Joyeux anniversaire !

Entre l’arrivée de nos hôtes allemands de retour en France cette semaine, la fête annoncée pour les retrouvailles, et les soirées, et les cours, et les formations, et les copies, et la paroisse, et la maison, et la vie en somme, il y a parfois des petits messages qui se glissent  sur un écran de téléphone.
Deux mots, une exclamation, un truc de rien.
Un peu de doux qui en quelques lettres posées fait passer les heures plus doucement.

Comme ce matin.

Je suis sortie de mon latin avec la troisième déclinaison qui faisait mal et la tête à gamberger encore pour trouver le machin du cours prochain qui ferait mieux passer la pilule des imparisyllabiques. Mais la pause de midi s’annonçait ensoleillée, le latin on verrait plus tard.
J’ai retrouvé mon sac, mon portable et tiens un message.

– JOYEUX ANNIVERSAIRE !

En majuscules même, comme s’il fallait que je l’entende bien.
Un point d’exclamation pour me redire de sourire…
…et deux secondes de soupir à me dire mais Père Louis il vieillit vraiment : je suis née en février !
Oups.
Je n’ai même pas eu le temps de finir ma pensée et j’ai vérifié le jour inscrit sur mon agenda.

16 avril.

16 avril !!!

Nom d’un p’tit bonhomme en bois! J’ai failli l’oublier.

Pourtant c’est bien cet anniversaire-là qui mène une grande partie de ma p’tite vie.
Allez ouste la vie et ses cours et son latin et ses formations et son train d’enfer joyeux qui file trop vite, la fête!

J’ai failli l’oublier.

Mon anniversaire de baptisée!   🙂

(Père Louis est génial, je sais)

 

Clin Dieu

Je ne comprenais pas bien cela, petite.
Que Jésus revienne et que ses amis, ceux qui l’aimaient et l’avaient suivi, ne le reconnaissent pas. D’emblée.

Comment est-ce possible de ne pas reconnaître un ami, dis ?

Et un jour que je demandais au père Denis mais qu’est-ce qu’il avait donc Jésus pour que ses copains ne voient pas que c’est lui, je me souviens que le prêtre de mes heures de caté ne m’avait pas expliqué  la résurrection, ni le miracle d’un filet rempli, ni le partage du pain, non. Il m’avait renvoyé ma question et simplement demandé:

« Et crois-tu que nous le reconnaissions toujours Jésus, nous ?  »
L’audace de mes 9 ou 10 ans avait répondu un oui sans hésiter, osant même un « si j’avais été à la place d’un disciple, j’aurais vu que c’était Lui, c’est sûr! »

L’audace de petite fille a disparu aujourd’hui mais il reste ces mots.
J’y ai repensé lundi quand j’ai perdu patience en classe face à cette petite qui pourtant fait ce qu’elle peut, et mardi quand Michelle, cette aide-soignante toujours si présente,  m’a agacée parce qu’elle ne venait pas voir Mado qui s’étouffait en mangeant, et mercredi quand je n’ai pas réussi à  lever le nez au matin et sourire au ciel printanier. Je l’ai entendu le père Denis.

« Et crois-tu que tu le reconnais toujours Jésus dans ta vie ? »

Ce matin, j’ai corrigé sa copie vraiment réussie, promis à Michelle d’être là pour le dîner de ce soir parce qu’elle m’a redit en la quittant vous savez elle va bien quand vous êtes là, et puis, j’ai levé le nez.
Tu sais, je crois que je L’ai reconnu.
J’ai plissé l’oeil, clin Dieu en regardant son ciel.
Il faisait soleil.   😉

 

Il y avait ce tiroir

Il y avait ce tiroir.
J’y rangeais mes mots écrits sur un petit cahier d’écolière à la couverture cartonnée, j’y déposais mes peines et mes joies d’enfant mêlées de coquillages aux reflets nacrés, j’y collectionnais mes rêves de petite fille ajoutés aux trésors ramassés au long de mes chemins.
Un méli-mélo de cailloux collés sur des papiers dorés.
Souvent j’y repense.
Peut-être parce qu’avant Pâques, il y avait aussi cette sorte de rituel. Un grand vent s’emparait de la maison, de bas en haut, ils décidaient d’un commun accord, souvent en regardant le ciel devenu un peu moins gris un peu moins pluie, de faire un « grand ménage de printemps ». Tapis tendus au dehors, secoués au grand vent du large, et les gros meubles remués pour faire disparaître la poussière, les étagères rangées, les placards triés et les tiroirs vidés.

Et il y avait mon tiroir.
Je voulais bien remuer mes livres, ranger mes bricoles, secouer ma couette, vider mon armoire mais mon tiroir, pas question d’y toucher.
J’entassais mes mots, mes peines, mes joies sans jamais les regarder, sans jamais les relire.

Un jour pourtant, j’ai appris.

Pâques venait de passer, doucement. Comme aujourd’hui, il y avait la pluie.
Un peu du gris de mes 13 ans aussi qui devaient choisir.
Difficile.
Il y avait Pâques derrière nous comme une joie immense qu’on aurait voulu encore et encore vivre et garder, sans y toucher. Un peu comme aujourd’hui, oui.
« La vie ce n’est pas accumuler des choses, des mots, des souvenirs, la vie c’est Pâques chaque jour, et Pâques chaque jour, c’est avancer et renaître. »

J’ai ouvert mon tiroir et vidé ce qu’il y avait tout au fond.
J’ai souri aux mots de mes 7 ans, aux coquillages encore brillants , au méli-mélo de cailloux et de papiers gardés.
J’ai nettoyé un peu, j’ai relu, j’ai fait de la place.
J’ai grandi.

 

 

Il y a encore mes tiroirs.
Avant Pâques, un vent a soufflé sur ma maison, grand ménage de printemps.
Aujourd’hui, je me suis occupée de mes tiroirs. Un peu de tri, beaucoup de relecture, un peu de place à la vie, toujours.

C’est peut-être cela Pâques finalement. Juste cela.
Être prêts à ouvrir nos coeurs comme un tiroir à trier, à relire, à ranger
et re-commencer.