Grains de riz – Grain d’Avent (5)

Il y a dans mes jeudis un petit goût des jeudis d’autrefois :  un peu plus de temps, simplement. Du temps à prendre et peut-être, en cet Avent, du temps à donner – essayer du moins.
Quand arrive le jeudi avec Sandrine, une fois par mois, je prends soin de préparer un petit goûter-maison. Aujourd’hui, quelques roses des sables. C’est tout simple et une heure au frais suffisent à rendre la gourmandise délicieuse. Pétales de maïs, un peu de beurre, du bon chocolat, une jolie boîte récupérée, le tour était joué.
Et bien mieux que le truc tout bien  enveloppé de doré qu’on achète vite fait.

Avec Sandrine, je réapprends le simple du partage. Elle me donne des pommes, je lui prête des livres; elle me fait un ourlet de pantalon, je lui montre comment ça marche un traitement de texte « comme ça je pourrais aider mon grand qui rentre au collège l’an prochain ». Ceux qui me lisent ici depuis longtemps, bien avant Coquille, bien avant cet Avent, se souviennent peut-être d’elle : Sandrine, ses cinq enfants, un compagnon qui n’a pas toujours du travail et une petite maison avec un bout de jardin à essayer de faire vivre, une petite maison à essayer de rendre heureuse surtout. L’association qui a donné des coups de main à Sandrine il y a quelques années m’a chargée de « veiller » maintenant que la famille a repris pied et je crois que  je suis devenue une amie. Vraiment. Même si Sandrine et moi, on a des vies différentes, on se rejoint. Et elle aussi m’apprend. Souvent.

Cette fois, elle a posé devant moi un magnifique riz au lait.
– Tu sais, c’est vraiment rien. Des grains de riz, un peu de sucre et du lait. Les enfants adorent et ça coûte dix fois moins que les petits pots de Super machin.

Elle a dit « grains ».
Vraiment.
J’ai souri.
C’est un peu fou cet Avent-là.

 

La vie est compliquée, difficile souvent, injuste sûrement et pour beaucoup. Elle l’a été pour Sandrine, je le sais. Durement. Injustement, depuis l’enfance.
J’ai repensé à l’actualité rude de nos rues de France. Je me suis demandée si on pouvait encore être heureux, simplement.

Sandrine a goûté une rose des sables. Sourire et chocolat au coin des lèvres.
– Alors tu goûtes mon riz au lait toi aussi !
Je suis repartie avec ses grains de riz dans la tête, jolis.

Jour 5. Je n’ai la solution à rien, absolument rien, surtout pas à la souffrance. Mais je crois, j’y crois oui, qu’un peu de partage – et avec nos voisins déjà – que beaucoup plus de simplicité dans nos vies – à tous – feraient retrouver le goût du vrai aux gens. Et l’envie de construire une vie sans artifice là où, hélas, l’on confond souvent pouvoir d’achat avec pouvoir de tout acheter.

Puisse cet Avent vous donner à vivre des partages, simples. Tout simples. Comme Lui, sur Son chemin.

À demain.
Corine

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2 commentaires

  1. Hier, rencontré au sein d’une réunion, une jeune femme, médecin en Irak et qui a tout perdu et qui tente de valider à nouveau ses examens pour exercer en France un jour :  » les gens ici sont malheureux aussi parce que le monde leur montre des modèles de bonheur qui ne sont pas du bonheur. »

    1. Oui…Rien n’est simple. Il y a de vraies souffrances ici et puis, une société qui nous a fait croire qu’être heureux c’était d’avoir, d’avoir tout et tout de suite. Et puis, un mode du travail à l’usine, dans les sociétés, où il faut aller toujours plus vite sans que le travail soit reconnu. Et des loyers pas possibles. Il ne s’agit pas de revenir en arrière mais de retisser de vrais liens. Je les vois encore dans les assocs, chrétiennes ou pas. Je repense souvent aux paroles de l’abbé Pierre en ce moment, on devrait le réécouter je crois.

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