La Pentecôte

Je regarde le monde du haut de mes 3 pommes et je l’écris au crayon.
Je m’appelle Coquille et j’aime bien comprendre les mots.

Dimanche, on fête la Pentecôte à la maison. Chez moi, ce n’est pas qu’une question de grand pont ensoleillé, c’est plutôt une jolie réponse je crois.

 

Quand j’étais plus petite, il me faisait un drôle d’effet ce mot. Vous allez dire que je suis bizarre mais quand j’entendais pentecôte sans aucune majuscule, je pensais aussitôt (on dit aussi illico mais parfois les mots latins, je les trouve trop amusants et ça ne fait pas très sérieux quand je parle de choses sérieuses), donc je pensais aussitôt aux balades sur ma bicyclette à suivre Grand-père qui est un fameux cycliste. Ou l’inverse, c’est lui qui me suivait pour veiller sur moi, et dans les pentes et dans les côtes. Et voilà ! Pentecôte, quand je ne savais pas ce que c’était, je trouvais que ça ressemblait à un dimanche à bicyclette à pédaler dans les monts d’Arrée, ses pentes et ses côtes ( essayez les monts d’Arrée, ensuite vous pourrez vous moquer! )
Finalement, les gens, ils sont peut-être comme moi quand je ne savais pas: ils pensent que la pentecôte en minuscules, c’est seulement une histoire de week-end à vélo.

Dimanche, on fête la Pentecôte à la maison. Parce que dans ma maison,  aimer Jésus et Dieu ou Dieu ou les deux ou même les trois…oh oui, je sais c’est un peu complexe. ( Il est démodé le mot complexe aujourd’hui, on lui préfère compliqué. C’est dommage parce que ce n’est pas la même chose. Par exemple, la Pentecôte c’est complexe mais ce n’est pas très compliqué).
Vous allez comprendre. Ce n’est en effet pas très compliqué de savoir que Dieu nous aime tellement qu’Il est venu en chair et en os tout près de nous et pas plus compliqué de se dire qu’une fois parti, Il nous aime tellement qu’Il ne nous quitte jamais. Je crois qu’un ami, ça ressemble aussi à ça: c’est toujours là. Donc, Dieu, Jésus, l’Esprit Saint, c’est complexe. Mais ce n’est pas compliqué.

 

Bref, tout ça pour vous dire que dimanche, je fête la Pentecôte et que ça va être une vraie fête. Même que s’il fait grand soleil, les pentes et les côtes en bicyclette m’attendent aussi !
Il faut vous dire encore que c’est devenu un petit rituel parce que Grand-père me rappelle  toujours en souriant que ma première définition de Pentecôte ( quand j’étais vraiment petite) est la meilleure: une randonnée avec Dieu (avec ou sans bicyclette), toujours là dans nos vies, dans les hauts comme dans les bas.

 

La bordure du trottoir

Je regarde le monde du haut de mes 3 pommes et je l’écris au crayon.
Je m’appelle Coquille et j’aime bien grandir.

L’année dernière, en rentrant de l’école, il y avait quelque chose que j’aimais bien faire.
Je posais mes pieds sur la bordure du trottoir. L’un devant l’autre, sans dépasser. Parfois même je tendais légèrement les bras comme si j’étais sur un fil, pour garder l’équilibre.

J’avance doucement et dans ma tête je fais des voeux. Il ne faut pas vous moquer, je sais pertinemment que c’est ridicule. J’aime bien pertinemment. J’aime bien les adverbes en général. Ils donnent toujours une petite explication supplémentaire au comment se font les choses.
Je fais des voeux. Comme ça.
Si je ne mords pas sur le bitume jusqu’à la maison, j’aurais la meilleure note jamais obtenue en rédaction.
Si une voiture passe avant que je ne sois arrivée au feu, sans que mes pieds n’échappent à la bordure, la maman de Lili va réussir son entretien pour devenir presque une chef d’équipe et Lili sera heureuse.
Si je ne croise pas le petit Claude et que je reste bien sur le gris de la bordure avant la maison, j’aurais une lettre au courrier avant la semaine prochaine.
Si je compte jusqu’à 10 avant…

Phil me rejoignait parfois en courant. Tous mes voeux s’envolaient tant pis.
J’aime bien faire la route avec Phil. Il me raconte les aventures de Spiderman en faisant des acrobaties sur le trottoir.
C’était même un peu plus drôle que mes vertiges d’équilibriste.

 

Ma rédaction, je n’avais pas eu la meilleure note jamais obtenue mais la maîtresse avait écrit sur ma copie que mon histoire était très belle et originale. Ma note, c’était seulement mes heures à écrire et pas un faux-pas sur le bitume.
La maman de Lili avait réussi cet entretien, je m’en souviens bien mais grâce à son courage, si vous saviez comme elle est courageuse, pas parce qu’une voiture ne m’avait pas dépassée avant le feu.
Je n’ai toujours pas reçu de lettre.
C’est drôle de marcher sur le fil d’un trottoir pour s’empêcher d’avoir peur de ce qui peut arriver.

Un soir, j’ai  osé demander à Grand-mère si elle faisait ça parfois. Elle a ri.
– Non Coquille, je marche bien les deux pieds au milieu du bitume… en revanche, la tête un peu au ciel c’est vrai, et c’est à Lui que je confie mes peurs, mes demandes, mes prières.
– À Dieu ?
– Oui, à Dieu.
– Et ça marche ?
Elle a réfléchi un peu. Elle est drôle grand-mère quand elle réfléchit, on dirait que ses yeux vont chercher au fond de son coeur la réponse.
– Ce qui marche toujours, c’est la force qu’Il me donne. Et ça, c’est déjà gagné.

Le soir, en rentrant de l’école, il y a quelque chose que j’aime bien faire maintenant.
Je cours sur le bitume, parfois très vite, je saute sur des obstacles imaginaires et je souris au ciel.

 

Prière – 1

Je regarde le monde du haut de mes 3 pommes et je l’écris au crayon.
Je m’appelle Coquille et parfois, mes mots ressemblent à des prières.

 

 

 

J’ai ouvert mon cahier.
Sur la première page, j’ai écrit au crayon gris

1

Avec une mine B, au milieu de la ligne.
Ça peut paraître un peu étrange de numéroter ses prières
mais on numérote bien les chapitres de notre vie jusqu’à la fin – ou parfois on leur donne des titres, plus ou moins jolis ça dépend.
Je me demande si ceux qui ne croient pas écrivent leurs mots-tout-bas à quelqu’un.
Parce que nous avons tous des mots-tout-bas, ceux qu’on ne dit jamais à personne non ?
Moi je les écris à Dieu, mais eux ?
Il faudra que je demande à Phil.

J’ai changé de mine pour la suite
pour parler à Dieu un peu moins fort
et j’ai regardé mon 1.
Longtemps.
Parfois on aimerait écrire des mots mais eux, ils préfèrent rester en silence.
Je me demande si Dieu les entend.

Finalement j’ai laissé ma page blanche.
Enfin, presque.
J’ai aiguisé mon crayon.
Et posé des sourires en collerettes de pelures.
J’aime bien.

Ma prière numéro est celles des jours où je ne dis rien.
Celle des jours où je souris seulement.
Celle qui prie vraiment.