Et Moriarty sur la platine

Il y a eu le gris en ouvrant les volets du dimanche matin, même que les oiseaux, je ne les ai plus entendus. Le chat en a profité pour se blottir au chaud d’un canapé encore plein des parfums d’une soirée à bouquiner au coin d’un feu de printemps. D’une saison qui ne vient pas.
Tant pis.
Je l’avais décidée l’église à pieds et en robe fleurie. C’est bien de décider de le poser le soleil sur le bout des heures. Parfois faut lui forcer un peu la main.

Il y a eu le déjeuner. Et la Miséricorde non mais c’est un peu facile d’être aimés à ce point non et tous en plus,  je veux dire c’est un peu facile même si on fait du mal tout le temps non ? Ils ont causé du facile ou pas. C’était drôle de regarder leurs 20 ans qui philosophent au chaud d’une raclette de dimanche midi. C’était assez joli et le soleil est entré à pas tranquilles.

Il y a eu la vaisselle après. Finalement la panne de lave-vaisselle est  sympathique quand il y a les rires des éclaboussures et des torchons qui dansent. Et les bavardages futiles qui se mêlent aux vraies questions. C’est toujours comme ça les bavardages en vrai, un peu comme des préambules de vie à ce qui agite les coeurs tout au fond. Et ces verres tu les ranges où déjà  il y a des églises comment à Prague dis relave le plat s’il te plaît il reste un truc quand même je ne pourrais pas pardonner ça passe moi les assiettes et la miséricorde c’est pas pour les chiens.

Il y a les copies sur le coin d’un bureau, sages. Il y a Moriarty sur la platine. Il y a les heures d’un dimanche après-midi ponctuées de son maman je peux te piquer ce pull cette semaine et de ses tu peux me corriger ça dis ?

Il y a le gris par la fenêtre et le soleil qu’on décide dedans.
Et le disque de Moriarty.

 

Fous d’Amour

Et il y a ce moment que j’aime tout particulièrement.

Depuis deux jours, on guettait les bulletins météo. Pleuvra, pleuvra pas.
La veille, pas question d’y songer. La pluie n’avait cessé de tomber.
Vers 16 heures, on s’est dit c’est fichu, les nuages lourds s’amoncellent au-dessus des clochers.
À 18 heures, regain d‘espoir espérance.
19 heures, quelques gouttes, on est mal.

Et le vent s’est levé. Il a balayé le ciel devenu presque bleu.
Et à 20 heures 30 passées, on a allumé le feu.
Sur le parvis de l’église.

Et c’est ce moment que j’aime tout particulièrement.
Une église pleine, rassemblée, au dehors, autour du feu: nos prêtres, nos diacres, les paroissiens, les croyants de passage, les pratiquants d’un jour, les futurs baptisés, leurs familles, là parfois juste pour eux, non croyantes. Comme elle. J’suis de la famille de Louna. J’suis là pour elle. J’crois pas vous savez mais c’est beau ce soir, c’est un peu fou tous ces gens même…
Un peu fous oui.
Un peu folle mon Église qui ouvre ses portes pour allumer au dehors Ton Feu et l’annoncer à toutes, à tous, encore et encore, aujourd’hui, Ta Bonne Nouvelle.

Tu es Vivant.

On s’est serrés les uns contre les autres, communauté frigorifiée par un vent trop vif qui n’a pourtant pas éteint les flammes!  Soeur Gisèle a même attrapé mon bras. On va se tenir chaud !
Quelques voitures ont ralenti en passant.
Oh… mais que font-ils… ? Il y a une fête ce soir… ? Ils ont fait un feu…? C’est Pâques c’est vrai…!
Peut-être même que certains ont pensé qu’on était tous devenus un peu fous.

Oui, un peu fous.
D’amour, sans nul doute.

Si l’espérance me fait marcher

Je me souviens de ce chant de caté, c’était Mannick et Jo et je les aimais bien.
J’aimais la musique surtout qui me rappelait un vieux chant breton qu’on me fredonnait toute petite. Je l’ai réécouté ce matin, dans la voiture. Je crois que j’avais oublié un peu les paroles. Il y avait les rameaux de buis d’un vert éclatant posés sur le siège arrière, il y avait tous les mots des enfants, si justes, et cette parole du jeune Yohan « Jésus nous aime plus que Tout, comme un truc immense ». Et une semaine à vivre, touchante, toujours bouleversante,  au plus près de Sa Souffrance, des nôtres, d’un monde qui a besoin de Lui. Une semaine pleine, toute pleine, de Son Amour.

Je me souviens de ce chant de caté.
C’est bien elle qui me fait marcher quand je ne tiens pas bien debout, l’espérance.

Tu sais que j’ai l’air vraiment effronté, même dans mon église parfois, à dire que mon espérance c’est le royaume éternel. J’ai l’air naïf de celles et ceux qui croient sans voir. J’ai l’air un peu fou, complètement même, avec mes amis qui ne croient pas lorsque j’ose leur murmurer que je les retrouverai après ma mort.
Ma mort.
En vrai, tu sais, ça n’enlève pas vraiment la peur, non, ça ne l’enlève pas du tout.
Ça n’enlève pas ma peur de souffrir, ça n’enlève pas ma peur de ne pas savoir comment, après.
Ça n’enlève pas ma colère de voir mourir ceux que j’aime.
Ça n’enlève pas les blessures.
Ça n’enlève pas les mots que je répète en vain pourquoi l’absurdité dis, la folie, l’injustice, l’horreur, ça n’enlève rien de tout ça.
Mais ça me fait une petite place, une toute petite place, au chaud dans le coeur.

Un petit espace où je sais que Dieu est là.

Sérieusement, tu trouves ça effronté de croire que tout ceux qui m’ont blessée ou fait mal, Dieu les aime de la même façon, autant ?
Sérieusement, tu trouves ça fou mes péchés, mes blessures quand Il les prend dans ses bras pour m’aider à les porter ?
Sérieusement, tu trouves ça naïf de croire que ceux qui m’ont blessée, ceux que j’ai fait souffrir, je les retrouverai parce qu’il y aura tant d’amour et seulement ça que rien de nos orgueils de nos entêtements de nos blessures n’auront de prise?

Souvent on m’a reproché ma joie coûte que coûte. En vrai, ma joie coûte que coûte elle ne vient pas de moi, elle vient de Lui. Comment puis-je rester triste quand je sais ce qui m’attend ?

Et l’Espérance me fait marcher.