C’est Tout.

J’aurais vraiment pu râler. En vrai j’ai souri.
J’aurais pu râler mais vraiment, tu sais, comme j’ai tendance à le faire quand je suis fatiguée et que tout ne tourne pas rond comme je veux.
Je te raconte un peu.

Je me suis attrapée un caddie pour engranger de la farine, du lait, des oeufs, du sucre, les trucs essentiels à un week-end fait de crêpes dorées à partager. J’ai filé les rayons et puis, comme d’hab., j’ai été attirée par la lumière.
Les lumières.
Des étoiles, des machins pour faire jolis tout pleins d’or et d’argent, du doré en veux-tu en voilà, des paillettes à coller sur les coeurs pour entrer dans un Noël de Joie.
Ce magasin, je le connais plutôt pas mal. Il y a quelques années, quand arrivait décembre, j’emmenais les filles, grand-mère aussi. C’est même là qu’on a ajouté quelques moutons à notre crèche familiale, le-mage-qui-est-tout-petit, celui-qui-est-tout-grand, un éléphant (comment-ça–il-y-avait-un éléphant-aussi-?).
À chaque santon, une p’tite histoire.

J’ai cherché.
Rien trouvé.
Pas le moindre bout de crèche. Je me suis dit qu’il était trop tôt, j’ai même interrogé le gars sympa qui remettait des tonnes de chocolat en rayon.
- Je crois que tout est là.
Tout ?
Je ne voyais rien.
Pas un Jésus sur sa paille en plastique, pas le moindre Joseph barbu, pas la moindre petite Marie en prière. Pas même un bout de mouton, de chameau ou même d’âne. Rien.
J’ai failli râler.
C’est si facile. C’est si facile de râler et de dire que tout fout l’camp, le Noël qui n’est plus depuis longtemps ce Natalis Dies que j’aime tant raconter à mes élèves. J’ai failli râler contre cette société, ces gens, cet argent. Et même tous ces chocolats.
J’ai failli râler contre moi-même qui ne souriait pas suffisamment à la vie, offerte comme un cadeau ma vie, à prendre à pleines mains pour la rendre encore plus jolie.
J’ai failli râler contre tout et oublier d’aimer.

Sauf qu’au dernier détour d’un rayon, j’ai trouvé ça.
Seulement ça. C’est tout.

Sous sa p’tite bulle de verre qui pleut de l’or quand on la secoue.
J’aurais pu vraiment râler tellement c’était… tellement c’était petit, un peu moche, « kitchouille ».
J’ai craqué.
J’ai pris le p’tit Jésus collé à son papa, sa maman.
J’ai secoué.
J’ai vu de la lumière qui descendait sur Lui doucement.
J’ai acheté.
En vrai j’ai souri. Un peu plus même.
C’est Tout.
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Et au matin, j’ai entendu sa petite voix qui rentrait dans le salon, en bas.
- Oh, maman a acheté un truc trop joli et qui fait briller Jésus!
P’tite Marie devait secouer la boule elle aussi.
Je suis restée encore un peu sous ma couette. Et j’ai souri.
Là, c’est vraiment Tout.

Au bord de ma prière

Parfois, je suis au bord des choses de ma vie.
Pas vraiment dedans, rêveuse ou distraite ou simplement fatiguée.
C’est un peu étrange d’être au bord.
C’est comme être un peu à côté.
Quand je peux, je laisse passer le temps et ça passe.
Quand je ne peux pas, je fais sans doute un peu semblant d’être là.

Être au bord.

Ça m’arrive aussi dans mes prières.
Pas vraiment dedans, rêveuse ou distraite ou simplement fatiguée.
Je suis un peu en dehors.
Je m’assois à côté de ma prière, je la laisse un peu passer, je ne fais pas semblant mais je n’ai pas l’impression d’être vraiment là, d’être vraie.

Et c’est étrange.
Parce qu’à être au bord, je peux la regarder la p’tite avec ses mots familiers, avec ses mercis, ses pardons, ses je t’aime.
Avec ses bleus qui viennent s’écrire, presque tout seuls.

Et c’est vraiment étrange parce qu’à la regarder, peut-être que je la vois un peu mieux.

À ne pas être dedans, à être au bord, près d’elle, posée juste à côté, c’est là, oui, c’est là, juste à ce moment-là qu’elle me semble faire partie des choses de ma vie, pleinement. Toute entière.
cahier noir

J’ai pas envie

J’ai pas envie d’être morte tout de suite.
Non.
En vrai, j’ai bien envie de continuer à vivre encore un peu. Je crois que j’ai encore quelques trucs à voir, à dire, à écouter. Des machins à faire battre le coeur, des bricoles à aimer.
Mais voilà. J’ai quand même un sacré problème.
Oui.
C’est que je me crois immortelle.
Si, si. Je ne pense pas que je vais mourir.
Un jour. Demain, la semaine prochaine, dans deux, dix, ou cinquante ans. Je crois forcément que je vais être vieille, vieille, vieille.
Et comme je me crois immortelle, et bien j’oublie plein de trucs à voir, à dire, à écouter. Des machins à faire battre le coeur ou des bricoles à aimer.
Parce que je crois que forcément je pourrai les faire demain, la semaine prochaine, dans deux, dix, ou cinquante ans.
Bref.
J’ai pas envie d’être morte tout de suite.
Non.
Mais si je me croyais un tout petit plus mortelle, ça aiderait.
Alors je vais peut-être bien écrire en LETTRES CAPITALES-MEMO-POST IT sur la drôle de chose qui me réveille chaque matin ce que d’autres ont écrit avant et bien mieux que moi.

Des p’tits bouts de mots du genre et si c’était ton dernier jour hein… Aime.
Même si le dernier jour déjà, j’ai pas trop envie.
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P’tite prière bien ordinaire

C’est une petite prière pour un temps ordinaire
Tout ordinaire
Un temps coincé entre les ocres de Toussaint et les lumières de l’Avent
Un temps aux matins encore nuits, aux soirs un peu plus gris
Un novembre où le triste remplit les rues qui se vident trop vite
Un novembre qui laisse leurs pas errer un peu plus solitaires
Mes quelques heures à côté des leurs, des sourires, du café

C’est une petite prière pour un temps ordinaire
Tout ordinaire
Un temps coincé entre un automne qui renonce et un hiver promis
Un temps aux heures de classes qui s’allongent aux semaines
Un novembre où le trop épuise le jour qui s’efface très vite
Un novembre qui traîne ses pas un peu plus fatigués
Mes heures à côtés des leurs, des dates, des cafés

C’est une petite prière pour un temps ordinaire
Tout ordinaire
Un temps coincé entre des dimanches châtaignes et des vents d’océan
Un temps aux heures à partager avant qu’elles ne s’éteignent
Un novembre où le soleil ose encore ses rayons sur les vitres
Un novembre qui mène mes pas vers le granit de leur lit
Mes heures à côté des leurs, des souvenirs de bon café

Un novembre où Toi, Tu te feras une petite place
Entre le jour et la nuit
Entre le gris et le triste
Entre le beaucoup et le rien
Entre la vie et nos vies
Pour laisser Ta lumière et Ta joie dans nos espaces

C’est une petite prière pour nos quotidiens
Ordinaire.
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Evidemment Noël

Parfois, il y a des débuts de conversation.
- Oui mais toi t’es catho alors évidemment Noël…
Evidemment Noël.

On était là au milieu des bruits, avec notre caddie qui se remplissait pour le café des rues- du bon café, du vrai, et puis du sucre aussi- entre des poupées roses, oui toutes roses, et des chocolats qui dégringolaient en montagnes.
- Evidemment quoi ?
- Evidemment que Noël c’est pas ça…
Evidemment.

Faut quand même que je lui dise.
Les vitrines qui s’allumaient le soir en rentrant de l’école, les rêves de maison toute en Lego, de poupée qui dit maman, de tableau noir avec des vraies craies de couleurs, je les ai fait tout pareil.
Les listes d’enfant qui serait sage en attendant je les ai écrites avec des encres bleu ciel et des post-scriptum tout en bas qui demandaient la lune.
Le chausson qu’on met au pied du sapin à côté de la pantoufle du petit frère, je l’ai déposé de la même façon.
Les trucs tout plein d’or et d’argent qui habillaient les fenêtres, il y en avait accrochés à ma maison d’enfance.
Et longtemps après, et encore.
Les cadeaux qu’on fera aux enfants mais-attention-pas- trop-quand-même, je le répète tous les ans.
Les guirlandes, les étoiles, le doré des rues qui clignotent, le scintillant qui peut faire semblant, je les attends.
Les films de Noël tout guimauves qu’on se regardera qu’entre filles et avec des kleenex, ils sont prêts.
Le froid des mains au plus profond des poches et les sourires pourtant, j’ai hâte de les croiser dans les rues de décembre.
Le dîner où il y aura un peu trop sûrement mais qu’on fera ensemble avec les frères, et les soeurs, et les cousins parce qu’à partager on réchauffe nos vies, je l’aime.

Mon sapin, mes bougies, ma crèche.

Evidemment ma crèche et mon Avent aussi.
Evidemment une messe qui n’attendra sans doute pas minuit.
Evidemment un Tout Petit sur une pauvre paille, au coeur d’une mangeoire, au plein de nos vies.
Et l’étoile que j’accrocherai juste au-dessus de son berceau parce qu’elle brille, parce qu’elle sourit, parce qu’elle rit aux éclats même.
Oui, faut que je lui dise.
Que  dans le joli, le joyeux, le brillant en vitrine, il y a mon Alleluia aussi.
Noël, évidemment.

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Midi de novembre

Moitié de novembre.
À ma fenêtre matinale, encore du soleil, les derniers rayons, tièdes, nonchalants.
Qui font du bien. Cocon douillet.
Maison comme une île à Trésor.
Fermer tout doucement les yeux et sentir la lumière, là, tout près, caresser le visage.
Novembre pourtant.
Midi de novembre même.
Qui semble dire que je ne pourrai bientôt plus m’attarder dehors.
Qu’il va falloir refermer les portes, se calfeutrer au chaud, se laisser enfermer un peu.
Et garder la chaleur juste à l’intérieur.
L’emmitoufler.

Novembre nous nargue quelques instants encore.
D’un soleil bien généreux.
Mais peut-être qu’il me dit autre chose.
Qu’il ne faut pas avoir peur du froid, de l’extérieur, du dehors.
Même quand l’hiver est prêt à s’installer, long, rude, insensible.
Faut sortir, aller, regarder encore autour, encore.

Alors nous avons pris nos clics et des claques.
Direction la ville. Grande, trop grande.
Nous avons croisé les rues, trouvé les regards, distribué les cafés, préparé la soupe et les couvertures.
J’ai repris le tramway, traversé la ville, heurté leurs pas.
J’ai cru que rien ne changerait jamais.
Rien ne changera jamais.

Trois ou quatre mots qui mêlent le vous, le tu, le froid, le chaud, la colère, les sourires.
- Mais vot’ café c’est du bon. On est bien. T’en fais pas, on a une place en foyer. Putain de vie de merde hein. Mais va! Souris, vous êtes jolie comme ça. Tu reviens quand dis ?

Et des sourires encore et encore et encore. Encore.
À se remplir, à remplir les vides, à en déborder même.
Peut-être que ça pourrait changer.

Bon sang que la vie est difficile en vrai, sans pare-feu, sans écran, sans mots de trop.
Bon sang qu’elle est bien plus belle qu’on le dit, pourtant.
Même avec un gilet jaune sur le dos.
Elle est bien plus belle, en vrai.

Ne pas laisser l’hiver m’enfermer au chaud de mon intérieur. Jamais.

Seigneur, donne-moi l’audace de garder ma porte et mon coeur ouverts.
Encore.

Midi de novembre: donne-nous de partager tous nos soleils intérieurs.

soupe

 

Drôle de p’tite prière

Elle me l’avait jamais fait ce coup-là ma p’tite prière.
Celle de rien du tout, celle qui paye pas de mine, la mienne.

Elle était là, au réveil, pas trop réveillée d’ailleurs. Elle ne savait pas quoi dire, les mercis elle les avait déjà prononcés avant la nuit, les pardons aussi. Rien à demander, enfin si, tellement, qu’elle n’a pas eu le temps d’oser. Alors elle est restée silencieuse, un peu planquée, sans pouvoir sortir un mot.

Elle a filé sa route. La nature était belle. Vraiment. Comme une aquarelle. Un truc de peintre avec un soleil qui s’étale dans le pâle d’un matin, des pastels qui délavent l’horizon et une terre embrumée, tu sais, ça fait toujours de l’effet. Tellement qu’elle a juste regardé,  elle a trouvé encore que le monde était beau et elle est restée muette, tranquille, sans fredonner le moindre alléluia pour faire danser la musique.

Elle a passé une p’tite journée, un peu pédagogique, au coeur d’un collège déserté d’élèves. Elle était plutôt heureuse parce qu’il y avait des amis, des partages et pas mal d’écoute, oui, et plein de bonne volonté. Plein. Elle a aimé. Tellement qu’elle a seulement réussi à copier un truc qu’elle connaît par coeur et murmurer en douce un p’tit Notre Père pour l’accompagner, après le déjeuner.

Elle a repris le chemin de la maison, au soir.
La nature s’endormait déjà. Comme si elle avait fatigué toutes les couleurs de sa journée.
Mais elle, ma p’tite prière, elle était là, souriante, bien réveillée.
Elle a envoyé des messages. Pour rien. Juste dire qu’elle était bien.
Elle a retrouvé d’autres sourires, familiers, entendu quelques soucis, à partager.
Il y avait pas mal de douceur et des mots qui veulent aimer.
Elle a écouté.
Elle n’a rien dit.
Elle n’a rien écrit.
Elle qui s’écrit toujours, sur mon cahier. Pourtant.
Elle me l’avait jamais fait ce coup-là, ma drôle de p’tite prière.
Jamais.

Rester en silence, au fond du coeur, comme pour le remplir encore.
brume matin

L’avant de mon Avent

Trois semaines. Voilà, j’ai compté. Je compte souvent les jours en vrai. Les heures avant un rendez-vous, les heures avant une inspection, les heures avant. C’est plus fort que moi. Je ne devrais pas, me dit-on souvent, et juste savourer le présent. Sauf qu’on se refait pas, on grandit un peu parfois, c’est tout.
Un tout petit peu, si peu.

C’est vrai que c’est bon à savourer le présent. Celui d’un dimanche matin, d’un café brûlant, d’un rayon de soleil sur la baie, d’un petit vent du large. C’est bon d’entendre leurs pieds nus qui se lèvent et leurs voix me demander encore si on peut rester en pyjama toute la journée, d’allumer le feu et de décider qu’on fera des crêpes pour quatre heures et en rire. C’est bon de retrouver l’église aussi. Tellement. Tu peux laisser un peu tes mots d’hier et regarder devant.
Dans le présent, ce que j’aime c’est le temps qui s’écoule vers le demain. Le demain à préparer, à rendre meilleur que l’aujourd’hui, à faire promesse.

Trois semaines. Voilà, j’ai compté.
L’avant de mon Avent.
C’est toujours comme ça.
Petite déjà, passée la Toussaint, je regardais au loin. On poserait quelques étoiles sur les potées de chrysanthèmes du jardin, on irait chercher le sapin chez le gars Jo, le plus grand même qu’il faudrait monter sur une chaise pour l’habiller d’or, et on sortirait les trésors de leur papier de soie. Et il y aurait de la joie, de l’amour aussi.
Après, il y a eu mes enfants, les même étoiles, le même sapin, les mêmes guirlandes.
Et les petits tiroirs d’un calendrier qu’il fallait remplir de mots doux. Ça prend du temps à écrire des mots doux, à penser surtout.
L’avant de mon Avent.

J’y pense un peu ici aussi.
Partager des mots seulement parce qu’à les partager, ça met un peu plus de doux dans les jours. Sans savoir encore à quoi ils ressembleront.
Mais savoir que ce demain sera promesse.
Finalement c’est plutôt chouette.

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Faudrait que j’arrête les métaphores

Chez moi, à cette période de l’année, on peut acheter des petits sacs de « chutes » d’hostie. C’est drôle à dire ces chutes-là, ça fait un peu de sous pour une association, et ce pain d’Ange, les enfants aiment bien le grignoter. J’en ai déjà parlé ici.

Petits, mes enfants s’amusaient à retrouver les formes rondes. Comme des morceaux de puzzle.
Grands, ils attendent que je rapporte le pain à grignoter, devenu comme une madeleine de Proust qui raconte des souvenirs.

Je suis rentrée, j’ai posé mon sac sur la table et j’ai regardé.
C’est toujours un peu étrange ces ronds vides.
Ces tours, ces cercles, ces lignes où l’on devine seulement. Mais sans rien dedans.

Je me suis demandée si je ne ressemblais pas un peu à ça parfois: le contour qui attend, un peu cassé aussi, vide souvent et que mon dimanche va remplir de Toi.
J’aurais peut-être dû penser à voix basse.
Parce que là, j’ai entendu:
- Euh…c’est juste du pain d’Ange tu sais, juste ça.

Faudrait que j’arrête les métaphores, je crois.
Et Te voir en Tout, partout, tout le temps. ;-)
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Un tout petit peu de ça

- Tu peux passer quand tu veux tu sais… je ne bouge pas.
- Je sais…

Il y a ces points de suspension qui étirent la phrase en silence.
Ils ne disent pas quand je passe parce que le temps parfois se resserre. Parce que j’ai peur de la décevoir. Parce qu’il y a tant d’autres visites à faire que je ne fais pas.
Parce que.
Parce que je trouve un mauvais prétexte pour ne pas prendre la route jusqu’aux Camélias. Là-bas, la vieillesse se repose, la vieillesse joue, la vieillesse rit, la vieillesse regarde passer le temps. La vieillesse s’ennuie aussi. Jusqu’à en mourir.
Parce que parfois c’est difficile.

- Je viendrai vendredi, dans l’après-midi. Tu veux que j’apporte un petit goûter?

Je me suis décidée. Enfin.
Ma très vieille amie est gourmande. Elle me dit toujours que c’est bon signe, que c’est aimer la vie. A 91 ans, j’aime aussi.
- Si tu passes au supermarché avant d’arriver, tu verras au rayon des laitages, il y a du riz au lait, par deux, dans des pots de verre, tu peux pas le louper. Ça me rappelle quand je le faisais. Simone m’a apporté ça il y a 15 jours. C’était délicieux.
Et elle a ajouté avec un sourire dans la voix.
- Et puis, il te plaira.

J’avais bien noté la marque. En arrivant dans sa commune, j’ai fait le détour. J’ai trouvé facilement.
Et puis, il te plaira.
J’ai souri.

La route m’avait paru un peu moins longue que d’habitude. Il y avait le chaud du soleil par les vitres. Il y avait de la musique, celle que j’aime. Je crois qu’il y avait un peu de bonheur. De ce truc tout simple qu’on cherche partout, dans le compliqué. Et qui est là, parfois dans le presque rien.

Ma très vieille amie m’a raconté encore l’école d’autrefois. J’aime écouter sa règle de trois, son encre et sa plume, ses pleins et ses déliés. Elle m’a raconté aussi son aujourd’hui avec de la joie dedans. Ses parties de scrabble pour la mémoire tu comprends, sa chorale, son journal de la maison de retraite, et ses lectures, lentes parce que je ne vais pas vite mais tant pis, tes livres me durent plus longtemps.

J’aime bien comment elle possède sa vie encore.
J’aime l’écouter la vivre.

J’ai posé, sur sa petite table, les deux pots de verre.
- Tu vas voir….c’est délicieux, a-t-elle souri.
- C’est écrit dessus non ?
- Ah…je savais que ça te plairait! Tu sais… ils sont malins à écrire ces mots-là. Tout le monde le sait bien au fond ce qu’on veut, tous, tu ne crois pas, au début, au milieu, à la fin, tout le temps…?

Oui. Un tout petit peu de ce 100% là. Comme un riz au lait, à deux. Délicieux.
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