Cloche-pied

Je regarde le monde du haut de mes 3 pommes et je l’écris au crayon.
Je m’appelle Coquille et je trouve que la vie est jolie sur mes deux pieds.

À la récréation d’hier après-midi, Phil et son meilleur ami Paul se sont fâchés. Je ne sais pas vraiment pourquoi et quand Phil m’a expliqué l’histoire sur le chemin du retour, j’ai trouvé que ça ressemblait à une broutille. J’aime bien le mot broutille, il n’a l’air de rien. On sent bien que ce n’est pas grand chose. Pourtant, ça accroche, ça chatouille, ça gratte peut-être même, bref, ça fait mal.
Je l’ai écouté Phil. Seulement. D’ailleurs, il n’a rien demandé d’autre et surtout pas mon avis. Demain, on irait à la pêche à pieds sans Paul.
J’étais triste. C’est drôle l’amitié. C’est comme si Dieu tissait un fil entre les coeurs pour les faire battre au même rythme.
J’étais triste mais j’ai souri à Phil quand il m’a dit « à demain pour la partie de pêche à pieds. »
J’ai trimbalé mon « à demain Phil » jusqu’à la maison, en sautant à cloche-pied sur la bordure du trottoir, sans tomber.
Grand-père était en train de tailler ses haies. Il m’a vu arriver au loin.

– Bonne journée ?
– Oui.
J’ai égrainé mes bonnes notes et la carte du Mexique et de ses temples incas et le long chemin entre un cocon et un papillon.
– C’est tout ?
Quand je détaille les leçons de géographie et de sciences, Grand-père, il se méfie. Il sait que c’est pour mieux cacher les petites peines. Il y a des grandes personnes qui entendent tous les mots derrière les mots, Grand-père est de ceux-là. J’aimerais bien avoir ce pouvoir-là quand je serai grande je crois.
– Non, ce n’est pas tout. Phil est triste et je n’aime pas ça.

Tu sais, parfois la vie on la fait à cloche-pied. On avance comme sur ton bord de trottoir. On essaie de danser, de sautiller, de la rendre légère mais au fond, on a bien besoin de nos deux pieds pour ça. Sinon on est un peu bancal. Il y a un truc qui cloche, tu vois, au sens propre. La réconciliation, ça doit être ça: nous redonner l’usage de nos deux jambes pour sauter plus haut, de joie.

Parfois, les mots de Grand-père, je ne les comprends pas tout de suite.

Ce matin, je me suis levée très tôt pour la partie de pêche. Au loin, j’ai vu que Phil m’attendait.
J’ai aperçu son père aussi, en train de réparer les épuisettes.
Et sa petite soeur qui faisait un château en m’attendant.
Et Paul.
Phil est venu à ma rencontre. En courant. Ses pieds enfoncés dans le sable.
– Paul est là, aussi !

 

Il n’y avait rien besoin de savoir ni d’ajouter.
Phil souriait, heureux. Et il sautait sur ses deux pieds.

photo ©AdKersantec

 

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4 commentaires

  1. Pensées pour petit Paul. Il aurait aimé ta Coquille je crois. Merci Corine pour tes jolies histoires. J’espère qu’elles iront un peu plus loin qu’ici. 🙂

  2. Bonjour de Montréal où je suis tes petites histoires depuis quelques temps. Et je passe ici pour te dire qu’elles nous enchantent! Merci Corine! Hâte de te revoir et d’en parler de vive voix. 🙂

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