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Prière à l’ardoise

De tous les objets qui me faisaient rêver avant de les posséder pour de vrai et de les ranger dans mon cartable, il y a eu l’ardoise noire.
La petite ardoise noire, très noire lorsqu’elle était neuve, qui se grisait avec le temps et la poussière des mots déposés dessus.
La petite ardoise noire avec une face unie comme un ciel de nuit et l’autre, quadrillée de petits carreaux à raisonner l’orgueil de lignes de « l » trop gonflés ou de « t » bien trop hauts.
La petite ardoise noire ceinte d’un cadre de bois sur lequel on pouvait tracer en jolies lettres qu’elle nous appartenait.
Je me souviens qu’il fallait toujours récupérer un vieux calendrier des PTT  pour la glisser à l’intérieur avant de la ranger dans le cartable: je n’ai jamais su si c’était  pour ne pas risquer de la casser ou parce qu’elle était un peu comme un cahier sans couverture.
En vérité, quand j’y songe, ce n’était pas l’ardoise qui me plaisait tant mais le fait d’écrire à la craie. Comme sur un petit tableau.
Brandies au bout de deux bras sûrs d’eux ou levées timidement sur les coudes , elles permettaient à la maîtresse d’avoir un rapide et efficace coup d’oeil sur l’apprentissage de notre orthographe ou notre capacité en calcul mental.
Et d’un geste tout aussi efficace et rapide, on effaçait tour à tour nos réponses à l’aide d’une éponge ronde comme un soleil, rangée dans une boîte en plastique – et c’était mieux quand elle était rose –  ou d’un chiffon qu’on avait pris le temps de découper dans un vieux drap de la maison.
Je me souviens encore de tables de multiplication, de terminaisons de conjugaison ou même de vers de poèmes dont il fallait ainsi rendre compte.

Je crois que j’aimais assez l’éphémère des réponses, la possibilité d’effacer et de recommencer.
Je raffole aujourd’hui des claviers et autres tablettes. Et pourtant, j’aime encore ma petite ardoise noire comme un gros post-it du passé.

À la veille de retrouver mes classes et mes élèves, j’oserais bien écrire encore sur mon ardoise.
Je me risquerais à Te griffonner une p’tite prière à la craie, rien qu’des p’tits mots.

Comme il n’y a pas beaucoup de place, faudrait que je les choisisse juste comme ils viennent, du bout des doigts, sans bla-bla, sans trop de compléments, les prendre là, comme ils sont, blottis dans le coeur. Je te dirais pas grand chose, peut-être un merci de pouvoir être encore là au milieu d’eux. Et puis, s’il reste un tout petit endroit, même si c’est derrière qu’il faut que Tu regardes, sur la face qui n’est pas quadrillée, libre comme un ciel de nuit, j’veux bien te demander un coup de main. Une p’tite-prière-coup-de-main comme Tu sais les entendre. Pour leur dire quand ils seront devant moi et que ce ne sera pas comme ils veulent la vie, leur dire qu’elle peut être jolie quand même si on y regarde mieux. (Le coup de main qui me rende plus crédible que guimauve, si tu veux bien.)
Voilà. Ce sera de l’éphémère à la craie mais Toi, Tu sais garder l’Essentiel.
Même si j’efface pour recommencer.

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En vrai, j’ai un peu peur.

En vrai, j’ai un peu peur.
À chaque fois j’ai un peu peur.
À chaque rentrée. Depuis 25 ans.

C’est un peu ridicule à avouer, là, comme ça, à une semaine de la reprise parce qu’il y a, exactement en même temps, la joie impatiente à retrouver un métier que j’aime passionnément, parce que ça n’a rien à voir avec la peur de la première fois du premier cours.
Quand on ne sait pas ce qui nous attend derrière la porte.
Quand on arrive avec trois conseils et nos seuls souvenirs d’élève.
Quand on se demande si c’est comme ça qu’il faut faire.
Ça n’a rien à voir avec ma peur de maintenant.
Maintenant je sais comment faire, je crois.

Pourtant, en vrai, j’ai un peu peur. À chaque fois.

Peur du p’tit qui a du vide dans le regard et que je ne fais même pas sourire tellement c’est triste chez lui.
Peur du gamin qui n’est pas dans les clous et qui traîne un dossier de psy bien plus gros que lui.
Peur du grand qui fait la tête en me disant que lire, de toute façon, ça f’ra pas mieux avancer son rêve de mécano.
Peur de la jolie au miroir qui pense qu’il y a que le plus joli qui réussit dans la vie.
Peur de croiser la fatigue des collègues qui sera aussi la mienne.
Peur de passer des heures ailleurs qu’avec eux pour se demander encore ce qu’on ‘doit‘ faire avec eux.
Peur d’un papa qui pleure ou d’une maman qui crie ou de parents qui n’sont plus là.
Peur de les voir seulement élèves et de les oublier enfants.
Peur qu’ils me croient professeur seulement.

J’ai un peu peur de vieillir, de me décaler d’eux, tellement que je ne pourrai plus les atteindre, ni toucher un p’tit morceau de leur regard, de leur tête, de leur coeur.
J’ai un peu peur de ne plus savoir leur donner l’envie d’être de chouettes gens plus tard.
Un tout petit peu.

J’ai un peu peur, c’est tout. Ce sont mes toutes petites peurs, juste avant.
Parce que je sais pourtant que je franchirai la porte avec un coeur qui bat trop vite.
Je chercherai leurs regards en leur disant bonjour.
Je leur sourirai évidemment.
Puis je passerai doucement ma main sans trop réfléchir sur ma p’tite croix glissée sous le foulard léger.
Tout recommencera.
Et j’aurai un peu moins peur. En vrai.
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Presque sans bruit

Les escaliers, la cuisine, la tasse, le café.
Tout faire avant d’écrire, presque sans bruit.

La chaise glisse ses pieds feutrés sur le sol, le corps s’assoit et se tait.
Poser la tasse. Ecouter le silence.
N’entendre que ma respiration, oser la retenir un peu pour ne rien déranger.

Les escaliers, le bureau, la tasse, le café.
La main se pose sur le papier, la manche du vieux pull accroche les lignes
et la plume retient les contours des bruits sur les points des i.

Les pieds nus caressent les bords de la chaise, se croisent puis se taisent.
Ne rien risquer. Le café trop chaud. Le volet clos.
Ne rien risquer. Ecouter encore le dedans le dehors.

Le tôt du matin laisse de la place à Dieu.
Il s’écrit comme une prière, presque sans bruit.

 

La route, en sens inverse

On reprend la route demain. Au petit matin.
On reprend la route, la même.
La même, pas tout à fait.
Ma valise pleine à craquer de quinze petits jours partagés.
Parce qu’ils ont décidé que grandir rimerait toujours avec partir quelques jours chaque année encore ensemble en vacances.
C’est aussi long à dire que beau à vivre.

On reprend la route demain. En sens inverse.
On retrouve notre maison, la même.
La même, pas tout à fait.
1, 2, 3 enfants. 3, 2, 1 enfant.
Dans quelques jours, deux sur trois seront étudiants et la maison se vide peu à peu de leur enfance en se remplissant doucement de leurs vies.
C’est aussi long à écrire que beau à vivre.

C’est étrange ces sens inverses.
On refait le même chemin dans l’autre sens.
On ajoute nos mémoires aux paysages, nos regards au temps, nos parfums au vent.
On ajoute nos vies à la Vie.
Nos naissances à nos morts, nos erreurs à nos pardons, nos départs à nos retours.
Nos vagues à leurs monts.

On reprend la route demain, la même et pourtant nouvelle.

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C’est un temps pas tout à fait ordinaire

Il est encore en vacances mais il ne l’est déjà plus. Depuis toujours, ce temps-là n’est pas tout à fait ordinaire.

Petite, on ne s’aventurait pas à en parler avant le 15 août. Mais, une fois les fêtes de Marie passées, j’avais l’autorisation de sortir le cartable, d’ouvrir la trousse, de trier les crayons et de coller les étiquettes sur les cahiers. L’encre joliment  bleue, la colle Cléopâtre qui sentait bon l’amande, les mines de couleur à faire redevenir bien pointues, la gomme encore bien blanche, les buvards d’un rose immaculé… dans chaque objet, il y avait comme une promesse d’aventure.
Apprendre.
Je n’y pouvais pas grand chose, je m’en excusais presque, je le taisais aux camarades de mon âge comme s’il avait été honteux ou arrogant, apprendre: j’aimais ce verbe plus que de raison et je n’attendais que ça.

Un sourire se moquait gentiment de mon impatience à voir la rentrée arriver pendant qu’ un soupir trouvait toujours les derniers jours d’été trop longs et me confiait des courses improbables de l’autre côté de la rue, des paniers à dénoyauter, à équeuter ou même à éplucher, des excuses à enfourcher la bicyclette sous le soleil encore, tout cela pour éviter d’user mes yeux à d’autres lectures. Tu auras tout loisir bientôt, profite encore.
Depuis toujours, ce temps-là n’est pas tout à fait ordinaire.
Cette petite dizaine de jours avant. À répéter le chemin du collège parce que maintenant tu iras seule, à s’inquiéter d’une entrée au lycée où ils seront tous bien plus grands, à me répéter qu’étudier était une chance et surtout de ne jamais l’oublier.
Je n’avais pourtant pas besoin d’être convaincue. Ce temps-là, pas tout à fait ordinaire, était béni. Bientôt j’allais apprendre, encore.

Il est en vacances mais il ne l’est déjà plus.
Ce temps-là n’a toujours rien d’ordinaire aujourd’hui.

Il est un emploi du temps à chaque fois renouvelé, des semaines à réorganiser nos agendas, de nouvelles listes de classe, des visages inconnus, des collègues à accueillir, et quelques étudiants aussi à accompagner vers ce métier que mon grand-père appelait joyeusement à tisser: à tisser des liens entre ce que tu sais et ce qu’ils découvrent. « Oui, c’est comme un métier à tisser: à toi d’y mettre les couleurs pour que l’ouvrage soit beau », et il ajoutait en souriant « qu’il leur tienne chaud… longtemps après. »
Je n’ai jamais trouvé plus belle définition je crois pour le métier de professeur: un métier à tisser, à tisser des liens. Avec eux, entre eux, entre ce que je crois savoir et ce qu’ils savent, avec ce qu’ils ne savent pas encore et qu’ils apprennent, entre ce que je suis et ce qu’ils sont.

Il est ce temps pas tout à fait ordinaire inscrit dans mon calendrier tout ordinaire.
Et parfois je souris en me disant que je devrais y ajouter une couleur d’Avent ou de Carême. Parce qu’il est bien ces mêmes heures à se préparer, à se mettre en chemin, de nouveau.

Il est un temps pas tout à fait ordinaire.
Peut-être est-il un peu prière.
Comme mes petits mots  griffonnés dans la marge à Te demander un peu plus de courage, un peu plus de patience, un peu plus de douceur.
Comme une relecture de l’année passée pour rendre la prochaine plus jolie.
Comme le verbe apprendre sans cesse à conjuguer: dans mes heures avec eux, dans mes heures à côté, dans mes heures à vivre, simplement.
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Comme des poissons accrochés à des branches

Il y avait un donjon à délivrer des princesses, des croix qui embrassaient le ciel, des pavés qui comptaient sur nos pas.

Il y avait le  soleil touchant du doigt les pierres d’un autre âge, une cloche d’ancienne cour d’école s’amusant de nos marelles improvisées, des rires comme des billes de couleur cachées au fond de leurs poches.

Il y avait cette multiplication de bon élève que Ton évangile au matin avait écrit à la craie sur mon cœur.

Peut-être qu’on oublie trop vite nos rêves d’enfant.
Peut-être qu’on croit trop souvent qu’on n’y peut rien alors qu’il suffit d’un rien pour y croire.

À la vie qu’on peut rendre jolie, à nos impossibles qui peuvent exister.
Aux rêves de paix qu’on imagine bien trop fou.

Comme des poissons accrochés à des branches.
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Au train où vont les choses

Sur notre route de touristes qui ne voulons pas être trop touristes mais vacanciers-promeneurs-curieux-sympathiques-hein-évidemment, il y avait un parking et un panneau planté face à un départ de rando le long de Gorges d’une Loire non moins sympathique pour des vacanciers-promeneurs-curieux-bref.
Un panneau qui invitait à un petit tour du train naturellement touristique ouvert en toutes saisons, enfin pas tout à fait. Ouvert:
– du printemps à l’automne, non.
-de Pâques à la Toussaint, toujours pas.
-d’avril à octobre, encore moins.
Non. Il s’agissait de parler un langage universel laïc  et avec un peu de référence quand même que tout le monde comprend  ou  bien un truc  pour attirer les mômes entre les œufs et les citrouilles.
( Ne cherche pas de messages, y en a pas, ça m’a juste amusée parce qu’en vrai, j’aime assez le mélange des genres et je sais aussi très bien faire la touriste.)
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Comme des ballons de papier

On accrochera nos petites victoires comme autant de lumignons, sur une guirlande, au gré de la vie.
Nos p’tits pas suspendus, nos mains tendues, nos cœurs encore attachés à ce qu’il y a de beau à faire ici.

Le café qu’il a bien voulu prendre cette fois, le toit qu’on lui a indiqué pour la nuit, les globules rouges qui reviennent dans son sang, le sourire qu’elle a dessiné sur ses joues, la place qu’elle a trouvée pour lui dans un foyer adapté, la joie de revoir son fils, l’opération réussie, et des plus petits riens encore.
On n’pourra pas tout faire tu sais, on pourra rien faire pour sa mort pour le lointain pour le monde, on pourra rien faire pour nos manques d’amour on n’est pas Dieu faut pas s’en vouloir trop, et puis on est nombreux à vouloir ce qu’il y a de beau à faire ici, et là-bas, on  y arrivera, on recommencera s’il le faut, on y arrivera.

On accrochera nos mieux avec nos possibles.
On y arrivera parce que Dieu nous aide toujours dans ces cas-là, et tu sais pourquoi: c’est Lui qui tient l’escabeau pour pas qu’on tombe par terre.

Alors on accrochera des petites prières avec nos petites lumières, des prières comme des ballons de papier, tout fragiles mais tout gonflés d’amour. On les choisira en couleurs. On soufflera doucement dessus. On pourra danser dessous si tu veux.
On fera pas trop les bruits de la fête Tu sais, on fera pas de bruit du tout.
On dansera nos prières en silence.
On n’est pas obligés de faire de bruit quand on prie, Tu le sais Toi, et ça suffit.

Regarde, regarde comme ce sera joli, regarde comme c’est joli de croire, et de croire à la vie.

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Une maison, ailleurs.

Il y a toujours quelque chose d’un peu étrange à habiter une maison qui n’est pas la sienne.
Une maison ailleurs, une maison lointaine, une maison inconnue.
Pour quelques temps on y pose nos pas, on y repose nos cœurs, on y ajoute nos vies.

Ce n’est pas vraiment une maison de vacances, elle n’est pas là que pour ça. Cette maison-là, on le sait, elle vit en dehors de nos jours avec elle. On le sait parce qu’Isabelle l’a laissée comme si elle venait de partir au marché, comme si elle allait rentrer d’une minute à l’autre. On ne l’attend pas pourtant, elle ne rentrera pas: la maison est à nous pour quelques temps.
On l’apprivoise, on la rend familière, on y invite nos habitudes. Elle veut bien, rien ne semble la déranger. Les objets nous regardent plutôt avec sympathie. La cuisine regorge de nos trouvailles, la bibliothèque attrape mes sourires, le grand salon garde leurs jeux de mots. Il y a comme un écho à nos vies.  Tout devient nôtre. Même le vieux piano désaccordé se prend à jouer des airs harmonieux sous ses doigts.
Pas un bruit de nos bruits pourtant et peu à peu le craquement de l’escalier reconnaît nos pas, la clé dans la porte juste comme ça sinon elle n’ouvre pas trouve l’audace de nos mains, même le vent dans les érables fait jouer une pluie bretonne imaginaire. Pas un bruit de nos bruits et tout semble peu à peu s’habiller de nos voix.
Pas un parfum de nos parfums et soudain le sucré de nos crêpes envahit l’espace, leur vanille de filles imprègne l’air, nos odeurs se mêlent à celles des bois, des tissus, à cette terre étrangère. Pas un parfum de nos parfums et pourtant tout prend peu à peu l’empreinte de nos peaux.
Tout sent bon dans le mélange des vies.

Il y a toujours quelque chose d’étrange à habiter une maison qui n’est pas la nôtre.
Comme si on prêtait nos univers à un ailleurs, comme si les murs d’autres vies pouvaient renfermer nos petites peines, nos petits bonheurs aussi. Peut-être que c’est cela oui: tout devient plus petit.
Peut-être.
Il y a comme un partage, sans rien autour, juste donné.
Des sourires croisés sur des photos et on se met à sourire en retour. Une recette trouvée dans un fond de tiroir qu’on pourrait essayer. Un coin de verger où on ira cueillir ce qui sera notre récolte.

Une prière glissée dans une vieille Bible oubliée qu’on s’entend lire d’une voix qui aurait pu l’écrire.

Il y a toujours quelque chose d’étrange à se retrouver loin de ce qu’on est et à être heureux, ailleurs.

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Valises

Elles sont alignées dans le couloir, chacune la nôtre, enfin non, nous on prend la grande pour tous les deux. Elles sont vides, on les a laissées ouvertes, on dirait qu’elles attendent. Prêtes à être remplies à nouveau. De quoi ?

Elles riront de leur frère. N’oublie pas ton maillot de bain. Il les aidera à boucler leur trop-plein. On peut prendre un sac à dos en plus ? Faut emporter les chaussures de rando ? Zut. J’ai plus de place. T’as de la place encore toi ?

Je les abandonne un peu. Je grimpe à l’étage. Sur mon bureau, y a une petite liste. Encore une.

Valise.
Il est étrange ce mot. Et familier pourtant. Je le traîne depuis toujours avec moi. Elle est prête parce qu’ils viendront me chercher, c’est sûr. Je le traîne toujours avec moi. Dans des gares à partir, des halls d’aéroport à attendre. Je le traîne toujours avec moi. Dans des coffres de voiture à aimer les vacances, des soutes d’autobus et de voyages scolaires. Je le traîne toujours avec moi. Dans un couloir d’hôpital.
Je le croise partout ce mot. Dans des rues, sur des roulettes, il la traîne lui aussi, avec sa vie, drôle de bagage. Il a tout mis dedans.
Il est vraiment drôle ce mot. Je le vois même sur leurs têtes quand leurs yeux ne dorment plus.
Ils ont tout mis dedans.

Nous, on met juste l’essentiel, dis ?
L’essentiel de nos vies dans une valise. C’est drôle quand même.
Un truc qu’on boucle et qu’on emporte. Pour un peu de nous ailleurs.

Je relis ma liste.
J’ai pas écrit que je Te mettais dedans aussi. Ça me fait sourire.
N’emportez rien pour la route, ni bâton, ni sac, ni pain, ni… Tu me fais pas rire avec Ton Essentiel. J’voudrais bien t’y voir avec nos vies à traîner dans nos valises.
On peut pas faire autrement qu’emporter.

Reste plus que la mienne, la nôtre. Dans le couloir.
Ça y est maman, on a tout mis dedans. Finalement, ça tient. Elles rient.

Valises.
En vrai je l’aime bien ce mot.
Surtout quand il s’ouvre, et se dépose, et se repose. Ailleurs.

Et puis, Tu seras là, Toi, même si je T’emporte pas.
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