Le match

Je regarde le monde du haut de mes 3 pommes et je l’écris au crayon.
Je m’appelle Coquille et je crois que l’évangile, ça se vit en vrai.

Vendredi soir, comme tous les vendredis soirs, nous sommes rentrés à pied avec Phil. Et comme c’était le dernier jour de la semaine, Phil s’est arrêté chez Paulo pour acheter ses images Panini. C’était drôle, c’était curieux plus exactement, de le voir encore tout énervé à l’idée d’ouvrir son paquet d’images, de découvrir celles qui lui manquaient ou les doubles qu’il pourrait échanger lundi avec ses copains de récré.

Moi je ne comprends pas très bien cette ferveur parce que je trouve que ça ne ressemble à rien le football, du moins ce que j’en entends parfois à la radio les lendemains de matchs. On dirait que pour une défaite la terre va s’arrêter de tourner. J’ai appris le mot « indécence » avec le football et ce n’est absolument pas un mot démodé.

Phil, je ne lui dis trop rien parce que c’est mon ami et que je ne veux pas lui faire de peine et chaque fois que je parle de l’argent de tous ses footballeurs qui est indécent, il me rétorque qu’il le sait mieux que personne et que ce n’est pas ça qu’il aime dans le football. Jusque là, je ne comprenais pas très bien. Mais vendredi soir, alors qu’on continuait à discuter devant la grille de sa maison, son père est arrivé. Et il a dit à Phil: « Tu n’as qu’à inviter Coquille à venir voir le match avec nous samedi. »

Grand-père n’a pas bien compris pourquoi j’avais dit oui à cette invitation, je crois même que ça l’a vraiment contrarié parce que lui, le football, ce n’est même pas un mot qu’il prononce. Mais quand Grand-mère a dit que « l’intelligence de vouloir découvrir l’autre comme il était, dans ce qu’il aimait, dans ce qu’il avait de différent, c’était une belle part de l’amour du prochain », il a tourné les talons. Je crois qu’il était fâché.
C’est drôle comme Grand-mère met l’évangile dans tout ce qu’elle vit.
J’ai eu envie de lui dire encore une fois que je l’aimais mais le klaxon de l’automobile de Phil m’appelait.

On est arrivés presqu’une heure en avance au stade. Ce n’est pas une très grande ville alors ce n’est pas un très grand stade. Je ne vais pas vous raconter le match parce que je ne l’ai pas trop regardé en vérité et j’ai menti un tout petit peu à Phil quand il m’a demandé si j’avais trouvé ça bien « le jeu des joueurs ».
Ce n’est pas le match que j’ai bien aimé, non.
Mais c’est le sourire de Marcel quand le papa de Phil lui a tapé sur l’épaule en lui disant « Ah Marcel, te revoilà! » parce que Marcel, sa maladie elle l’a empêché de sortir pendant un an et demi.
Mais c’est le bonheur de la petite boulangère au bras de son amoureux en nous disant qu’ils se mariaient l’été prochain entre deux « ooooh  la paaaassse! ».
Mais c’est la joie du premier but et les mains qui se serrent je ne sais pas trop pourquoi et on sent un truc tout vrai d’être ensemble.
Mais c’est la discussion à la mi-temps entre le papa de Phil et l’adjoint du maire  pour savoir comment s’organiser la semaine prochaine pour mettre à neuf le local pour accueillir des sans-abris.
Mais ce sont les cacahuètes grillées, des vraies, qu’on a partagées sur le banc.
Et la grande Lulu qui m’a même dit sans se moquer bonjour Coquille, c’est bien que tu sois là.
Et c’est le monde qui semble s’arrêter sur un petit morceau du temps heureux. Simplement.

– Alors, tu as trouvé ça bien le jeu des joueurs ?
J’aurais voulu lui dire à Phil que l’endroit respirait la joie et sentait bon la vie mais il m’aurait encore dit que je suis un peu tordue alors j’ai juste dit;
– Oui. J’ai tout aimé.

 

En rentrant, Grand-père m’avait préparé un chocolat chaud. Il fait toujours un chocolat chaud pour se faire pardonner sa mauvaise humeur. Je lui ai redit que je n’aimais pas le foot mais que ce soir j’ai vu des gens heureux.
– Tu sais, je ne crois pas qu’on peut vraiment aimer les autres si on n’apprend pas à aimer qui ils sont.
Grand-père, il m’a embrassée sur le front et il a ajouté:
– L’évangile c’est à lire, d’ailleurs n’oublie pas ta lecture… mais à vivre, par petits bouts, c’est autrement mieux.
J’ai eu envie de lui dire que je l’aimais mais les mots doux parfois on les garde au coeur par pudeur (je crois que c’est ce mot-là qui veut dire qu’on n’arrive pas à prononcer un je t’aime) alors j’ai souri et j’ai ouvert ma petite Bible, juste à côté de mon chocolat chaud.

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