« J’aime bien l’automne. »

Je regarde le monde du haut de mes 3 pommes et je l’écris au crayon.
Je m’appelle Coquille et j’aime bien l’automne.

J’aime bien l’automne. Ce n’est même pas seulement une question de saison préférée parce que j’aime bien aussi les autres temps, presque autant. J’aime bien l’été qui donne du temps aux heures comme si on avait le pouvoir magique de les faire durer plus longtemps, l’hiver qui sort mon nez sous les écharpes encore tricotées avec de la laine d’amour (c’est comme ça que j’appelle les pelotes de Danielle qui ne tricote que les écharpes parce que c’est tout droit, il paraît que ça s’appelle mohair et c’est vraiment doux comme de l’amour), le printemps qui traverse les arcs-en-ciel en sautant dans les flaques.
Mais j’aime vraiment bien l’automne pour l’orange des potirons qui éclate dans les rangées de potagers, pour les bogues des marrons qu’on écrase sous les semelles et pour la soupe qu’on mijote avec les amis de Claude. Pour les feuilles qui  dansent en tombant, l’odeur de la terre mouillée quand on ouvre les volets le matin et les crêpes au sucre qu’on fera pour réchauffer les goûters.

J’aime bien l’automne et je me suis demandée ce qu’il aimait Jésus comme saison. Je me demande toujours plein de choses sur Jésus même que Grand-père m’a dit que quand j’aurai lu tous les évangiles en entier, il a répété « bien » en entier (comme si je pouvais les lire « mal » en entier), quand je les aurai tous lus donc,  je serai sûrement heureuse de chercher dans les apocryphes. Il l’a dit tout doucement ce mot-là comme pour savourer le compliqué. Il m’a expliqué mais ça ne m’intéresse pas ce qui est caché, moi, je veux juste savoir ce que Jésus aimait dans sa vie. Et quelle est sa saison préférée.
Dans la Bible, Grand-mère m’a déjà lu la pluie du printemps qui arrose la terre, la moisson durant laquelle il ne faut surtout pas fermer l’œil, le raisin qui mûrit à l’automne et la neige des hivers. Mais Jésus lui, quelle saison il préférait ? J’en sais rien. Son anniversaire d’hiver? Les printemps qui font revivre ? L’aride des déserts ? je ne sais pas. La question trottait tellement dans ma tête que lorsque Grand-père m’a demandé si j’avais bien révisé ma leçon de géographie, je ne l’ai pas entendu.
– Mais à quoi tu penses si fort pour ne plus rien entendre ?
– À Jésus.
C’est parti tout seul. Je ne voulais pas dire ça, je voulais juste dire tout ce que je vous ai expliqué, et sa saison préférée. Grand-père a pris un drôle d’air, presque inquiet. C’est drôle comme ça inquiète parfois les grandes personnes les mots des enfants. Puis il a souri.
– Et que veux-tu savoir cette fois ?
Vous voyez Grand-père il me connait par cœur.
– Sa saison préférée.
Et là, il a franchement éclaté de rire.
Et il a dit qu’il n’en savait rien mais qu’il devait aimer tous les temps et que ce n’était peut-être pas très important au fond.

Ce n’est pas très important au fond.
C’est sans doute vrai.
Alors je me suis dit que Jésus devait aimer l’automne, même sans l’orange des potirons, sans bogues sous ses semelles, sans crêpes au sucre. Et puis qu’il a sûrement porté des écharpes faites avec amour, traversé des arcs-en-ciel et fait durer les belles heures.
Ce n’est pas très important au fond.
Sauf que quand même, un ami, quand on l’aime, on a bien envie de le connaître. C’est étrange que les grandes personnes qui aiment Jésus ne se demandent pas quelle était sa couleur préférée, s’il chantait le matin au réveil, s’il aimait les gâteaux que préparait Marie. Jésus, moi je l’aime en me posant toutes ces questions. Jésus, moi je l’aime comme s’il était bien vivant. Comme quelqu’un qui pourrait sauter dans les flaques et manger une crêpe au sucre avec les mains en me disant « j’aime bien l’automne ».

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6 commentaires

  1. Un jour, en célé caté avec des maternelles, un petit de 5 ans m’a dit « quand je serais grand, j’irai voir Jésus. » Il n’y avait rien de morbide. Sa maman m’a assuré qu’il disait cela depuis qu’il entendait parler de Jésus comme d’un ami qu’il pourrait croiser un de ces quatre matins. Je l’ai suivi dans le caté pendant quelques années puis j’ai changé de paroisse. On ne s’est pas perdu de vue, on se suivait de loin. 😉 L’an dernier, j’ai eu de ses nouvelles: il est parti avec une quinzaine de jeunes étudiants en pélé en Terre Sainte. En rentrant de ce pélé, il est venu me retrouver pour me dire que « ça y était, il y était allé. »
    Faire de Jésus son ami, c’est un truc qui ne nous quitte pas.
    Merci Coquille pour tes mots!

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