Debout

J’ai bouclé ma valise.

Les trucs et les machins, des bricoles.
Ma blouse blanche, mon réveil, mon programme.
Mon stylo quatre couleurs et ma tablette de chocolat.
Et entre mes chaussettes, ma Bible.
La métaphore est facile mais c’est bien là sa place: j’aime bien la coincer là, à chaque nouveau départ, parce que c’est Ta Parole qui me fait tenir debout.
Vrai de vrai.
Et debout, c’est là que je vais être. C’est là que je veux être.

Debout, avant même que le jour se lève, demain.
Cette fois, je n’aurai pas peur en refermant la porte de notre maison. Ils savent que je les aime et qu’ils sont de tous mes voyages. Il y aura le doux du matin, les fleurs en bourgeons qui profiteront sûrement de mon absence pour éclore et le seuil qui attendra mon retour.
Debout, en gare, je ne craindrai pas de les retrouver, les accueillir, leur promettre d’être bien. Eux, qui ne tiennent pas bien debout, je vais leur donner mon bras, leur prêter mes jambes pour quelques jours ensemble à Lourdes. À moins que ce ne soit eux avec leurs sourires, et leurs mains qui embrassent, qui me relèvent.
Debout, du matin au soir. Michèle m’a prévenue: cette fois,  il faut que tu sois vraiment en forme. Vitaminée. « En chambre, les malades ont besoin que tu sois debout et que tu souris debout. T’auras mal au dos, aux bras, aux pieds mais jamais au coeur, crois-moi. »
Ils sont chouettes les mots de Michèle.

Debout, en procession.
Debout, devant Massabielle.
Debout, dans mes petites prières.
Debout, à regarder devant, à me quitter un peu, à grandir avec eux.

Debout.
Il ne faut pas s’y tromper, ça ne rend pas plus fort d’être debout. Ça nous éloigne seulement un peu de nous, du nombril de nos vies, pour rejoindre l’autre.

Debout, mes chaussettes bien dans mes baskets et Tes mots au chaud dans ma tête.
Debout, j’vais rester petite mais debout.
Ça me rend juste vivante. :-)
lourdes

Quand la joie transforme…

- C’est qui ?
Silence, yeux baissés, petite moue, sourire en coin.
- Il est vraiment très beau ton super bonhomme avec tous ses bras et sa bouche grande ouverte !
Là, j’ai mis une vraie dose d’enthousiasme, même pas feinte.

- C’est pas un super bonhomme : c’est un bonhomme très très très content parce qu’il est heureux.

Conclusion: quand on est très très content parce qu’on est heureux, ça transforme un peu. Comme ça. ;-)

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Fin de l’histoire.
- On dirait qu’il chante l’Alléluia ton bonhomme…
- C’est quand on est très très content ?
- Oui, très très content d’être heureux.
- Ah oui, il chante en grand.

Sourires.

Dans l’après…

Premier samedi de leurs vacances.
Dernière étape de préparation à leur première communion.
Je garde dans l’après leurs sourires, leurs questions, leurs regards.
Je garde leurs mains, posées, enjouées, riantes, priantes.

L’impression qu’ils sont loin et qu’ils s’approchent, l’impression parfois qu’ils sont bien plus près que moi.
Je garde leur envie de savoir.
Je garde leur petit bout de chemin.

Dans l’après, je les croiserai pour certains le dimanche, j’en perdrai de vue de nombreux mais de chacun, je garderai les quelques précieux millimètres ajoutés à mon propre chemin.

Ces quelques millimètres d’instants de nos vies, croisées, qui me font avancer.
Ils sont petits encore et ils me font grandir pourtant, doucement.

Dans l’après.
Je garde quelques images.

Et là, je Te vois.

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« Il s’appellera Pierre. »

« Si un jour, j’ai un garçon, il s’appellera Pierre. »

J’avais 7 ans, une frimousse de petite fille timide, souvent coiffée d’un bonnet rouge et des billes noires qui regardaient toujours droit devant sans parler.
À bien y repenser, pour les choses importantes de ma vie, il n’y a pas grand chose de changé. Le timide, je le cache derrière des bavardages toujours inutiles, le bonnet je le choisis encore rouge et les billes noires aiment voir, avec une même envie, l’horizon.

« Si un jour, j’ai un garçon, il s’appellera Pierre. »
Je ne connaissais aucun Pierre. Je n’ai jamais connu beaucoup de Pierre. Comme si le prénom de mon fils n’attendait que lui. Un peu après, il y a eu le « Pierrot » de Renaud. J’ai bien aimé qu’il l’appelle Pierrot son gosse parce que c’est une de mes chansons préférées, c’est ma chanson préférée je crois.
Et je me souviens pourtant qu’on a ri de moi en me disant que je changerai d’avis, que le prénom était bien vieux, pas très à la mode, que mon mari si un jour je me mariais détesterait peut-être, que c’était quand même une drôle d’idée que de choisir un prénom pour son fils, que l’heure était aux poupées, aux contes et aux récrés. Allez, va donc jouer.
« Si un jour, j’ai un garçon, il s’appellera Pierre. »
« Et pourquoi ?
Parce que c’est doux à dire Pierre et ça me fait penser aux rochers: parce que c’est doux et solide. Parce qu’il y a le Pierre de Jésus. Après Joseph, Pierre c’est mon préféré aussi. »

« Et pourquoi pas Joseph alors ? »
La question souriait, un peu moqueuse, mais la réponse était prête, comme une évidence.
« Parce que Joseph c’est un prénom de papa: Pierre c’est un prénom de fils. »

J’y repense à chaque temps de Pâques, à chaque plongeon pour regagner la rive.
et il se jeta à l’eau.
Comme un fils, à nouveau.
Pierre, c’était un prénom de fils, oui. Mon fils.

Un jour, j’ai attendu un autre enfant.
C’est toujours drôle l’autre enfant, celui qui vient après le premier. On se demande longtemps comment on fera pour l’aimer autant que le premier, si ce sera possible.
C’était un jeudi, c’était un 10 avril il y a 18 ans, presqu’à cette même heure, j’ai eu deuxième enfant: un garçon.
Nous avons eu un garçon et le papa  a trouvé le prénom exactement comme il faut.
La sage-femme m’a demandé:
« Alors comment s’appelle ce beau bébé? »
« Il s’appelle Pierre. »
Et là, à ce moment-là, j’ai su que le coeur ne divisait jamais l’amour, qu’il ne faisait que le multiplier. C’est un peu idiot à dire, ça se ressent d’un coup avec les tripes, comme si le coeur prenait une place double. Je pourrais avoir d’autres enfants après: un troisième, un quatrième qui sait.

J’ai un fils et il s’appelle Pierre.
Il est doux.
Il est un peu grand aujourd’hui avec ses 18 ans tout neufs et son épaule solide qui retient comme un roc parfois.

Je le savais, depuis longtemps. Pierre, c’est un prénom de fils.

Modèle d’Ecriture

Au creux d’un après-midi de Pâques, il fait toujours bon se retrouver.
Il y a quelque chose de précieux dans ces instants où les enfants de la famille sont rassemblés.
Comme des bouts de nos propres enfances ressuscités.
Un petit creux tout doux à ne presque rien faire, seulement les regarder courir à une drôle de chasse armés de petits paniers, rentrer essoufflés d’avoir déniché des trésors sous un vent un peu trop vif, s’essuyer d’un revers de main une bouche barbouillée de chocolat, se reposer enfin et colorier des oeufs, des poules et des cloches. Ils ont alors le même air sérieux que l’on prenait à leur âge devant un travail important, la même petite langue tirée aux efforts pour ne jamais dépasser les contours, le même oeil plissé à la critique du frère, de la soeur, du cousin.
Un après-midi à se poser là, tout près d’eux, à leur glisser des mots d’une histoire, à cause des oeufs, peut-être des poules, des cloches sans doute.
À cause du temps comme arrêté.
Et parler de Jésus, mine de rien.

- Ça s’écrit comment Jésus ?
- Comme ça, regarde… c’est assez facile.
La première tentative n’est pas si mal.
- Ah… tu y es presque… ton « s » est à l’envers, regarde… je te refais un modèle.
Et je prends sa petite main de 4 ans presque et demi pour guider une ligne de « s ».
Elle retente.
- Ah…pas encore… ton « s » est toujours à l’envers…
Je n’ai pas eu le temps de l’encourager une nouvelle fois, ni de reprendre sa petite main pour l’aider un peu.
- Bah dis donc, ton modèle, il est pas si facile !
Sourires. Vrais sourires.

Pas si facile le modèle… Petite, et s’il ne s’agissait que de l’écrire. ;-)

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Just a little thing

Sur notre route, il y avait une balade à Salisbury.
Ils sont restés debout, les yeux en l’air, plantés devant l’immensité.
J’ai raconté un peu la cathédrale.
C’est peut-être pour ça, ou bien parce qu’il y avait déjà une bonne douzaine d’heures de voyage derrière nous et une nuit sans beaucoup de sommeil, je ne sais pas. Mais lorsqu’on s’est arrêté un peu, là, au retour, devant la vitrine, il y a eu un moment. Un moment assez joli.
C’est Laura je crois qui a commencé.
- On dirait une mémoire de grand-mère cette vitrine…
Et on s’est amusé de la métaphore, plutôt réussie.
En vrac, les filles- parce qu’à cet instant-là, il n’y avait que des filles autour de moi- ont continué: des p’tits coeurs d’amour, et « Mum and Dad », des coussins, des doudous, des oeufs de Pâques, des boules de Noël, des animaux, des histoires, des tasses à café, des fleurs, des tiroirs à secrets, des trucs de mamie… et des « oh! regarde » en guise de ponctuation.
- Eh! Madame!… on dirait qu’il y a une prière accrochée au miroir!
Bien vu. Elles avaient encore l’oeil. La traduction les a fait sourire.
- Elle a raison Laura, c’est comme plein de souvenirs!

Il y avait la fatigue d’une nuit de voyage assise là devant la vitrine, il y avait de la tendresse, juste posée, sur le rebord.
- Et ça veut dire quoi « Enjoy the little things » sur la boîte… là ?
Je n’ai pas eu le temps de traduire.
- Un truc comme… on doit aimer toutes les petites choses, tous les p’tits trucs.
Oui. J’ai ajouté que c’était un peu comme se réjouir des p’tits riens de nos vies.
Ça tombait bien. Ça tombe souvent bien les petites choses.
Les 13 ans de Laura ont souri d’avoir bien traduit.

Le voyage commençait et commençait bien, comme une belle semaine Sainte.
Sans presque rien dire, sans rien leur dire, sans qu’elles s’en aperçoivent même, j’ai trouvé qu’il y avait déjà plein de Toi dedans: dans leurs souvenirs, dans leurs sourires, dans leurs mots d’encore enfants. Dans des vies à faire grandir.

Et à revoir mes photos, nombreuses, Te voir Toi, là, tout le temps.
En filigrane, discret, comme un presque rien.
Dans les p’tites choses de ma vie, dans des p’tits bouts de peu, vers une nouvelle Pentecôte à venir.
Comme un Souffle. Sans faire de bruit.
Juste une toute petite chose.

Et si tu cliques sur la photo, tu verras mieux.
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Des pierres

Des pierres jetées
Au visage, au corps meurtri, aux coeurs écorchés
l’amour est lapidé.

Une seule pierre roulée, une seule.
Au matin, l’Amour est là.
Ressuscité.
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Comme ça

« Comme ça, c’est bien comme la vie: faut regarder le joli. » Jade, 9 ans.

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Avec Lui, dedans

Ça fait deux midis qu’on découpe, qu’on colle, décolle, fabrique.
Ça fait deux midis qu’on lit, qu’on cherche, questionne, cause.
Ça fait deux midis  qu’on mange ensemble aussi.
Ça fait deux midis qu’on chante, qu’on rit, qu’on partage beaucoup.
Ça fait deux midis que je leur raconte un chemin, qu’on se raconte un chemin plutôt.
Ça fait deux midis que je me dis que je ne loupe rien à être là, que je vis du bon entre une belle inspection, des cours très chouettes, des réunions trop longues, des élèves, des profs, des parents. Entre ma vie au collège et ma vie ailleurs.
Dans ma vie.

Ça fait deux midis qu’on a commencé notre jardin de Pâques.

Et Flavian, juste avant de repartir, aujourd’hui.
- À jeudi… au fait, madame, pourquoi vous aimez bien ça ?
- Bien quoi ?
- Bah! bien être là, ça se voit.
Flavian, il n’y va jamais par quatre chemins.
- … Bah… parce qu’on est bien non ?
- Ah…j’croyais que c’était juste pour Jésus… mais c’est vrai, vous avez raison, on est bien. Ça serait bien si c’était comme ça toute l’année. On pourrait faire un autre jardin après…
- Pourquoi pas…
On range un peu.
C’est drôle. Tout s’est tu. Il y a comme un peu de silence qui réfléchit.
- Et il a fait quoi Jésus après, quand il est reparti avec Dieu ?
- Il est resté parmi nous… avec ce qu’Il a laissé et puis les disciples, les premiers Chrétiens et Paul… tu te souviens…
- Oui. On pourrait faire notre jardin alors… Un jardin de nos vies…avec Lui, dedans, non?

Voilà. Des midis, des tout petits entre-midi et-deux- à remplir.
Avec Lui, dedans.
et tenir la croix dans ses mains

Prières

Prière de frapper avant d’entrer.
Il y a de l’attention à donner, il faut prévenir, être accueilli, être attendu aussi. Il n’y a pas de sonnette à la porte du logement de Mado. Ça me fait sursauter, je préfère les petits toc-toc.
Prière de vous essuyer les pieds. « Vous comprenez le hall, ici, c’est comme l’entrée d’une maison. Certains l’oublient et rentrent comme s’ils allaient sortir tout de suite. »
Prière de ne pas déranger. « La solitude c’est difficile parfois et pourtant j’ai besoin d’être seul souvent. »

Il y a plein de prières dans la maison de retraite où vit Mado.
Il y en a aussi dans les couloirs de mon collège où ils sont priés de ne pas courir, dans le parc de ma commune où on est prié de ne pas marcher sur les fleurs, dans la salle d’attente de l’hôpital où je suis priée d’éteindre mon téléphone. Et même dans l’entrée de cette petite mairie où elle est priée d’attendre son tour.
Il y a plein de prières partout.

Il en a une qui manque pourtant.

Au-dessus de nos portes, à nos seuils, à l’entrée de nos coeurs.
Peut-être parce que ça fiche la trouille, ça fait prendre des risques, ça fait passer pour une mauviette même.
C’est vraiment pas sérieux.
Et puis, cette prière-là, on nous la rabâche depuis plus de 2000 ans et on comprend toujours rien à ce verbe un peu tendancieux. Et à ce Verbe-là, à côté de la plaque, non ?
Non.
Au dessus de nos portes, à nos seuils, à l’entrée de nos coeurs.
On pourrait l’accrocher, une petite pancarte, de rien, juste pour y repenser, souvent.

Prière d’aimer.
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