Le chemin

Je regarde le monde du haut de mes 3 pommes et je l’écris au crayon.
Je m’appelle Coquille et j’aime bien le chemin pour y aller.

J’ai repris le chemin de l’école. C’est toujours étrange comme les mots en disent longs. J’ai repris le chemin de l’école comme si je reprenais du pain dans la corbeille surtout si la croûte est bien dorée, ou bien comme si je reprenais la page de mon livre arrêtée au milieu parce qu’il fallait éteindre et dormir et surtout ne pas tenter la lampe de poche une veille de rentrée. J’ai repris le chemin de l’école comme lorsque le verbe reprendre me dit que j’ai  encore faim. De pain ou de lecture tout pareil.

J’ai repris le chemin de l’école. Je ne sais pas pour vous mais moi, dès que je pose les premiers pas, j’ai l’impression que mes sandalettes retrouvent les empreintes, les petites bosses et les petits creux comme si elles connaissaient les lignes par coeur. (Les sandalettes c’est parce que même s’il ne fait pas toujours très chaud le premier jour de la rentrée, on garde l’été à nos pieds, il ne peut pas en être autrement).

J’ai repris le chemin de l’école. J’ai tout retrouvé comme si rien n’avait bougé pendant deux mois: les deux gros tilleuls de la cour de récré, la manie des grands qui étaient petits l’année dernière de taquiner les petits de cette année, le sourire de Lili et les images de foot de Phil et de ses copains qu’ils promettent de s’échanger même si la saison n’est pas encore commencée. (C’est drôle le sport qui ajoute une saison au temps mais bon, je ne dis rien).
Quand on regarde d’un peu plus près, il y a quand même des petits détails nouveaux, c’est vrai. La nouvelle maîtresse qui a l’allure d’une maîtresse (on voit bien finalement qu’elle reprend elle aussi), les nouveaux livres sur le rayon droit de la petite bibliothèque (l’étagère droite, je la connais par coeur parce que ce sont les romans d’aventure que j’adore) mais eux aussi, ils reprennent une place qu’ailleurs ils avaient certainement.

Vous l’avez compris. J’ai repris le chemin de l’école et tout recommence. Et ça m’étonne toujours ça: deux mois d’autrement et d’ailleurs et hop, tout recommence. Tout reprend toujours. Avec cette faim que je garde au ventre.

 

Grand-père, je l’ai fait sourire en lui disant que reprendre le chemin de l’école c’est comme le petit croûton doré du pain dans la corbeille.
C’est parce que j’ai dit pain j’en suis sûre.
Vous savez Grand-père, il ne loupe jamais une occasion de me parler de son Livre préféré. Enfin surtout de son Auteur. ( Et ça peut vous paraître étrange mais je les entends les majuscules quand il parle).
« Dieu ne s’y est pas trompé en nous montrant le chemin de son amour dans ce pain partagé, dis Coquille, tu ne trouves pas qu’il y a une histoire de « reprendre » et d’appétit là aussi ? »

Je lui ai dit oui. Pas pour lui faire plaisir. Non.

Je crois qu’il a pas mal raison sur ce coup-là.
J’ai repris le chemin de l’école comme on reprend un chemin qu’on aime. Je ne sais pas encore très bien si le chemin de l’église me fait pareil mais reprendre « son » pain chaque dimanche, je crois ça doit pouvoir aider à aimer un peu. Un peu mieux peut-être. Je vais bien voir.

Parce que je lui ai dit oui à Grand-père quand juste après il m’a demandé s’il n’était pas temps de la préparer ma première communion.

En attendant, je reprends le chemin de l’école. Et j’ai faim.  😉

 

 

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7 commentaires

  1. Et nous, nous sommes heureux de retrouver Coquille qui met de si jolis mots sur nos émotions, universelle dans la vie qu’elle conte, compagne de tous nos chemins vers Lui. Merci.

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