En morceaux

Des fois, tu sais, on ne sait pas trop pourquoi mais il est grignoté le doux.

On le voudrait tout entier, bien intact, comme on l’aime, pleinement.
Mais, on ne sait pas trop pourquoi parfois il est grignoté le doux.
Tu pars le matin, le coeur heureux et la semaine qui recommence. Tu as rempli ton coeur d’amour, d’océan et de bleu. Et pour une broutille de rien, il y a du doux qui fout le camp, grignoté en mots énervés, en paroles fatiguées de réunions et de réformes compliquées.
Et c’est comme un p’tit bout de toi qui fait mal.

On le voudrait tout entier, bien intact, comme on l’aime, pleinement.
Mais, on ne sait pas trop comment parfois il est grignoté le doux.
Tu rentres dans leur classe, le cours à faire aimer et la leçon qui reprend. Tu as rempli tes heures de mots pour eux. Et pour un rire en coin, une bêtise de rien, il y a du doux qui fout le camp, grignoté en mots énervés, agacés de leur absence et de leur manque d’envie.
Et c’est comme un p’tit bout de toi qui fait mal.

On le voudrait tout entier, bien intact, comme on l’aime, pleinement.
Mais, on ne sait pas trop pourquoi parfois il est grignoté le doux.
Tu l’attends le soir, le dîner à se retrouver et les mots qui lui racontent. Tu as préparé ce que tu lui diras et le pas important à taire. Et pour un rendez-vous à ne pas manquer, un retour plus tard cette fois, il y a du doux qui fout le camp, grignoté en mots silencieux, en temps qui attend.
Et c’est comme un p’tit bout de toi qui fait mal.

On le voudrait tout entier, bien intact, comme on l’aime, pleinement.
Mais, on ne sait pas trop comment parfois il est grignoté le doux.
Tu lui envoies un sourire en messagerie un bonjour ça va comme d’habitude. Tu aimes ces moments jolis à partager encore. Mais cette fois elle te dit le difficile d’un suicide, l’absurde d’une vie, et il y a du doux qui fout le camp, grignoté en silence qui ne sait plus, en larmes qui te rappellent.
Et c’est comme un p’tit bout de toi qui fait mal.

On le voudrait tout entier, bien intact, comme on l’aime, pleinement.
Mais, on ne sait pas trop pourquoi parfois il est grignoté le doux.
Tu l’attends pour eux ce projet, tu te bats, tu cherches parce que pour des gosses mal en point c’est pas rien. Mais encore une fois c’est un mail qui te répond pas maintenant, plus tard, pas de budget, sois patiente, ça viendra et il y a du doux qui fout le camp, grignoté en impatiences, en impossibles tout le temps.
Et c’est comme un p’tit bout de toi qui fait mal.

 
On le voudrait tout entier, bien intact, comme on l’aime, pleinement.
Mais, on ne sait pas trop comment parfois il est grignoté le doux.

Et t’arrives avec un coeur tout amoché, un brin brisé, un peu blessé.
Devant Lui.
Il te reste un sourire encore pour te laisser aller entre ses bras, te laisser bercer un peu.
Et c’est comme des p’tits bouts de toi qu’Il recolle, qu’Il remplit d’amour, doucement.
Pour repartir demain.
Parce que tu repars tout le temps.
Avec du doux, morceaux recollés, un peu plus intact, un peu comme on l’aime, pleinement.

 

manuscrit

De saison

Les tempes qui tapent
les yeux qui pleurent
le nez qui coule
Et le comprimé au fond du verre.

Il y a des jours où mes mots se déposent au fond
Tout pareils
Et les Tiens montent en p’tites bulles pétillantes.

Mal de tête estompé
Les yeux sourient
Je respire mieux

C’est ma petite prière d’hiver

Effervescente.

effervescent

Folie

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc 3,20-21.
En ce temps-là, Jésus revint à la maison, où de nouveau la foule se rassembla, si bien qu’il n’était même pas possible de manger.
Les gens de chez lui, l’apprenant, vinrent pour se saisir de lui, car ils affirmaient : « Il a perdu la tête. »

 

 

C’est fou de croire à un fou d’amour.

 

 

 

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©Pico Bogue Alexis Dormal et Dominique Roques

Dans un mouchoir de poche

Matin d’justesse la p’tite prière entre l’café et la dernière copie
Te dire bonjour vite fait
Cours à courir photocopies entre deux classes et un deuxième café
Te souffler merci quand même
Après le midi et la ville et les visites et les vadrouilles la vie tu veux un café ?
T’oublier presque pardon
Fin de journée pleine de tout de rien pleine tellement
Pas beaucoup de Toi pourtant

T’es là

Soir joli soir autour d’la table calme et sourires on se retrouve
et un anniversaire

 

 

Maman depuis 22 ans

T’es toujours là

 

 

J’allais oublier mes mots pour Toi
Ils prennent pas d’place
Ils s’disent très vite
Murmurés

 

 

Je t’aime

Ouf.

 

Ma vraie prière ma p’tite prière tient
Tu le sais
Dans un mouchoir de poche.

 

 

Encore une valse

J’en ferais bien valser encore quelques-unes, petites étiquettes collées à nos peaux pour nous rassurer et qui nous rassurent si peu.
Petites étiquettes à nos fronts pour nous regarder comme ça et pas autrement sans nous regarder vraiment.

Un, deux, trois.
Jolie valse.

Un.
Un pas.
Il y a longtemps, ceux qui lisent ici depuis le tout début s’en souviennent peut-être, je lui avais un peu appris à lire. Un peu mieux.
Joël avait raté des classes, des heures, de longs moments de sa vie. Il s’est raccroché à Un Petit Prince reçu en cadeau, à un rêve de vie meilleure. Il croyait qu’un jour il naviguerait seul parce que la vie c’est comme un voilier à faire avancer au gré des ventsmême à contre- courant. Parfois les vents trop mauvais reprennent le dessus et un, deux, trois, un pas de travers paf tombé. J’avais eu de ses mauvaises nouvelles il y a deux ans. Je ne m’étais pas demandée si ça irait mieux. Heureusement parce que je lui aurais peut-être bien collé le pas-de-chance sur l’étiquette.
Et pourtant. C’est lui qui m’envoie une carte de bonne année avec une invitation pour inaugurer un atelier de réparation-auto.
Avec son nom en grand  sur la vitrine.
Je l’ai posée entre les pages de ma Bible sa carte. Un, deux, trois pages tournées pour te lire.
Te dire merci dans une valse de jolis mots de  faire valser l’étiquette pas de chance collée trop vite à son front.

Deux.
Deux pas.
Elle s’est avancée à la fin de la messe. Son sourire planté en grand devant moi. Son petit garçon  devant elle qui se balançait en souriant, un, deux, trois. Drôlement heureux.
Je ne la croise pas souvent: au réveillon-partage une fois l’an et quelquefois encore après. Je ne la croise quand même pas très souvent parce que son quartier là-bas, ce sont les gens à côté, la petite périphérie de ma petite ville. Il y en a, là aussi, des étiquettes pour ces gens-là. Et au soir du réveillon, quand elle m’a dit qu’elle l’emmènerait le grand à la messe parce qu’il fait du caté maintenant, je ne suis pas certaine de l’avoir crue. Sans voiture, sans son compagnon, avec tous ces autres petits. En repartant, je ne lui ai pas demandé si c’était vrai. Heureusement parce que j’aurais peut-être bien collé un gros pas du tout sur l’étiquette.
Et pourtant. Elle a fait le chemin à pied ce matin, sous la pluie, et son bonhomme faisait danser ses pieds en sautillant. On a profité de mon auto pour rentrer en chantant.
Te chanter dans une valse de jolis mots et faire valser l’étiquette pas du tout collée trop vite à leurs fronts.

Trois.
Trois pas.
Ils sont souvent à côté, pas là, fatigués. Des collégiens  tout au bout de leur collège, au-dedans de leur vie d’adolescents, à mille lieues de ma jolie littérature que je crois vraiment jolie. Ils sont fatigants en classe. Si souvent. Je leur ai collé l’étiquette de pas-scolaire-gentil-casse-pied.
Et pourtant. De cet atelier d’écriture ils avaient aimé faire danser les mots sur un rythme ternaire, à trois temps. Comme une valse. En sortant je ne m’étais pas demandée ce qu’il en resterait. Heureusement parce que j’aurais peut-être bien collé un gros rien du tout sur l’étiquette de mes bilans.
Et pourtant. J’ai ouvert les copies:  les fautes,  les ratures,  les mots maladroits étaient bien là mais au creux de chacune de leur rédaction, une phrase, deux, un passage tout entier valsaient bien joliment, valse à trois temps. Comme ça. « Ma très douce, si tu voyais…il y a de la boue partout: dans chaque recoin de la tranchée, dans chaque recoin de mes vêtements, dans chaque recoin de mes pensées. Rêver de toi, c’est ma seule petite lueur… »

 

J’en ferais bien valser encore quelques-unes, petites étiquettes collées à nos peaux pour nous rassurer et qui nous rassurent si peu.
Petites étiquettes à nos fronts pour nous regarder comme ça et pas autrement sans nous regarder vraiment.

Un, deux, trois.
Jolie valse.

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Se souvenir des belles choses

Je viens encore écrire. Trente minutes de prises au temps. Ou données.
Peut-être qu’elles sont données ces minutes que je croyais perdre ici, peut-être qu’elles remplissent et le coeur et le regard, doux  échos de la vie. Peut-être qu’elles sont essentielles.

Je me suis trompée. Mon temps n’est pas sabbatique. Pardon à celles et ceux qui me l’ont souhaité beau, doux, à remplir. Il l’est pourtant, il le sera. Autrement.

 

Les portes étaient ouvertes.
Il faisait froid mais le ciel était bleu, presque soleil.
On a tenu les portes de mon petit collège ouvertes ce matin.
Ça commence la veille, l’avant-veille, la semaine précédente même à préparer. On râle parce que ce sont des heures ajoutées à d’autres heures, de la fatigue un peu mais on rit aussi.
On a de la chance de beaucoup rire dans ce petit collège.

Les portes étaient ouvertes ce matin.
Il faisait froid mais le ciel était bleu, tout soleil.
Je l’ai reconnu tout de suite quand il est entré, précédé d’un petit bonhomme, d’un autre même, d’une petite aussi.
Je l’ai reconnu: même yeux, même sourire, je crois qu’il avait la même mimique juste avant de poser sa question, ses sourcils levés, en suspens presque, comme en attente de ma réponse.
Je l’ai revu, des années plus tôt, à la place du fiston qu’il accompagnait aujourd’hui.

Il faisait froid mais le ciel était bleu, soleil dans les yeux.
C’est toujours un moment étrange de retrouver des élèves devenus parents à leur tour. C’est une chance aussi.
– Vous ne me reconnaissez pas ?
La négation prévient toujours de la déception, c’est drôle. Et le si qui s’étire prend tellement plus de place qu’un simple oui.
– Siiiiiii, bien sûr que je te reconnais !
Il a souri. Comme soulagé.
Je l’ai revu des années plus tôt, petit homme en pleurs. Un maudit accident de la route. Son grand frère tué sur le coup.

Il faisait froid mais le ciel était bleu, soleil qui pique un peu les yeux.
On a échangé quelques mots.
Il a raconté des instants de son collège, des jolis, des drôles, des chauds. Devant son garçon qui ne le quittait pas des yeux.
– J’ai de beaux souvenirs ici. Au revoir….on va se revoir.
On va se revoir oui, sans doute.

Il faisait froid mais le ciel était bleu, plein soleil sur les murs de la classe, à jouer avec les ombres.
On a tenu les portes ouvertes de mon petit collège ce matin.
Des nouveaux élèves, des promesses, des pas à guider, un petit peu.

Des instants à vivre encore pour attraper une bonne dose de beaux souvenirs à garder.
Parce qu’il y en aura des plus difficiles, on gardera le beau.
On se souviendra des belles choses.
Toujours. :-)

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Coloriage

Il y a Dieu sur les bords du tour de ma vie.
Et quand je la colorie en couleurs, je crois qu’Il dessine le contour.

– Et parfois tu dépasses ?
– Oui.

– Et Il efface les ratés avec sa gomme ?
– Pas tout à fait. Il fait mieux Dieu. Il agrandit Sa place.

 

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Petite

Petite. Il m’a toujours appelée petite quand il avait quelque chose d’important à me dire.
Petite. Avec sa voix qui traînait souvent sur la dernière syllabe.
C’est étrange comme dans mes souvenirs il me rendait grande avec cet adjectif. Surtout avec le tu sais juste à côté.
Petite, tu sais…
Et ses mots me disaient doucement la vie.

Petite. Sur le banc de l’école, tu lui laisses un peu de place à la p’tite Nathalie. Tu sais, la p’tite Nathalie qui est là seulement trois mois par an parce que ses parents vivent dans une caravane. Petite, il m’a appris à faire une place dans ma petite vie à ceux qui ne vivaient pas comme moi tu sais.
Petite. Dans ta cour de collège, tu lui laisses un peu de place à Jésus parce que tu sais, IL est toujours là même si la vie te fait croire qu’il fout le camp tout le temps. Petite toujours, il m’a redit de faire une place à Dieu quand mon petit coeur n’en pouvait plus tu sais.
Petite. Dans les heures de lycée, tu lui laisses un peu de place au monde autour tu sais, celui qui n’est pas écrit dans tes livres parce que la vie c’est pas ça. Petite encore, il m’a montré comment  baisser les yeux sur les bords des trottoirs pour mieux voir ceux qui étaient là tu sais.
Petite. Tu sais.
Puis sa voix s’est tue.
Avec son silence, j’ai cru devenir grande.
Grande pour toute la vie.
On croit tous qu’on y arrive à être grand un jour.

 

Lundi 9 janvier. Noël est fini.
Il n’y a jamais de triste. Parce que la crèche reste encore. Et quelques dorés de lumière. Et ma couronne accrochée.
Noël est fini pourtant.
J’attrape l’écharpe et le manteau.
J’ai failli me tromper. J’ai trouvé la crypte.
Je croise une petite douzaine de sourires.
Il y a ton baptême et c’est bien.
Elle est drôle cette petite messe.
Petite. Tu sais.

 

J’ai cru être grande. Ici, là, ailleurs.
On croit toujours être assez grand non, pour toute la vie ?
Il nous aime petits, pourtant.
Il nous aime. Quand même.

 

Petite. Dieu m’a toujours appelée petite quand Il avait quelque chose d’important à me dire.

 

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Autrement dit

« … ils regagnèrent leur pays par un autre chemin. »
Ev. St Matthieu, 2,12

 

Ce n’est pas le chemin qui est autre.

 

Ils croiseront encore des Hérode. Ils suivront encore des étoiles. Ils auront encore le coeur bouleversé.
Mais ces rois marcheront autrement. Simplement autrement.

 

C’est Sa rencontre qui est autre.

 

On croise des rois de pacotille. On suit de drôles de lumière. Nos coeurs battent souvent trop vite.
Mais Sa rencontre nous fait poser nos pas autrement. Simplement autrement.
Sur nos mêmes chemins.

 

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Regards croisés

« Jésus posa son regard sur lui et dit… »
Ev. St Jean, 1, 42

On écoute, on lit, on enseigne la Parole de Dieu.
Fort bien.

Il nous faudrait aussi apprendre ses silences.
Ceux qui s’écrivent sur chacun de nous lorsqu’Il se penche, pose son regard, relève.

Dieu ose simplement nous regarder pour ouvrir nos yeux.