Par nos hublots (14)

Il ne s’agit pas vraiment de fenêtres.
Un oeil peut-être, comme un oeil oui, écarquillé sur un bout de terre, sur un morceau du ciel, sur une envie d’ailleurs.

Je me souviens qu’il y en avait un dans la cabane derrière la maison.
C’était un peu étrange d’ailleurs. Un hublot récupéré sur un vieux bateau de pêche je crois et comme greffé au mur fait de simples planches. Une trouée de lumière, un drôle de voyage en mer, une échappée dans l’espace.
Ce  n’était pas une cabane à outils non.
Une cabane au fond du jardin comme un jardin secret. Pour lui, lorsqu’il avait décidé de venir sculpter l’argile. Un passe-temps, une passion inavouée, un prétexte pour trouver du repos loin de la maison peut-être. Je me glissais tout près sans bruit. Il s’agissait d’être invisible pour pouvoir rester. Pour être là, avec lui. Se planquer dans un coin  et regarder au dehors le ciel. Il fallait que je monte presque jusqu’en haut de l’escabeau pour atteindre le hublot et ça le faisait sourire parce que les nuages je pouvais les contempler par les deux battants de la porte laissée grande ouverte. Mais c’est d’en haut que j’aimais les observer. Je restais assise, perchée, comme au bord d’une île déserte.
Et les yeux à travers l’oeil, je me racontais des histoires en essayant de toucher le ciel, à croire que le plus beau était au loin.
Mais chaque fois que je redescendais, je me souviens bien que les pieds sur ma terre avaient toujours une envie plus folle de courir et d’être là.
Peut-être même davantage.

Il y  en a eu des hublots après qui m’ont fait croire que le plus beau serait au loin. Du ferry de mes 15 ans jusqu’à l’avion pour la Terre Sainte il y a deux mois.
Mes yeux scrutant le meilleur dans le rond de ces autres ciels.
Et chaque fois, mon regard sur des bouts de terres étrangères, sur des morceaux d’ailleurs m’a ramenée ici, au plus près. Avec cette folle envie de courir ma terre et d’être là.
Peut-être même davantage.

Il ne s’agit pas seulement de fenêtres à ouvrir cet Avent qui s’avance jour après jour vers Lui.
Mais nos yeux invités à regarder autour pour être là, vraiment.

Rond de lumière à poser sur les rues froides d’un vendredi soir encore où le café partagé les a réchauffés un peu,
sur sa chambre d’hôpital où le difficile de ses jours s’efface dans un éclat de rire ensemble,
sur ses épaules penchées à écrire un poème pour essayer d’oublier une maison disloquée,
sur ses confidences à raconter les demains inquiets pour nourrir ses enfants.
Ronde du coeur à ouvrir ma Bible au matin, à regarder Son Ciel, à l’entendre me redire que c’est là, à la mesure de ma vie, qu’il m’invite à être.

Par nos hublots, regarder l’Avent qui nous mène jour après jour vers Lui.
Un oeil peut-être, comme un oeil oui, Son regard à Lui, écarquillé sur nos bouts de terre, sur nos morceaux de ciel, sur nos prochains à aimer.

 

Par la fenêtre (13)

Par les fenêtres d’Anne-So

Les très jolis mots de mon amie Anne-So, en partage. 

C’est rigolo, Corine, tes histoires de fenêtres…

Elles qui, dans mon histoire, ont souvent laissé le feu naître…

Celle de ma chambre d’ado, assise sur le rebord, au bord du toit, au bord de ma vie pour mieux la voir, pour mieux y croire, un carnet à la main, le coeur ouvert en prière – avide d’absolu, assoiffée d’Amour – laisser le feu naître…

Celle des salles de cours – fâcheuse habitude de rêver tout en écoutant vaguement, on a tant rêvé de les franchir, ces fenêtres, et moi dans mon désir, alors, il y avait celui de courir les chemins pour mieux me gorger de la lumière dont les carreaux se riaient. Oui, les yeux perdus aux fenêtres, désirer la Vie de Dieu – et l’air de rien, même en récitant l’histoire ou le latin – laisser le feu naître…

Celles des trains, souvent sales, aux paysages brouillés, au courant d’air groumph juste devant. Parenthèses magiques dans une vie professionnelle à grande vitesse, elles sont devenues par surprise fenêtres de silence, havre, retraite inespérée. Et les mains sur le clavier d’ordi, quitter les PowerPoint un instant pour un p’tit Word de rien où laisser affleurer la prière. Et le nez à la fenêtre du monde, sortir du mien pour laisser le feu naître…

Celles de l’hôpital, où rêver de « dehors » quand bébé n’est accessible que par les minuscules fenêtres rondes de son carrosse-couveuse – quand il faut accepter d’attendre avant d’abolir toutes les fenêtres vers la vie normale. Doubles fenêtres où puiser la vie et l’espérance. Coincée entre les deux, se découvrir le coeur en maman – et dans la confiance, devant la force minuscule, laisser le feu naître.

Celles de la maison, quand la vie qui pointe à nouveau son nez demande beaucoup de calme. Alors, retourner le fauteuil pour mettre le nez à la fenêtre, sourire aux Bambis qui font la course dans les champs, prendre un bain de lumière… Abandonner les craintes… En profiter pour relire… Accueillir l’amie d’Emmaüs, et à défaut de chemins, partager la fenêtre… Retrouver la prière. Laisser le feu (re)naître.

***

Cette semaine, on a changé toutes mes fenêtres. C’est pas une blague. Pour plus de lumière, moins de froid. Puisse mon coeur en prendre aussi de la graine… Pour, chaque matin, penchée à la fenêtre du monde, penchée à la fenêtre du Coeur de Dieu, chaque matin, offerte à la Source et au Brasier – laisser le feu naître…

Anne-So
                                                                                                                          Photo Anne-So F.

Par la fenêtre (12)

Par la fenêtre de Claire

Merci Claire, fidèle lectrice, merci pour tes mots qui viendront rejoindre chacun dans des temps de vie parfois plus difficiles.
Mais Dieu veille avec nous, Il t’aime, Il nous aime.
Que ce temps d’Avent, oui Claire, puisse faire briller nos petites flammes de vie, nos petites flammes d’amour.
Corine

 

Par la fenêtre de mon coeur

Par la fenêtre de mon cœur, je vois toutes les personnes que je n’ai pas su aimer suffisamment : le pauvre croisé sur un trottoir,  les personnes différentes de moi sur qui je pose parfois un regard un peu trop injuste. Pardon pour ce regard.

Par la fenêtre de mon cœur, je vois toutes ces personnes souffrant d’un handicap : ces enfants vedettes du Téléthon avec un sourire pendant 30h pour que la recherche avance, toutes ces personnes qui ont trouvé un « chez eux » au sein de l’Arche. Merci pour ces belles choses.

Par la fenêtre de mon cœur, je me vois avec un regard lourd, une période de vie difficile avec des tentatives de suicides, un désir de mort, des doutes sur la vie, une nouvelle orientation mais je vois aussi toutes les personnes qui sont là et me portent depuis plus d’un an. Merci à eux.

Par la fenêtre de mon cœur, une flamme fragile dans laquelle se reflète tout ce que j’ai vu.
Que ce temps de l’Avent soit un moyen de faire briller cette flamme dans la pureté de mon cœur.

Claire