Le grain du papier Bible – Grain d’Avent (1)

Il a ouvert sa Bible comme d’habitude. L’aiguille pointait son doigt un peu au-delà de 17 heures, 17 heures seulement et pourtant la nuit commençait déjà à tomber. Il a allumé la lumière de sa salle à manger. Le lustre au plafond a posé une petite auréole sur la page doublée par le jeu des ombres du soir. Puis le téléphone l’a appelé ailleurs.
– Tu peux commencer à lire ce passage, je reviens.
J’ai approché le Livre et en posant mes doigts sur l’auréole, j’ai senti l’épais d’un papier que je ne connaissais pas. J’ai regardé la couverture machinalement, ce n’était pas la même Bible. Puis, j’ai lu Jérémie.

– Alors…
Père Louis est revenu et m’a laissé la parole. Il y a chez les belles personnes  cette élégance de l’écoute qui précède chacune de leurs paroles.
– Je trouve que le papier de ta Bible est un peu rêche aujourd’hui…
Il a souri, d’un petit clin d’œil aussi.
– Oh ça… c’est Jérémie.
J’ai souri.
J’ai insisté aussi.
– Oui oui…mais ton papier Bible, il gratte un tout petit peu quand on passe la main je t’assure… elle vient d’où ta Bible ?
Il a posé sa vieille main ridée.
– Tu as raison. C’est la Bible de ma mère, je voulais te la montrer. Imprimée pendant cette guerre-là, regarde – il a mis son doigt sous un tout petit 1917 –  je pense que l’imprimeur n’avait plus guère de sous pour du beau papier Bible. Mais j’aime assez.

Puis nous avons continué à parler de Jérémie sans plus nous soucier du grain du papier.
Le rêche de ma vie. Son Pardon. Et le sourire de père Louis sur la route du retour.

 

C’était vendredi.
J’avais presque oublié le grain du papier quand au matin de ce premier dimanche, j’ai ouvert ma Bible. La mienne. Le marque-page sur Jérémie, à nouveau. Et mes doigts sur la page, un peu plus loin dans le texte, toucher lisse cette fois. Pas seulement lisse, doux. Le doux des pages familières. Je ne sais pas si vous ressentez cela parfois, la Parole de Dieu au bout des doigts semble caresser nos vies, les toucher, les tenir.
Peau contre peau.

 

Avant sa première messe, j’ai appelé Louis pour lui souhaiter un bel Avent.
– Dis Louis…tu sais que Jérémie est tout doux ce matin.
J’ai entendu le vieil homme sourire.
– L’espérance sans doute.

 

Premier jour d’un nouvel Avent.
Au moment de prendre la plume, j’ai trouvé mon premier grain à écrire. Celui des pages de nos vies, râpeuses souvent, âpres parfois. Leurs grains ressemblent un peu à nos mots: ils accrochent parce qu’ils colèrent, ils écorchent parce qu’ils crient, ils blessent parce qu’ils ont mal.
Sa Parole, Elle, adoucit.
Non pas mièvre, ni fade, ni lisse.
Mais la douceur des mots qui aiment.
Au fond, je crois que ce sont eux, Ses mots d’amour, qu’on espère, éternellement. La parole de bonheur.

Premier jour d’un Avent à égrener les mots d’une Bible, à les toucher du bout des doigts. Puissent les grains de vos vies garder tout leur relief mais se faire un peu plus doux pendant ces jours qui vous mènent à Lui.

À demain.
Corine

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