Au lever des jours

Il y a quelque chose de juste dans le jour qui se lève.

Les contours à tracer, la lenteur des couleurs, le long temps des contrastes à venir.
Et nos regards, posés, silencieux, qui cherchent, qui osent voir, qui comprennent.
Peu à peu.
Comme si Dieu, prévenant, nous donnait la patience d’aimer le monde dans sa lumière crue.

On pourrait garder ces yeux-là tout le jour.

jour leve

à moitié

Mi-septembre
La lumière traîne un peu, encore ensommeillée.
Douceur d’un été qui s’attarde et déjà quelques couleurs ambrées. L’automne bientôt.

Mi-chemin
Avancer doucement, à pas lents, à peine réveillée.
S’attarder dans la tiédeur des souvenirs d’été et déjà, en ouvrant les fenêtres au matin, une première feuille tombée à mes pieds.

Mi-septembre. Être encore dans l’été.
Pourtant, deviner l’horizon, décembre et Ta Lumière.

Mi-septembre. Être là, à moitié.

feuille

 

Ce qui reste

Matin encore d’été
À rebours les secondes, les minutes, les heures
Boire chacune comme une gorgée de vie,
S’abreuver de sourires patients,
Aimer le temps qui passe

Soleil de midi
Nourrir mes pas aux tables amies,
Dévorer des pages, attraper des phrases,
Trouver les instants de répit,
Laisser s’agiter le temps

Et croire que tout est à vivre encore

Silence du soir
Poser des empreintes, garder des traces
Mots pliés, dénoués, priés
Et savoir que ce qui reste au bout de mes journées
c’est Ta présence
Pleine, entière, vivante
bible

Des parfums, les mêmes toujours.

Il y a des parfums qui me rassurent, peut-être parce que ce sont toujours les mêmes et qu’ils semblent être de toujours.

L’arôme du café, le chaud entre les mains, la saveur brûlante, l’amer qui réveille les sens.
Le doux du papier trop fin, l’apaisant de ses mots, le vrai d’une Parole de Vie que l’on respire.
Et ses deux parfums vont tellement bien ensemble qu’à chaque gorgée bue, ce sont Ses mots qui réveillent l’espace, qui emplissent le temps.

Je ne sais pas bien comment vous raconter encore le doux de cet instant.
Le matin, avant que tout ne commence.

Cet instant où le café servi, fumant près de moi, j’ouvre ma Bible.
Je crois que cela a le goût du toujours.
je crois que cela a le goût du être juste bien.

Comme un rendez-vous d’amis.
livre ouvert

 

 

Et croire

Se sentir toujours un peu coupable d’être heureux.
Se sentir toujours un peu coupable d’avoir le bonheur à portée de main.
Se sentir toujours un peu coupable d’entendre ses enfants chanter et rire et danser, d’être caressée par des mots doux, bercée par des paroles amies, d’avoir envie d’aimer la terre entière, de l’embrasser, de la tenir dans ses bras oui…

Et lire, parce qu’on ne veut plus regarder les images, les souffrances, les haines, l’absurde.
L’ignorance et la bêtise.

Et Croire.
Croire, croire toujours, croire encore, croire pourtant que le meilleur de l’homme est possible, qu’il l’est déjà. Et répéter que ce n’est pas un rêve ni une chimère, que ce n’est pas naïveté ou inconscience.
C’est simplement Croire.
Croire que Sa Parole sera un jour accomplie et que le Prochain sera aimé comme Il nous aime. Enfin.
Croire que nos prières ne sont jamais vaines, croire que nos mots bienveillants, nos mains tendues, nos pardons, nos sourires du quotidien, sont le seul chemin.

Et au matin tranquille, dans la lumière qui se fait silence, ouvrir Son Livre.

Juste à ce moment-là, se rappeler la parole d’un Père: « Tu sais… la Terre a besoin de gens heureux… Et qui L’annoncent en disant la Joie. »
jésus

Comme un arrière-pays

La joie est comme un arrière-pays plein de saveurs, de senteurs et de secrets. Il nous arrive de nous en éloigner, de troquer sa paix toute simple contre cette sorte d’agitation furieuse qui caractérise le rythme de la vie moderne. Mais toujours, toujours, nous conservons dans l’arrière-pays de notre conscience, aux confins du rêve, cette part de bonheur-là, cette plénitude qu’est la joie.
F.Garagnon, La joie conquérante

 

Il a gardé un petit goût de vacances cet arrière-pays, un goût de repas sous la tonnelle, de longues tablées familiales, la saveur de fruits gorgés de soleil, de grains de raisin ou de miel sucré…

Un parfum de brassées de lavande, d’aubépines entêtantes, une odeur de pins mêlée au vent salé, de thym et de menthe poivrée.

Il est la douceur d’un soir qui est encore d’été, la fraîcheur d’une aube silencieuse, le piquant de l’herbe coupée, la chaleur du sable sous nos pieds, le moelleux d’une lecture sur un vieux sofa.

Il entend les secrets chuchotés à l’oreille, les doux mots des enfants, les promesses des amis, les mains tenues l’une à l’autre, les pas sur la pointe des pieds, le clapotis des vagues sur les rochers.

Il a un petit air de tendresse cet arrière-pays,
de confidences, de sourires, de regards complices.
Il a un petit air de rien, de pas grand chose, de pas important.
La joie est comme un arrière-pays.
Ce n’est pas elle qu’on aperçoit en premier,
Ce n’est pas elle qui fait battre la chamade,
Elle est plus discrète, passe souvent inaperçue.
Pourtant, c’est elle qu’on garde au coeur de tout, de tous nos souvenirs,
au détour de tous nos chemins.
Elle qui redonne des couleurs à nos gris.
La joie a le sourire d’une prière.

La joie est comme un arrière-pays.
Tout petits bonheurs de nos vies.

vigne

Ton silence entre nos bruits

« Oraison du matin – aération, rumeur, lumière. Pendant que le monde monte en moi, ton silence est mon premier mot. »
François Cassingena-Trévedy

Des pas nus glissent sur le plancher, l’escalier craque à la même marche, le café frissonne, la chaise s’installe, le regard se pose, l’écran ronronne, le clavier s’éveille, les mains parlent.

Les bruits familiers du matin ouvrent ma fenêtre, ouvrent mes volets.
Un miaulement qui se frotte, un moteur qui s’affole, une porte qui claque.
Les réveils des autres m’embrassent. Mes mots s’inclinent. Des voitures passent.

C’est le matin.
Et Ton silence remplit l’espace entre nos bruits.

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Le premier jour de septembre

le premier jour de septembre ressemble à un cahier neuf encore jamais ouvert. Vous savez, la couverture est encore un peu rigide, les pages lisses, les lignes vides.
Tout est à écrire.
Et on a envie de prendre sa plus belle écriture, on aimerait bien ne pas faire trop de fautes, ni trop de taches. Que nos pages soient belles à regarder, nos histoires agréables à lire.
Il est encore l’été et pourtant il sent déjà l’automne, un peu de soleil mais des heures qui ne défilent déjà plus de la même façon. La sonnerie des récrés de l’école d’à côté va à nouveau retentir, les vitrines vont quitter les habits légers et revêtir les pulls et les impers, les titres des journaux vont rimer d’une même voix avec les mots de la rentrée. Il est souvenir aussi, pour tous, des cartables trop chargés, des livres à couvrir, des étiquettes à coller. Il a un petit goût de l’enfance ce premier jour d’un mois à commencer, avant une année d’école, de collège ou de lycée.

Dans ce matin tout soleil, il était la veille. La veille d’une rentrée.

Il est ce qu’on a quitté aussi ce premier jour. La lenteur des vacances, les regards d’ailleurs, les heures qui avaient perdu leur montre.
Il est des distances qui séparent.
Ce premier septembre sonne à la fois un début et une fin.
Il est des histoires à commencer, des livres à terminer.
Il est tristesse parfois, mais il sera joie.
Il est inquiétude souvent, mais il sera promesse.

Premier jour de septembre.
Prologue.
Ouvrir son cahier et écrire la vie, à continuer.
Ecriture

Prière à l’envers

J’ai ouvert mon cahier pour t’écrire ma prière.
Certains matins, je ne sais pas trop par où commencer tellement il y a de choses à te dire.
Tu as sans doute trouvé que ça faisait un peu désordre mais j’ai commencé par la fin.
Parce que la fin, je la connaissais d’avance. Je savais qu’il fallait que je te le dise encore.
Seigneur, merci de m’aimer comme je suis, à ce point.
J’ai repris le début de ma prière.
Et là, bizarrement, je n’avais plus rien à te dire.
Tout le reste m’est apparu dérisoire.

Une prière à l’envers.
D’une ligne.
Une petite ligne d’amour.
main

 

Instants

Il y a des petits bouts de temps que j’aime particulièrement.
Des petits instants posés sur le bord de mes journées.
Celles qui vont toujours trop vite, qui se déroulent sans compter, qui s’usent même parfois rien qu’à passer.

Ils ressemblent à pas grand chose ces petits moments, coincés entre les heures.
L’espace de quelques minutes, pas davantage, n’être là pour personne.
Tout éteindre, tout fermer.
S’échapper des autres ou quitter le bureau, descendre à la cuisine, attraper une tasse, verser le café encore chaud.
Se trouver une place au soleil, ou tranquille seulement, laisser glisser ses pieds nus sur le sol, parfois.
Garder le tiède au creux des mains, respirer l’odeur familière.
Fermer les yeux.
Sourire parce que ça ressemble à une prière, un peu.
Il n’y a pas de mots pourtant.

Je me demande parfois si Dieu ne les préfère pas ainsi mes p’tites prières.
Dans ces petits instants, presque muets.