Ouvre bien tes oreilles

« Ouvrez bien vos oreilles à ce que je vous dis maintenant: le Fils de l’homme va être livré aux mains des hommes. »

Je me souviens de ces instants-là. Assez rares. J’étais une petite fille plutôt docile.

C’était des instants où je ne voulais pas. Je ne voulais pas comprendre, je ne voulais pas savoir, je ne voulais pas entendre.
Je ne voulais pas faire ce qu’on me demande.
Et je posais très vite mes deux paumes sur mes oreilles. Je les appuyais fort, très fort, pour les emplir du bruit de l’océan. J’ai toujours trouvé ça magique d’avoir le bruit de l’océan dans sa tête, à disposition, n’importe où, n’importe quand. À la place de tout ce qui dérange.
Ce n’était pas toujours grave ce que je ne voulais pas entendre tu sais, c’était même la plupart du temps des broutilles. J’étais plutôt docile mais têtue. C’est drôle mais ce n’est pas contraire.
Alors à chaque fois, elle s’arrêtait  devant moi, me regardait dans les yeux, et de ses deux mains très douces, elle posait un livre, le même toujours, avec des images qui racontaient Ta vie. Elle savait qu’elle n’avait pas besoin de s’énerver, de détacher mes mains, elle savait que cela ne servirait à rien. Il y avait quelqu’un qui saurait le faire pour elle, et bien mieux.
Elle était patiente.
Et surtout elle savait que doucement je les retirerai seule mes mains pour prendre le livre et tourner ses pages. Elle attendrait le calme, le presque doux. Elle pourrait alors me redire. Il fallait que je comprenne, ou que je sache ou simplement que j’entende.

En y repensant ce matin je crois bien que je n’attendais que ça. Ses mains à elle qui ouvrent mes oreilles pour me dire Ta vérité.

Souvent encore, je ne voudrais que le bruit de l’océan.
Pour ne pas entendre les cris, les larmes, le monde qui fait mal.
Pour ne pas entendre les bruits.
Souvent encore, je ne voudrais que le son des vagues. Pour échapper aux échos de mon coeur.
Il n’y a plus ses deux mains très douces mais il y a toujours son livre. Le Tien.
Enfin…je crois bien que c’est le même.

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Recharge

Parfois les petits riens de mon quotidien me font sourire.

Ça se passe au soir, fatiguée un peu par une longue journée qui s’arrête à la boulangerie et qui croise un vieil ami toujours bienveillant.
– Bonne soirée, bonjour à la maisonnée…et recharge bien tes batteries! qu’il me dit avec son sourire qui fait joliment plisser les coins de ses yeux délavés.

Pas de souci, les batteries on va les recharger. Enfin c’est ce qu’on croit. Et zut il y a tout plein de petits trucs qui s’enchaînent encore.
Ouf.
Ça y est enfin.
Tranquille.

Une p’tite prière, bof, trop vide, pas un mot sur mes lignes bleues.
Déchargée aussi l’envie de Te prier.
Déchargée l’envie d’aimer, épuisée, K.O.
Tant pis.On peut s’en passer hein.

Un peu de musique alors, ça oui. Zut le MP machin lui aussi n’a plus de jus.
Je cherche le petit fil magique qui relié à la bonne prise va lui redonner un peu des refrains que j’aime écouter, blottie au tiède d’un automne qui commence.

C’est ça le petit rien.

Les fils noirs sont bien dans le tiroir. Mais il y a celui de l’appareil photo, celui du téléphone, celui du téléphone du mari, celui de ah celui-ci je ne sais pas et il n’y a pas un embout qui rentre dans le petit bitonio de l’appareil à musique.

Le bon bout, enfin.

C’est ça le petit rien.

Faut se relier par le bon fil pour les recharger les batteries. S’agirait pas de se tromper.

La musique est chouette, douce dans les oreilles. Le blotti de l’automne dans le canapé, l’album photo qu’on regarde en souriant des vacances déjà loin. On va se recharger doucement aussi, comme ça.

Mais bientôt, il y a du vide un peu, on le sent bien, plus le corps se repose, plus le coeur se creuse.
Mine de rien il fait de la place.
L’envie de prier à nouveau, l’envie d’aimer toujours.
Ça doit être ça.
On les sent bien les doigts qui démangent. Le cahier est là sur le coin de la petite table qui nous tend les mains.
Une petite prière, remplie, sur les bleus des lignes, débordante, s’écrit en un souffle.
L’amour en vrac de mercis, de pardons, de s’il te plaît.
Bien là, à nouveau là.

C’est ça le petit rien.
Tu es ma recharge d’amour.

Parfois les petits riens de mon quotidien me disent que Tu souris. C’est certain.

Fluotements

C’est mon p’tit truc de prof de français.
Un p’tit truc de rien, surtout avec les textes que je fais valser entre leurs mains. Oh… vraiment, ce n’est pas un grand machin pédagogique compliqué rassure-toi, et ce n’est même pas très nouveau. Mais j’aime bien.
C’est un peu comme une encre magique qui révélerait un secret, qui dévoilerait le sens caché, qui ferait voir ce qu’il y a derrière les phrases, entre les mots, au détour d’une virgule.
Pour mon p’tit truc tu sais, ils sont champions et toujours bien équipés:  du jaune évidemment, du bleu, du vert, du rose souvent et de l’orangé parfois.
Et là on peut attaquer le texte.
Comme ce soir, en dernière heure, même fatigués.
– M’dame, je peux les fluoter en jaune les mots qui disent le caractère méchant de la sorcière ? Et les élements de la magie, en vert on peut ?
Voilà. Ça fait quinze jours qu’on partage quelques heures par semaine et mes sixièmes ont déjà compris le truc. Son verbe chante même entre leurs mots: je fluote, tu fluotes… ils fluotent. Et on arrive à trouver l’essentiel avec quelques coups de couleurs.

L’ essentiel, les trucs à découvrir, les trouvailles à retenir: en fluo.
Tu me vois venir … hein ?

Mais en vrai de vrai, j’aurais bien passé un coup de fluo jaune sur les sourires de mes collègues encore aujourd’hui,
et sur les visages des grands collégiens rassemblés ce midi pour leur premier midi-ados-pasto,
et encore un coup sur ma route jolie à traverser la campagne par les vitres de mon auto,
et sur les bonjours au milieu des courses pourtant pressées,
et sur la chaleur de la maison après une longue journée, retrouvée.
Et même si j’osais, je fluoterais bien Tes mots ce soir au détour de ma Bible.
Un peu d’essentiel en doux rose de fille tiens. :-)

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Tout près

Pas besoin de regarder au loin, très loin
Suffit seulement de lever la tête, légèrement
Faire décoller son menton, doucement
Sur les petits riens si importants des autres
Sur les jolis moments tout autour et même dedans
Sur les petites choses, toutes petites, même petites

Pour voir un horizon en couleurs.

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Tirelires

« Et toi, combien dois-tu ? » (Evangile selon saint Luc)
Ça m’a rappelé un instant joli l’évangile du jour.

On l’avait posée sur la bibliothèque des enfants, à l’entrée de l’atelier d’écriture.
Rose, dodue, la tirelire à gros mots remplirait un petit cochon de nos piécettes qui effaceraient les zut, crotte, mince enfin les vrais gros mots. Elle enlèverait les mots méchants quand ils se disputent aussi, quand ils laissent aller leur colère fatiguée de leurs petits corps épuisés.
Très vite, l’animal compta en son ventre de quoi la vider pour… Pourquoi ? Dis on en fait quoi des sous…? On ne va quand même pas acheter du sucré avec les trucs qu’on n’aurait pas dû dire ?
On n’y avait pas pensé avant. Zut. Enfin non pas zut, un vrai gros mot. Et un sou dans le cochon rose.
C’est petit Paul qui a eu l’idée, je m’en souviens. Il avait pris son sourire des jours où tout allait bien.
On a pris un gros bocal, le plus gros qu’on avait pu trouver. Bien transparent pour voir au travers les petits papiers de couleur qu’on y déposerait.
Parce qu’à chaque gros mot, on écrira un mot tout doux, tout sucré si on veut.
Le bocal a commencé à se remplir. Vite. Leur souffrance dépassait les limites des mots doux souvent. Puis plus doucement. Puis plus rien.
Ils n’ont plus dit de gros mots.
À les écrire, ils les ont trouvés doux à dire les saperlipopette, roudoudou et berlingot, ils les ont aimé les sacrés chamallows, boule de gomme et ratatruc. Et ils les ont gardés comme rempart à leur colère, leur fatigue ou leur simple mauvaise humeur. Ils les ont lancés dans les airs et ont jonglé avec.

Il est toujours là, à l’entrée de l’atelier d’écriture, le cochon rose tout vide et le bocal transparent.
Et les mots sucrés continuent de voler. :-)

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Gadoue, pétrin et du joli quand même

Voilà.
Ça se passe toujours quinze jours après la rentrée. Il fait encore beau. On a du soleil sur nos peaux et les tee-shirt de nos vacances sur le dos. D’ailleurs, on part un peu comme en voyage avec la route qui défile à travers les vitres du car, le pique-nique comme on l’aime au fond du sac et les sourires dans nos poches prêts à raconter le joli de nos vies.
Voilà.
Comme tous les ans, on embarque nos p’tits nouveaux collégiens pour une rando, des activités, du partage à foison, histoire de prendre une nouvelle année scolaire dans la bonne direction et surtout, oui surtout, ensemble.
Et c’est plutôt toujours chouette.
Sauf que ce matin, après quinze jours de chaleur indécente pour une rentrée il faut bien l’avouer, le ciel avait décidé d’être au gris, que la pluie s’est invitée pour la journée-et-du-début-jusqu’à-la-fin et que les tee-shirt de vacances ils étaient bien planqués sous le pull qui gratte et le k-way chiffonné.
Voilà.
La journée s’est déroulée sans le soleil en vrai mais avec du beau à partager et des sourires bien sortis des poches quand même. Rando plein champ entre les épis de maïs et atelier de fabrication de pain, le bonheur de vivre à la campagne et d’aimer ça. Et bien plus encore.
Parce que, surtout, en tout premier même, vrai de vrai, il y avait leurs rires d’enfants.
On devrait les écouter tout le temps leurs rires d’enfants qui font dire que la vie est vraiment plus que jolie à aimer.

Au soir, sur le chemin du retour, il y a eu aussi ce petit malin qu’on a déjà deviné sensible et drôle.
– M’dame, on a ri avec les pieds dans la gadoue et les mains dans le pétrin aujourd’hui et c’était drôlement bien : on est bien prêts pour l’année !
J’ai ri aussi.

Et évidemment, pas manqué, Tu étais là Toi.
Je ne fais rien pourtant et paf, dès qu’il y a un joli mot, Tu te ramènes dans ma tête. Parce qu’en vrai T’as dû en faire des journées comme ça sur les chemins, pieds tout crottés et mains bien salies.
T’as dû en faire oui c’est certain pour nous redire que le chemin de nos vies, avec sa gadoue et ses pétrins, n’empêchait pas de le rendre joli.
Et comme l’a dit Théophile aujourd’hui (oui, il s’appelle Théophile c’est dingue, des fois je m’demande si T’es pas là en toute chose même 😉 ), on est prêts.
Voilà. Gadoue, pétrin et la vie, la vie qu’on fait jolie malgré tout. C’est plutôt chouette. :-)

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C’est rien de le dire

Les nuages cachaient le bleu du ciel ce jour-là mais j’avais bien aimé la bruine tout au long du tour de l’île.
J’aime tant marcher sous la bruine. On dirait que la pluie s’excuse de nous caresser le visage.
On était partis en début d’après-midi, tranquilles, et on avait cheminé dans un presque silence. Il portait le sac à dos. Mes mains, libres, pouvaient prier.
On était bien je crois.

Les nuages cachaient le bleu du ciel quand on est arrivés à la chapelle saint-Michel.
Il y avait le blanc de ses murs qui faisaient comme une tache de lumière sur le presque soir. Les touristes avaient dû reposer leurs jambes après la montée, les pèlerins d’un jour avaient laissé quelques lumières en petites prières, les enfants de la colo quittaient les lieux en posant leurs rires en écho sur les pierres. Il était temps pour eux de reprendre le bateau. Nous, on pouvait rester là. C’est bien quand on peut rester après les autres. Tu sais, comme lorsque, petits, on peut jouer encore un peu alors que l’heure est dépassée. Comme un cadeau que nous offre le temps.
On est restés là, au pied de la croix de Maudez.
J’ai souri de l’image vue tant et tant de fois.
J’ai souri d’un été de mes jeunes années à vouloir me mesurer à ses côtés, posant la paume sur ma tête. Est-ce qu’un jour je serai grande comme elle ?
Il a voulu prendre des photos. J’ai souri encore d’être comme dans une carte postale.
Et je me souviens de cet instant-là.
Ce petit instant où je me suis dis que Ta croix c’était tout sauf ça.
Tout sauf une croix de carte postale.
Tout sauf une image sur papier glacé.
Tout.

À ses pieds, il y a ta mère et tes frères.
À Tes pieds, il y a les roches rudes de nos vies.
À Tes pieds, j’ai déposé mes colères.
À ses pieds, paume posée sur ma tête, je suis restée petite.
C’est rien de le dire. Il a suffi d’un instant.
J’ai caressé doucement le granit de Ta croix et j’ai su à nouveau.
Près de la croix de Jésus se tient encore et toujours Ton amour. Infini.
C’est rien de le dire. Tu es Tout.

Les nuages cachaient le bleu du ciel ce jour-là et c’était bien le tour de l’île pour Te retrouver. Sous la bruine.

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Attrapée par la manche

Je ne les ai pas vues arriver.
Je descendais les escaliers pour rejoindre une autre classe. Il y avait le sourire du cours d’avant et le lourd de belles copies à rendre au fond du cartable.
Il y avait la joie d’être à nouveau là.
Et elles m’ont attrapée par le bras. Les filles du caté de l’an dernier, croisées, grandes, en 4è déjà.
– M’dame, on y retourne alors au monastère pendant les vacances de la Toussaint parce qu’on veut toujours nous et vous ?
Attrapée par la manche, touchée au coeur.

Je ne l’avais pas vu assis tout au bord.
Je servais une boisson fraîche aux autres assis derrière, sur les marches. Il y avait mon sourire à les entendre raconter des blagues et le lourd des bouteilles à transporter. Il y avait la joie de servir un peu à nouveau, là.
Et il m’a attrapé par le bras. Le gars que je n’avais pas reconnu, assis sur le bord du trottoir,  cherchant l’ombre du platane.
– Ma p’tite dame, je vous les aide à porter vos bouteilles d’eau et vous m’offrez vot’ bon p’tit café comme cet hiver ?
Attrapée par la manche, touchée au coeur.

Je ne l’avais pas vu  trop pressée par le peu de temps.
Je jonglais entre deux courses vite faites et un rendez-vous que je trouvais important. Il y avait mon sourire à me voir courir une fois de plus et le lourd d’un agenda toujours trop étroit. Il y avait la joie de vivre, encore là.
Et elle m’a attrapée par le bras. La très vieille dame empêtrée dans ses sacs à chercher sa clé de maison.
– J’ai dû la faire tomber dans un de mes sacs mais je ne la retrouve pas…
Elle l’avait dans sa main gauche, serrée, oubliée.
Et ses mille mercis.
Attrapée par la manche, touchée au coeur.

J’aime bien être attrapée par la manche.
Comme si les mains de mes prochains me montraient le chemin, m’arrêtaient pour des bouts d’essentiel, me tiraient du bon côté.

J’aime bien quand Tu m’attrapes par la manche, quand Tu me laisses aller vers Toi, mine de rien.

Toi aussi, tu retiens un peu nos bras, doucement, tout discret, sans forcer,
pour aimer,
pour ouvrir Ta Bible,
pour tendre nos mains,
pour ne pas louper au vol les petits instants de joie.

C’est un peu Ton truc à Toi aussi quand même: nous attraper par la manche pour nous toucher au coeur.
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Balbutiements

Il y a un doudou qui traîne par terre.
Il y a une poussette coincée au bout de l’allée pour ne pas trop gêner le passage, un sac pas très loin de mes pieds avec un biberon qui dépasse.
Il y a son inquiétude s’il pleure, et les livres qu’elle a apportés pour la grande soeur pas très grande si elle s’agite, et ses bras à lui, réconfortants, qui porteront le bébé si plus rien ne va.
Ils sont là.
C’est un peu compliqué mais ils sont là. Les mamans et les papas qui vont faire baptiser un enfant cette année ont été invités dans mon église ce matin. Ils sont là, cette maman et ce papa qui ont répondu à l’invitation. Un peu maladroits, un peu mal à l’aise mais souriants. Tout près de moi.
Et c’est drôlement bien.
Tout se passe bien. Tout se vit bien.
On se sourit quand nos regards se croisent.
Et c’est vraiment bien de les savoir là, tout près.

Et puis, il y a quelque chose de drôlement bien qu’ils ne sauront jamais.

C’est le bébé tout près, tranquille, finalement tranquille.

Ce sont ses bouts de pieds que je vois dépasser de la poussette et qui semblent danser à chaque fois que l’église se met à chanter.
C’est son babillage qui ponctue chacune de nos prières.
Ce sont ses balbutiements entre Tes phrases d’évangile.
Et son silence quand, dans le silence de la prière, les bras de son père le bercent.

C’est ce bébé tout près, tranquille, finalement tranquille.

Il me redit que je ne suis pas loin d’être comme lui quand je suis près de Toi.
C’est mon coeur joyeux d’être sous ton toit qui a toujours envie de faire danser mes pieds.
Ce sont mes bavardages qui ponctuent chacune de mes prières.
Ce sont mes minuscules balbutiements  qui tournent Tes pages d’évangile.
Et mon silence, mon doux silence, quand dans la plus petite des prières, Tes bras me bercent de Ta  tendre miséricorde.

doudou