Traces de Terre Sainte (2)

C’est peut-être le répit d’un mercredi après-midi.
Les amis allemands partis découvrir la mer et le soleil sur la terrasse pour préparer des cours, tranquille. J’ai accroché quelques linges à sécher. Il y avait le soleil tellement doux et le silence, seulement les oiseaux, un peu de bruit, à peine, au loin. Et la pelouse comme un tapis. Je me suis assise au ras des pâquerettes. J’ai fermé les yeux.

Et le désert est revenu.

C’est peut-être à cause du répit, à cause du soleil, à cause du vent léger, à cause du silence. Je me suis dit qu’en rentrant, je partagerai ce deuxième texte, écrit il y a quelques temps, trace d’un désert.

J’ai cru, en repartant du désert, que je n’aimerais aucun lieu de cette façon, autant, aussi intensément et que la suite du pèlerinage garderait l’empreinte de mes pas dans le Néguev.
Du désert, je n’avais aucune idée, avant.
Seulement, une ligne étendue en noir et blanc, légèrement ondulée, tracée sur un évangile d’enfant. Quelques pierres, très peu, grisées. Une ou deux herbes folles. Et Jésus, seul, face au mal. Mal que je ne savais jamais nommer, petite. Satan n’a jamais été un mot facile pour moi, je n’aimais pas dire ce que je ne comprenais pas bien. Je n’ai gardé en mémoire que Jésus souffrant dans le désert. Et je n’avais du désert que  l’idée d’une lutte, d’un combat, du difficile.

J’ai appris plus tard la Bible et l’Ancien Testament,  la « terre aride et ravinée, terre sèche et sinistre, terre où personne n’est jamais passé, où aucun homme n’a jamais habité » (Jr 2, 6).
Lieu même de quelques cauchemars de petite fille qui aujourd’hui me font presque sourire « pays (…) de la lionne et du lion rugissant, de la vipère et du dragon volant » (Is 30, 6).

Shour, Mara, Élim, le désert de Sîn, le Sinaï. J’ai dessiné les chemins d’un exode qui m’effrayait tant il me rappelait l’absence de maison.
Lieu d’épreuves, de tentation, jamais je n’y voyais la grâce, jamais la révélation.

Et j’ai tant aimé le Néguev.

Tant que je n’ai pas su d’abord dire pourquoi.
Tant que je n’ai pas osé confronter ce que j’aimais à mes souvenirs effrayés d’enfant qui n’avait pas beaucoup grandi.
Il a fallu un peu de temps et la suite du voyage, aussi.

Peu à peu, j’ai apprivoisé l’idée que Dieu l’aimait aussi le désert.
« C’est pourquoi, mon épouse infidèle, je vais la séduire, je vais l’entraîner jusqu’au désert, et je lui parlerai cœur à cœur. » Osée, 2, 16

Il aimait inévitablement les pierres jalonnant les chemins, traces des hommes en pèlerinage, traversée où Lui, Il est là, avant tout autre.
Il aimait – comment pouvait-il en être autrement ? – son silence, empli, plein, doux comme une longue prière qui s’étire à perte de mots.
Il aimait son soleil, brûlant, proche.

Et j’ai tant aimé le Néguev.
J’aurais voulu rester là, dépouillée, recueillie, silencieuse. Si près.

C’est en continuant le voyage que j’ai compris. Il m’a fallu un peu de temps.
J’ai tant aimé le désert parce qu’il était comme un recommencement, un début, un départ. Une naissance presque.
Et je me suis rappelée tous mes petits déserts. Avant ce départ, avant cet examen, avant ce concours, après parfois, avant cette décision, avant mon mariage, avant les naissances de mes trois enfants, avant ce voyage. Devant une page à écrire, un choix à faire. Et après. Oui je me rappelle chacun de mes petits déserts et je sais maintenant.
Dans chaque silence, dans chaque souffle du vent, dans chaque soleil un peu trop chaud, Dieu était là. Dieu est. Dieu sera.
Là.

J’ai cru, en repartant du désert, que je n’aimerais aucun lieu de cette façon, autant, aussi intensément et que la suite du pèlerinage garderait l’empreinte de mes pas dans le Néguev.

Puis, il y a eu Jérusalem.

…à une autre fois, pour une autre trace.  🙂

 

 

Joyeux anniversaire !

Entre l’arrivée de nos hôtes allemands de retour en France cette semaine, la fête annoncée pour les retrouvailles, et les soirées, et les cours, et les formations, et les copies, et la paroisse, et la maison, et la vie en somme, il y a parfois des petits messages qui se glissent  sur un écran de téléphone.
Deux mots, une exclamation, un truc de rien.
Un peu de doux qui en quelques lettres posées fait passer les heures plus doucement.

Comme ce matin.

Je suis sortie de mon latin avec la troisième déclinaison qui faisait mal et la tête à gamberger encore pour trouver le machin du cours prochain qui ferait mieux passer la pilule des imparisyllabiques. Mais la pause de midi s’annonçait ensoleillée, le latin on verrait plus tard.
J’ai retrouvé mon sac, mon portable et tiens un message.

– JOYEUX ANNIVERSAIRE !

En majuscules même, comme s’il fallait que je l’entende bien.
Un point d’exclamation pour me redire de sourire…
…et deux secondes de soupir à me dire mais Père Louis il vieillit vraiment : je suis née en février !
Oups.
Je n’ai même pas eu le temps de finir ma pensée et j’ai vérifié le jour inscrit sur mon agenda.

16 avril.

16 avril !!!

Nom d’un p’tit bonhomme en bois! J’ai failli l’oublier.

Pourtant c’est bien cet anniversaire-là qui mène une grande partie de ma p’tite vie.
Allez ouste la vie et ses cours et son latin et ses formations et son train d’enfer joyeux qui file trop vite, la fête!

J’ai failli l’oublier.

Mon anniversaire de baptisée!   🙂

(Père Louis est génial, je sais)