Juin

Je regarde le monde du haut de mes 3 pommes et je l’écris au crayon.
Je m’appelle Coquille et j’aime bien le temps qui vient.

Il y a quelque chose que j’aime vraiment bien quand se profile à l’horizon le mois de juin.
Ce n’est pas l’approche des grandes vacances, ni les pieds nus que je glisse dans les sandalettes, ni même le sandwich au saucisson sec dans le pique-nique de fin d’année.
Ce n’est pas le grand ménage qui va bientôt bousculer tous les bureaux de la classe, ni le cahier du premier trimestre qu’on retrouve avec sa rédaction de rentrée, ni même la grande Lulu que je ne verrai plus pendant deux mois et son « salut p’tite Coque » qui m’agace mais auquel je réponds par un sourire parce que Lulu qui est vraiment très grande me fait vraiment très peur.
Ce ne sont pas les retrouvailles avec la pelouse et les aventures de mes héros sous le cerisier tout en fleurs, ni les séances de cinéma qui se terminent inévitablement par une glace à l’eau parce qu’il fait vraiment trop chaud, ni même les vraies aventures à bicyclette avec Phil et Lili.
Ce ne sont pas les gros bouillons des premières confitures de fraises qui bredouillent de jolis parfums au coin de la gazinière, ni les radis que je vais chercher dans le potager juste avant le dîner en dansant sur la planche entre les rangs comme sur une poutre et que je grignote sans les laver, ni même l’impression que le monde est plus beau en regardant simplement un bout de jardin.
Ce n’est pas le vieil Yves que je croise sur le chemin quand les beaux jours  font à nouveau sortir ses pas et qui ne se souviendra pas de mon bonjour de la veille parce que le vieil Yves ne se souvient plus de rien.
Ce n’est pas la course sur le même chemin pour arriver la première dans la p’tite chapelle et s’autoriser à remonter l’allée pieds nus sur les carreaux tout froids, ni même le regard en coin de Joseph qui semble surveiller tous les enfants de la terre.
Ce n’est pas le film qu’on aura le droit de regarder jusqu’à la fin ni le livre qu’on pourra terminer sans la lampe de poche sous les draps et  même s’il est déjà tard parce qu’avec ces premières chaleurs de toute façon on ne peut guère dormir.
Ce ne sont pas les volets qu’on peut laisser ouverts et tant pis, on dormira sous la moustiquaire et tant mieux, la moustiquaire c’est le voile de Shéhérazade qui habille mes rêves.

Ce n’est pas ce petit vertige de passer bientôt à un autre temps. Celui qui déroule ses heures sans les sonneries du réveil ni celles de la classe, sans les sourires familiers de la maîtresse et d’un quotidien qui rassure. Celui qui se permet d’installer un peu d’ennui juste pour rêver entre les petits espaces des jours qui défilent.

Non, ce n’est rien de tout ça.

Il y a quelque chose d’autre que j’aime vraiment.
Ce sont les secondes qui s’ajoutent à la fin de chaque journée pour la rallonger un peu. Comme si le temps nous offrait le cadeau d’un peu plus de temps.
Comme un petit supplément de vie pour sourire au soleil.

 

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4 commentaires

  1. « Il y a quelque chose d’autre que j’aime vraiment.
    Ce sont les secondes qui s’ajoutent à la fin de chaque journée pour la rallonger un peu. Comme si le temps nous offrait le cadeau d’un peu plus de temps.
    Comme un petit supplément de vie pour sourire au soleil. »
    Et puis le petit bonhomme il aime aussi quand il lui est donné la chance de vivre encore des jours et des jours après être passé par deux fois si près de la fin.
    Une chance ? Un cadeau aussi.
    Quoiqu’il arrive, la vie est un cadeau.

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