Le p’tit truc qui fait aimer

« Est-il permis le jour du Sabbat de faire le bien ou de faire le mal ? »

 

Et puis revient ce lundi matin. Celui qui n’est plus celui de LA rentrée.
Celui qui retrouve le quotidien.
Un lundi matin tout simple.

Je me souviens qu’elle me racontait l’ordinaire des jours un peu à la manière de l’évangile de ce matin.
« Il n’y a pas de matins exceptionnels, il n’y a pas de jours extraordinaires.
Il y a dans chaque matin une promesse, celle de faire du bien, celle de faire le bien, celle d’aimer. Et les jours extraordinaires sont seulement ceux où l’on y est un peu arrivé… oh  un peu…, un peu seulement, vraiment un peu, n’oublie jamais que Dieu nous demande ce qui est à notre mesure. »

Et puis revient ce lundi matin dans l’ordinaire d’une nouvelle année de classes. Celui qui retrouve leur quotidien.
Un lundi qui sera peut-être compliqué.

Je vais attraper le quotidien des heures en espérant que chacune d’elles puissent avoir un tout petit peu, un vraiment tout petit peu de l’extraordinaire de Dieu, vous savez, le p’tit truc, le tout p’tit truc qui nous fait aimer.

Tu es Pierre…

Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon église.

C’est un petit souvenir qui me fait sourire.
C’est un petit souvenir d’enfant qui me fait sourire à chaque fois que revient cet évangile. Avant de l’écouter à nouveau demain, je me dis qu’il faut vous raconter un peu.

Au retour d’un dimanche où l’on rentrait à pied sans doute parce qu’il devait faire doux, peut-être parce qu’on avait du temps, j’ai ramassé un galet au bord de mon chemin.
J’aimais bien ramasser des galets, je collectionnais les gris pâle, ceux qui étaient bien lisses. Je les gardais posés, déposés, superposés au bord de ma fenêtre comme un rempart au triste du temps. Il suffisait de les regarder semblant défiler en ribambelles pour imaginer les aventures qu’ils portaient en eux et sourire.
La main plongée dans ma poche, je caressais le caillou.
Je me souviens l’avoir caressé longtemps.
Puis, je ne sais comment ni pourquoi, je me suis plantée devant eux, je les ai arrêtés dans leur marche et sortant la petite pierre lisse de ma poche, j’ai laissé aller ce que j’avais sans doute compris de l’homélie du jour:
– Non mais vraiment!… quel drôle ce Jésus pour donner un nom pareil à Simon ! Pierre. Pierre, pierre, pierre !!! Vous vous rendez compte que c’est un prénom chaud comme le soleil, beau comme la lune et grand comme l’océan !

Je ne sais pas quel âge je pouvais avoir la première fois qu’il a pris le temps de
m’expliquer le petros et le petra grecs. Je crois que ça m’importait peu.
Il m’a fait lire ensuite les Pères de l’église et les commentaires de commentaires. Je n’ose pas dire que cela m’importait peu mais cela m’importait peu.
Je garde tout et de son savoir et des textes et de tout ce qui peut nourrir ma compréhension de La Parole mais.
Mais de cet évangile, je ne garde que mon mot d’enfant qu’elle avait consigné dans son journal dès l’après-midi de ce dimanche.

Pierre, pierre, Pierre, pierres de ton église !… c’est chaud comme le soleil, beau comme la lune et grand comme l’océan !

Sans complément

Jésus dit à Simon-Pierre : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment, plus que ceux-ci? » 
Il lui dit une deuxième fois : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment ? »
Il lui dit, pour la troisième fois : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? » 

 

On a toujours besoin d’un complément au verbe aimer.
Surtout dans notre langue, tu sais bien, mais dans d’autres aussi, celles où il y  a des tonnes de verbes pour nuancer, ça ne change rien au fond. Il s’agira d’utiliser le bon mot. On essaie toujours de dire à quoi elle ressemble notre amitié, à quoi il ressemble notre amour.
Alors on aime un peu, beaucoup, passionnément, à la folie jusqu’au pas du tout parfois.
Alors on aime bien, on aime trop, on aime mal.
On aime assez, on aime tellement, on aime vraiment.
On aime moins. On n’aime plus. On n’aime pas.
On passe tant de temps à mesurer tout le temps, à compter nos j’aime, à s’en gorger, à s’en repaître, à s’en méfier.

Elle me plaît bien la question de Jésus lorsqu’elle arrive au terme du dialogue avec Pierre.
Il ne s’agit pas pour moi de commenter encore une fois l’agapè ou la philia, il ne s’agit pas de mesurer la nature de cet amour. Je m’en fiche un peu je crois.

Il s’agit seulement d’entendre un m’aimes-tu sans rien autour, sans condition, sans complément.
Et ça paraît si simple au matin joli de te répondre oui.
Bien sûr que je t’aime Jésus.
Bien sûr.

Pourtant, les heures vont défiler et  je ne vais qu’y ajouter des compléments à mon amour pour toi. Je le nuance, je l’atténue, je l’oublie, je le laisse tomber, je le trahis, je le retrouve, je l’avoue, je le tais. Il m’arrive même d’en douter. Il m’arrive de le re-nier.

C’est sans compter sur Toi qui m’aimes.

Et ça tu vois, même si devant mes faiblesses, j’arrive pas toujours à y croire encore, je le ressens ton amour. Pleinement.
Peut-être bien parce que le tien, il est sans complément.

Est-ce que tu m’aimes ?

« Moi aussi je l’aimerai… »
Evangile de ce matin.

 

Je n’étais pas plus haute qu’une petite fille de huit ans trois quarts et j’écrivais des petits bouts de prières dans un cahier d’écolière.

Au stylo plume, avec de l’encre bleu marine, un buvard rose posé sous la main qui traçait des mots appliqués, agenouillée auprès de mon lit, le cahier ouvert sur le moelleux d’un couvre-pieds sur lequel des taches d’encre  me trahissaient parfois. On grondait, on grondait doucement, parce qu’assise à un bureau  pour écrire c’était mieux quand même. Mais pas pour prier. Je savais argumenter de n’est-ce pas et c’est toujours en écrivant agenouillée par terre que je priais le mieux.
C’était toujours bien juste après, quand la petite prière était déjà écrite et le cahier presque refermé. En vrai, le temps de l’écriture, on passait parfois devant ma porte de chambre sans jamais me déranger. Je faisais semblant de ne rien entendre. Je n’étais pas dupe. Et je souriais plus tard à la façon dont on m’aimait. Absolument. Un peu trop absolument.

Je n’étais pas plus haute qu’une petite fille de huit ans trois quarts et j’ouvrais toujours mon cahier pour relire avant de le fermer tout à fait.

C’est à ce moment-là que j’ajoutais un je t’aime fort Jésus et toi, est-ce que tu m’aimes?
Je croyais lire en filigrane un oui.
Je croyais mais je n’ai jamais été très sûre de ce côté-là parce que j’en accumulais pas mal de raisons de ne pas être aimée.
Oui bien sûr. Oui je sais et on me répétait que oui oui et oui, avec cet absolument toujours mais ils m’aimaient tant eux, ils m’aimaient tellement, comment les croire objectifs.
Mon doute n’a jamais été dans l’essence de Dieu, jamais. Dans son amour absolu pour moi, oui.
Sincèrement, faut pas se leurrer quand même, il avait, il a, il aura des raisons de ne pas aimer tout à fait ce moment-là et ces mots-là et cet instant et.
Et on a le droit d’avoir un peu de mal à y croire à son amour infini pour nos pauvres petites carcasses.
J’avais du mal à y croire.
Même si je lisais son oui en filigrane.
Et jamais cette question n’a cessé d’être posée.

Jamais cette question ne cesse d’être posée.
Même si j’y crois dur comme fer à son amour infini.
Je t’aime fort et toi, est-ce que tu m’aimes ?
On pose parfois des questions seulement pour entendre à nouveau la même réponse, indéfiniment. On sait ça. On connait aussi les « tu ne m’aimes pas dis » pour entendre les « mais si. Si, bien sûr que si. »

Je ne suis pas très haute et j’ouvre toujours mon cahier pour écrire mes bouts de prières. Je peux tout écrire sur l’écran sauf ça.

Il me faut le stylo plume et l’encre bleu marine, Je me passe du buvard mais pas des belles pages ni des beaux carnets. Il me faut toujours m’agenouiller un peu au coin d’un lit, au détour d’un coussin, au bras d’un vieux fauteuil et parfois encore des petites taches bleues viennent trahir mon passage.

Il n’y a pas d’amen à mes prières, un je t’aime seulement.
Presque seulement.

Et toujours un et toi est-ce que tu m’aimes ?

Une petite histoire de portes

Bon, ça c’est un truc du dimanche, catégorie brouillamini d’évangile. Le vrai tu peux le trouver là.

 

J’aurais dû écrire une histoire de petite porte.

Dans mon église du dimanche, je passais toujours par la petite porte, celle de côté. C’était la plus pratique. Quand on arrivait à pied, c’était la première et quand on prenait la voiture, le parking était à côté. Pour la grande porte, c’était plus compliqué, il y avait le contour de l’église et toutes les marches à gravir, bien en face de la rue, bien en vue.
Et puis la petite porte nous emmenait directement dans les premiers rangs, là où j’aimais bien me retrouver et rejoindre les amis. La grande, elle, nous laissait au fond de l’église et nous poussait à remonter toute l’allée.

J’ai écrit à l’imparfait parce qu’un jour – un jour d’il n’y a pas si longtemps –  j’ai changé de porte.
Je suis passée par la grande, l’autre, celle des marches à gravir et de l’allée à remonter. Et j’ai croisé des regards qui regardaient comme moi et pourtant  que je ne connaissais pas. C’est trop bête. Pour une simple histoire de petite porte.

Depuis, je ne passe jamais par la même porte. Je change souvent. Et j’attrape à chaque fois de nouveaux regards. Avec des sourires aussi.

J’aurais pu  écrire une histoire de petite porte.

Dans son évangile ce matin, Jésus me redit que c’est Lui, de toutes les façons, l’unique porte. Vrai de vrai. Pour nous, Chrétiens de nos petits dimanches, c’est pas tout à fait la même chose tu sais. Il n’est pas si mal de ne pas nous habituer et d’entrer par toutes les portes de nos églises, pour en sortir aussi.
Parce que s’Il est La porte unique, Dieu, Lui, se trouve à chaque seuil de chacune de nos vies. Et faudrait pas trop se louper à cause d’une histoire de petite porte. 😉