Dire au revoir

- Dire doucement au revoir à mes petits collégiens
- Fermer les portes de l’atelier d’écriture pour l’été
- Travailler encore un peu
- Parler de Joseph ailleurs
- Croiser des vies à sourire
- Retrouver un océan
- Ecouter Dieu, sentir son Souffle, écrire à Jésus
- Tout garder
- Aimer.

J’ai fait une toute petite liste pour vous dire au revoir.
Ce ne sont pas tout à fait les vacances, presque.

Prenez bien soin de vous tous,
à la rentrée peut-être.

Plein de bises, Corine

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Photo: cadeau d’Isabelle, « Silhouettes du soir »

Ombre et lumière

Dieu est un travailleur de l’ombre.

Parfois je m’endors avec une prière difficile, toute petite, un peu lourde.
Au réveil, devenue presque légère, elle me remplit toute entière.

Dieu aime s’inviter à la lumière de nos matins.

soleil

à chacun, à nos côtés

Une petite pause, un détour avant de rentrer.
Il faut prendre la route, filer la campagne, passer le moulin et au bout de l’allée, l’abbaye.
Il y a encore la pluie qui promet à la terre le temps d’une respiration parfumée, la lenteur d’une fin de journée qui veut bien se laisser faire, les pas qui vont trouver un autre chemin.
Il y a l’oubli des heures difficiles. Il y a le doux des sourires croisés.
Il y a un temps qui existe sans compter.

Et, à chaque fois, je me redis la même chose.
Ici, c’est un écrin de verdure où Dieu doit aimer se réfugier.
Un peu au calme de nos vies.

Cela fait sourire.
-  Oui…Dieu a besoin de repos parfois.

L’idée reste en suspens, accrochée aux mots de ma prière.

As-tu besoin de repos? Es-tu fatigué Seigneur ?
Toi, oui, es-tu fatigué parfois d’entendre chacun de nous, avec les souffrances de la terre et ses douleurs ?
Es-tu fatigué de nous entendre, avec nos dissonances et nos humeurs?
Avec nos tous, avec nos riens ?

Comment fais-tu Seigneur pour nous entendre encore?
Comment fais-tu pour nous écouter patiemment ?
Comment fais-tu pour toujours nous aimer ?

Il y a eu seulement le silence.
Une réponse de silence.
Un silence qui ose
Et redit ta présence. Immense, inouïe, infinie.

À chacun, à nos côtés.

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Brouillon

Ce matin, Seigneur, je t’écris un brouillon de prière.

Des mots trop vite griffonnés, des phrases à demi effacées
Sans ponctuation. Sans respiration
Ce matin, Seigneur, je t’écris un brouillon de prière
Parce que ma belle écriture, je l’ai oubliée
La jolie plume, l’encre bien bleue, je les ai laissées de côté.
Ce matin, Seigneur, je suis désolée mais je t’écris un simple brouillon de prière
J’ai pris un petit crayon, un petit crayon de papier
Je préfère te donner mes ratures, mes blancs, mes hésitations
Mes points de suspension
Je ne trouve pas les bons mots
Je ne sais plus comment on dit
C’est comme si j’avais tout à apprendre
Je recommence, sans cesse
Je raye, je biffure, j’efface
Ce matin, Seigneur, je t’écris un brouillon de prière
Et je le dépose, juste là, à tes pieds
Au début de ma journée
Pour que tu lises mes bouts de mots comme ils sont
Imparfaits
Tout petits
Mal écrits
Pour que tu les retiennes
Quand même
Dans une brassée d’amour.

Comme une Bible

J’aime bien ce moment-là de l’année: on n’y est pas, on a l’impression d’avoir plein de temps et on peut encore répéter la pièce en s’amusant un peu.
Dans une semaine, ce ne sera déjà plus pareil. La date de la représentation sera devenue trop proche pour plaisanter.

J’ai bien aimé ce moment-là, hier dans un début d’après-midi pluvieux: une fin de répétition de l’atelier théâtre où on s’est fait une « italienne »: il s’agit pour mes jeunes acteurs de répéter leur texte, en le récitant, sans intonation, sans jeu théâtral, juste le défilé des phrases, l’enchaînement des répliques.
Certaines étaient assises, d’autres debout, certains marchaient, d’autres étaient figés. À les regarder, on aurait dit qu’ils menaient une danse avec leurs voix pour seule musique.

Clément lui était debout, balançait un pied sur l’autre et gardait son livre dans ses mains, sans le regarder, mais il avait son texte là, avec lui.
Quand je lui ai dit qu’il pouvait le poser, qu’il n’en avait pas besoin, il a souri. Et peut-être parce qu’on se connait bien, il a osé.
- Madame, c’est comme une Bible vous savez, je le garde dans mes mains, ça me rassure, ça me pose, et si j’oublie, dedans il y a ce qu’il me faut, je sais où aller!

J’ai repensé à ses mots en la regardant ce matin.
Ma Bible.
Ton Livre posé pas très loin de moi. La couverture un peu usée, comme vieillie, à force de t’emmener n’importe où.
Sur un coin de bureau, de canapé, de table ou de lit.
Dans un cartable, dans un sac à dos ou une valise qui part.

Je Te garde, ça me rassure, ça me pose, et si j’oublie, dedans je sais qu’Il y a les mots qu’il me faut.
Et Tu me redis où aller.

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Un soir, en douce (fin)

Depuis toute petite, mes 7 ans exactement, je sais vivre le Pardon de Dieu donné par un prêtre dans le sacrement de réconciliation. Je le connais bien: ce temps a toujours fait partie de ma vie.
Alors, évidemment, je trouvais ça assez facile.
Je croyais que je savais. Je ne savais rien.

C’était assez facile.
J’y allais avec la certitude du regard bienveillant du prêtre, à chaque fois.
C’était assez facile.
J’y allais avec la certitude du pardon d’un Dieu qui m’aime telle que je suis. Avec tout ce qu’il y a de plus fragile ou de laid en moi.
C’était assez facile de revenir convaincue que j’avançais sur le chemin.
C’était assez facile alors j’y retournais encore et encore. Et encore.

Il n’y a pas si longtemps, Il m’a demandé pourquoi reviens-tu ?
Un soir, en douce.
Au creux d’une prière, au détour d’une lecture de sa Parole.
Pourquoi reviens-tu, dis ?
C’était assez facile de répondre: J’y vais avec la certitude d’avoir des ratés, des fautes, des péchés, si tu veux le mot, à me faire pardonner encore.
Oui, d’accord, mais pourquoi reviens-tu ? Un soir en douce, il a insisté. Vraiment.
Dieu me parle. Je l’entends mais, quand on le connaît bien, c’est assez facile de ne rien lui répondre, de faire semblant, de lui échapper un peu.

C’est mal le connaître: Il insiste. Toujours.
Il est là. Il est patient. Il attend.

Cette fois, c’était différent.
J’y suis allée sans la certitude d’un regard bienveillant du prêtre.
C’était difficile.
J’y suis allée sans la certitude du pardon d’un Dieu qui m’aime telle que je suis.
C’était difficile.
Il s’est mis à pleuvoir sur la route de l’abbaye.
C’était difficile de revenir.

C’était difficile de dire la vérité, toute nue.

C’est difficile de recevoir le pardon de Dieu pour ce qu’on n’arrive plus à se pardonner.
C’est difficile d’être aimée à ce point.
Brûler la flamme de la bougie

En douce – 4

Il y a un petit matin qui s’est posé sur le rebord de ma fenêtre
Il a réveillé le jour enclos dans son silence
Il est resté au bord, tout au bord, comme en équilibre
Café brûlant, miettes de vie, rêves éparpillés

La pénombre s’échappe, creuse une place, oublie
Et l’aube promet un temps qui passe

Il y a un petit matin sur le rebord de ma vie
Qui me sourit
En douce
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En douce – 3

Quand je rentre un peu tard, ils laissent souvent un petit mot à côté de l’assiette.
Parfois, ils mettent les formes.
« La bougie c’est parce que t’es une p’tite lumière et le sel c’est parce que ce qu’a cuisiné papa c’est bon mais c’est fade. Bisous. »
Hier soir, j’ai souri de ma chance et de la tendresse.

J’ai souri à nouveau ce matin, parce que j’suis un peu tordue, dès le réveil. ;-)
Ils n’avaient sûrement pas lu Ton Evangile mais c’est comme si Tu t’étais glissé là.
En douce.

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En douce – 2

Le jeune photographe s’est approché.
Il a regardé un peu le vent faire.
Il a pris ses photos, sans rien dire.
Enfin, il est revenu près de moi, il les a fait défiler et il a souri:
- Dis… je crois que Dieu t’a laissé un message.
En douce.

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En douce

Dieu pose des gouttes de soleil au bord de certains jours
Elles éblouissent les yeux
Elles roulent sur les joues
Elles glissent sans bruit

Et la vie continue
Pas tout à fait pareille

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