Un mot (1)

Ici, des mots doux d’enfants, le joli de mes copies collégiennes, ou une compilation de leur dictionnaire de drôles de définitions… et la certitude qu’avant d’être très grands, ils peuvent écrire – et très bien- lorsqu’on prend le temps de leur donner …du temps.
Ici, la certitude aussi que le joli du monde est fait de toutes petites choses, à nous de prendre ce vent- là…  😉

Classe de 6ème, mot trouvé dans un rondeau de Charles d’Orléans, « Le temps a laissé son manteau ». Recherche en classe puis rédaction par deux.

Froidure: ce mot à le dire fait froid dans le dos. Il nous gèle aux entournures de ses consonnes et de son « u » qui ferme tout, comme une porte claquée au soleil qui pourrait entrer.

La froidure n’est pas un temps que l’on aime. Il ressemble à la colère, la dureté, il est même un peu méchant ce temps. On lui préfère souvent la douceur, la chaleur, l’amitié. Vivement que l’on mette l’été dans nos froidures !

M. et A.

Quelques miettes de nous

Je ne sais pas vous mais moi, au soir d’un samedi rempli d’amitié, je laisse parfois la table à peine rangée avant d’aller me coucher.  Non pas seulement parce que l’heure avancée invite au sommeil mais plutôt pour garder, encore quelques heures, tout ce qu’on a partagé.
Et au matin, j’aime regarder nos places proches, nos verres qui se sont croisés, nos chaises même, oui, les chaises un peu retirées de la table qui rappellent que nous étions là, bien là, assis ensemble.  Et je termine le rangement, tranquillement, reposée, souriante.

Ce matin, j’ai ramassé les deux ou trois bricoles que j’avais laissées, j’ai regardé les plis de la nappe qui souriait encore puis j’ai posé ma main juste dessus.
J’ai laissé filer les miettes qui traînaient  jusqu’au creux de mon autre main. Au versant de ma paume, nos restes de pain comme on laisse nos restes de mots, quelques miettes de nous que j’ai déposées sur le rebord de ma fenêtre.

Je ne sais pas vous mais moi, au matin d’un dimanche rempli d’une soirée d’amitié, je garde, à chaque fois, ces petites miettes de nous.
Je n’en oublie aucune.
Je n’en perds pas une miette.
C’est pas grand chose, mais de c’est de ça que nous sommes faits.
C’est pas grand chose, les mésanges matinales s’en régalent ou bien  le vent les emporte en un souffle.
Mais on garde au coeur ces moments qui ne sont rien d’autre que les instants retenus au temps qui file, au temps qui court, au temps qui passe

Des miettes de nous qui nous gardent vivants.
A chaque fois, un petit peu de Dieu en somme.

 

Drôle de prière

Certains matins, je lis trop tôt,
ou mal réveillée,
ou sans lunettes,
ou pire avant le café,
bref je prends des risques.
Ce matin par exemple, le Prions en église ouvert entre la tasse et la tartine,  j’ai lu « humour » à la place d’ « amour ».
Bref le Seigneur se devait d’être amusant – et plein d’Esprit forcément.

Bien évidemment la seconde qui a suivi, l’erreur a été rectifiée.
Sauf que le mot « humour » est resté, dans ma p’tite prière du p’tit déjeuner.

Et ça m’a fait un truc du genre mes pardons un peu plus légers à porter, mes s’il te plaît un peu moins pressés, mes mercis un peu comme des éclats de rire.
En résumé, j’ai terminé par un tu me fais sourire en place d’un tu me fais aimer. Comme si c’était par là qu’il fallait commencer.

Certains matins, je me demande si Tu le fais pas exprès.

Seigneur, T’es drôle en vrai.

 

Petite liste d’un matin ordinaire

  • Prendre le premier café en attrapant le joli des silences
  • Passer la Une pour chercher dans le creux des pages les alinéas aux petits bonheurs
  • Puiser dans l’évangile les mots compagnons d’un nouveau jour
  • Déposer un peu de parfum au creux des mains
  • Sourire du simple
  • Sourire du simple simplement
  • Sourire de se dire que c’est toujours un peu compliqué quand même
  • La vie

 

  • Rouler pendant 9 kilomètres et demi
  • Prier un peu parler à Dieu regarder la route aussi
  • Trouver qu’une prière de 9 kilomètres et demi tous les presque matins ça fait comme un long ruban de bitume
  • Jusqu’où ?
  • Quitter la voiture en se demandant si Dieu descendait aussi un peu là avec moi
  • Me moquer de mes idées tordues
  • Rire cette fois
  • Etre là         en vie

 

  • Croiser leurs regards qui murmurent des confidences de récré
  • Ouvrir la salle aux parfums familiers mêlés d’encres et de pages et d’histoires à partager
  • Se dire qu’il commence bien ce matin ordinaire
  • Prendre le deuxième café en buvant le joli de leurs mots

 

Il n’y avait pas de courrier

« Les petits riens ne sont jamais insignifiants. La beauté foisonne dans l’infime. »
Sylvie Germain

On s’est demandé au presque soir d’un dimanche si quelqu’un était allé chercher le courrier dans la boite aux lettres le samedi. On a bien cru que non.
Alors je suis sortie.
Il y avait le doux d’un lundi férié à venir et la voisine qui rentrait d’une balade son sourire et son bonjour et toi tu vas bien?
Mes pieds sur l’allée ont croisé les gazanias fraîchement plantés d’un après-midi au jardin et encore ouverts comme des soleils.
La clé a glissé de mes mains. Juste avant la petite porte de la boite.
Elle est tombée dans les blancs d’un creux de vivace qui vit là.
Je me suis penchée.
En cherchant un peu, ma main l’a croisée.
Un peu de terre autour, perdue il y a de longues semaines.
Je ne sais comment.
Je me suis demandée au presque soir d’un dimanche ce qu’il fallait comprendre.
Puis j’ai cessé.
Et j’ai souri.
Seulement.

J’ai remonté l’allée, ma petite croix en émail bleuté, celle qui reste toujours dans la petite poche de mon sac à main et disparue il y a de longues semaines, serrée au creux de ma main.
Il n’y avait pas de courrier.