Nos jours nos mots nos vies mélangés

Il y a des grands jours qui nous rendent uniques en nous gardant précieusement avec eux.
Et il y a tous les autres jours, sans rien autour.
J’aime bien les autres jours, sans rien autour.
Ils sont pleins de nos vies, toutes mélangées.
Ils sont pleins d’un peu de nous au pluriel les autres jours.

Comme un dimanche qui ajoute un à un des p’tits cafés, un peu trop même, des chauds et des glacés, et le goût laissé sur des paroles offertes.
Emmêlées.
Comme un 18 juin qui tourne la page des 18 juin, il y a des dates comme ça et des histoires avec des h minuscules, c’est étrange. 1972, un président qui inaugure. Je me souviens vaguement que la radio parlait d’un mémorial et d’un débarquement. C’était un dimanche je sais seulement ça. Je débarquais aussi, au bout d’une nouvelle Terre et tous les souvenirs reviennent.
Mélangés.
Comme des albums photos et des photos qu’on regarde encore allongées sur les carreaux froids, les pieds nus à la renverse, l’épreuve d’anglais du bac entre parenthèses et les cours d’un lundi à côté, l’impression de jouer à des sorcières bien aimées qui arrêteraient le temps avec nos bouts de nez et nos sourires.
Entremêlés.
Comme des musiques qu’on écoute et Miossec qu’on chante en décalé on l’aime toujours un peu écorché avec un Alléluia de Taizé en guise de refrain juste après on s’en fout on aime la vie dans ce mélange absolu. On remet Bashung après oui. Goldman aussi si tu veux. Du violon qui jazze dis encore. Tonnerre de Brest. Tout aimer.
Mélangés.
Comme ces infos sur l’écran les cyclistes et les élections les derniers tours pourquoi les gens s’en foutent dis pourquoi ils râlent tout le temps toujours encore pourquoi et cette chaleur. Il y a des flammes et du feu et la terre brûle je pense à elle à son Portugal, il est drôle notre monde en images qui défilent sans pudeur.
Toutes mélangées.

Comme les mots de ma prière posée à l’instant, sans rien autour de mes questions.

 

Dis Tu les aimes comment Toi les jours?
Tu les aimes comment nos jours et vies absolument mélangées ?
Tu les aimes comment Dieu tous nos mélanges?

Tu vas trier Toi dis ?

 

J’ai écrit prier sur mon cahier  je n’ai rien vu arriver les lettres se sont mélangées.
Clin Dieu. Si tu veux.  😉

 

J’aime bien les autres jours sans rien autour, nos mots nos vies mélangées, et Dieu.

Drôle de prière

Certains matins, je lis trop tôt,
ou mal réveillée,
ou sans lunettes,
ou pire avant le café,
bref je prends des risques.
Ce matin par exemple, le Prions en église ouvert entre la tasse et la tartine,  j’ai lu « humour » à la place d’ « amour ».
Bref le Seigneur se devait d’être amusant – et plein d’Esprit forcément.

Bien évidemment la seconde qui a suivi, l’erreur a été rectifiée.
Sauf que le mot « humour » est resté, dans ma p’tite prière du p’tit déjeuner.

Et ça m’a fait un truc du genre mes pardons un peu plus légers à porter, mes s’il te plaît un peu moins pressés, mes mercis un peu comme des éclats de rire.
En résumé, j’ai terminé par un tu me fais sourire en place d’un tu me fais aimer. Comme si c’était par là qu’il fallait commencer.

Certains matins, je me demande si Tu le fais pas exprès.

Seigneur, T’es drôle en vrai.

 

Il n’y avait pas de courrier

« Les petits riens ne sont jamais insignifiants. La beauté foisonne dans l’infime. »
Sylvie Germain

On s’est demandé au presque soir d’un dimanche si quelqu’un était allé chercher le courrier dans la boite aux lettres le samedi. On a bien cru que non.
Alors je suis sortie.
Il y avait le doux d’un lundi férié à venir et la voisine qui rentrait d’une balade son sourire et son bonjour et toi tu vas bien?
Mes pieds sur l’allée ont croisé les gazanias fraîchement plantés d’un après-midi au jardin et encore ouverts comme des soleils.
La clé a glissé de mes mains. Juste avant la petite porte de la boite.
Elle est tombée dans les blancs d’un creux de vivace qui vit là.
Je me suis penchée.
En cherchant un peu, ma main l’a croisée.
Un peu de terre autour, perdue il y a de longues semaines.
Je ne sais comment.
Je me suis demandée au presque soir d’un dimanche ce qu’il fallait comprendre.
Puis j’ai cessé.
Et j’ai souri.
Seulement.

J’ai remonté l’allée, ma petite croix en émail bleuté, celle qui reste toujours dans la petite poche de mon sac à main et disparue il y a de longues semaines, serrée au creux de ma main.
Il n’y avait pas de courrier.