Juste avant

Je regarde le monde du haut de mes 3 pommes et je l’écris au crayon.
Je m’appelle Coquille et j’aime bien l’avant. 😉

Peut-être parce qu’elle sait que novembre sera long et puis tout gris aussi avec le vent qui siffle sous l’écharpe et embrume le fond des yeux. Peut-être parce que les premiers feux de cheminée lui parlent davantage de la fin d’un été plutôt que des doux de l’hiver qui commence. Peut-être parce qu’elle sait que dehors et ailleurs il y a toujours du triste qu’elle voudrait autrement. Je ne sais pas trop les raisons mais ce que je sais, c’est que Grand-mère sort toujours ses grandes boîtes dès que novembre affiche, sur le calendrier de la cuisine, ses consonnes qui écorchent un peu les lèvres.
Et j’aime tellement ça.
Dans chacune des boîtes qu’elle ouvre, je découvre des trésors, tous ceux qu’elle a collectionnés le reste de l’année, sans rien dire, sans jamais qu’on s’en aperçoive. Des petites boîtes attrapées ça et là, des papiers de toute sorte: des brillants, des qui ne brillent pas, des clairs, des foncés, ceux gardés parce qu’ils ont ce « quelque chose qui servira », des restes de tissu découpés dans ce qui au contraire ne servira plus, des coquillages, des morceaux de bois, des rubans volés aux bouquets qu’elle a reçus pour son anniversaire, des laines oubliées, des bouchons, des pinces, des ficelles, des pommes de pin, des fleurs séchées, mélange hétéroclite (c’est comme ça qu’on appelle une boîte de mille trésors) qui, au tout début novembre, se réveille sous mes yeux.
L’une après l’autre, mes mains plongent au-dedans et étalent sur la table les trouvailles comme une petite liste des souvenirs de l’année.
– Oh le ruban envolé de mon chapeau d’été…le papier froissé du cadeau de Phil… et l’or du crépon que Camille avait mis autour de la petite croix rapportée de son voyage…mais où ça déjà ?
On se rappelle les instants où ces petits riens avaient été oubliés. Grand-mère, elle, était là, et sans qu’on ne remarque rien, les avait glaner comme autant de bouts de nous qu’elle saurait garder.

Grand-mère sort toujours ses grandes boîtes dès que novembre s’affiche sur le calendrier de la cuisine. Et prononce des mots qui croisent le rayon de soleil, celui qui ose encore le bord de la table.
– On va puiser dedans…de quoi préparer de jolis calendriers de l’Avent pour tous les amis.
Et elle sourit. Tellement.

Dès que novembre embrume le fond des yeux, il y a cet avant-là, celui qui éteint tous les vents mauvais et fait attendre le décembre de joie.

 

 

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