Sans mots

Ma page reste blanche.
Je reviens pourtant vers elle.
Inlassablement.
Mais elle reste blanche.

Ma page reste blanche.
Je ne trouve plus les mots pour ma prière.
Elle n’est même plus petite.
Elle n’est même pas minuscule.

Ma page reste blanche.
Elle ne sourit plus à mes riens de fille.
Elle n’a plus les mots qu’il faut.
Ma page reste blanche. Vide.

Ma page reste blanche.
Je reviens pourtant vers elle inlassablement.
Je pose ma plume.
Je délaisse le bleu de mon encre.
Je caresse le blanc.
Je laisse aller ma paume sur l’espace du papier lisse.
Je laisse glisser le fil du marque-page entre mes doigts.

Et je prie encore.
Doucement.
Sans mots.

cahier

 

FacebookPartager

Prières en vacances

C’est les vacances.
Il fait chaud.
Alors inévitablement, ma p’tite prière elle en prend un coup sur le coin du ciboulot.
Enfin plus exactement mes p’tites prières.
Je viens de faire un bout d’inventaire à l’instant. En forme de petite liste.
Et bien j’en mène pas large à les raconter.

1- Il y a eu la p’tite prière très tôt parce qu’il faisait plus que chaud. Mais le coin prière il était tout bien frais dans la vieille maison de granit. Et les pieds nus restés là devant Ta Bible ils étaient drôlement bien aussi. Et comme tout était si bien, j’en ai profité pour poser le vernis rose sur chacun des doigts (de pied) et continuer à te causer un peu.
P’tite prière au vernis rose du matin.
Finalement: très doux.

2- Il y a eu la p’tite prière aux fourneaux parce que je découpais les légumes en petits morceaux et que dans mon saladier ça faisait de jolies couleurs. Et comme tout était plus que joli, j’en ai profité pour murmurer un Notre Père entre la courgette, les tomates et les oignons. Et sans pleurer.
P’tite prière aux p’tits légumes.
Finalement: délicieux.

3- Il y a eu la p’tite prière en piscine parce que là, je n’en pouvais plus  de ce chaud et qu’en vrai il ne me faut pas beaucoup de prétextes pour aller nager trois brasses. Et comme tout était limpide (oui bon) je me suis laissée aller à regarder la surface de l’eau en pensant à tes bords de mer d’évangile. Du bleu tout pareil. Et à réciter mon bout de psaume préféré.
P’tite prière à l’eau.
Finalement: rafraîchissante.

4- Il y a eu la p’tite prière dans l’auto, celle-là, elle n’est pas originale du tout sauf que là, je me suis lâchée mais y avait personne sur la route. Je dis ça parce que vitres grandes ouvertes quand même. J’ai laissé filer la petite chanson de variété d’aujourd’hui. Et comme j’aime chanter, j’ai gardé l’air et changer les paroles pour Te mettre Toi dessus avec tout ce que j’avais envie de Te dire. À fond.
P’tite prière en tube d’été.
Finalement: déroutante.

5- Il y a eu la p’tite prière dans la chapelle. Oups, je ne m’y attendais pas à celle-là. Faut dire que le Frère il est arrivé juste à ce moment-là j’avais même pas commencé et il avait besoin d’aide pour déplacer ses bancs. Et comme j’aime bien l’aider lui, j’ai dit que oui c’était bon si si si il a bien voulu de mon aide et j’ai continué à prier en déménageant. Sans rien lui dire.
P’tite prière pas comme d’hab.
Finalement: profonde.

C’est les vacances.
Il fait chaud.
Alors inévitablement, mes p’tites prières elles en prennent un coup sur le coin du ciboulot.
Au coeur, non. 😉

IMG_2346

Sourire de vacances (5)

« C’est futile mais ça brille. »

Il y a aussi ce moment-là.

Il fait chaud, presque trop.
Mais on est là pour deux jours. Il faut y aller avant de repartir.
Alors on choisit d’y aller tôt, à la première heure possible, à l’ouverture de son salon.

Ma coiffeuse, elle a toujours le sourire de celle qui me connaît depuis 20 ans et les mots qui vont avec et ce tu te reposes enfin ? inquiet pour moi.
À côté, les miens – mes mots- qui lui disent c’est toi qui dois être bien fatiguée sont pauvres de sens et résonnent à peine.
Elle sourit encore.

« Moi je suis là pour faire du bien et rendre belle… alors je suis toujours bien. »

C’est juste vrai. Pour elle, c’est juste vrai.

Il y a aussi ce moment-là.
Ses mains habiles pour donner aux têtes qui passent entre ses doigts l’envie de sourire au miroir.
Ses mots choisis pour partager les petites joies et faire un pied de nez aux peines du monde.
Son regard qui embellit les petits instants de vie.
Vraiment elle a le chic.
Elle est bien ma coiffeuse.

Il y a encore ce moment-là.
– Et la paroisse, ça va?… ça va toujours ?
On ne parle pas de Dieu vraiment entre le shampoing et la coupe, mais Il est là, je crois bien qu’Il trouve sa place.

Absolument dans chaque recoin de nos vies.
Même là, surtout là, là où Il n’a pas pignon sur rue.

Il est là dans ses paroles attentives à chacun,
Il est là dans le regard qu’elle pose sur une nuque à rafraîchir,
Il est là dans son sourire qui dit ici on fait « pause »,
Il est même là dans ce monde de papier glacé qui s’affiche en images trop vives.
Il est là aussi.

Il est là.

Je lui ai dit, tout bas, Il est là tu sais… pour trouver des mots doux à la maladie d’un ami qu’elle me racontait.
Elle a laissé tomber ma mèche rebelle, m’a regardée, un peu grave cette fois.
– Je sais oui. Il est là…
Elle a souri.
– Tu sais  ici, c’est futile…mais ça brille!

Elle a souri encore, moi aussi.
images

 

 

 

Sourire de vacances (4)

C’est une histoire sans importance. Ou si peu au regard des derniers jours. Mais je l’aime bien. J’aime bien ce sourire. Alors je vous la raconte.
C’est une histoire de rien, je vous préviens.

Ça commence par un déjeuner très précipité où tout s’enchaîne un peu trop vite. Il y a beaucoup de joie, beaucoup de rires, beaucoup de mains à s’affairer, c’est l’été et la cuisine s’anime.
D’habitude je fais attention quand j’ouvre ce placard car je sais qu’au fond il y a ce tout petit bol bleuté, rapporté d’un lointain sud italien et fabriqué par de vieux moines.
Un petit bol juste fait pour mes mains.
C’est un peu étrange d’accorder de l’importance à un objet mais on le sait, souvent il y a bien plus que l’objet.
Et je suis allée trop vite.
Et le petit bol est tombé.
De mes mains.
Sur le sol.
Brisé.
Huit beaux morceaux d’argile.
Pas une miette de poussière de terre.
J’ai ramassé les morceaux. Triste. Profondément.
Je m’en voulais déjà d’avoir mal fait, si mal, alors que d’habitude je fais bien, si bien. Et les remords d’avoir oublié d’être attentive, et douce, et.
Mais rien n’y a fait.
Ce qui est fait est fait. Et j’ai ramassé mon bol brisé.

Il est entré dans la cuisine et m’a vite consolée. Tu verras avec de la colle et en prenant son temps, rien ne se verra.
En effet.
Le petit bol à l’argile assez épaisse a retrouvé sa forme, comme si de rien n’était.
Je le savais seulement encore plus fragile et j’ai décidé de l’enfermer dans un petit coffret pour le garder.

Elle est arrivée presque à ce moment-là et je lui ai raconté, triste mais fière de lui montrer le bleu sans fissure aucune, sans fracture, réparé.

Le mot qu’elle a prononcé m’a fait sourire.
Il est là mon sourire d’été.
– Tu ne connais donc pas l’art du kintsugi ?
Et elle a passé dix minutes patientes à me faire découvrir cet art japonais, vieux de six siècles, qui consiste à réparer les céramiques brisées avec de la laque d’or mettant ainsi en évidence les lignes de fracture qui deviennent de belles nervures visibles et colorées.

J’ai regardé mon petit bol redevenu lisse, doux au toucher.
C’est vrai qu’il aurait été beau avec des lignes d’or rappelant que ma précipitation était plus que regrettable, ma maladresse plus que désolée mais il m’aurait dit aussi que bien au-delà de tout cela, les choses étaient ainsi et qu’il demeurait beau.
Il aurait gardé du passé les traces, celles qui rendent le présent plus vrai.

J’ai pensé aux cicatrices du monde. Depuis la nuit des temps,
à toutes ces lignes brisées. Et dans certaines, de l’or parfois pour ne pas oublier.
J’ai pensé à mes cicatrices.

C’est elle qui a prononcé ces mots.
– C’est comme avec Dieu. Dieu ne nous aime pas moins avec nos lignes de fracture…c’est Lui – ou c’est son amour plutôt – qui y dépose un peu de laque d’or pour nous rendre beaux encore, à nos yeux, oui à nos yeux parce que pour Lui…
Elle n’a pas terminé sa phrase.
J’ai souri.

kintsugi

 

… (3)

« J’ai entendu ta prière,
j’ai vu tes larmes… »

Vendredi 15 juillet. 12h30.
J’ai souri et ce n’était pas indécent.

Elle est arrivée sur la pointe des pieds, derrière moi, sur la terrasse.

Il y avait du soleil et ma main qui cherchait encore des infos sur un écran de téléphone.

Elle est arrivée sans bruit presque, avec ses 17 ans dans trois mois et la vie devant elle.

Elle a entouré ses deux bras autour de mon cou, elle est restée en silence, un peu.
Elle m’a serrée, fort, contre elle.
Puis elle a lâché pour me regarder droit dans les yeux. Grave.

 

– On va tous les niquer à coups d’amour.

 

Ces mots, ceux que je déteste, les vulgaires, les brutaux, ceux qu’elle utilise parfois.
Ses mots m’ont fait du bien.

J’ai souri à ses presque 17 ans qu’elle veut vivre en aimant.
J’ai souri et ce n’était pas indécent.

photo

Sourire de vacances (2)

Il y a ce petit moment où l’on sait qu’on y est.

Les vacances sont là, elles s’installent pour quelques temps, le temps de ce moment. On ne sait jamais exactement combien de jours durera l’impression mais on la reconnaît bien dans cet instant-là.
Parce que le quotidien s’échappe.
Tout est là pourtant, rien ne change: le travail dans un coin de nos têtes, les soucis les mêmes, les joies aussi, mais tout est déjà différent.

Il y a ce petit moment où l’on sait qu’on y est.

Parce que le quotidien se transforme doucement.
Les heures se décalent, les minutes s’étirent, les secondes osent se retenir.
Il y a des voyages imprévus, des projets de longue date, des rencontres et des retrouvailles.
Il y a parfois rien, presque rien, mais c’est déjà tout.

Il y a ce petit moment où l’on sait qu’on y est.
On se sent en vacances.
On s’y sent bien.

Je le sais parce que c’est toujours à ce moment-là que mon regard change, se décale, en douce, sur mes dedans, mes dehors, mes ailleurs.
Sur Dieu dans ma vie, aussi.

Ça a commencé un tout petit peu avant je crois mais ce petit moment, j’ai su que j’y étais vraiment hier soir.
Elles ont cinq ans et je les aime, non pas parce qu’à six mois d’intervalle, j’ai eu le bonheur que deux couples précieux me demandent d’être leur marraine, deux petites filles, une blonde, une brune, tellement différentes, tellement importantes.
Mais parce qu’elles ne cessent de poser leur regard d’enfant sur ma vie. Et c’est bon, simplement bon.
J’ai su que j’y étais hier soir. En vacances avec elles, avec leurs mots d’enfant, avec les trésors de leurs questions.
– Et quand tu étais petite, tu étais petite comment?
– Comme toi, comme vous. Attention à bien te brosser les dents.
– Et quand tu étais petite tu avais besoin d’une petite chaise aussi?
– Oui, pour atteindre le lavabo trop haut. Rince bien ta bouche.
– J’aimerais bien rester petite tout le temps
– Ah…tu n’as pas envie de grandir ? Attention tu n’as pas bien laver ta brosse à dents.
– Si je veux grandir mais rester petite quand même.
– Pourquoi ça ?
– Parce que quand on est grands, le lavabo il est pas trop grand et on peut plus monter sur une petite chaise et c’est pas rigolo.

J’ai attrapé une petite chaise et fait comme elles: les deux pieds bien posés dessus et qui font plus grande.
Elles ont ri. Moi aussi.
– On peut redevenir petite alors ?

J’ai eu envie de leur parler de Dieu, pas longtemps, pas avec des grands mots. Juste des doux, de ceux qui nous disent de ne pas oublier de rester petits, tout au fond, et de sourire encore et toujours, et de rire.

Il y a ce petit moment où l’on sait qu’on y est. On se sent en vacances. On s’y sent bien.

IMG_20160711_195850

Sourire de vacances (1)

Je voulais prendre  quelques jours de repos loin d’ici parce que je me dis toujours que c’est bien aussi les pauses parfois et parce que je me fais toujours des plans « et si j’arrêtais un peu de raconter » mais souvent ça rate. D’abord parce que j’aime raconter. Ensuite parce que ça n’est pas contraire au repos j’ai vraiment de drôles d’idées parfois. Enfin et surtout parce que Dieu Il fait le truc qu’il faut quand il faut et à chaque fois Il se ramène avec un sourire que je ne peux pas m’empêcher de venir raconter.
Cercle sans fin mais pas vicieux
Bref.
Faudrait juste que je m’habitue.

Il y avait eu un long goûter avec des crêpes et du soleil dessus. Et une conversation très sérieuse entre nous. Nous, c’est 54 ans à nous deux sachant que j’en ai 49 c’est dire si la conversation était des plus importantes pour moi.
Je ne plaisante pas.

Le sujet commençait bien.
– Mais est-ce que Jésus il partait en vacances ?
Voilà, j’ai bien été tentée par un non rapide qui replace bien le 1er siècle de notre ère dans son contexte sauf que la petite a insisté. Alors j’ai saisi l’occasion des leçons genre tu vois les temps de détente avec les autres enfants, les visites chez le cousin Jean-Bapt , les balades au village, les bricolages avec papa Jo,  tout ça, ça pouvait passer pour des vrais temps de vacances ! Et j’en ai profité pour comparer avec la petite Lison qui ne part pas au bord de la mer mais qui a plein d’activités quand même et les enfants de Maya aussi parce qu’il n’y a guère de sous et bouclé ma démonstration avec un tout le monde n’a pas ta chance tu sais. Bon, vous voyez, je me croyais sortie de l’auberge- enfin tirée d’affaire.

C’était sans compter sur la perspicacité enfantine qui sait toujours s’accorder avec la réponse qu’elle aimerait entendre.

– Mais je crois bien que tu te trompes parce que Jésus il a beaucoup voyagé -là, j’acquiesce même si je  précise que ce n’ était pas de tout repos ses petites virées le long des chemins avec les gens et la poussière et. Je me suis arrêtée à temps mise devant l’évidence:
– … et regarde!!  ses parents ils avaient même une tente de camping!
Je regarde.
Son petit doigt pointé sur un coin tellement familier de la cuisine qu’il était presque oublié.
IMG_2345Je souris.
Je lui explique même pas ma petite crèche indienne.
J’aime bien l’idée du camping en vrai.
De la tente, de la fête des tentes… bien davantage.

Je lui raconterai l’évangile de Jean quand elle sera plus grande.
Et je lui rappellerai le pourquoi et ce sourire de vacances. Ce sera bien.

Nota Bene: j’ai mis (1) parce que forcément je vais prendre du repos et paf il se pointera un nouveau sourire, ou un autre parfum qui sait. À raconter. 😉

Prière en vacances (5)

Elle se lève un peu plus tard
Elle traîne ses pieds nus sur les carreaux   sur la pelouse  sur des sables
Elle pousse son air de rien au bord des mers   aux portes des villes au milieu des gens
Elle croise des regards inconnus  effrontément  elle ose leur sourire
Elle oublie ses peurs  ses ratures  ses blessures
C’est une petite prière qui veut avoir la paix
Elle dit merci au temps qu’elle a encore à vivre
Elle relève la tête pour regarder devant
Elle sait pourtant rester petite
Elle n’est pas bien grande de toute façon
Elle se blottit dans Tes bras pour se savoir aimée tout le temps
C’est une petite prière qui veut bien se planquer un peu
Pour aimer   elle aussi.

P1000370

Parfum de vacances (4)

Les parfums du jour des résultats

Je suis presque d’un autre temps déjà quand je raconte à mes enfants la route vers la ville. Je la connaissais par coeur et pourtant ce soir-là elle fut interminable.
Je suis presque d’un autre temps déjà quand je leur dis les jambes chancelantes, le coeur qui déchire la poitrine à trop battre et les yeux qui s’embrument malgré soi devant de grandes feuilles blanches collées les unes aux autres sur un panneau d’affichage.
Et nos noms et prénoms à trouver.
Et le mien.
Les cris parfois juste après, les mots qu’on n’entend plus et pour moi le silence et la saveur des efforts accomplis.
Je suis presque d’un autre temps déjà quand je raconte à mes enfants les parfums d’un soir de résultats de Baccalauréat.

Et j’ose à peine leur dire les jambes chancelantes un peu, le coeur qui déchire la poitrine à battre trop fort et mon silence à savourer leurs efforts accomplis devant l’écran allumé un matin ou un soir je ne sais plus très bien et leurs noms et prénoms affichés.
Il y a dans les parfums des résultats d’examens un peu trop d’embrassades peut-être, un peu trop de mots, un verre et un peu trop de bulles parfois, et beaucoup de silence à savourer leurs sourires posés sur leurs demains.

Et puis il y a ce parfum tout particulier.
Au hasard des messages sur l’écran, au détour d’une rencontre imprévue, aux lettres écrites pour me le dire. Apprendre de celui qui savait à peine lire en entrant en sixième, de celle qui avait tant de mal à écrire, de  ceux qui baissaient trop vite les bras, apprendre qu’ils l’ont en poche leur premier diplôme, leur premier emploi, leur premier projet.
S’il fallait décrire ce parfum-là, il aurait les senteurs d’un jardin de printemps empli d’un mélange entêtant. Il ferait un peu tourner la tête et le coeur.
Non, ils ne sont pas désuets, révolus, dépassés ces premiers passages. Non ils ne sont pas donnés, faciles, gagnés d’avance. À chaque fois, je mesure toute l’importance qu’ils gardent même si, même si la vie ne s’arrête pas là, jolie.

Il y a encore chaque début d’été un juillet d’il y a 12 ans qui revient. Un coin d’une table de cuisine, le parfum d’un café partagé avec A. au matin d’un résultat de premier examen enfin favorable après des années de souffrances, de galères et d’échecs, et ces mots portés à ses lèvres juste avant d’y poser sa tasse.
– Personne, personne, personne sinon Dieu peut-être ne peut mesurer combien aujourd’hui enfin je me sens être.
Et si vous saviez combien aujourd’hui A. est quelqu’un de bien.

Le parfum du premier diplôme adoucit les heures un instant et fait  un aujourd’hui joli, un demain à rendre possible et c’est bon.

bac

 

Parfum de vacances (3)

Le parfum des armoires

C’est mieux un jour de soleil parce qu’on peut le laisser entrer par les fenêtres ouvertes sur le jardin.
On s’est décidé tôt, au matin encore presque endormi.
On a profité de l’ailleurs des enfants en pélé à Lourdes ou en balades océanes.
J’ai souri quand il m’a dit qu’il ferait le tri dans les garages et la cave.
J’ai souri parce que l’armoire, c’est pour moi. Il n’y a rien de masculin ou de féminin, il y a seulement nos habitudes comme grand-mère et grand-père, comme nos mères et nos pères, et celle à nous retrouver après, heureux.

C’est mieux un jour de soleil parce qu’il y a le parfum du seringat en fleurs qui embaume la chambre et tous mes gestes.
Ouvrir l’armoire.
C’est drôle la bonne odeur de lessive et de bois à nos parfums mêlée. C’est doux.
Attraper des deux mains toutes les laines. Presque toutes, il faudra veiller à garder celles pour les soirées bretonnes toujours fraîches.
Se surprendre parfois à caresser ce vieux pull qu’il aime.
Faire grimper sur les étagères du haut tout ce qui fait l’hiver, préparer un carton à donner et déposer l’été plus bas, à portée de nos mains.
Les chemisettes, les tissus légers, les bermudas.
Trier, plier, ranger.
Il y a dans mes gestes des histoires qui reviennent de virées à vélos, de voyages et de rires.
Il y a dans mes mains la tendresse du temps qui passe et qu’on regarde ensemble.
Il y a cette lettre que j’aime lire à nouveau et le parfum de lavande gravé dans chacun des mots qu’ils avaient écrits pour nous.
À la manière du livre de Tobie, il y a tout leur amour, entre les lignes d’un papier un peu jauni, posé là, glissé entre les piles de nos vies.
« Prends pitié d’eux , Seigneur, prends pitié d’eux ; qu’ils puissent vivre heureux jusqu’à leur vieillesse tous les deux ensemble. »

Il y a dans le parfum de cette armoire à ranger au début de l’été la promesse de s’aimer.


coeur