La barbe à papa

Je regarde le monde du haut de mes 3 pommes et je l’écris au crayon.
Je m’appelle Coquille et j’aime bien les fêtes foraines.

Pas pour les attractions à sensations, ni les manèges qui tourbillonnent jusqu’au ciel, ni même la musique à tue-tête. Ni pour les parfums entêtants des pommes d’amour qui rougissent d’un rien, ni pour le craquant des pralines rose vraiment bonbon, ni pour le sucré des cacahuètes complètement chouchoutées. Non, j’aime bien les fêtes foraines parce que c’est un peu démodé et que le nouveau du démodé, j’aime  aussi. Vous verrez, quand vous me connaîtrez mieux, je raconte des histoires mais pas de bêtises et le démodé, c’est simplement du nouveau qu’on a oublié.
J’aime bien les fêtes foraines parce que je peux y regarder les gens.
Il n’y en a plus beaucoup de vraies fêtes foraines mais il y en a encore. Une très grande et très chouette qui s’installe près de chez moi pendant plusieurs semaines, toujours au bord de l’hiver, on dirait même qu’elle est là pour réchauffer nos dimanches. Je me faufile dans les allées, je zigzague entre les jambes. Ils ne marchent pas très vite les gens. Je peux même dire qu’ils se baladent tranquillement.
Les gens.
Ce ne sont pas tout à fait les mêmes que dans ma vie de tout le temps. Je les connais un peu moins sans doute mais j’aime beaucoup entendre leur joyeuseté. J’aime bien les mots démodés aussi.
Parfois,  je lève la tête et je croise un de leurs sourires.
Celui qui s’arrête pour nous saluer, celui qui se rappelle une vieille histoire de drague aux auto-tamponneuses, celui qui aimerait bien que le monde ne soit qu’une fête.
Et, j’ai croisé ce sourire-là.
Elle avait des doigts nacrés qui effilait une barbe à papa et les lèvres rouge sucré. Je l’ai reconnue. D’habitude, elle est coincée derrière la machine qui additionne les prix lorsque je vais chercher toute seule du pain et deux malabars s’il vous plaît. Je ne la trouve pas toujours gentille la petite employée de la grande boulangerie du coin quand je fais tomber ma monnaie sous le comptoir sans le faire exprès. Peut-être parce que je suis encore plus petite qu’elle alors elle s’agace. Ou parce que je veux des malabars verts pas les roses et qu’elle se trompe de couleur. Je ne sais pas mais elle ne me sourit pas à la boulangerie la petite apprentie. Je dis « petite » parce qu’elle est petite quand même et aussi parce que les gens disent la « petite de la grande boulangerie » quand ils parlent d’elle. Un jour, j’ai entendu une dame raconter qu’elle était courageuse parce qu’elle n’a pas eu de chance dans la vie. C’est drôle les gens quand ils parlent d’autres gens, on dirait parfois qu’il ne faudrait pas grand chose de plus pour qu’ils les aiment vraiment, qu’il suffirait d’un rien pour que le monde soit plus joli. Je me suis demandée ce jour-là quelle chance on pouvait avoir en plus quand on est jolie et qu’on vend des malabars toute la journée, Grand-père il m’a répondu l’amour. Je crois que j’ai compris.
Là, elle sourit drôlement la petite. Ça doit être son amoureux le grand gars blond qui lui tient la main. Elle a l’air heureuse et la barbe à papa collée sous son menton la fait rire aux éclats. Elle a lâché la main du garçon qui la dévore des yeux pour se prendre en photo. J’ai l’impression que les amoureux ils ont peur que leur bonheur s’en aille trop vite alors ils le mettent tout de suite en boîte dans leur téléphone pour ne pas le perdre. Et peut-être pour bien s’en souvenir. Je me demande souvent comment les grandes personnes peuvent oublier de s’aimer. Et puis, l’amoureux il s’est fait une moustache blanche de barbe à papa. Il a fait le clown. Elle a ri encore. J’ai ri aussi. De loin. Et enfin, la petite, elle l’a embrassé le garçon. C’était tout collant mais qu’est ce qu’ils riaient.
Même qu’ils en ont oublié de se prendre en photo.
Et moi, je regardais parce que c’est drôlement beau l’amour en vrai.
J’aime bien les fêtes foraines et les endroits où les gens ont l’air d’être heureux vraiment.

Je suis rentrée en zigzagant entre des gens qui souriaient, ça donne un peu le vertige.

J’ai demandé à Grand-père si Dieu avait aussi créé les fêtes foraines. Il m’a dit que non. Il avait l’air sûr de lui. J’étais un peu déçue mais je l’ai cru. Il m’a rassurée très vite quand il a ajouté. « Non…mais ce qui les rend heureux, oui. »
Dieu a inventé la barbe à papa. C’est sûr.

 

Les p’tites histoires de Coquille, bientôt…

Chers amis,

Merci de tous  vos p’tits mots.
Une page se tourne, « Au bord de mon chemin », né il y a 7 ans et demi, se ferme. J’ai eu beaucoup de plaisir à vous partager des p’tits moments de mon quotidien, des p’tits clins Dieu aussi, quelques mots en prière parfois…. et, pendant tout ce temps, un p’tit bout de bonne femme naissait au fil de mes jours et de mes lignes.
Il est temps, je crois, de vous la faire rencontrer.
Un nouvel espace, un nouveau regard, d’autres partages… c’est Coquille qui viendra, ici, vous raconter ses p’tites histoires, dans quelques temps, soyez patients. Vous verrez, elle est chouette. 🙂

à bientôt,

Corine