C’était un p’tit bonheur…

Il y en a qui ramasse des p’tits bonheurs, c’est la chanson qui le dit…

Moi, j’ l’ai ramassée au bord de ma route

Je marchais en regardant mes pieds, en les traînant un peu
Pas le coeur à lever la tête, bien haut
Les autres autour pourtant, bien là
Avec leurs joies trop grandes
Et leur chaleur et leur soleil
Etouffant
J’aurais pu lever le nez au vent, sourire au temps qui vient
Mais je r’gardais qu’mes pieds, en les traînant un peu
Pour pas r’garder. Au loin.

Et elle, elle était là, assise, au bord de ma route

Toute petite
Si petite
Je l’ai vue parce que j’regardais tout bas

Une toute petite prière

Toute petite
Si petite

J’ai osé la  prendre dans mes mains
J’les ai même gardées ouvertes, en creux
Elle était vraiment minuscule, j’ai tremblé un peu que Tu ne la voies pas
Elle ne faisait vraiment pas de bruit, j’ai eu peur que Tu ne l’entendes pas
Elle m’a regardée
J’ai levé la tête
Les yeux dans les yeux
Au ciel
Je crois qu’elle a voulu faire sourire la mine sur le monde trop triste
Alors elle a commencé à murmurer ton nom
Et j’ai fait comme elle

Seigneur…
P1020550

Des bornes…avec Toi

Il était déjà un peu tard mais la chaleur d’une vraie journée d’été, le plaisir d’être ensemble, le repos de lectures d’après-midi nous enlevaient toute envie de sommeil.
- On se fait une partie?
Une partie d’un jeu d’enfance, attrapé presque au hasard dans la commode de Laurence, une règle, des cartes et des pions pour passer du temps sans réfléchir et rire un peu. Un moment pour faire comme si le temps s’était arrêté il y a dix ou douze ans, comme si le temps s’arrêtait sur un instant de paix.
C’est bête mais ça marche.
Le temps s’est arrêté sur une table où l’on avait étendu une route de Mille Bornes.
Je ne l’aime pas vraiment ce jeu, il n’y a rien, pas beaucoup de stratégies, on démarre, on roule, on crève un pneu, on repart, on est en panne d’essence seulement parce qu’on a pioché une carte, chacun notre tour. Je ne l’aime que parce qu’on y joue, ensemble.
En regardant d’un peu plus près, avec ma foutue manie de faire des métaphores, ma partie ce soir-là a ressemblé un peu à ma route. Démarrée en trombe, pneu crevé au milieu du chemin qui m’a coincée un bon moment, puis je suis repartie, plus doucement.

Il n’y avait qu’un truc qui manquait je crois pour que le jeu y ressemble vraiment.
Toi, Ta présence. Sur ma route.
Pas vu la moindre chapelle, la moindre église, même pas un bout d’océan sur ce chemin dessiné sur un plateau de jeu trop vert.
Pas le moindre espace pour te prier, pour savoir que Tu es là, tout le temps.
Rien.

J’étais bloquée depuis deux tours déjà, puis j’ai pioché une carte « Feu vert ».
Soudain, comme un flash, peut-être parce que je démarrais mon petit pion, je me suis rappelée ma route du matin, celle qui file au collège; je me suis rappelée celle du mercredi après-midi vers l’atelier d’écriture; je me suis rappelée celle des soirs d’hiver vers les rues un peu froides; je me suis rappelée celle d’hier et toutes mes petites prières en roulant, tout le temps.
Mes petites prières qui te demandent toujours un peu plus de courage, pas mal de sourires, et des mots amis.
Ma petite prière qui te demande de faire quelques bornes, encore.

Finalement, tu es bien là, sur la route, sur nos routes.
Pas besoin de chapelles ou d’églises pour te trouver, même pas besoin du bord d’un océan tout le temps, juste te faire une petite place au volant d’une simple voiture.
Sur mes routes.

- Eh!!…tu rêves maman, c’est ton tour!

IMG_6478

« …à toucher le Ciel… »

Faudrait pas allumer la radio sur les routes des vacances.
Parce que le monde n’est pas très beau à entendre.
Alors, on éteint très vite, on glisse un CD et on chante Taizé à tue-tête, des fois que là-haut… Et on rit parce qu’il faut rire même si le coeur est rempli des autres qui eux ne riront plus jamais.
Je ne peux rien changer au monde mais le monde entend mon rire, et les vôtres, et les leurs, et Dieu aussi.
La joie n’est pas l’oubli, jamais. La joie est le début d’un autre monde, peut-être.

Faudrait pas allumer la radio sur les routes des vacances.
Pourtant, entre les gris, parfois, on tombe sur des voix. Belles.
Alors, on écoute un peu. Il témoigne de ses années passées à remettre debout des gamins des rues qui trébuchaient sur le bord de la route… Et on rit de l’entendre rire le coeur empli des autres qui maintenant vont pouvoir rire à leur tour.
Il ne peut rien changer au monde mais le monde entend son rire, et Dieu aussi, sûrement.

Faudrait pas allumer la radio sur les routes des vacances.
Mais si. Parfois.
Une radio nostalgique et de vieux tubes tout démodés, tout variétés qui font hurler les puristes. Mais on s’en fiche. Elle surtout, elle s’en fiche, elle n’a pas 20 ans et elle chante en riant.
Alors, je l’écoute encore. Je chante avec elle. Elle promet la vie à aimer tout le temps… Et je ris de l’entendre rire et…
« On va s’aimer, à toucher le ciel… on va s’aimer, aux marches des églises… MAMAN!!! y a pas à tortiller!!!…c’est encore une chanson pour Dieu! »

Pour nous aussi.
Et on va laisser la radio un peu allumée alors, encore. :-)

IMG_4674

Mon Dieu…

Il y a un truc assez extraordinaire et assez récurrent. L’actu est toute moche, la vie parfois un peu pas facile aussi et toc, il y a Dieu qui pointe le bout de son nez pour me faire marrer. Si, je t’assure que c’est vrai. Là, Il a dû trouver que les billets de ce p’tit blog étaient un tantinet pâlots parce qu’Il m’a envoyé de quoi écrire des bêtises en couleurs. Comme je les aime.
Bon, je te raconte.
J’ai un mari. ( Non, ce n’est pas ça le truc drôle, attends un peu que je te raconte l’histoire).
J’ai un mari, un peu prof d’histoire- beaucoup même-, un peu le gars qui écrit dans un journal aussi et puis plein d’autres choses qui lui font lire tout le temps des trucs sérieux.
Sauf parfois, en vacances.
Là je n’y peux absolument rien, moi je regarde bien des films guimauve à faire dégouliner toutes les larmes de mon corps et à me moucher dans des kleenex. Chacun ses faiblesses. La sienne, donc, ce sont ses lectures-détente de Comics américains complètement dingues. Et à la maison, j’ai deux armoires pleines de Hulk, Wolverine, Titans et autres Superman et je fais avec.
Mariés pour le pire et le meilleur.
En vrai, c’est une passion qui l’a pris tout gosse et c’est même assez joli comment il raconte ses petits sous gagnés à ramasser de la camomille ou le tabac l’été (parce qu’il vivait à la campagne lui) et dépensés au seul tabac-presse du village en X-men, Futur imparfait ( je t’ai dit que je n’y pouvais rien) et Dossier Serval super collectors. ( Rassure-toi, il relit pour pas que j’écrive des trucs pas vrais).

Et j’arrive à mon histoire. Je sais, c’est long mais faut bien planter le décor.

Alors c’est l’été. Un bout d’après-midi à l’ombre à se reposer au coeur de la Dordogne. Moi, je suis plongée dans des nouvelles trop drôles et même un peu délirantes au pôle Nord et lui il ouvre ça. (Je te montre, ça traîne comme ça sur son bureau)
IMG_6538

Donc, pas loin de moi. Il lit Deadpool et je dis rien mais ça m’a l’air bien moche. Bref.
Là, tu imagines du silence, un petit bruissement de feuilles au-dessus de ta tête, des cigales ( enfin je crois que ce sont des cigales).
Et la voix du mari qui commence à chanter ( bien) des mots que tu connais par coeur parce que tu les as chantés plein de fois dans ta vie de prière et d’église et…donc. Je lève la tête.
- Ça va…? Tu te sens bien… ? ( et on avait bu que de l’eau à table donc oui)
- Oui, je lis.
Et évidemment il est ravi de me mettre la première page de son Deadpool sous les yeux. Voilà.
IMG_6539
Le Superhéros (qui au passage est complètement déjanté) découpe sa dinde de Noël. C’est tout. Et il y a le chant qui va avec.
IMG_6540

C’est rien, n’empêche, c’était il y a trois jours et ça m’a fait rire. Un rire tout facile ajouté à celui de mes filles, des garçons, des vacances, des amis de près ou de plus loin.

Mon Dieu…ça fait un peu de bien. Tu peux continuer. ;-)

 

A 89

Il fallait une aire d’autoroute, il fallait la nuit.
Parfois, nos histoires de vie commencent comme des romans, ça me fait toujours sourire. D’ailleurs peut-être bien que ce sont les romans qui commencent comme nos vies, oui, ce doit être plutôt ça.
C’est toujours un peu étrange une aire d’autoroute la nuit, l’été. Comme un reste de lumière au milieu de rien. Une petite île qui ne trouvera pas le sommeil.
La caissière était souriante. Elle finissait son service. Je me suis demandée qui l’attendait chez elle, en rentrant. Sa voix a chanté en me rendant la monnaie « et deux euros et vingt centimes. » J’aime bien les accents qui ont le goût du soleil. Mais ça s’écrit difficilement les accents, c’est dommage.
Il y avait un couple, assez jeune, à prendre un café. Resté debout, sans trop se parler. Un peu plus loin, attablées, deux jeunes femmes. Elles riaient presque en silence. C’est étrange comme la nuit éteint aussi, parfois, les éclats de voix.
Une famille est entrée, deux enfants qui avaient faim, au milieu d’une nuit qui ne ressemblait plus à une nuit sans doute.
J’ai souri aux souvenirs d’un même passé.
Je les ai regardés un peu, tous, en prenant mon café.
Il y a de drôles d’idées parfois, la nuit. Je me suis demandée encore ce que faisait chaque homme, chaque femme, à cet instant-là. Des milliards d’instants.
Ça donne juste le vertige cette pensée-là, il ne faut pas y songer trop longtemps.
Ça donne le vertige nos vies ajoutées les unes aux autres.

Ça m’a encore fait sourire d’imaginer que Dieu puisse aimer des milliards de vies, des milliards d’instants mis bout à bout, tout le temps. Tous ces points, et ce point-là, sur une aire de l’A 89. Comme une abscisse, une ordonnée. Ça frôle le non-sens d’y penser, ça frôle le non-sens cet Amour-là, sans commune mesure, démesuré.

- Je peux prendre ton sucre ?
Il fallait seulement cinq mots, interrogés, pour que je revienne, là.
Juste là, à cet instant, ce point où je peux être. Pour aimer, à ma mesure.

 

Carte postale n°10

C’est une petite prière à l’ombre, une petite prière planquée.
Pour ne pas sentir le brûlant sous la peau et se protéger un peu, pour espérer ne plus entendre les bombes, les cris, les feux au loin, pour ne garder que le rire des filles tout près, pour oser voir sa main tendue sur un trottoir d’été, pour croire lui donner du soleil dans trois pièces de rien, pour faire danser la vie des autres comme dans un bal de 14 juillet, une petite prière qui rêverait des flon-flon de la fête.

C’est une petite prière à l’ombre, une petite prière bien à l’abri.
Loin des cris.

C’est une petite prière planquée, protégée du soleil d’un été.
Une petite prière qui a encore envie de sourire et de rire à gorge déployée
et de vivre même si.
C’est une petite prière bien trop facile, trop légère même, une prière qui n’a pas froid aux yeux, qui Te cherche, effrontément, Tu sais, sans baisser le regard.
Oui, elle est toute petite, cachée à l’ombre et bien planquée mais elle ose croire que ses murmures, portés par un vent trop chaud jusqu’à Toi, que ses murmures à peine prononcés, Tu les entendes,
que Tu les prennes dans Tes bras
et que Tu les fasses danser, valser, tourner et la Terre sous nos pieds, sur un air de musette.

Carte postale n°9

« Le silence est la plus exigeante et la plus difficile des symphonies, parce que nous y sommes laissés seuls avec cet instrument imprévisible qui est nous-même. »
                              François Cassingena- Trévedy

Je me souviens de la maison certains soirs d’hiver.
Ces soirs-là, il n’y avait pas de télévision qui criait ses couleurs, pas de musique un peu folle à chanter dans une radio déchaînée, pas de voix familières qui bavardaient sans fin.
Il y avait des bruits pourtant.
Celui d’un journal qui tournait ses pages, celui des lunettes qu’on remontait sur le nez pour lire encore, celui d’un feu qui réchauffait en dansant.
Et encore, tous les bruits de ma petite tête d’enfant à s’aventurer avec Claude, Annie et Dagobert, à explorer les terres d’un Jules Verne, à imaginer des îles encore à découvrir.
Je me souviens que dans l’absence de bruits autour, il y avait toutes les musiques de mes rêves aussi.
Il y avait sans doute déjà un peu de Dieu.

C’est étrange mais je ne sais pas vraiment le silence aujourd’hui; l’absence de bruits, oui, je la connais.
Quand j’éteins tout autour, les écrans, les radios, les voix.

Quand je ne garde que les pages d’une Bible qui se tournent pour entendre Sa Voix, les lignes d’un roman pour découvrir encore des mondes et au loin, le vent, les marées ou les coeurs qui battent.
C’est mon silence tous ces bruits-là.

IMG_4142

Carte postale n°7

« La foi ne dispense point d’inventorier les espaces infinis du sens et du non-sens, non plus que d’y errer; elle ne les domine ni ne les annule: elle les éclaire plutôt, mais à mesure, jour à jour, pas à pas, faisant par là de celui qu’elle anime un éclaireur à son tour, mais modeste.
Laissé à la merci de sa condition humaine, l’homme de foi n’est pas un conquérant assuré, mais un chemineau transi. »

                        François Cassingena-Trévedy

J’aime bien l’idée du chemineau transi.

Il y a du vagabondage avec Dieu, de l’errance un peu, vous savez, le chemin est rude souvent et la direction mal assurée. Ce n’est pas une belle route toute tracée que certains emprunteraient et dont d’autres seraient écartés. Non.
La route est offerte mais il ne faut pas craindre d’avoir un peu froid souvent, un peu peur parfois, être engourdi aussi, aller à contre-sens même, c’est vrai.

Mais il y a quelque chose de certain: le conquérant téméraire n’a besoin de rien d’autre que de lui-même et d’une troupe qu’il dirige pour avancer. Il m’arrive parfois d’admirer cette force apparente.
Le pauvre marcheur, lui, ne manque pas de savoir où il pose ses pieds, n’oublie pas celui qui partage son pain avec lui ni le repos offert le temps d’une prière.

J’aime ces compagnons de route, ces chemineaux transis que la fragilité rend proches.
Et s’ils savaient combien ce sont ces pas, même maladroits, qui nous font avancer.

P1000208

 

Carte postale n°6

C’est un  peu à cause d’Isabelle ce billet. Enfin non. Plus exactement, c’est à cause d’une photo d’Isabelle. Ou grâce à elle.

C’est un peu à cause du silence aussi. Non pas qu’il y en ait beaucoup ici, mais dans les bruits, un peu feutrés, trop pâles, encore fatigués, le silence ose s’installer à l’intérieur. Il trouve sa place. Et c’est quand il est là, seulement quand il est là, que la mémoire se fait sonore, qu’elle veut parler à nouveau.
Un souvenir, puis deux.
Comme une carte postale de vacances.

Il y a d’abord une marée basse, très basse et un long temps de marche sur le sable. Dans la main, un seau et dans l’autre, une autre main qui elle-même en tient une autre je crois. On fera le château quand  on aura trouvé l’eau. Peut-être que l’océan est parti dans la nuit parce qu’à bien y regarder, on ne le voit plus. L’horizon a disparu. Il faut avancer encore et encore, poser ses empreintes sur le sol et les répéter de nombreuses fois pour commencer à l’apercevoir. Là-bas!
Alors on lâche la main. Parce que le jeu va pouvoir commencer.
Il y a ses filets d’eau qui s’avancent, ses pleins de sable encore là.
- Attention, si tu mets un pied dans l’eau jusqu’à la mer, tu es morte!
Le frère a lancé la règle du jeu. Comme celle d’une vie.
Au début, c’est facile.
La terre sableuse est large, le chemin sans encombre.
Je regarde au loin, je n’ai pas trop peur.
Peu à peu, l’eau se fait plus présente. Il faut jongler entre un regard à terre sur ses pieds et un autre au loin pour trouver le bon itinéraire, ne pas se retrouver coincée, sans issue. Labyrinthe.
La terre semble se plisser, peut-être qu’elle rétrécit un peu. Ça tourne la tête, ce soleil, ce va-et-vient des yeux entre le près et le loin, ce sable qui prend des couleurs d’eau, ou l’inverse. On ne sait plus très bien.
- Le premier qui rejoint la mer sans se mouiller les pieds a gagné!
On peut faire marche arrière. Sauter même. Faire le grand écart.
On fait comme on peut avec sa vie. On ne veut pas sortir du jeu, on ne veut pas perdre, on ne veut pas mourir.
Je m’applique. Je pourrais prendre mon temps mais je vais vite. Je veux gagner.
Et forcément j’y arrive, au bout. Cette fois.
Là où les vagues se font lignes, là où elles embrassent tout l’espace, là où enfin je peux regarder le large.
- On est arrivés là ? C’est l’océan maintenant !
- Oui, viens, on va faire notre château.
- Attends…
Et on regarde comme c’est beau. La vie.

labyrinthe IsabellePBLabyrinthes, Isabelle Pariente-Butterlin.