Les miettes

Du haut de mes trois pommes, je lis les évangiles. Et parfois, j’en pense un p’tit quelque chose. Un jour, Grand-père m’a dit qu’il aimait bien les évangiles selon Coquille et ça m’a fait sourire.

« C’est vrai, Seigneur, reprit-elle ; mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. » 

 

Je crois que c’est mon moment préféré.
Le repas a été très long. Ils ont beaucoup parlé. Ils ont ri aussi. Moi, je les ai beaucoup regardés. Je n’ai pas vraiment tout compris à leurs conversations, non pas que les mots étaient compliqués mais je me demande toujours pourquoi les grandes personnes bavardent autant. Mais j’ai bien aimé les regarder et me laisser bercer par leurs mots et leurs rires. Je ne suis pas sortie de table avant. Même si l’envie m’a démangé les jambes. Et enfin est arrivé mon moment préféré. Ils ont quitté la table pour aller au jardin prendre le café et juste avant de les rejoindre, j’ai posé le bout de mon index sur la nappe et j’ai attrapé quelques miettes.
Grand-mère m’a vue en repassant chercher le café.
– Tu ne viens pas avec nous ?
– Si, j’arrive…
– Pourquoi est-ce qu’elles te plaisent tant ces petits miettes ?
J’ai souri parce que je n’y avais jamais vraiment réfléchi.
– Je crois que je les aime parce que du pain, c’est le plus doux du croustillant.

– Oh…fais moi repenser à ça: je te lirai quelque chose ce soir.

Et on a terminé cette belle journée d’amitié.
Au soir, je n’ai pas manqué de faire repenser Grand-mère. C’est drôle « repenser »: on dirait que nos idées jouent à cache-cache dans nos têtes parfois.

« C’est vrai, Seigneur, reprit-elle ; mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. »

 

Pendant que Grand-mère lisait, j’ai pensé à Geneviève- je vous en reparlerai bientôt de Geneviève- qui n’avait pas le droit de communier et à qui un jour Paulo a cassé un tout petit bout de son hostie pour la lui donner. C’était il y a très longtemps et c’est une très belle histoire.
J’ai pensé au vieux Claude qui tendait la main à la sortie de l’église pour une pièce et à qui le Père Jean a donné du pain un soir puis un travail au jardin et qui désormais ne tend plus la main que pour Son Pain. Claude, il appelle l’hostie « sa miette » parce que « miette c’est comme un p’tit mot doux. » Claude, il n’a jamais rien appris à l’école mais il sait dire les mots qui aiment mieux que personne.
J’ai pensé à la maman de Lili qui répète tout le temps qu’elle est habituée aux miettes mais que les miettes d’amour, elle en veut bien tout le temps.
Et j’ai repensé au bout de mon index que je laisse traîner sur la nappe.
Miette est un petit mot de rien, un mot presque diminué, un mot qui semble ne rien dire d’important et pourtant, j’ai compris qu’il disait beaucoup.
Tant.

– Grand-mère, peut-être bien que Dieu fait pareil. Qu’il laisse des miettes de Lui sur les chemins pour ceux qui traînent un peu.
– Oui…n’oublie pas de l’écrire…pour y repenser.

J’ai encore souri et juste avant de m’endormir, j’ai ouvert un nouveau cahier. Sur la première page j’ai écrit:

 

 Mes repensées

1- Je crois que le doux croustillant de la Parole de Dieu est dans le plus minuscule, le plus petit, le presque rien, l’inaperçu (j’aime bien ce mot qui semble regarder les choses du coin de l’oeil). Je crois bien que les miettes, c’est le doux croustillant de Dieu qu’Il laisse traîner sur nos tables pour qu’on n’oublie jamais rien de Son amour. Ni personne.

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