Année sabbatique

« Il y a un moment pour tout et un temps pour chaque chose sous le ciel. »

Cher ami lecteur, chère amie lectrice (et toi qui passes par hasard),

Un tout petit mot.
J’aime bien écrire les tout petits mots. Ceux qui disent des sourires même dans les gris, tu le sais bien. Là c’est un sourire un peu triste de te quitter mais qui pense qu’il reviendra, alors il n’est pas vraiment triste en vrai.
Je t’explique. Il y a un moment où tu te dis c’est maintenant. Dans les petits riens et les petits essentiels, un projet qui te tient à coeur depuis un moment, vraiment. Et voilà c’est décidé, c’est maintenant. Seulement il demande un peu de temps, un peu de silence, un peu d’oubli de moi. En vrai tu vois, il n’est pas compatible avec un p’tit blog bien sympathique qui en venant tous les jours ou presque, m’éloigne et de mon temps, et du silence, et de l’oubli de moi.

L’année sabbatique, c’est un truc à la mode peut-être. Je m’en fiche un peu pour de vrai. Je m’en fiche de la mode. Ça me va bien cette parenthèse dans le temps. Je désactive les réseaux et je laisse le bord de mon chemin en repos.

Voilà. C’est pas très compliqué.

Avant de partir, je te souhaite un Avent rempli de Dieu, de p’tits moments jolis, de joie en vrai. Il y aura un Carême à suivre et un nouvel été. N’oublie pas que je te garde dans mes p’tites prières et que même si le monde est moche souvent, il suffit de regarder autour pour y voir un sourire, deux même, et hop de faire la vie plus belle.

Prends bien soin de toi,

À dans une année je pense. De toute façon, je reviendrai te  le dire si je reviens en vrai, promis.

Bises,

Corine

 

L’heure juste avant midi et demi

Je leur ai rendu leurs petits textes.

C’était l’heure juste avant midi et demi. Celle qu’on n’aime moins parce que souvent ils sont déjà un peu ailleurs, en dehors, presque partis.
Je leur ai dit bonjour et puis je vais vous rendre vos petits textes.
Ce sont toujours les phrases d’après qu’ils attendent, qu’ils écoutent. On dirait même qu’il y a un peu d’espace entre eux, en suspens.
Je crois qu’ils aiment bien savoir comment je les trouve leurs mots.

C’était l’heure juste avant midi et demi. Il y avait plein de soleil par les fenêtres et ils avaient tiré un peu les rideaux.
Je leur ai dit que leurs textes étaient très beaux, tous.
C’était juste vrai.
Tous beaux.
Ils ont souri, tout doucement. Vous savez ce sourire celui de quand on est heureux, un peu fier et qu’on n’ose pas trop laisser éclater sa joie. Peut-être de peur qu’elle ne s’en aille.

C’était l’heure juste avant midi et demi. Il y avait du silence quand ils ont écouté tous leurs petits textes mis bout à bout.
Il fallait écrire l’attente et la tristesse. Je leur avais donné un ou deux trucs c’est tout. Eux ils ont écrit les mots de leurs presque 15 ans.
Et c’était réussi. Et c’était beau.
J’ai affiché au fond de la classe, en grand.

C’était l’heure juste avant midi et demi. Je crois qu’ils étaient heureux. Il n’y avait pas de notes, même pas d’appréciations. Juste du beau. Et puis c’était affiché en grand sur le mur du fond.
La joie, elle était là vraiment. Dans la suite de l’heure à chercher encore dans ce texte, à sourire, à rire aussi.

C’était l’heure juste avant midi et demi.
Midi et demi a sonné.
Plusieurs se sont attardés à regarder leurs mots, affichés sur le mur du fond.
– On recommencera comme ça m’dame ?

Et j’ai embarqué tous leurs sourires pour le reste de ma journée. Ils ont effacé l’espace de quelques heures ce qui rend la vie moins jolie parfois les discussions stériles, les jalousies, les absences.

Ils ne le sauront pas, mais vous, oui. Grâce à eux, je viendrai écrire encore les sourires des heures, celles juste avant midi et demie, celles auxquelles on ne croit pas assez.
Parce que je crois que c’est la seule chose que Dieu me murmure à longueur de jour: souris . Souris de chaque heure, même de celles que souvent tu trouves  moins jolies, tu sais comme de l’heure juste avant midi et demi.

 

Echafaudages

Ça fait plusieurs semaines Tu sais que je suis plantée là, devant Ton autel, un peu comme d’habitude. Pas tout à fait, pas tout à fait comme d’hab. Je ne suis pas seulement face à Ta table.
Je lève les yeux parce que j’aime assez lever les yeux vers Toi.
Et paf un échafaudage.

Ça fait plusieurs semaines que des ouvriers – et pas de la dernière heure – travaillent à consolider, oui je crois qu’ils consolident une partie de mon église des dimanches.
Et ça me fait un drôle de truc cet échafaudage.

Tu vois ça commence dès le début.
J’arrive avec tout mon bazar de la semaine. Les jolis mots de mes élèves, les soucis glanés au fil des rues, les sourires de mon p’tit cocon, les clins Dieu de mes p’tits malades. Tout est drôlement emberlificoté en vrai: le doux et le rude, le triste et le grave, le joli et le moche. Et dans tout ça, ma bobine un peu.
Un sacré chantier.
Mes pardons en échafaudage.
Du bancal à étayer tout le temps.

Et elle est là à me regarder du coin de l’oeil cette échelle d’une autre dimension qui grimpe vers Ton ciel.
Elle observe ma prière, mon pain de ce jour, ma paix.

Tu vois ça finit aussi de cette façon.
Le chant de l’envoi, les sourires croisés, l’espace de ce tout petit instant où l’on se sent bien. On n’a même pas vraiment envie de partir des fois.

Je souris encore.
L’idée m’a traversé l’esprit.
C’est parce que la lumière des vitraux éclate en kaléidoscope sur le blanc de la bâche. En haut.
L’idée m’a traversé l’esprit. Tu es là. Pleinement.
C’est pas une idée.

Dans nos chantiers.
Même quand la vie échafaude des trucs compliqués.
Tu es là.
Ça s’explique pas la foi, c’est ça le compliqué en vrai. Ça rend pas plus fort, c’est même tout le contraire. Faudrait leur dire.

Et comme le souligne ma petite Marie au retour à la maison.
Ma petite Marie qui est vraiment grande quand je lui raconte ma métaphore tirée par les cheveux.
« Si , c’est ça ton échafaudage. C’est pour aller vers du vraiment beau, à la fin. »
img_20161113_120905

 

Bible (3)

Objet trouvé

À la trimbaler partout un jour tu vas la perdre.
Ça ne peut pas se perdre une Bible, ça peut juste s’oublier.

Comme dans une messe, un midi de dimanche, à Sainte-Bernadette.
Lourdes. Un été où il fait très chaud comme lorsqu’il fait très chaud dans un été  à Lourdes. Tu es obligée de sortir avec cette jeune fille du groupe qui se sent mal. Prendre l’air. Tu oublies ton petit sac à dos avec un carnet dedans, un crayon sûrement, un peu d’argent et ta Bible. La petite Bible, celle qui aime bien les voyages, celle que tu trimbales partout.
La jeune fille dit l’urgent. Elle ne se sent vraiment pas bien. Les pompiers même.

Comme dans une fin de messe, un midi de dimanche, à Lourdes.
Personne n’a pensé à ton sac ou ne l’a vu. Pas grave, il est sûrement resté sous le banc.
Non. Recherche. Objets perdus. Tu n’es pas très inquiète, il n’y avait rien de très important dedans, juste ta Bible.

Comme un soir de dimanche à Lourdes.
Le sac est retrouvé. Tout est là. Le carnet, le crayon dedans, le peu d’argent.
Pas de Bible.

Tu n’as jamais su.
Ce que tu regrettes surtout c’est le petit marque-page, le mot qu’elle avait écrit juste pour toi.

La Bible, elle, n’est pas perdue.
Ça ne peut pas se perdre une Bible.

img_20160405_102441

 

Bible (2)

Cale-porte

Souvent j’ai des tout petits souvenirs qui me font sourire.
Avec la Bible aussi.

Le mercredi après-midi, parfois, on allait rendre visite à Claude parce qu’il vivait seul depuis toujours, parce qu’il ne prenait pas vraiment bien soin de lui et parce qu’on l’aimait bien.
Elle lui faisait une soupe. Elle lui apportait du linge propre. Elle ouvrait ses fenêtres. Pendant ce temps-là, Claude continuait à lire dans son fauteuil.
Il lisait tout le temps de gros livres. Enfin, du haut de mes quelques années, je les trouvais très gros. Parfois Claude levait les yeux pour sourire. Il parlait peu mais il y avait de la tendresse dans son regard. Et moi, je feuilletais ses atlas en images, ceux qui contenaient des cartes avec des océans et des pays aux noms toujours impossibles à prononcer et que lui seul connaissait.

Il y avait un livre pourtant qu’il ne lisait jamais le vieux Claude.
C’était une Bible.
Une bible à la couverture verte très foncée, presque noire.
Je ne savais pas à l’époque s’il l’avait lue. Il n’allait jamais à l’église Claude, ça, je le savais.
Je voyais simplement sa Bible qui servait à caler sa porte de cuisine vers le couloir pour que le chat puisse sortir quand il le souhaitait, pour que la porte ne claque jamais quand on arrivait par celle de l’entrée, pour éviter le courant d’air qui ne manquait jamais de nous suivre. Bref, pour que cette porte reste toujours ouverte.
On avait l’impression que le livre ne bougeait pas d’un pouce d’une fois sur l’autre et si elle entreprenait de balayer la pièce pour lui faire un peu de ménage, elle devait remettre la Bible bien à sa place une fois la poussière disparue.

Beaucoup plus tard, je crois même que Claude était mort depuis longtemps déjà, je lui ai demandé si cela ne l’avait jamais dérangée de voir son livre, celui qu’elle aimait tellement, traité de cette façon.

Elle avait répondu non.

Dieu était là, dans cette maison. C’était l’essentiel. C’est moi qui lui avait donnée des années plus tôt.
Pourquoi, tu savais qu’il n’allait pas à l’église?
Et alors, on peut lire la Bible sans croire.

Oui. Avant cela, je n’y avais pas vraiment réfléchi. Après, j’ai su que Sa Parole, je pouvais la partager, même avec ceux qui ne croient pas.

D’ailleurs, elle avait souri en ajoutant:

Il n’y avait jamais de poussière sous ce livre.
Et ça faisait un fameux cale-porte non ?

img_1329

 

 

Bible (1)

Fiche de vocabulaire

Nom féminin: comme ça on peut dire qu’elle est belle
Synonyme: aucun
Particularité: doux au toucher
Prononciation : se dit comme un baiser

Note 1: j’ai toujours trouvé que celle de grand-mère ressemblait à un coffre à trésors. Sa couverture en cuir tanné par les vents, ça doit être ça.
Note 2: c’est un peu étrange de jurer dessus quand elle est fermée.
Note 3: je me suis toujours demandée si quelqu’un ou quelqu’une la connaissait par coeur. J’aime bien écrire « par coeur », ça va bien avec le mot bible.
Note (dernière): sa définition ? en vrai c’est le plus joli mot d’amour.

 

img_20160920_183359-2

 

« On est drôlement bien, là »

« On est drôlement bien, là, madame. »

Ils sont drôles les gens aujourd’hui à vouloir échapper au monde. Soudain, ils ne le veulent pas ce monde-là.
Soudain, ils ne veulent plus qu’il ressemble à ce qu’il est.
Soudain, ils veulent partir sur une autre planète.
Ils n’y croient pas à ce résultat d’élection.
Sans mauvais jeu de mot complètement ridicule, ils se trompent.
C’est notre monde.
C’est celui que nous faisons.
Nous sommes dedans, avec.
C’est notre monde.

« On est drôlement bien, là, madame. »

C’est ce qu’il m’a dit à cinq minutes de la fin du cours ce matin. Ça faisait bizarre de l’entendre.
Comme une petite envie de métaphore. Toute petite. De rien du tout.

C’est compliqué chez lui. Je le sais un tout petit peu, même pas vraiment. Je sais que c’est compliqué sa vie. C’est compliqué son collège. C’est compliqué ses 14 ans. Vraiment.
Il fallait simplement écrire à la manière de cet écrivain. En classe, avant, on avait tout bien repéré. Ses mots. Sa façon de dire. Sa façon de ne pas dire.
Il fallait simplement écrire la tristesse et l’ennui à la manière de cet écrivain.
J’ai vu toutes leurs têtes se pencher. Concentrées. En silence.
Travailler.
Chercher.
Écrire.
Lui aussi. Lui qui d’habitude n’a pas toujours envie.

« On est drôlement bien, là, madame. »

– Ah….pourquoi ?
– Parce qu’on réussit à faire quelque chose de bien, comme si on…
Il s’est arrêté.
– Comme si on devenait grand.

Par la fenêtre, le soleil d’automne sur la cour.
C’est notre monde.
C’est celui que nous faisons.
Nous sommes dedans, avec.

Peut-être que dans le difficile avoir la possibilité de faire quelque chose de bien, ça fait grandir.
Un peu.
Peut-être.

img_20161104_164157

 

 

La petite empreinte

Je ne sais pas vraiment comment raconter ce matin de dimanche. Peut-être qu’il ne faudrait pas le raconter.
Peut-être que les mots ne suffisent jamais pour dire.
Peut-être que c’est bien plus difficile à écrire le doux, le joli, le bon.

Pourtant à les déposer sur mon cahier, celui qui a la couverture marbrée de bleus- tu sais le plus joli, les mots ont laissé une petite empreinte entre les lignes. C’est juste ça que je pourrais écrire, juste ça.
La petite empreinte.

J’ai pris la route du collège, celle que je connais par coeur. Parfois j’ai l’impression de la suivre sans m’en rendre compte. Il s’inquiète pourtant et me répète de me méfier toujours des mauvais virages. Ce matin, j’ai regardé si elle était différente parce que je ne la prends jamais le dimanche en vrai la route pour tout le reste de la semaine. Il y avait la belle campagne toute dorée à traverser, les arbres en torches flamboyantes, le petit carré de vigne après le premier virage- je n’ai jamais su quel vin il faisait, le troupeau en taches noires et blanches à droite, les champs avec leur terre bien peignée comme si c’était juste pour le beau d’un dimanche, le troupeau toujours en taches noires et blanches à gauche, le petit bois à traverser, celui dont il faut se méfier quand il y a du verglas. J’ai bien regardé.
J’ai fait attention aux virages aussi.
Elle était comme d’habitude la route.
Il y avait même la même petite empreinte. Celle que Tu laisses dans le ciel, le croisé des nuages pour me suivre d’un clin Dieu, sûrement.
J’ai souri de voir encore deux traînées de blanc en croix au-dessus de moi.

J’ai traversé le parvis en plein vent. Je le connais presque par coeur. Il y a les célés de Noël et de Pâques dans cette église. Il y a eu des sépultures aussi. C’était difficile je me souviens bien. Il y a toujours le même vent. Ce matin, l’église de là où j’enseigne- j’aime bien l’appeler comme ça, elle attendait les jeunes collégiens qui préparent leur baptême. Il y avait tout plein de monde, les visages de parents, d’anciens élèves, des amis. Il y avait le temps qui passe et celui qui vient, ensemble.
Elle était comme d’habitude la messe. Il  y avait la résurrection au coeur. C’est toujours comme ça non ?
Il y  avait même la même petite empreinte. Celle que tu laisses à travers le vitrail, le filet de lumière qui se pose en un clin Dieu, souvent.
J’ai souri quand Tu l’as posé ce matin sur ses mains de jeune en chemin.

Il y a eu toutes les heures après, celles d’un dimanche qui égrène ses habitudes, celles qui font la vie un peu plus douce.

J’ai ouvert mon cahier. Je le connais par coeur. Le bleu marbré de sa couverture. C’est le cahier des jours. Ce soir, il attendait le doux de ce dimanche et il ne trouvait pas les mots.

Peut-être qu’il ne faudrait pas raconter.
Peut-être que les mots ne suffisent jamais pour dire.
Peut-être que c’est plus difficile à écrire le doux, le joli, le bon.

Pourtant à les tracer, les mots ont laissé une petite empreinte entre les lignes. C’est juste ça que je pourrais écrire, juste ça.
La petite empreinte.
Celle qui remplit les espaces, celle que Tu laisses quand l’encre se retire sur le dernier merci, celle qui glisse en un point et qui Te dit toujours à demain.

cahier-bleu-2

 

Qui sait ?

Peut-être bien que ce sont eux qui savent.
Je m’étais dit ça un soir à Lourdes il y a quelques petites années. Je me souviens que certains se moquaient de ce rassemblement, de son nom un peu ridicule. Diaconia. C’était facile.
Je me souviens que j’avais aimé. Profondément. Que le nom je m’en fichais pas mal.

Je les avais croisés les gens en marge, à la rue, à côté. On les appelait les pauvres. Je me souviens de Jo, de Nadine et de Bertrand. De Pierre-Yves et de Maria aussi. Ce soir-là, en priant avec eux, je m’étais dit ça.
Peut-être bien que ce sont eux qui savent. Prier, oui ce sont eux qui savent.
J’ai repensé à eux il n’y a pas si longtemps.

 

Peut-être bien que c’est elle qui sait.

Il fait un peu froid déjà. J’ai mis mes gants pour servir le café. Ce n’est pas très pratique. Elle aussi, elle a mis des gants et la tasse chaude réchauffe un peu plus ses mains fatiguées. Il y a du silence.
Il y avait tellement de bruit tout à l’heure ça fait du bien.
Elle a dit oui. Elle a une jolie voix je trouve, douce. Elle a bien voulu monter dans la camionnette pour qu’on l’emmène au foyer ce soir.
On défait nos gants maintenant. Paul a mis le chauffage à fond. Vous voulez de la musique ?
Elle a dit non. Elle a dit qu’elle préférait le silence et regarder le ruban doré de la Loire par la fenêtre. En silence.
J’ai ôté mes gants. J’ai dénoué mon écharpe. Ses yeux ont croisé ma croix. Elle a souri.
Ma mère me disait une prière le soir avant de dormir quand j’étais toute petite.
Je la trouve toute petite encore avec sa petite mine, ses  petits cheveux attachés en une petite queue de cheval, ses petits pieds qui se croisent sous ses jambes pour ne pas prendre trop de place.
Il est tard. C’est un peu l’heure de dormir. Parfois j’ose.
On peut dire une toute petite prière si vous voulez.
Elle a dit non. Et oui.
Oh non moi je ne sais pas. Vous, oui, vous pouvez.
Il y a la nuit. Le bruit du moteur seulement. La Loire qui délie son ruban à travers la vitre.
Il y a ma toute petite prière.

Il y a son silence. Il y a son presque sourire et ses paupières qui se ferment. Il y a ses doigts croisés sur ses genoux.
Peut-être bien que c’est elle qui Te dit oui.

Peut-être bien que c’est elle qui sait prier.

loire-5

Le dernier jour d’octobre

Je m’arrêterai un peu d’écrire ici j’ouvrirai mes cahiers d’écolière ceux aux lignes bleues et je préparerai mon avant d’Avent.
Je regarderai novembre pointer son nez avec la trouille un peu que ça revienne il me met toujours KO ce mois-là.
Je compterai sur les colonnes du calendrier celui qui est accroché dans le bureau dans six mois tout rond ce sera nos noces de béryl.
Je le savais pas que ce « cristal de la couleur de l’eau de mer » Saint Jean il en parlait dans son ‘livre de la révélation’ la huitième pierre précieuse j’aime bien.
Je me dirai c’est rien un mois ça passe vite faut pas trop s’en faire à chaque jour je ne sais pas ce qui suffit à chaque jour mais c’est la promesse d’un décembre tout lumière forcément j’aime trop décembre.
Je murmurerai pardon encore tout bas peut-être que Tu m’entends vraiment oui je sais Tu m’entends vraiment.
Je sourirai de mes mercis je souris toujours en disant merci il est trop joli ce mot-là il me fait penser à un p’tit bonhomme qui en parlait drôlement bien.
Je Te demanderai rien parfois c’est bien de rien Te demander je crois ça suffit est-ce que ça suffit dis ?
Je préparerai mon cartable ce que je mets dedans pour jeudi mes couleurs d’automne à leur raconter j’ai hâte de les retrouver.
Je caresserai un peu la couverture du livre je le trouve beau finalement.
J’enverrai ma commande à Paimpol pour mes santons de cette année elle grandit bien ma crèche bretonne je ferai des photos aussi.
Je la laisserai toujours ouverte la porte moi même s’il la ferme ça s’arrête jamais la Miséricorde surtout pas au seuil faut vraiment l’écrire avec une majuscule tu crois ?
J’arrêterai d’écrire je parce que les rues les classes les vies dehors écrivent des pluriels j’aime beaucoup le pluriel j’aime beaucoup mon je avec des pluriels en vrai.
J’enlèverai la ponctuation de mes phrases comme Val me l’a appris ça laisse libre de respirer quand on lit où on veut comme on veut c’est bien.
Ma prière sera douce silencieuse bien plus encore.
Le dernier jour d’octobre.

cahier