Les bleus

Je regarde le monde du haut de mes 3 pommes et je l’écris au crayon.
Je m’appelle Coquille et j’aime bien le bleu les bleus.

Le papa de Phil est un sacré bricoleur. C’est très amusant d’écrire « sacré » à côté de bricoleur pour le papa de Phil parce que si vous l’entendiez quand il bricole: il jure notre pauvre bon Dieu qui n’y est absolument pour rien et cela, à chaque fin de phrase.

J’aime bien le bricolage avec lui, c’est dépaysant. (C’est un mot qui sonne bizarrement « dépaysant »: on dirait qu’on est ici et ailleurs en même temps, et c’est un peu le bricolage du papa de Phil.)
Avec Phil, nous sommes « les petites mains ». On apporte les outils, on les range, et parfois le papa nous confie une tâche qu’il juge « faisable ».

Ce matin de vacances, il avait décidé de repeindre la chambre de la petite soeur de Phil. C’est son cadeau d’anniversaire: Manon ne le sait pas, c’est une surprise qu’elle verra quand elle reviendra de camp. Dans trois jours. Il est toujours grognon le papa de Phil mais je crois qu’il a un coeur de papa. Et un coeur de papa, c’est grand comme un chantier qu’on doit achever en trois jours.
Au premier matin, il a fallu vider toute la chambre. Et là, les petites mains n’ont pas été de trop. Ensuite, on a pris la voiture jusqu’au magasin de bricolage pour choisir la nouvelle peinture.
Nous savions que Manon rêvait de bleu.
Le souci avec le bleu, c’est qu’ il y en a des tonnes de différents. En réalité, ce n’est pas un souci toutes les nuances d’une même couleur sauf quand il faut en choisir une seule.  Et c’est à cet instant qu’ a commencé un drôle de manège.
La vendeuse a donné tous ses conseils. Très patiemment. Le papa voulait que Phil choisisse parce que c’est le frère mais avec mon accord parce que je suis une fille. Ne me demandez pas le pourquoi, je ne peux pas tout expliquer des grandes personnes. Phil n’aimait que les bleus foncés comme des soirs d’orage au-dessus de l’océan et je n’aimais que les bleus pastels comme les doux matins encore endormis.
Je crois qu’on a, chacun notre tour, donné les meilleurs arguments de la terre pour convaincre l’autre. Le petit jeu a duré un peu même que le papa de Phil en a profité pour aller chercher du matériel le temps qu’on se décide. Quant à la vendeuse, à bout d’énergie sans doute,  elle a tourné les talons pour ne pas prendre partie.

Nous savions que Manon rêvait de bleu. Et nous étions en train de repeindre des murs imaginaires effaçant les clairs d’un coup de foncé et gommant les foncés pour les repeindre en clair.

Et puis, un grand éclat de rire.

 

Ça devait se terminer en un grand éclat de rire. Avec Phil, quand on n’est pas d’accord, il y a un moment où quelque chose se passe: on s’arrête de parler et on se regarde. Pas les yeux dans les yeux, non. On se regarde comme si on était juste à côté.
Et on nous  trouve drôles.
Peut-être que c’est ça l’amitié. Etre capable de nous regarder en vrai.

 

– Alors?
Les mains chargées de pinceaux, le papa de Phil a entendu le verdict: il fallait acheter un pot de foncé et un pot de clair.
– On fera deux murs couleur du soir et deux murs couleur du matin.
Phil a annoncé cela d’une façon si certaine que le papa a trouvé que c’était une très belle idée. Il suffit de peu parfois pour convaincre les grandes personnes.

 

Voilà, ça fait deux jours entiers qu’il peint. Nous, on mélange, on prépare, on essuie, on range. Et on regarde nos bleus habillés les murs.
C’est beau le matin et le soir côte à côte.
C’est beau de poser des nuances sur nos murs, ça rend même la vie un peu plus jolie.

 

 

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