Les chrysanthèmes

Je regarde le monde du haut de mes 3 pommes et je l’écris au crayon.
Je m’appelle Coquille et j’aime bien les chrysanthèmes quand ils sont blancs.

 

Il y a toujours dans les jours d’automne comme une petite hésitation. On a l’impression que le temps n’est pas de saison.
Il y fait trop froid comme si l’hiver avait décidé de s’installer ou bien trop chaud comme si l’été ne voulait plus s’en aller. Finalement, je ne sais pas trop ce qui est de saison en automne, même la pluie en décide souvent autrement parce qu’ici, de toute façon, elle tombe n’importe quand.
Il y a exactement la même petite hésitation chez les gens. On a l’impression qu’ils ne savent pas s’il faut déjà se calfeutrer au coin de la cheminée ou galoper encore les chemins de randonnée.
Et c’est toujours exactement à ce moment là que Grand-mère décide d’aller acheter des chrysanthèmes. C’est comme si elle voulait ajouter ce qu’il faut pour que l’automne retrouve sa place. Ses chrysanthèmes. Les très gros dorés, les jaunes éclatants, les rose pâle qu’elle appelle mauve, les orangés flamboyants. Elle les choisit pour leurs couleurs, celles qui vont bien avec les gens qu’elle a aimés, enfin qu’elle aime toujours. Je ne les connais pas moi tous ces gens: il y a de vieux amis à elle, un oncle aussi et puis, ses parents.
Jusque là, moi, je l’accompagnais au cimetière sans connaître personne.
Phil, il me dit que je suis bizarre et me raconte des trucs d’horreur. On voit bien qu’il ne connaît pas l’endroit au petit matin quand la rosée perle sur le bord des granits endormis et que le premier soleil caresse doucement les pierres.
Jusque là, moi, je l’accompagnais au cimetière sans connaître personne.
Souvent on croise Gabriel venu parler à sa petite femme. Chaque semaine, depuis des années, Gabriel il vient raconter sa semaine, assis sur le bord de la tombe. Il n’est jamais triste Gabriel, jamais. Même que sa vie est remplie de vie. Phil, il ne comprend pas bien que de continuer à aimer tout le temps ça fait aimer encore plus. Il me dit que ce n’est pas logique mon truc.
Jusque là, moi, je l’accompagnais au cimetière sans connaître personne.
C’est moi qui apporte l’arrosoir pendant que Grand-mère essuie un peu les poussières. Phil, il me dit que c’est exactement ça la mort: de la poussière. Et que lui, il ne veut pas aller au cimetière mais faire envoler ses cendres sur la mer comme pour sa maman. Même que son cimetière ce sera le bord de l’océan. C’est drôle Phil qui ne croit pas en Dieu comment il lève le nez vers le vent et ferme les yeux quand on arrive sur la plage. Je ne dis rien mais je crois bien que ça ressemble à une prière.
Jusque là, moi, je l’accompagnais au cimetière sans connaître personne.
Il y a des gens qui ont dit à Grand-mère que ce n’est pas un endroit pour les enfants. Ils ne comprennent rien les grandes personnes parfois et croient qu’il ne faut pas dire la vie en vrai aux enfants. Même Marie-Odile qui parle d’Espérance tout le temps, elle n’a jamais l’air contente. Je me demande si elle croit vraiment. De toute façon, Phil il dit qu’elle a une tête d’enterrement. J’aime bien y aller au cimetière et ce n’est même pas triste.

Jusque là, moi, je l’accompagnais sans connaître personne.
Je les ai choisis blancs. Les chrysanthèmes pour Suzanne. Je les déposerai sur sa pierre comme un soleil trop fort pour lui dire que je l’aime toujours. Pour la première fois, je vais accompagner Grand-mère au cimetière et connaître quelqu’un, en vrai. C’est un peu étrange mais ce n’est pas triste. Le triste ce n’est pas la mort, c’est juste ce qu’on a dans le cœur quand on voudrait bien revivre des moments en vrai.  Alors, je me rappellerai les histoires qu’elle me racontait, les madeleines et le chocolat qui m’attendaient après l’école. Même que je lèverai peut-être le nez vers le ciel et que je fermerai les yeux. Comme Phil.

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