Revenir

Il y a toujours un moment où il faut revenir.
D’une histoire, d’un voyage, d’une prière.
Revenir sur terre, revenir sur sa propre terre.

On a tant écrit sur partir. Motif littéraire tellement plus noble. Partir, avec ses voyages, et ses lointains, et ses horizons à découvrir. Partir, c’est l’infiniment plus à vivre. Revenir paraît si étroit, si ordinaire, si banalement quotidien.

Pourtant il y a toujours ce moment où il faut revenir.
D’un ailleurs, d’un autre, revenir à soi.

Je suis revenue de Ta terre au très tôt de ce matin. Ta Terre Sainte.
C’était l’infiniment plus à vivre ce voyage, c’était l’infiniment plus de poser mes pieds sur Ta Terre, mes pas dans Tes pas. Revenir dans la mienne semble soudain si étroit, si ordinaire, si quotidiennement banal.

Pourtant il faut y revenir.
Pourtant je suis là.

Au chaud de ma maison, près du feu qui brûle. Au coeur d’un bureau, près de mes livres qui s’alignent. Au creux d’un roman laissé là et repris comme si tout continuait.
Et tout continue. Revenir et continuer. Continuer le chemin, continuer la vie. Poursuivre son pèlerinage.

Je suis revenue de Terre Sainte avec ses parfums, ses bruits, ses couleurs. Des mots laissés sur les pages d’un carnet. Des mots que j’écrirai peut-être. D’autres que je ne trouverai que dans mes silences.

Je suis revenue avec Ta Parole lue et relue qui peu à peu s’imprègne. Peut-être même que je suis revenue pour Elle.
Je suis revenue de Terre Sainte par un chemin qui a croisé l’essentiel.
Revenir, revenir enfin et cela semble soudain si clair.

Revenir pour revenir à Toi. Ici.

Vous y allez à cause de Jésus ?

J’aime bien les heures de classe comme ça.
Il y a la fatigue de fin de période et pourtant comme un joli truc qui flotte dans l’air et qui rend les choses faciles, légères et agréables. Le soleil d’abord, sans doute pour beaucoup, quand il traverse les fenêtres et vient caresser leurs dos un peu ronds mais bien là, à écouter, à partager, à donner des mots sur ce prologue de « Lambeaux » qui déjà semble les toucher.
J’aime bien les heures de classe comme ça.
Rares. Quand ils sont rejoints par une page d’auteur avec des mots qui ne leur ressemblent pas, comme si je leur ouvrais, magicienne de quelques instants, des horizons jusque-là inconnus.
J’aime bien les heures de classe comme ça.
A la presque fin de l’heure, il y a aussi leur page autobiographique qu’ils doivent m’envoyer pendant les vacances par messagerie pour garder un peu plus de temps pour l’écrire.
Et la petite question qui fait naître ce tout petit moment.
– Madame, vous nous répondrez aussitôt… J’veux dire vous nous renverrez un mail avec notre correction ?
Je n’avais pas l’intention de raconter ma vie pourtant.
– Non… pas les dix premiers jours, je n’aurai pas beaucoup d’accès à internet pendant ces vacances et peu de temps, je pars loin… sur la fin de la deuxième semaine oui.
Ils n’ont rien dit mais leurs yeux se sont tus. Ils attendaient.
Je n’avais pas l’intention de raconter ma vie mais peut-être bien l’envie de leur dire quand même.
– Vous partez loin, très loin…?
Elle a osé pour la classe, dans le silence qui attendait.
– Oui, un peu, en Israël… à Jérusalem…
Elle a ajouté: « Mais c’est dangereux là-bas non ? »
J’ai juste répondu: « Je reviendrai, ce sera très bien, pas d’inquiétude. »

Eux, ils sont revenus au travail, presque avec envie.
Le soleil a caressé leurs mains qui commençaient à écrire les leçons dans leur agenda. Je me suis dit que c’était la première depuis plus d’un an et demi que le voyage se prépare qui avait osé me parler d’un possible danger.
La sonnerie a retenti. La récré les a vite dispersés. Elle  a traîné un peu devant le bureau.
– Madame c’est à cause de Jésus que vous y allez ?

J’ai souri, dans un grand oui.

Je ne pars pas sans Toi

8 octobre.
Il reste 12 jours et comme il reste 12 jours, j’ai commencé une p’tite liste. Forcément. En vrai, même pour partir au bord de ma Bretagne, je fais des p’tites listes alors pour m’envoler vers la Terre Sainte, tu penses bien que je ne vais pas y échapper.

8 octobre, au soir.
J’ai pris mon long Rhodia noir, celui qui ne sert qu’à faire des listes ou parfois à retenir les mots jolis des livres comme un marque-page sur lequel on peut laisser des traces. Mais finalement c’est presque pareil. Il s’agit de ne pas oublier.

8 octobre, un peu tard.
J’ai pris mon long Rhodia noir et mon stylo bleu. J’ai écrit les trucs et les machins, ceux que je mets toujours dans ma valise et que je n’oublierai jamais mais je les écris quand même. J’ai cru longtemps que ça me rassurait la liste des choses parce que je ne suis pas une courageuse d’aventurière alors ça me fait des mots tout proches pour garder mon quotidien avec moi, peut-être même pour ne pas trop me perdre.
Je sais bien que si j’oublie des trucs et des machins ce n’est jamais très grave, que ça m’arrive souvent et que ce n’est jamais important les choses.
Pourtant, je continue à écrire mes listes dans mon long Rhodia.

8 octobre, il bouquinait à côté de moi.
C’est lui qui m’a demandé pourquoi, lui qui me connaît par coeur depuis 26 ans. Il a souri en ajoutant que ma valise était déjà ouverte et que je savais ce que je mettrai dedans et même il a osé un ta-liste-tu-la-connais-par-coeur.
– Alors pourquoi tu continues à écrire tes listes dans ton long Rhodia ?
– Parce que j’aime ça la liste des mots que je mets dedans.
Voilà, c’est tout, c’est même pas que ça me sert vraiment. C’est même pas que ça me rassure. Je crois que c’est juste pour ça.
Pour écrire mon quotidien parce que je l’aime vraiment bien.
Pour ne pas me perdre parce que ça peut m’arriver et que ça, je n’aime pas du tout.
Et pour ne pas L’ oublier.
Oui pour ne pas L’ oublier.
C’est un peu ridicule mais pas tant. Je peux L’ oublier facilement Dieu dans ma vie en vrai.

Alors tu sais le mot que j’écris en premier, tout en haut de ma p’tite liste c’est toujours le même.

Bible.

Je ne l’oublierai jamais ma Bible c’est pas une histoire d’objet non mais l’écrire c’est comme si je Lui disais

Je ne pars pas sans Toi.

Tu es là. Tu seras là. Même si je T’oublie parfois. Souvent même.
Tu seras là quand même.

8 octobre. Dans 12 jours, la Terre Sainte.
Là-bas, je ne sais pas ce que je vais vivre chez Toi.
Mais j’ai une certitude: je ne pars pas sans Toi.

Paysage (3)

Je devais avoir six ans la première fois que j’ai soulevé la couverture du livre, délicatement. Elle l’avait posé sur l’écorché de mes genoux d’enfant, peut-être pour me reposer un peu.
Je devais n’avoir pas plus de six ans quand je suis tombée amoureuse de Ses paysages avant même de connaître Son histoire et depuis, oui depuis tout ce temps, je n’ai qu’eux pour imaginer Son pays.
Des paysages dessinés en noir et blanc sur des évangiles d’enfant.
Ses paysages qui, au fil du temps, ont pris la teinte presque dorée du papier jauni.

Depuis mes six ans, depuis tout ce temps, et bien davantage encore depuis presque un an et demi, j’ai beau lire des guides, j’ai beau regarder des photographies, j’ai beau feuilleter des albums, j’ai beau tourner des pages et des pages de documentaires, j’ai  beau écouter les couleurs que ceux-qui-y-sont-déjà-aller me racontent, les pastels des contours du lac de Tibériade, les sables des pierres du désert, les orangés de certains soirs sur Bethléem, et même j’ai beau lire Ses Paroles, Sa Parole, à faire deviner les ocres, les beiges, les dorés, les rouges de Jérusalem, je ne vois pas les couleurs.
Seulement mes dessins en noir et blanc sur un papier jauni par le temps.

C’est un peu étrange tu sais: je rêve de la Terre Sainte en noir et blanc.
Je rêve parfois de moi, là-bas, comme si je marchais dans les vignettes de vieux évangiles dessinés, sur les tracés des courbes que je dévorais des yeux, petite.
Des paysages en noir et blanc presque dorés par le temps.
Là, juste là.

Et j’attends.
Trois semaines encore, trois petites semaines seulement, trois semaines à peine maintenant.
Et poser mes pas presque dans Ses pas pour rêver Ses paysages en couleurs.
Peut-être. 🙂

Un jour, j’irai en Terre Sainte avec toi…

…toutes les nuits déconner et voir aucun film en entier ça va de soi…

Non, oh non, pas comme dans la chanson du groupe préféré de nos 17 ans oups. Pardon.

Un jour, j’irai là-bas, ça oui, je l’ai chanté alors ça fait tout bizarre quand c’est décidé, ça y est, on y va.

On-y-va.

C’est drôle de réaliser presque son rêve, d’être au bord, ça donne un peu le vertige quand on y pense.
On se dit que ça aurait pu être bien avant mais non ce sera là, c’est écrit sur l’agenda, fluoté en jaune soleil même.
On se dit qu’on n’y est pas, qu’il y a encore 4 mois, 21 jours et quelques heures à passer ( oui je compte un peu ) et on ne sait jamais… mais non, c’est écrit.

On i-ra.

Et cette certitude, moi qui ne suis jamais sûre de rien.
En vrai, de mes quelques voyages, jamais je n’ai ressenti ça. Jamais.
Mais je ne savais pas avant tu sais, pas vraiment. Ce n’est pas un voyage extraordinaire, ce n’est pas ça. C’est juste comment il est arrivé là…

Parce qu’à 10 ans, je rêvais juste du commandant Cousteau et d’un océan à aller visiter dans ses profondeurs. Je caressais seulement du doigt tes déserts sur mes évangiles en noir et blanc. Je ne savais pas encore qu’on pouvait les traverser.
Pas comme ça.
Parce qu’à 20 ans, je rêvais d’une terre italienne à déambuler du nord au sud le soleil en bandoulière, des mots au bout des doigts et ta Terre, je la priais dans un monastère. Au creux d’une Toscane aux dunes vertes, un autre désert. Je ne savais pas qu’on pourrait le traverser.
Pas comme ça.
Parce qu’à 30 ans, je rêvais de mes voyages intérieurs en traçant sur les arrondis de mon ventre les lignes de vie de mes bébés et ça me faisait aller tellement loin que j’ai oublié un peu que tu avais une Terre à visiter, un désert à traverser.
Comme ça.
Parce qu’à 40 ans…, c’est à 40 ans que ça a dû commencer ce rêve-là. Peut-être bien. Je me souviens d’un Noël peu après, de mes yeux fermés, des bougies,  d’un « vite… fais un voeu ! », de mon « je ne sais pas » en guise de réponse, de son insistance « si…fais un voeu. »
Alors j’ai dit comme ça:

– Un jour j’irai en Terre Sainte avec toi…

Et lui:

– …toutes les nuits déconner voir aucun film en entier ça va de soi.

Et  nos éclats de rire qui ont d’un coup fait résonner notre vie ensemble.

Il aura fallu presque dix ans encore.
J’ai failli oublier. Lui aussi.
Mais Toi sûrement pas. Dieu, tu avais mis ça dans un coin de ton ciel c’est sûr.
Tu y veilles à mes rêves.
Un jour, j’irai en Terre Sainte. Un jour, j’irai là-bas.

On-y-sera.

Et le voyage, ça commence maintenant. Les billets d’avion sont pris. Les amis sont prêts. L’été à vivre et on y sera, au milieu d’un automne à aimer.
Et je viendrai ici raconter, avant, pendant, après, souvent. Pro-mis. 🙂

Alors dis…ça vaut bien un p’tit rock français. 😉 C’est moi aussi tu sais la guitare et la musique et ce groupe alors dis… juste pour l’air de la chanson, je laisse ça là. Les  paroles, je te promets (juré,craché) j’vais les réécrire et je partagerai ici. 😉