Les yeux ouverts

Je regarde le monde du haut de mes 3 pommes et je l’écris au crayon.
Je m’appelle Coquille et je ne sais pas trop comment prier.

Longtemps j’ai regardé comment il fallait faire.
J’ai vu le père Jean à la messe juste après la communion. Il regagnait sa place et restait en silence les yeux fermés. Souvent, je pouvais même distinguer sur les traits de son visage un peu de tristesse, un peu d’apaisement, un peu de joie et j’imaginais les prières qu’il faisait au Bon Dieu.
J’ai regardé Grand-mère par sa porte de chambre entrebâillée juste après une journée bien remplie au-dehors puis au-dedans. Je l’ai vue s’agenouiller face à cette icône comme un trésor à cause de tout l’or tout autour et sur son visage, ses yeux fermés et un sourire. Grand-mère sourit toujours quand elle parle à Dieu.
J’ai même observé soeur Camille sur la plage. Nous avions marché longtemps et juste avant de rentrer, elle s’est assise sur le sable, elle a posé ses genoux tout près de sa tête, les a retenus avec ses mains, et le visage doucement penché vers son coeur, elle a fermé les yeux. On aurait dit une toute petite fille. Peut-être qu’on redevient enfant quand on parle à Dieu.
Longtemps, j’ai regardé comment il fallait faire pour prier et il m’a semblé qu’il suffisait de fermer les yeux.
Alors j’ai essayé.
Ça ne marche pas.
Pas pour moi.
Si je ferme les yeux, je ne vois plus la mappemonde posée sur le coin de mon bureau, celle que je fais tourner en glissant mon doigt sur des lignes de voyages imaginaires. Je ne peux pas prier pour que le monde soit un peu plus joli si je ne le regarde pas.
Si je ferme les yeux, je ne vois plus les photographies accrochées à droite de mon armoire, les portraits de celles et de ceux que je ne veux jamais oublier. Je ne peux pas prier pour que Dieu les protège si je ne les regarde pas.
Si je ferme les yeux, je vois seulement le noir tout au fond de moi et je n’arrive plus à sourire au vent qui passe, tout léger. Je ne peux pas prier Dieu de me pardonner mes bêtises si je ne le regarde pas dans les yeux.

Longtemps, j’ai regardé comment les autres faisaient pour prier.
Je ne sais pas très bien si c’est comme ça qu’il faut faire.

J’ouvre les yeux, je regarde le monde, et la vie, et les gens. Et mon coeur un peu, aussi. Et je parle à Dieu, bien en face.

Je ne sais pas très bien si c’est comme ça qu’il faut faire.
Mais je ne sais prier que les yeux ouverts, grand ouverts.

 

 

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2 commentaires

  1. Merci Corine pou cet encore joli petit billet; je ne sais pas prier je crois: chaque fois que j’essaie, mes pensées partent n’importe où alors le mieux que je sache faire, c’est encore dire les prières que je connais par coeur, du mieux que je peux,…avec le coeur.

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