La bordure du trottoir

Je regarde le monde du haut de mes 3 pommes et je l’écris au crayon.
Je m’appelle Coquille et j’aime bien grandir.

L’année dernière, en rentrant de l’école, il y avait quelque chose que j’aimais bien faire.
Je posais mes pieds sur la bordure du trottoir. L’un devant l’autre, sans dépasser. Parfois même je tendais légèrement les bras comme si j’étais sur un fil, pour garder l’équilibre.

J’avance doucement et dans ma tête je fais des voeux. Il ne faut pas vous moquer, je sais pertinemment que c’est ridicule. J’aime bien pertinemment. J’aime bien les adverbes en général. Ils donnent toujours une petite explication supplémentaire au comment se font les choses.
Je fais des voeux. Comme ça.
Si je ne mords pas sur le bitume jusqu’à la maison, j’aurais la meilleure note jamais obtenue en rédaction.
Si une voiture passe avant que je ne sois arrivée au feu, sans que mes pieds n’échappent à la bordure, la maman de Lili va réussir son entretien pour devenir presque une chef d’équipe et Lili sera heureuse.
Si je ne croise pas le petit Claude et que je reste bien sur le gris de la bordure avant la maison, j’aurais une lettre au courrier avant la semaine prochaine.
Si je compte jusqu’à 10 avant…

Phil me rejoignait parfois en courant. Tous mes voeux s’envolaient tant pis.
J’aime bien faire la route avec Phil. Il me raconte les aventures de Spiderman en faisant des acrobaties sur le trottoir.
C’était même un peu plus drôle que mes vertiges d’équilibriste.

 

Ma rédaction, je n’avais pas eu la meilleure note jamais obtenue mais la maîtresse avait écrit sur ma copie que mon histoire était très belle et originale. Ma note, c’était seulement mes heures à écrire et pas un faux-pas sur le bitume.
La maman de Lili avait réussi cet entretien, je m’en souviens bien mais grâce à son courage, si vous saviez comme elle est courageuse, pas parce qu’une voiture ne m’avait pas dépassée avant le feu.
Je n’ai toujours pas reçu de lettre.
C’est drôle de marcher sur le fil d’un trottoir pour s’empêcher d’avoir peur de ce qui peut arriver.

Un soir, j’ai  osé demander à Grand-mère si elle faisait ça parfois. Elle a ri.
– Non Coquille, je marche bien les deux pieds au milieu du bitume… en revanche, la tête un peu au ciel c’est vrai, et c’est à Lui que je confie mes peurs, mes demandes, mes prières.
– À Dieu ?
– Oui, à Dieu.
– Et ça marche ?
Elle a réfléchi un peu. Elle est drôle grand-mère quand elle réfléchit, on dirait que ses yeux vont chercher au fond de son coeur la réponse.
– Ce qui marche toujours, c’est la force qu’Il me donne. Et ça, c’est déjà gagné.

Le soir, en rentrant de l’école, il y a quelque chose que j’aime bien faire maintenant.
Je cours sur le bitume, parfois très vite, je saute sur des obstacles imaginaires et je souris au ciel.

 

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4 commentaires

    1. Oh…. la fréquence des publications va probablement se calmer tout doucement et prendre un petit rythme de croisière (il y avait jusque là pas mal de textes déjà écrits) 😉 et merci !

  1. Grand bonjour de Québec Corine! Merci pour tes nouvelles histoires vraiment pleines de charme; nous les suivons avec un immense plaisir et nous les partageons! Nous espérons fort que cela ne va pas s’arrêter et que Coquille va continuer à enchanter nos matins ou nos soirs.
    Toute notre amitié à toi et toute ta famille!
    Nous reviendrons en août 2019 en Bretagne française!
    Collette

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