Grain de blé – Grain d’avent (10)

Je me souviens d’un truc que j’adorais faire : chiper une graine dans une boîte en fer sur la petite étagère de la cabane de jardin ou un haricot blanc quand revenait l’époque des conserves et des dimanches à écosser. Puis, la déposer dans un coton humide, juste un peu, et voir apparaître au fil des jours racines, pousses, feuilles. C’était un spectacle qui me fascinait.
Plus tard, beaucoup plus tard, j’ai appris ça à mes enfants et je me souviens de la même façon de leurs yeux grand ouverts dès que la graine germait.
Grain de blé. Un peu d’eau, pas trop, tu vas tout faire pourrir. Leur vigilance à conserver la vie, leurs conseils pour replanter ensuite dans de la vraie terre et faire pousser, grossir, grandir.

L’image est facile, galvaudée sans doute. Pourtant ce grain de blé, minuscule, qui prend racine est une image d’évangile que j’aime. Infiniment. Surtout quand je me retrouve dans mon petit collège. Les graines de savoir, savoir-faire, savoir-être… bien sûr.
Et celles de leur Foi aussi.

Même dans un petit collège catho, c’est un peu compliqué aujourd’hui d’oser parler de Dieu, surtout quand on a 12 ou 13 ans, que personne autour ou ailleurs n’ en parle. Oh… faire du caté en 6è oui, assez facile et puis, il y a pour certains une profession de Foi. Mais ensuite. En 5è quelques-uns encore parce qu’on vous aime bien. On n’échappe pas à l’affectif de l’enfance toujours là. 4è-3è: d’accord on viendra peut-être aux midis- réflexions mais ça parle pas trop de Dieu hein ?
La petite graine, racines, pousses… Trop d’eau ? Pas assez ?

 

Faire confiance.

 

C’est la première fois que ça m’arrive, en plus de 20 ans d’animation pastorale dans  mon collège.
Ils m’avaient prévenue en fin d’année :
– M’dame on voudrait continuer le caté l’an prochain… Pas aussi souvent peut-être mais on veut continuer.
Je me suis dit qu’entre leur fin de 5è et leur début de 4è, il y aurait les vacances et l’oubli.
J’ai failli ne pas faire confiance.
Ils sont revenus en début d’année, avec la même demande. Exactement.
On s’est fixés un rendez-vous : un midi,  un pique-nique, des évangiles. Questions, réponses et rires.
– Et si on partait tous ensemble M’dame ?
Faire confiance.

 

Aujourd’hui, je leur ai proposé un programme. Un week-end à la reprise de janvier : 24 heures en monastère. J’ai eu peur qu’ils se rétractent.
Bon sang mais elle est où ma confiance.

Leurs idées se sont ajoutées aux miennes. Questions, réponses et rires.
Ils sont 11. Pour 9 d’entre eux, l’église est très loin. Vraiment.
Et cette petite, ado encore petite, avec son sourire, cette petite qui va vivre Noël près d’un sapin sans crèche :
– Ça va me donner vraiment envie de reprendre après les vacances de Noël ce week-end… les parents ont dit « oui, tu peux y aller ».  C’est trop chouette.

 

La confiance. Une petite graine semée un jour qui offre ses bras à Dieu.

 

Jour 10. Que cet Avent nous donne l’occasion de dire Dieu encore, notre Foi sans rougir, nos doutes simplement, nos certitudes aussi.
Puissions-nous faire confiance, pleinement.

À demain.
Corine

Le grain des heures – Grain d’Avent (9)

Saisir

Recueillir le grain des heures
Étreindre l’étincelle

Ravir un paysage
Absorber l’hiver avec le rire
Dissoudre les nœuds du chagrin
S’imprégner d’un visage
Moissonner à voix basse
Flamber pour un mot tendre
Embrasser la ville et ses reflux
Ecouter l’océan en toutes choses
Entendre les sierras du silence
Transcrire la mémoire des miséricordieux
Relire un poème qui avive
Saisir chaque maillon d’amitié

Andrée Chédid

Jour 9 :
Puisse cet Avent vous donner des mots,

Les Siens,

ou d’autres,
lorsque les vôtres ne savent plus dire.

À demain.
Corine

Grain d’sel – Grain d’Avent (8)

Ce dimanche avait décidé de bien commencer. De recommencer même.

 

Voilà déjà une semaine d’Avent, une semaine qui a filé à vive allure sans vraiment le temps de se poser, ou si peu. Une semaine à faire beaucoup – au collège, en paroisse, à la maison aussi. Une semaine à beaucoup parler – au collège, entre amis, avec les très proches aussi. Une semaine encore à s’inquiéter du monde qui tourne drôlement, à s’inquiéter des gens tout près qui s’agitent, à s’inquiéter de ceux ici ou plus loin qui souffrent. Une semaine encore à écouter des avis différents, à écouter et commenter, à écouter et échanger. Une semaine de plus à mettre mon grain d’sel pour comprendre un monde autour de moi que je voudrais plus fraternel souvent, plus solidaire tout le temps, plus aimant, tellement plus aimant.

 

Une semaine fatigante. Fatiguée.

 

Et j’ai rêvé au matin d’un dimanche d’une journée tranquille avec Dieu et ma famille, presque seulement.
Un dimanche sans que personne n’y mette son grain de sel. Pas d’écrans, pas d’avis, pas de bruits.
Du silence.

Et du temps comme une jolie liste de Noël.

– La messe et une bouffée d’air frais avec les tout-petits.
– Marie et Joseph sur le chemin, simplement.
– Une deuxième bougie à allumer, doucement.
– Le déjeuner et un moment délicieux au goût déjà d’un Noël sucré.
– L’après-midi studieux à écrire des encouragements sur les derniers bulletins.
– Un ouf, c’est terminé.
– Un tour avec petite Marie.
– Des sourires partagés avec le mari dans le tri d’une armoire.
– Un film tout guimauve sous un plaid de canapé.
– Un chat qui ronronne.

Pas le moindre grain d’sel à ramener sur le monde.
Un peu d’oubli et de paix.

Une journée de pause. Reposée.

Au soir, je serais bien capable de culpabiliser sur une journée cocon à ne m’occuper que de moi et des miens, à ne pas regarder autour. Réconfort nécessaire pour recharger les batteries me souffle un père Louis dans un mail. Et l’évidence: regarder la vie, ça commence aussi par l’aimer comme elle est.

Et au soir, juste avant d’ouvrir l’ordi pour écrire le petit grain du jour, un clin Dieu sur la gourmandise – posée sur un coin de bureau- qui, elle, ajoute son p’tit grain d’sel. 😉

Jour 8: l’Avent pour être au monde, prendre Ton chemin, naître au monde.
L’Avent pour puiser en Toi la force d’avancer.
Puissions-nous savoir nous taire un peu, faire silence, prier, aimer, prendre le temps nécessaire pour nous pendant cet Avent, pour mieux retourner vers le monde.

À demain.
Corine

Clin Dieu, sur coin de bureau 😉