Le temps du Tour de France

Je regarde le monde du haut de mes 3 pommes et je l’écris au crayon.
Je m’appelle Coquille et j’aime bien quand vient le temps du Tour de France.

Ce n’est pas vraiment le Tour de France que j’aime mais vraiment le temps qui vient avec.
Ça sonne la fin de l’école et le début des grandes vacances. Et le temps qu’on prend pour lire sans compter- c’est drôle l’expression « prendre du temps », on a l’impression qu’on le tient, qu’on l’attrape, qu’il ne s’échappera pas celui-là comme si c’était possible d’avoir ce pouvoir de le retenir dans sa main.
Celui qu’on garde pour faire du vélo ou marcher sur le sable sans jamais se demander si on sera rentrés à l’heure pour le déjeuner – d’ailleurs on s’en fiche un peu de manger plus tard, rien ne nous attend vraiment après.
Celui qu’on étire un peu aux fins des jours devenus longs pour regarder les étoiles allongés sur l’herbe sans oublier le parfum de citronnelle qu’on dépose au creux de son cou et de ses poignets pour ne pas se faire piquer par ces maudits moustiques.

J’aime bien le temps du Tour de France à la maison.
Grand-père rappelle ses échappées en culotte courte avec son père sur les monts d’Arrée, ses montées en danseuse et les victoires de ce Louison du temps où le Tour de France s’écoutait surtout à la radio. Il est drôle Grand-père quand il raconte le tour: ses yeux pétillent, ses mains parlent et ses mots peuvent même s’enflammer. C’est le seul moment de l’année où il s’autorise le grand fauteuil devant le téléviseur.
Parfois, il arrive que le Tour passe par ici, souvent même. On part pour la journée comme à l’aventure. Le pique-nique. Le bon endroit. Et l’ambiance. Ce n’est pas tant les coureurs qu’on aime voir passer mais être avec les gens tout autour. C’est bien mais ce n’est pas tout à fait pareil. Je crois que je préfère le Tour à la maison.

Parce que j’aime bien ce moment-là, juste ça.
Les volets sont laissés entrouverts pour garder la fraîcheur. Grand-père dans son fauteuil annonce ses favoris de l’étape, Grand-mère sur le canapé s’autorise une sieste. Et moi entre les deux, à plat ventre sur le tapis, mes crayons de couleurs en éventail, le grand atlas de France sous le nez, je dessine mes chemins tracés dans les roues d’un maillot jaune.
J’aime bien ce moment-là, juste là.
On dirait que rien ne pourra jamais m’arriver de mauvais. Les heures s’écoulent heureuses et tranquilles- oui, tranquilles,  parce que le bonheur c’est peut-être ça, le coeur qui palpite au rythme d’un battement de cil qui sourit simplement, en paix. Les minutes s’allongent au seul son de la voix d’un commentateur passionné, aux chutes qui laissent des blessés sur le bord du chemin dont on s’inquiétera jusqu’aux premières nouvelles rassurantes, puis, Grand-père qui réveillera Grand-mère d’un « allez mon grand!  » dans la dernière ligne droite.
Je me relève aussi pour admirer l’audace et le courage.
On dirait que rien ne pourra jamais m’arriver de mal. Il y a de l’amour de chaque côté de moi comme sur les bords de ces routes.
J’aime vraiment bien le temps du Tour de France.

 

Si vous souhaitez partager ce billet

3 commentaires

Leave a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *