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Ce n’est pas toujours ce qu’on dit en premier

Je les ai tous vus. J’ai écrit leurs prénoms en colonne sur mon cahier.
J’ai mis un visage à chaque boucle de leurs l , à chaque barre sur leurs t et à chaque point de leurs i.
Je les ai tous vus.
Ce n’est pas toujours ce qu’on dit en premier mais voilà, la rentrée est terminée.

C’est drôle ce temps avant, ce temps après. Avec eux, au milieu.
Il y a déjà le petit qui se balance sur sa chaise, l’impatient qui agite sa main qu’il aimerait bien ne pas lever pour répondre, son rire à faire rire toute la classe qui me fait rire aussi, son regard perdu dans le vide d’un cahier aux pages trop blanches, ses mains qui hésitent à chaque mot, ses doigts qui tapent sur un clavier parce qu’un crayon pour lui c’est trop compliqué, sa moue tout le temps depuis deux jours, le porte-clés accroché à sa trousse qu’elle caresse entre le pouce et l’index comme un doudou, son air sérieux, ses lunettes qu’elle remonte sur son nez, ses taches de rousseur qui la rendent jolie, ses joues qui rougissent trop vite, son crayon quatre couleurs. Comme le mien.
Et s’ajoutent ceux que je retrouve. Grandis. Terriblement. Comme si l’été avait cette magie-là de faire grandir, parfois.

Je les ai tous vus. La rentrée est déjà terminée.
Tout reprend place et rien n’est pareil. Ce n’est pas toujours ce qu’on pense en premier mais, si pourtant. Rien n’est jamais pareil. Vraiment.

J’aime ce nouveau temps qui va faire que je peux les retrouver chaque nouveau lundi, les connaître, apprendre d’eux, avec eux, encore et toujours.
Comme avec cette petite frimousse, à la fin du troisième cours, qui écrit ces quelques mots pour raconter sa rentrée. Un peu autrement.
Petit atelier d’écriture « pour dire ce qui ne se dit pas… en premier, le jour de la rentrée ».
Et ce passage-là. Je vous le recopie comme il est, sur sa feuille, juste là, sous mes yeux.
Parce que leurs fautes, à corriger, je les aime même si ce n’est pas souvent ce que je dis en premier.
« ….Et puis, dans notre classe, il y a aussi une croix au-dessus de la porte comme dans la chambre chez mamie. C’est drôle parce que je l’avait pas vu en entrant. On la voie que quand on est assi à notre place. C’est un peu comme quand je dors chez mamie, je la vois de mon lit. Mais il faut pas s’endormir au collège! De tout façon, c’est moins confortable que sous la couette de mamie. et la croix est moins joli. »

Je les ai tous vus.
Et ils me disent tous qu’on va passer une année, difficile parfois, fatiguée souvent mais belle sûrement.
Belle, oui belle, dans ce monde-là, aujourd’hui, même si ce n’est pas toujours ce qu’on dit en premier.
élève1

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La petite prière de 5 h 27

Elle frissonne toujours un peu.
La nuit dort encore. Mais elle n’a pas besoin de voir les images du monde pour savoir qu’il ne tourne pas rond. Elle n’a rien dans le ventre, pas même le chaud d’un café. Ses épaules tremblent.
Elle n’a pas très bien dormi, inquiète de savoir ce qu’elle pourrait bien faire de ses dix doigts pour rendre la vie autour un peu plus jolie.

Elle frissonne toujours .
Elle Te demande pour les autres d’abord, pour ceux qui peuvent changer les choses, qu’ils le fassent enfin. Elle te demande pour elle aussi un peu plus d’audace, un peu plus de patience, toujours un peu plus d’amour parce que ça commence là, tout près, la vie en frères, la vie un peu plus jolie.

Elle ferme les yeux. Elle voit la photo d’un petit enfant. Elle revoit les sourires quand il était vivant.
Elle ouvre les yeux. Elle veut que la vie sourie encore. Elle ne peut jamais s’empêcher d’y croire. Elle veut la vie.
Elle a froid maintenant. Elle pose un vieux châle sur ses épaules. Elle attrape sa Bible. Elle ne la lit pas. La douceur de Ses mots dans ses mains, ça lui fait juste du bien.

Elle ose un merci. Encore un. Parce qu’elle sait que Tu es là, ni indifférent, ni lointain. Elle l’a déjà vu l’immense de ton amour. Plein de fois, un peu loin et tout près. Elle l’a déjà vu. Elle croit. Elle y croit.
Elle reste là dans le silence pour entendre Ta voix.
Elle attend que le soleil se lève pour un peu plus de Lumière, un peu plus de chaleur.
Elle a encore froid.
Elle frissonne toujours un peu la petite prière de 5 heures 27.

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Un tout petit peu moins

J’aime tant la vie.
Je crois que je l’aime trop.
Et j’ai peur qu’elle me quitte.
Oh attends… pas cette peur-là non, pas celle-là.
Pas cette peur qui me prend comme toi, évidemment, parfois, bien au-delà de mon espérance, bien au-delà de la joie de retrouver ceux qui me manquent, bien au-delà de cette envie de savoir. Parce qu’un jour je saurai, oui, je saurai.
À quoi Ton amour si grand ressemble.

Non, j’ai peur qu’elle me quitte cette vie que j’aime en ne l’aimant pas assez.
À cause des gris clairs, des foncés, des ternes, des tristes, des moches.
À cause de ces autres et  de leurs idées que je ne peux pas aimer, à cause de moi et de mes gris, et de mes ternes, et de mes moches.

J’aime tant la vie.
Je crois que je l’aime trop, vraiment.
La fenêtre grande ouverte à respirer les parfums du large au loin, à regarder l’horizon qui rejoint Ton ciel, à chanter des refrains de fille à tue-tête, à refermer doucement les mains en silence, à laisser les yeux couler sur les joues, à rendre grâce sur un cahier en bleu clair, à me donner des bouts de bonheur tout le temps. Même si, même si, à chaque fois.

J’aime tant la vie.
Je l’aime passionnément  parce qu’elle est toujours plus belle d’une écriture, d’un café, d’un sourire, et je l’abîme souvent, je la blesse, je l’ignore.
C’est là, c’est là que j’ai peur qu’elle file en douce.

Tu sais, il faudrait que je l’aime un tout petit peu moins, si.
Un tout petit peu moins pour avoir encore le possible, ce possible-là encore, de l’aimer bien davantage.

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Une p’tite liste, encore

Il y a beaucoup de bruits, partout, tout l’temps et des p’tits bouts d’essentiel, presque silencieux.

De nouveaux jeunes collègues, un peu inquiets, à accueillir,
des retrouvailles au milieu des rires,
l’envie de bien faire grandir nos élèves,
une paroisse pleine de vies et de prières et d’envies qui s’active pour sa rentrée,
un joli texte qu’on me demande de corriger parce que c’est un cadeau de mariage et qu’on veut qu’il soit très joli,
des enfants malades mais bien vivants qui ont hâte que la rentrée vienne enfin,
des rues pleines de sourires à donner, pleines de peines à abriter avant l’hiver,
des enfants à encourager, grands, mais toujours des enfants,
des projets qui nous mènent, des souvenirs qui nous tiennent chauds,
des cafés, des regards, des mains serrées

Encore une p’tite liste sans importance.
C’est juste une p’tite liste de mes p’tits riens où Dieu est là, un peu, beaucoup, tout l’temps.
Une p’tite liste de rien en somme.

Il est doux de la dérouler dans tous les bruits pour retrouver des p’tits bouts d’Essentiel.
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Prière à l’ardoise

De tous les objets qui me faisaient rêver avant de les posséder pour de vrai et de les ranger dans mon cartable, il y a eu l’ardoise noire.
La petite ardoise noire, très noire lorsqu’elle était neuve, qui se grisait avec le temps et la poussière des mots déposés dessus.
La petite ardoise noire avec une face unie comme un ciel de nuit et l’autre, quadrillée de petits carreaux à raisonner l’orgueil de lignes de « l » trop gonflés ou de « t » bien trop hauts.
La petite ardoise noire ceinte d’un cadre de bois sur lequel on pouvait tracer en jolies lettres qu’elle nous appartenait.
Je me souviens qu’il fallait toujours récupérer un vieux calendrier des PTT  pour la glisser à l’intérieur avant de la ranger dans le cartable: je n’ai jamais su si c’était  pour ne pas risquer de la casser ou parce qu’elle était un peu comme un cahier sans couverture.
En vérité, quand j’y songe, ce n’était pas l’ardoise qui me plaisait tant mais le fait d’écrire à la craie. Comme sur un petit tableau.
Brandies au bout de deux bras sûrs d’eux ou levées timidement sur les coudes , elles permettaient à la maîtresse d’avoir un rapide et efficace coup d’oeil sur l’apprentissage de notre orthographe ou notre capacité en calcul mental.
Et d’un geste tout aussi efficace et rapide, on effaçait tour à tour nos réponses à l’aide d’une éponge ronde comme un soleil, rangée dans une boîte en plastique – et c’était mieux quand elle était rose –  ou d’un chiffon qu’on avait pris le temps de découper dans un vieux drap de la maison.
Je me souviens encore de tables de multiplication, de terminaisons de conjugaison ou même de vers de poèmes dont il fallait ainsi rendre compte.

Je crois que j’aimais assez l’éphémère des réponses, la possibilité d’effacer et de recommencer.
Je raffole aujourd’hui des claviers et autres tablettes. Et pourtant, j’aime encore ma petite ardoise noire comme un gros post-it du passé.

À la veille de retrouver mes classes et mes élèves, j’oserais bien écrire encore sur mon ardoise.
Je me risquerais à Te griffonner une p’tite prière à la craie, rien qu’des p’tits mots.

Comme il n’y a pas beaucoup de place, faudrait que je les choisisse juste comme ils viennent, du bout des doigts, sans bla-bla, sans trop de compléments, les prendre là, comme ils sont, blottis dans le coeur. Je te dirais pas grand chose, peut-être un merci de pouvoir être encore là au milieu d’eux. Et puis, s’il reste un tout petit endroit, même si c’est derrière qu’il faut que Tu regardes, sur la face qui n’est pas quadrillée, libre comme un ciel de nuit, j’veux bien te demander un coup de main. Une p’tite-prière-coup-de-main comme Tu sais les entendre. Pour leur dire quand ils seront devant moi et que ce ne sera pas comme ils veulent la vie, leur dire qu’elle peut être jolie quand même si on y regarde mieux. (Le coup de main qui me rende plus crédible que guimauve, si tu veux bien.)
Voilà. Ce sera de l’éphémère à la craie mais Toi, Tu sais garder l’Essentiel.
Même si j’efface pour recommencer.

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En vrai, j’ai un peu peur.

En vrai, j’ai un peu peur.
À chaque fois j’ai un peu peur.
À chaque rentrée. Depuis 25 ans.

C’est un peu ridicule à avouer, là, comme ça, à une semaine de la reprise parce qu’il y a, exactement en même temps, la joie impatiente à retrouver un métier que j’aime passionnément, parce que ça n’a rien à voir avec la peur de la première fois du premier cours.
Quand on ne sait pas ce qui nous attend derrière la porte.
Quand on arrive avec trois conseils et nos seuls souvenirs d’élève.
Quand on se demande si c’est comme ça qu’il faut faire.
Ça n’a rien à voir avec ma peur de maintenant.
Maintenant je sais comment faire, je crois.

Pourtant, en vrai, j’ai un peu peur. À chaque fois.

Peur du p’tit qui a du vide dans le regard et que je ne fais même pas sourire tellement c’est triste chez lui.
Peur du gamin qui n’est pas dans les clous et qui traîne un dossier de psy bien plus gros que lui.
Peur du grand qui fait la tête en me disant que lire, de toute façon, ça f’ra pas mieux avancer son rêve de mécano.
Peur de la jolie au miroir qui pense qu’il y a que le plus joli qui réussit dans la vie.
Peur de croiser la fatigue des collègues qui sera aussi la mienne.
Peur de passer des heures ailleurs qu’avec eux pour se demander encore ce qu’on ‘doit‘ faire avec eux.
Peur d’un papa qui pleure ou d’une maman qui crie ou de parents qui n’sont plus là.
Peur de les voir seulement élèves et de les oublier enfants.
Peur qu’ils me croient professeur seulement.

J’ai un peu peur de vieillir, de me décaler d’eux, tellement que je ne pourrai plus les atteindre, ni toucher un p’tit morceau de leur regard, de leur tête, de leur coeur.
J’ai un peu peur de ne plus savoir leur donner l’envie d’être de chouettes gens plus tard.
Un tout petit peu.

J’ai un peu peur, c’est tout. Ce sont mes toutes petites peurs, juste avant.
Parce que je sais pourtant que je franchirai la porte avec un coeur qui bat trop vite.
Je chercherai leurs regards en leur disant bonjour.
Je leur sourirai évidemment.
Puis je passerai doucement ma main sans trop réfléchir sur ma p’tite croix glissée sous le foulard léger.
Tout recommencera.
Et j’aurai un peu moins peur. En vrai.
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Presque sans bruit

Les escaliers, la cuisine, la tasse, le café.
Tout faire avant d’écrire, presque sans bruit.

La chaise glisse ses pieds feutrés sur le sol, le corps s’assoit et se tait.
Poser la tasse. Ecouter le silence.
N’entendre que ma respiration, oser la retenir un peu pour ne rien déranger.

Les escaliers, le bureau, la tasse, le café.
La main se pose sur le papier, la manche du vieux pull accroche les lignes
et la plume retient les contours des bruits sur les points des i.

Les pieds nus caressent les bords de la chaise, se croisent puis se taisent.
Ne rien risquer. Le café trop chaud. Le volet clos.
Ne rien risquer. Ecouter encore le dedans le dehors.

Le tôt du matin laisse de la place à Dieu.
Il s’écrit comme une prière, presque sans bruit.

 

La route, en sens inverse

On reprend la route demain. Au petit matin.
On reprend la route, la même.
La même, pas tout à fait.
Ma valise pleine à craquer de quinze petits jours partagés.
Parce qu’ils ont décidé que grandir rimerait toujours avec partir quelques jours chaque année encore ensemble en vacances.
C’est aussi long à dire que beau à vivre.

On reprend la route demain. En sens inverse.
On retrouve notre maison, la même.
La même, pas tout à fait.
1, 2, 3 enfants. 3, 2, 1 enfant.
Dans quelques jours, deux sur trois seront étudiants et la maison se vide peu à peu de leur enfance en se remplissant doucement de leurs vies.
C’est aussi long à écrire que beau à vivre.

C’est étrange ces sens inverses.
On refait le même chemin dans l’autre sens.
On ajoute nos mémoires aux paysages, nos regards au temps, nos parfums au vent.
On ajoute nos vies à la Vie.
Nos naissances à nos morts, nos erreurs à nos pardons, nos départs à nos retours.
Nos vagues à leurs monts.

On reprend la route demain, la même et pourtant nouvelle.

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C’est un temps pas tout à fait ordinaire

Il est encore en vacances mais il ne l’est déjà plus. Depuis toujours, ce temps-là n’est pas tout à fait ordinaire.

Petite, on ne s’aventurait pas à en parler avant le 15 août. Mais, une fois les fêtes de Marie passées, j’avais l’autorisation de sortir le cartable, d’ouvrir la trousse, de trier les crayons et de coller les étiquettes sur les cahiers. L’encre joliment  bleue, la colle Cléopâtre qui sentait bon l’amande, les mines de couleur à faire redevenir bien pointues, la gomme encore bien blanche, les buvards d’un rose immaculé… dans chaque objet, il y avait comme une promesse d’aventure.
Apprendre.
Je n’y pouvais pas grand chose, je m’en excusais presque, je le taisais aux camarades de mon âge comme s’il avait été honteux ou arrogant, apprendre: j’aimais ce verbe plus que de raison et je n’attendais que ça.

Un sourire se moquait gentiment de mon impatience à voir la rentrée arriver pendant qu’ un soupir trouvait toujours les derniers jours d’été trop longs et me confiait des courses improbables de l’autre côté de la rue, des paniers à dénoyauter, à équeuter ou même à éplucher, des excuses à enfourcher la bicyclette sous le soleil encore, tout cela pour éviter d’user mes yeux à d’autres lectures. Tu auras tout loisir bientôt, profite encore.
Depuis toujours, ce temps-là n’est pas tout à fait ordinaire.
Cette petite dizaine de jours avant. À répéter le chemin du collège parce que maintenant tu iras seule, à s’inquiéter d’une entrée au lycée où ils seront tous bien plus grands, à me répéter qu’étudier était une chance et surtout de ne jamais l’oublier.
Je n’avais pourtant pas besoin d’être convaincue. Ce temps-là, pas tout à fait ordinaire, était béni. Bientôt j’allais apprendre, encore.

Il est en vacances mais il ne l’est déjà plus.
Ce temps-là n’a toujours rien d’ordinaire aujourd’hui.

Il est un emploi du temps à chaque fois renouvelé, des semaines à réorganiser nos agendas, de nouvelles listes de classe, des visages inconnus, des collègues à accueillir, et quelques étudiants aussi à accompagner vers ce métier que mon grand-père appelait joyeusement à tisser: à tisser des liens entre ce que tu sais et ce qu’ils découvrent. « Oui, c’est comme un métier à tisser: à toi d’y mettre les couleurs pour que l’ouvrage soit beau », et il ajoutait en souriant « qu’il leur tienne chaud… longtemps après. »
Je n’ai jamais trouvé plus belle définition je crois pour le métier de professeur: un métier à tisser, à tisser des liens. Avec eux, entre eux, entre ce que je crois savoir et ce qu’ils savent, avec ce qu’ils ne savent pas encore et qu’ils apprennent, entre ce que je suis et ce qu’ils sont.

Il est ce temps pas tout à fait ordinaire inscrit dans mon calendrier tout ordinaire.
Et parfois je souris en me disant que je devrais y ajouter une couleur d’Avent ou de Carême. Parce qu’il est bien ces mêmes heures à se préparer, à se mettre en chemin, de nouveau.

Il est un temps pas tout à fait ordinaire.
Peut-être est-il un peu prière.
Comme mes petits mots  griffonnés dans la marge à Te demander un peu plus de courage, un peu plus de patience, un peu plus de douceur.
Comme une relecture de l’année passée pour rendre la prochaine plus jolie.
Comme le verbe apprendre sans cesse à conjuguer: dans mes heures avec eux, dans mes heures à côté, dans mes heures à vivre, simplement.
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Comme des poissons accrochés à des branches

Il y avait un donjon à délivrer des princesses, des croix qui embrassaient le ciel, des pavés qui comptaient sur nos pas.

Il y avait le  soleil touchant du doigt les pierres d’un autre âge, une cloche d’ancienne cour d’école s’amusant de nos marelles improvisées, des rires comme des billes de couleur cachées au fond de leurs poches.

Il y avait cette multiplication de bon élève que Ton évangile au matin avait écrit à la craie sur mon cœur.

Peut-être qu’on oublie trop vite nos rêves d’enfant.
Peut-être qu’on croit trop souvent qu’on n’y peut rien alors qu’il suffit d’un rien pour y croire.

À la vie qu’on peut rendre jolie, à nos impossibles qui peuvent exister.
Aux rêves de paix qu’on imagine bien trop fou.

Comme des poissons accrochés à des branches.
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