Par la fenêtre (6)

Par la fenêtre de sa chambre

Lourdes. Avril 2014.

Ça a commencé là.
Je ne me souviens plus du jour exactement mais je me souviens bien que j’ai eu peur avant de partir.
Pourtant, Lourdes je connaissais bien.
Un voyage de première communiante, des vacances de fillette sans l’océan, des randos de jeune fille qui égaraient mes pas, des pélés jeunes pour savoir, des découvertes de maman pour que mes enfants voient.
Oui, Lourdes je connaissais bien.
Mais je ne connaissais pas par coeur.
Il a fallu du temps, une belle invitation, un petit peu de courage pour qu’en avril 2014 je fasse mes premiers pas d’hospitalière.

Hospitalière.
On ne sait pas trop bien ce que c’est une hospitalière à Lourdes.
Elles ressemblent plus ou moins à des infirmières en blouses blanches poussant à longueur de célébrations, de passages à la grotte, d’aller-retour aux piscines, des voitures de malades et moi-même, j’ai longtemps cru qu’il s’agissait de personnel soignant professionnel. J’ai découvert un jour qu’elles étaient bénévoles et donnaient de leur temps chaque année pour accompagner des malades. De toute la France et de l’étranger. J’ai croisé des institutrices,  des employées, des ouvrières d’usine,  des commerçantes, une coiffeuse, une directrice de maison de retraite, une informaticienne, une couturière. J’ai rencontré des hospitaliers aussi. Des agriculteurs, des médecins, un dentiste, un charcutier, un éleveur de chevaux, un professeur de musique.
J’ai tout de suite aimé la diversité sous la même blouse blanche.
Et compter parmi une foule d’anonymes venus là, juste pour servir.

 

Hospitalière.
Je ne savais pas trop bien ce que ce serait pour moi qu’être hospitalière à Lourdes.
J’ai  su avec les mots d’Angèle il y a trois ans.
Angèle s’était levée difficilement.
Elle s’était approchée d’une des grandes fenêtres de l’accueil Notre-Dame, face au Gave, face au sanctuaire.
Il commençait à faire nuit déjà.
Elle s’est appuyée sur mon bras.
– Vous savez mon enfant…
À 96 ans passés, Angèle s’autorisait à m’appeler « mon enfant » avec une vraie tendresse, moi qu’elle ne connaissait que depuis deux jours seulement.
– Vous savez mon enfant… la vie c’est un peu comme regarder par cette fenêtre. Longtemps, on reste du bon côté, on est bien au chaud de cette vie quand elle ne nous fait pas trop de misères bien sûr… et même lorsqu’elle est rude, difficile, pénible, on s’accroche à elle parce qu’on connaît bien ce côté-là, elle nous est familière la vie et vous savez comme on est, on aime bien ce qu’on connaît bien…

Angèle s’était arrêtée, un peu essoufflée de tant de mots.
Elle a repris, plus doucement:
– Mais quand on sent l’heure approcher – quand on a la chance, oui c’est une chance….quand on a la chance de sentir l’heure approcher  – on se dit que l’autre côté est peut-être plus beau encore. Même s’il fait peur. Et c’est humblement qu’on attend. C’est humblement que j’attends et pourtant,  tranquillement, j’ai hâte de pouvoir donner encore un peu d’amour, de vivre encore un peu avant de mourir.

Je me souviens que j’ai griffonné les mots d’Angèle pour ne pas les oublier et qu’elle a beaucoup ri de me voir sortir mon petit carnet de ma blouse.

J’ai su avec ses mots que ce côté de la vie, je l’aimais parce que j’y étais bien vivante. Au-delà de mes petites misères, bien vivante.
J’ai su ce jour-là qu’être hospitalière c’était regarder avec les malades par la fenêtre de leur chambre le beau de ce côté, même difficile, le beau de la vie, le beau de Marie, le beau de Dieu.
Et d’avoir tranquillement hâte de vivre encore un peu.

 

Calendrier d’Avent qui s’égrène, 8 décembre aujourd’hui.
Ton ventre de maman, Marie, est brûlant de cette vie, de cet amour.
Ton ventre de maman, Marie, a tranquillement hâte de vivre pour Lui.

 

Par la fenêtre (4)

Par la fenêtre de ma bible

J’ai beaucoup parlé d’elle, au matin, au café, au long de mes journées.
J’ai beaucoup parlé d’elle au passé.
Les premiers  évangiles qui dessinaient les contours de Son amour,
ceux de la communion qu’on appelait solennelle,
et la bible d’aujourd’hui, offerte comme un passage il y a plus de trente ans.

J’ai beaucoup écrit sur la douceur de son papier effleuré comme une caresse,
sur les parfums restés au creux d’un souvenir,
sur les doigts posés au  coin d’une page pour ne jamais oublier.

J’ai même osé parfois l’intime des larmes sur un verset,
le doux d’un sourire sur une Parole,
l’éclat de joie sur ce petit mot-là.

 

Mais je n’ai jamais dit je crois combien elle était familière.
De ce familier qui nous fait tendres, serrés l’un contre l’autre, à nous aimer.
Mais je n’ai jamais dit je crois comment elle était vraiment.

Comme la poignée d’une porte qui reconnait ma main à tant de fois l’avoir gardée,
comme la clé qui sait exactement se tourner en se soulevant légèrement au premier cliquetis pour entrer,
comme la fenêtre d’une chambre d’enfance poussée en grand sur un horizon à vivre encore.

Je n’ai jamais dit qu’elle était celle qui ouvre ma vie.
Pleinement.

Par la fenêtre (3)

Par la fenêtre de l’imprévu

L’heure était imprévue. Mais peut-être bien que Dieu aime l’imprévu.

Le lundi a commencé très vite, trop vite, et il a continué à enchaîner les cours, les rendez-vous et deux conseils de classe, un début décembre habituel où le brouillard d’un matin qui peine à se réveiller s’attache à un soir déjà nuit sans qu’on ait vu le jour, ou presque.
Et sur la route de ce lundi-là, je me demandais où était l’Avent. Foutu le camp ?

C’est drôle parce que moi ça me fait toujours ça le premier dimanche. Je crois toujours que la vie va être un peu plus jolie autour parce que Noël est au bout du chemin. On aime à me qualifier de naïve ou de rêveuse. Mais, on m’aime assez pour me sourire.
Tu sais, j’entends bien quelques soupirs. Désabusés.

Jésus, c’est pas le gars à la potion magique.
Et la vie elle continue pareille, ça change rien.

Ils ont raison sans doute, même que dimanche soir, les mauvaises nouvelles de la journée m’ont bien fait comprendre que rien ne serait changé. Dès fois que je n’aurais pas compris. Sandrine et ses galères, Zoé et sa maladie. Et là, si tu savais comme j’ai toujours envie d’être grossière.
Je suis partie lundi matin avec cette impression d’avancer de travers.

Pourtant j’aurais dû m’en douter. Noël avait commencé à prendre ses quartiers.
La crèche dans l’entrée du collège m’a dit bonjour, les guirlandes de leurs mots d’Avent m’ont invitée à sourire encore, les cours et ce projet  qui avait mis des heures à se préparer fonctionnait presque en claquant des doigts c’est fou, la pause du midi, le p’tit café partagé, les bons mots, ceux qui font rire, et puis ceux qui font juste du bien comme une poignée de main, tu sais, quand quelqu’un prend ta paume d’une main et qu’il pose son autre main juste dessus doucement, pour garder un peu plus longtemps le doux de l’échange. Et toi, pendant ce temps-là, tu réussis à mettre dans un coin de ta tête ce qui ne tourne pas rond autour.

Jésus c’est pas le gars à la potion magique.
Et la vie elle continue pareille, ça change rien.

La route du retour fatiguée, tu repenses à Sandrine et Zoé comme si elles étaient restées là, sur le siège d’à côté à t’attendre pendant que tu essayais de sourire au reste de ta journée. Rien n’est changé.
Si pourtant. Peut-être.
Tu le sais que Jésus c’est pas un gars qui claque des doigts comme ça mais, dans ta vie, la magie, grâce à Lui, tu en mets parfois. Non, pas de la magie, du simplement joli. Dans le Noël du collège qui se prépare, dans tes cours, un peu autour.
Alors tu souris. Quand même.

 

 L’heure était imprévue.

20H30. Tu ne sais plus très bien ce qui t’a poussée à t’arrêter un peu plus loin que la maison avant de rentrer. Il est tard. Tant pis.
C’est moi qui frappe à sa porte ce soir.
Tous ses enfants sont assis autour de la table.
Ils mangent.
Le sourire de Sandrine. « Tout va bien ». Pudique. Sans rien qui n’ajoute au doux du moment.
Petit porte entrouverte sur un inattendu qui réchauffe.

Le dîner, le bureau, les mails. P’tite pause de mots d’Avent en sms pour mes enfants. Des cours pour demain, encore. Dans une heure, courage, savoir que ce bon roman m’attend.
Pour oublier que rien ne change complètement.

21h27. Le petit écran s’allume, une réponse des enfants sans doute, le cours reste en suspens. Regard machinal vers la petite fenêtre d’un téléphone.
Le SMS d’Anne-Cécile qui écrit un « Elle va bien. » Pudique. Sans rien qui n’ajoute au beau de la nouvelle. Zoé est sortie des soins intensifs, je pourrai la voir un peu dans mon mercredi.
Petite fenêtre sur un inattendu qui fait battre mon coeur.

Et la vie continue, pareille.
Sans potion magique mais avec des imprévus d’amour.
Les imprévus de Dieu.

 

Par la fenêtre (2)

Par la fenêtre de Tigreek

En ce deuxième jour de l’Avent, les mots de l’amie Tigreek que tu peux lire aussi sur son blog, ici, et où tu peux même suivre son Avent biblique, à partir du livre de Malachie.
Et merci Tigreek pour ta fenêtre qui nous ouvre ce matin un bel horizon de partage résolument…. oecuménique. 
  😉

 

Par la fenêtre, je vois la pièce baignée de lumière, les têtes penchées sur les textes, des signes cabalistiques au tableau… Ils sont attentionnés, pour un peu, certains tireraient même la langue sous l’effort intellectuel. Ils ne ménagent pas leur peine ! Cours d’entrée le matin, le grec aux premières années. Joie de la découverte, entrée dans un nouveau monde, questions à foison : ils sont adultes, et pourtant, ils ont l’attitude des enfants qui s’émerveillent devant les possibilités offertes par un jeu de construction.

Par la fenêtre ouverte, l’air frais s’engouffre. Nous changeons la disposition de la salle. Elle devient lieu d’échange, de liberté, de créativité, de ressources, pas seulement d’enseignement. Un vaste espace est dégagé autour d’une table où le matériel coloré est disposé. Nous nous asseyons en cercle autour, les profs inclus dans notre cercle. En route pour notre voyage dans l’animation biblique ! Nous apprenons en faisant et en partageant, entre pairs… La Bible avant tout : comment devenir des ministres d’une Parole de Vie véritable ?

Par la fenêtre, on voit le soleil qui inonde la cour et joue entre les feuilles dorées et rougies encore accrochées dans les arbres. A l’intérieur, le culte déroule sa liturgie. Rassurante, chantante, priante… Un temps de célébration qui nous fait passer de l’intellect à la foi, des études à la pratique, de l’apprentissage à la nourriture spirituelle pour nous-mêmes. Temps mis à part pour une respiration salutaire…

Par la fenêtre, la nuit est tombée. Dernier cours de la journée, on a changé de langue, pour aborder la théologie dans des textes anglophones. Pas facile de parler, même d’un domaine connu, dans une langue étrangère. Je mesure l’effort des pasteurs étrangers qui prennent un poste en France…

Par cette fenêtre, vous avez vu une journée de cours dans une faculté protestante de théologie…

Joyeux chemin d’Avent !

Tigreek