La valise

Je regarde le monde du haut de mes 3 pommes et je l’écris au crayon.
Je m’appelle Coquille et j’aime bien partir.

Elle n’est pas très grande peut-être parce que ma vie n’est pas encore très grande non plus. Je me demande si la taille des valises va de pair avec la taille de notre vie et si on emporte de plus en plus de bricoles avec l’âge. Phil, il me dit que ça n’a rien à voir parce que sa grand-mère à lui qui est bien vieille ( « bien » ça veut dire « très » mais en plus poli quand on parle de l’âge d’une dame, c’est Grand-père qui m’a appris cette subtilité de l’adverbe), oui, elle semble bien vieille quand elle vient le voir la première semaine de l’été mais elle dit toujours en riant que sa vie tient dans un mouchoir de poche. Et c’est vrai que sa valise n’est pas bien grande. Quand je serai bien vieille, je me demande dans quoi tiendra ma vie.

Elle n’est pas grande ma valise mais elle est mienne et pour la première fois, j’ai le droit de la préparer toute seule. Grand-père a émis la seule condition du tout doit tenir dedans. Cela ne me semblait pas bien compliqué au départ mais l’affaire s’est révélée plus difficile. Ce n’est pas à cause des vêtements: pour ça, j’avais une petite liste du nécessaire pour les randonnées en Pyrénées, les soirées un peu fraîches et les orages parfois. Une fois remplie de tout ce nécessaire, la valise laissait encore un peu d’espace pour le reste. Le reste. Il est drôle ce mot, à l’allure pas très compliquée. Le problème c’est qu’il ne veut rien dire. Tu sens comme dans « reste », il y a tout le superflu et l’essentiel étroitement mêlés, si étroitement qu’il est bien difficile de les séparer.
Et j’ai dû m’y coller parce que le reste que je voulais emporter, il débordait.
J’ai tout posé sur le bord de mon lit.
Ma revue préférée, mon cahier de dessin, mon cahier d’écriture, mes pastels, mes crayons, mon livre d’astuces si on est perdu en montagne, mon livre pour m’endormir, mon livre pour passer le temps, ma boîte à trésors – ceux que je ramasse sur les chemins et que je collectionne, mon jeu de cartes, ma petite bougie, ma boussole, ma prière pour aller à la grotte et ne rien oublier de ce que je veux demander à Marie, ma carte routière que j’ai repliée comme il faut, mon canif rouge, mon mouchoir bleu, et d’autres bricoles encore.
J’ai bien essayé de négocier un petit sac à dos supplémentaire mais non. Impossible.
Grand-mère est entrée dans ma chambre et a vu mes trésors dépités de ne pouvoir trouver un peu d’espace.
– Tu sais, les vacances, c’est l’occasion de voir les choses avec un regard…neuf. C’est peut-être ça savoir partir.

Du neuf.
J’ai tout rangé.
Je pars sans rien. Enfin si. Un petit cahier et un crayon seulement, pour écrire les jolies lettres du mots partir.
Et puis ma prière aussi (mais elle est toute petite alors ça ira, je peux la coincer entre mes chaussettes et ma casquette).

*******

Bonnes vacances mes amis lecteurs et lectrices. Je reviens bientôt, chargée de nouvelles petites histoires. En attendant, vous pourrez me relire, si vous avez un peu de temps.
Chapitre I
Chapitre II
Chapitre III
1-La liste
2-Cloche-pied
3-Le flot de vert tendre
4-La petite porte
5-Les yeux ouverts
6-Le temps du Tour de France
7- La valise

 

 

Bises! 
Coquille

 

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10 commentaires

  1. Merci Corine pour tous ces jolis billets. Bonnes vacances pour engranger de beaux souvenirs, se reposer, se ressourcer.
    Hâte de te retrouver en septembre.
    Chantal

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