évangiles que c’était exactement comme une paire de souliers ( il n’est pas du tout démodé le père Jean mais ça a quand même fait sourire tout le monde le mot soulier – enfin, certains ont plutôt fait la moue – , alors la maîtresse lui a dit qu’on portait plutôt des baskets et il s’est repris). Moi, je crois qu’il avait raison quand même de dire soulier parce que ça fait un peu plus mal aux pieds que des baskets neuves.
– La Bible, vous savez, c’est comme une paire de baskets neuves. Votre corps, vos pieds, ne la connaissent pas bien au tout début, les baskets neuves, vous aurez sans doute un peu de mal en marchant, à l’arrière de la cheville il faudra un petit pansement, des ampoules peut-être… mais en l’espace de quelques temps, elles rendront vos chemins tout à fait assurés, voire agréables. Comme si cette nouvelle paire avait toujours été la vôtre.

Bien vu père Jean avec le petit pansement, celui qu’on met tant que la chaussure n’a pas adopté la forme de notre pied !
Il n’a pas eu besoin d’expliquer en long et en large, on a très bien compris le message de l’habitude, et du temps qu’il faut aussi, peut-être même de la persévérance, celle qui nous empêche de remettre les vieilles godasses confortables. Les enfants aiment bien les métaphores parce que ça donne de vraies couleurs aux idées.

 

En vérité, cette histoire me rassure. Même si en ce moment j’aimerais bien avoir mes vielles baskets aux pieds pour courser Ludo qui m’a chipé mon crayon à sept couleurs et lui montrer comment on demande s’il te plaît. En attendant, s’il suffit d’un peu de temps pour que la Bible devienne une bonne chaussure à mon pied, je vais pouvoir marcher longtemps avec. Et inutile de vous préciser sur quel chemin !

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