Timbrée

Je ne vis pas une époque formidable.

Je n’écris pas ce billet pour râler ni pour faire un discours, encore moins l’intéressante. Je ne sais pas faire, tu me connais bien.  😉
Non, je ne vis pas une époque formidable.
Mais je l’aime rudement.
Oh que oui, j’aime rudement la vie dans cette époque-là avec tous ses même si et comme je ne suis pas Dieu, je compte depuis toujours sur les petits riens du quotidien pour la rendre plus jolie. Et sur Son Pardon à Lui aussi quand je suis à côté des clous. Enfin…oui, bref.
Voilà, c’est dit. Maintenant je te raconte, avec le sourire.
Avec le sourire définitivement, oui.

Comme j’invite toujours mes élèves à m’écrire s’ils le souhaitent pendant les vacances, je fais aussi mon stock de cartes, d’enveloppes et de timbres pour leur répondre.
Et je file à la poste comme d’habitude où j’achète les petits carnets de 10 timbres autocollants. Cette année, les peintres, les coqs (pourquoi pas) et l’inévitable « carnet de timbres vacances ».
Confiance aveugle dans la proposition de ma gentille postière, je paie, j’emporte, sans regarder.
J’ai pas mal écrit, j’ai épuisé le carnet des peintres -jolis, vraiment-, puis celui des coqs -pas si mal en fait. J’avais gardé « vacances » pour les dernières réponses à donner.
Il y avait écrit « Sous le soleil » dessus, ça présageait du joli.
IMG_2363Sur la table du jardin, il y a les trois cartes du jour à envoyer.
J’ouvre mon petit carnet, sous le soleil aussi.
Et je cherche quel timbre poser sur la première enveloppe, celle pour une chouette petite élève.
J’aime bien choisir ce qui irait bien avec chacun, chacune.

Il y a un timbre, au centre du carnet, et bien voilà je vais avoir du mal à le coller quelque part.
Il m’a un peu agacé celui-là tu vois.
Et ce n’est pas un truc de fille ni puritaine ni féministe.
Et ce n’est pas un truc de fille qui n’a pas une once d’humour. En vrai je suis (très) drôle.
C’est juste, tu vois, que depuis le début de l’été on (surtout des gars quand même, si c’est vrai) me rabâche la tête avec LA définition de LA tenue correcte de LA femme à exiger sur LA plage. Sinon paraît que ça fait désordre.
Alors oui, il m’a agacé parce que celui-là, je ne peux définitivement pas le coller sur une des cartes pour mes élèves.
Trois paires de fesses en timbre tu vois, ça va pas le faire.
Tenue correcte exigée. Sinon ça va faire désordre.
Et je ne pourrais pas davantage le coller sur les cartes pour mes amis. Corine ??
Pas plus que sur celles pour ma famille. Corine !!!!!!
Ni sur l’enveloppe pour les impôts. Il n’y a plus besoin d’enveloppe.
Bref.
Je me retrouve en plan avec un timbre qui pourrait peut-être servir encore à écrire à la Poste pour leur raconter mon problème. Mais bon, arrêtons la plaisanterie.
Il y a de l’Essentiel à vivre, ça c’est une broutille pour sourire hein? Je ne vais pas perdre davantage de mon précieux temps.

Je ne vis pas une époque formidable.
Et faut être drôlement timbrée, parfois, pour la trouver un peu jolie. 😉

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Prière en pelote de laine

Elle fait plus que du bien la petite prière de ce matin.
Parce que c’est ce matin et qu’elle est là.

Elle sait retrouver la douceur du silence.
Elle s’est assise au fond du jardin.
Il fait encore nuit et si chaud déjà.
Elle dépose tout ce qu’elle avait gardé.
Les flots des paroles, les bruits familiers, les trop-pleins de mots.
Et ce petit amas de noeuds.
Elle ne ressemble à rien avec son café au creux des paumes, fermées.
Elle est là pourtant.
Elle est simplement là.

Elle ferme un peu les paupières.
Elle ose à peine, elle ose pourtant.
Elle Te laisse faire, offerte.

Et Toi, un à un, tu démêles ses fils.
Tu détricotes.
Au-dedans, tout au-dedans, loin au-dedans.
Tu fais de son coeur une petite pelote de laine, mohair sûrement, rose c’est sûr, tellement il retrouve de la douceur.
On dirait que tu rembobines l’amour en elle.

Elle fait plus que du bien la petite prière de ce matin.
En petite pelote de laine.

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Au feutre mauve

Kylian, Alyssa, Lya, Chloé, Théophile, Baptiste…
J’écris la liste de leurs prénoms. Au feutre mauve qui glisse sur ma page. Tout est sur le clavier sur l’écran sur des clés mes cours mes textes les trucs et les programmes. Mais la liste de leurs prénoms je ne peux pas. Il y a comme un début de rencontre dans l’écriture à la main et leurs noms qui me rappellent une soeur aînée parfois, un frère l’année d’avant, un papa ou une maman déjà croisés.

J’écris la liste de leurs prénoms. Au feutre mauve qui glisse sur la page. Il y a de la bienveillance à poser, seulement ça. Sans savoir qui ils sont, apprendre à les connaître un peu déjà. Relire la liste comme une file de cour de récré et bien la prononcer. On n’aime pas trop ça le prof qui écorche nos syllabes. Il y a comme un début de rencontre dans le premier appel, faudrait pas se tromper, comme un premier sourire qui donne envie de continuer.

J’écris la liste de leurs prénoms. Au feutre mauve qui glisse sur la page. Rien n’est jamais facile, ils le sauront, ils le savent déjà. Ce qu’ils sont maintenant a de l’importance, vraiment. Il y a comme un début de confiance sur chaque prénom que l’on prononce au matin de la rentrée.
J’écris la liste de leurs prénoms. Au feutre mauve qui glisse sur la page. Et c’est pas parce que je suis croyante que je crois que mon encre mauve fera l’année jolie en Ta présence à mes côtés, à leurs côtés. Non. C’est pas une encre magique qui effacera les gris. Il n’y a rien de magique d’ailleurs. Il y a juste de la couleur posée sur leurs vies. Parce que je crois à ça même si ça fait souvent sourire: derrière le mauve sur ma feuille il y a du beau à vivre, à faire grandir un peu, à partager.

J’écris la liste de leurs prénoms. Au feutre mauve qui glisse sur la page. Pour recommencer.  😉

 

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De petites portes en porte étroite

On ne prend pas les clés. On passe par la petite porte, celle qui donne sur notre jardin, celle par où passent les familiers de la maison, les très proches. Celle qui ne fait pas de manières. On peut même la laisser ouverte, on ne sait jamais, si les enfants arrivent pendant qu’on est à la messe, ils ont l’habitude. On s’arrête un peu dans le potager avant de partir. On pourra cueillir des tomates pour ce midi, regarde, elles sont mûres. Par la petite porte, on part comme on est et c’est bien.
C’est ce dimanche, on y est. Celui où l’on retrouve notre paroisse. Après presque deux mois d’absence. On ne prend pas les clés. On part à pieds. J’aime bien ce chemin main dans la main. Il nous connaît bien maintenant, ça fait plus de vingt qu’il nous connaît bien. Il y a des sourires qu’on croise ou qui nous rejoignent. On se raconte déjà l’été. Et puis il fait beau et c’est bien.
On entre toujours par la petite porte, celle sur le côté. On retrouve les visages, pas tous encore, presque oui presque. Il y a des absents qui ne reviendront pas. Il y a des sourires nouveaux sur les bancs. La vie ressemble à ce dimanche-là. On s’embrasse. Les vacances, les enfants, les nouvelles. Les bonnes, les mauvaises. On se racontera après. Pour l’instant, on prend tout dans nos prières et puis on est bien.
J’entre aussi par la petite porte dans une messe, jamais bien fière de moi. Mais il est près de moi. Il a déjà sorti un kleenex de sa poche qu’il glisse dans ma main. J’oublie toujours mes mouchoirs. Je souris et je suis bien.
Et Toi, Tu me parles de porte. Celle qui est étroite. C’est malin. Je souris encore. Bon sang faudrait en déposer des sacs et des sacs et des sacs pour passer légère. Quand j’entends proclamer cet Évangile, je me souviens toujours de ce moment-là. J’ai 5 ans et demi. Il y a deux grosses valises à mes côtés, un sac, des jouets. Un nounours au poil tout râpé dans mes bras. Je ne veux pas la franchir cette porte. Alors il laisse tous les bagages et il me prend par la main. Il me fait traverser le jardin. Il y a un chemin de petits graviers blancs qui chantent sous mes pas et des hortensias comme des vagues rose. Et je trouve qu’ici c’est joli. J’entre par la petite porte de derrière, sans rien, sans rien dire, avec un vieil ours tout usé dans les bras. Et puis je suis bien.

Zut. J’ai laissé filer la moitié de l’homélie.
Je souris.
De toute façon, avant Ta petite porte, il y a le chemin.
Faut que j’y mette encore plein de petits graviers blancs qui chantent sous leurs pas et des hortensias comme des vagues d’amour.

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C’est parce qu’il pleut

C’est parce qu’il pleut.
Vraiment une de ces pluies. Pas notre crachin de tous les jours non, une averse, une vraie. On a été surpris, les bras chargés de vieux bouquins. C’était pas prévu la pluie, si ? Si.
Mais on a cru au ciel alors on est partis fouiner pour trouver de vieux bouquins à pieds, sans ciré, sans parapluie, sans sac. Et on se retrouve sous l’averse avec nos vieux bouquins débordant de nos mains déjà trempées.
Vous savez, ça n’aime pas la pluie les livres, même vieux. Alors on a poussé la porte très vite.
C’était pas prévu.

C’est juste parce qu’il pleut.
Il n’y avait personne enfin c’est ce qu’on a cru. On est restés un peu idiots nos bras chargés de vieux mots, on n’a pas osé avancer davantage dans l’allée. L’averse allait cesser.
– J’allais fermer la porte parce que j’ai une messe à côté à la maison de retraite mais je suis revenu dans moins d’une heure, si ça vous dit de visiter, je laisse ouvert, prenez le temps!
Ça nous a fait sourire d’être attrapés comme des touristes.
On ne visite pas vraiment les petites chapelles. Les cathédrales, les grandes églises d’ailleurs oui, on aime assez, avec leur histoire et tout, mais les petites églises à l’allure de chapelles, non. On les aime, oui, on les aime vraiment, mais pour y entrer prier, pour se poser un peu en silence, pour assister à une messe. Et pour abriter nos bras chargés de vieux livres, d’accord, c’est vrai.
Mais on ne lui a rien dit.Il ne nous connaît pas ce prêtre. On va juste lui répondre que ça va qu’il peut fermer sa… Il est parti aussitôt.
On a eu le temps de rien dire.
On est restés là, nos vieux livres pleins les bras, désignés gardiens de sa chapelle pour une heure.

On a un peu visité quand même.
Joseph avait un air fatigué avec ses joues décolorées, toutes pâles, mais je crois qu’il me souriait. Marie avait encore à ses pieds des roses un peu fanées, déposées le 15 août dernier sans doute. J’ai bien aimé l’autel. J’aime bien l’autel quand il est de pierre, tout simple. J’ai levé la tête sur un ex-voto suspendu, petit navire perdu sous Ta nef. Puis j’ai posé mes yeux sur Ta croix. Un bois foncé, qui brillait, peut-être bien la seule touche de lumière en y repensant maintenant.
J’ai laissé les vieux bouquins sur le coin d’un vieux banc et je me suis assise à côté.
Je n’ai pas vraiment prié. Ou peut-être, si.
C’était comme une prière d’être là, bien, à l’abri d’une grosse averse, invitée presque, avec pour seule Parole les gouttes de pluie frappant une à une les vitraux.
Comme un coeur qui battait. Vivant.

Le temps a passé vite. Le prêtre est rentré comme il l’avait dit. Cette fois on a parlé, longtemps. Il souriait beaucoup. On s’est même dit un peu plus tard à bientôt alors. C’est vraiment drôle le temps.
C’était pas prévu.
C’est juste parce qu’il pleut.
J’aime bien la pluie.

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Je l’ai retrouvée

Je l’ai retrouvée.
Là où on range les petits rituels, dans le tiroir des vieilles habitudes. Celles qu’on aimerait bien changer pour jouer à l’air libre, à la fille sans contrainte. Celles qu’on affectionne pourtant un peu plus que toute autre habitude parce qu’elles nous lient souvent à un autre temps, à d’autres voix, à d’autres visages, aimés.
Je l’ai retrouvée.
Au très tôt d’un matin encore plein du doux de l’été, aux premières heures d’un jour que je ne regardais plus se lever depuis un bon mois, enfouie sous les draps, coincée encore dans des rêves, profitant du repos des vacances.
Je l’ai retrouvée.
Je lui ai murmuré tout bas que les autres ce n’était pas pareil, ce n’était pas comme elle, parce que plus tard, ce n’est jamais pareil. Il y a toujours un peu moins de silence, un peu trop de bruit déjà.
Je l’ai retrouvée et même en tête à tête, on s’est raconté quelques mots de l’été. Je n’ai pas eu besoin de parler beaucoup, elle savait déjà tout.

Je l’ai retrouvée.
Ma petite prière.
Celle du tout début du jour, celle qui a le parfum du premier café, celle qui ouvre Ton Livre, la première.
Quand la maison dort encore, quand on peut croire à tout, quand rien n’est vraiment commencé.
Elle était là, elle n’avait pas bougé. Là où on range les petits rituels, dans le tiroir des vieilles habitudes. Celles qu’on aimerait bien changer pour jouer à l’air libre, à la fille sans contrainte. Celles dont on croit pouvoir se passer.

Je l’ai retrouvée. Avec une vraie joie. Avec du vrai.
Et je lui ai avoué, tout bas, qu’elle m’avait manqué. :-)

 

matin

 

ça ne s’écrit pas

Ça ne s’écrit pas souvent avec une belle plume et de l’encre bleu pâle, non. Ça se raconte avec un stylo bic tout simple, celui avec la marque du garagiste ou de la coiffeuse même, celui glissé dans le sac à main au cas où, oui ça s’écrit avec ça.
Ça ne s’écrit pas au bureau bien assis bien réfléchi en silence, non. Ça se pose au coin d’une table de café, en terrasse bruyante, sous le parasol parce qu’il fait vraiment chaud aujourd’hui, au milieu des sourires en vacances, autour d’une bonne bière juste ambrée de soleil.
Ça ne s’écrit pas comme une lettre au papier trop blanc, longue, belle, pleine de souvenirs, de promesses, remplie de confidences, de questions, non. Ça s’écrit un peu vite, sans vraiment prendre le temps de chercher les mots qui seraient les plus beaux.
Ça n’écrit rien d’important surtout, que du futile, du léger, du rien, pas de l’essentiel.

Pas de l’essentiel.

Pourtant à les lire, à les relire encore, il n’y a presque que ça.
De la joie, de la vie, de l’amour.
L’essentiel.
Petite Sarah et son premier ciel bleu depuis ses longues traversées de couloir d’hôpital.
Angèle et ses fleurs qui semblent oublier un été encore un dans une maison de retraite.
Maya et ses premiers jours en vrai de vraies vacances comme tout le monde.
Et des ocres d’Espagne et des lumières en pèlerinage et des écumes de vagues et des recettes improbables et des visages en prières même.
Pourtant à les lire, il n’y a que ça. De la joie, de la vie, de l’amour.
De la tendresse à partager, c’est tout.

L’Essentiel de ce que Tu nous dis d’écrire en somme.

On  ne devrait écrire que sur des cartes postales.

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Tout p’tit galet

J’avais oublié ça.
En fait, peut-être pas vraiment.
Parfois on croit qu’on oublie mais on sait bien qu’il y a des choses qu’on fait juste un peu semblant d’oublier, ça nous arrange pas plus que ça de les garder c’est encombrant.
Pourtant, c’est là dans un coin de notre mémoire pour le jour où.
Le jour où on trouvera ça chouette le souvenir ou bien il nous sera utile ou mieux il nous rendra heureux.

J’avais oublié ça.
J’avais oublié Tatate Andrée, la nounou qui me gardait après l’école et le mercredi parfois, j’avais oublié ce qu’elle faisait quand elle était triste du monde, désolée des gens, déçue d’elle-même. Elle souriait presque tout le temps parce qu’elle avait un truc pour regarder le monde avec joie plutôt que son nombril quand il était tout triste.
Elle partait marcher, longtemps. Juste avant, elle attrapait sur le coin de son étagère de cuisine un tout petit galet bien lisse qu’elle déposait au creux de sa main. Et elle marchait, longtemps. Elle rentrait et déposait à nouveau son tout petit galet sur le coin de l’étagère.
J’ai su le jour où je lui ai demandé mais pourquoi tu collectionnes une pierre.
Je ne me souviens pas mais je pense qu’elle a dû sourire avant de me répondre.
J’ai su que son petit galet était une peine, un chagrin, ou très simplement une chose qui l’encombrait. Sur son chemin, elle avait tout mis dedans. Tout ce qui la gênait et l’empêchait de voir, de regarder, d’avancer, de partager. De vivre peut-être.
Ce n’est pas vraiment une pierre. C’est mon petit nombril. Je confie à Dieu ce qu’il y a dedans et je le dépose là.

J’ai mis du temps à comprendre. Elle était de Lorient, buvait seulement du café noir et faisait ses galettes au sarrazin, à l’eau et au beurre salé comme autrefois, alors parfois on s’amusait de ses idées de Bretonne.
Mais j’aimais bien son petit caillou posé sur l’étagère.

Et j’ai oublié ça.
Pourtant, en y réfléchissant, j’ai dû la croiser cette idée ailleurs, des cailloux zen c’est un truc à la mode je crois.
Mais j’avais oublié le sien, celui de tatate Andrée. Il n’était pas zen le sien. Il était bien plus que ça.

 

Il y a quelques jours, j’ai ramassé un tout petit galet, tout gris, tout lisse. Un peu machinalement je l’ai gardé au creux de ma main.
Et je me suis rappelée.
D’un seul coup.
Je me suis souvenue aussi que je n’avais pas vraiment oublié. C’est étrange nos mémoires.
Et j’ai marché. Le caillou lisse a longtemps dansé entre mes doigts, caressé. Je l’ai rapporté et posé sur un coin de mon bureau.
Dedans j’avais mis ce monde à me taper la tête contre les murs, insoluble, et un gros nombril très encombrant.

C’est fou.
C’est fou comme ça fait de la place pour un atelier d’enfants à retrouver, des cafés au long des rues à aimer, des jours de vacances encore et puis des classes et des jeunes à faire grandir et tout plein d’une petite vie, à remplir.
D’amour encore, de Dieu simplement.
Je ne vais pas oublier ça. :-)
chrysantheme

Ce bord d’océan-là

Il n’y a pas besoin de montre à mon poignet, l’heure est là, celle que j’aime.
L’espace se vide doucement et peu à peu.
Elle secoue sa serviette en faisant attention au vent mais le vent est capricieux ce soir et le sable souffle un léger retour sur son visage. Elle fronce les yeux, elle prononce un gros mot je crois l’entendre et plie très vite sa serviette dans son grand sac de plage sans la secouer. Ils regardent leurs sms, parlent un peu trop fort pour dire qu’ils se retrouveront à la crêperie, un dernier selfie sur les rochers allez. Ils ont l’air heureux. Je crois qu’ils sont heureux. Il promet à son garçon que le château sera encore là demain non la marée ne l’emportera pas il faut y aller maintenant. Le petit garçon le croit ou fait semblant, c’est vrai qu’il est temps de rentrer. Il demande si on mangera encore des sardines grillées. Il a faim.
Il est temps de rentrer. Pour eux.
Il n’y a pas besoin de montre à mon poignet, l’heure est là, celle que j’aime. L’espace se vide doucement et peu à peu. Pour moi et ses quelques-uns, rares, qui vont rester encore.
Puis il n’y aura plus personne.
Ce sera août. Ce sera encore le jour. Mais tout aura déjà le goût de l’arrière-saison. Celle où l’Océan reste là, presque pour moi seule. Je voudrais écrire pour moi seule, mais je ne peux pas. J’ose le dire parfois même si ni l’Océan ni ce coin de plage ne m’appartiennent. Je fais semblant pourtant, comme si.
Ce qui m’appartient c’est seulement ce tête-à-tête.
Ce temps retrouvé qui me remplit pour les jours d’avant vidés parfois de sens, pour ceux d’après qui auront le bruit les gens la vie.
Ce temps comme une prière où rien d’autre ne compte. Rien.

Ce sera août. Ce sera encore le jour. Mais tout aura déjà le goût de l’arrière-saison. Seulement les yeux posés au loin à Te chercher, les oreilles à guetter les échos de Ton ressac, la peau offerte au souffle de Ton vent.

Il n’y a pas besoin de montre à mon poignet, l’heure est là, celle que j’aime.
L’espace se vide doucement et peu à peu.
Et se remplit de Toi.

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Brouillons

J’ai toujours aimé ça.
Comme beaucoup d’enfants je crois.
Allongée sur l’herbe, sur le sable ou même assise sur un coin de rocher à regarder le ciel quand il se remplissait de nuages. On devinait ce qu’il avait bien pu dessiner et on y trouvait des histoires à raconter.

J’aime toujours ça.
On est parties un peu devant les autres et on s’est arrêtées de marcher pour les attendre. Sur le rebord d’un muret on s’est assises. On a levé nos têtes.
– On dirait que le ciel dessine des brouillons de nuages…
Petite Marie sourit toujours à mes fantaisies alors elle a souri.

C’est doux un ciel d’été tout bleu tout embrouillonné de blanc.

J’ai attrapé les brouillons  de nuages dans mes photos.
Au soir, en les regardant à nouveau, j’ai aperçu autre chose.
J’ai bien aimé voir comme une main qui les dessinait les brouillons de nuages.
J’ai eu envie de les écrire.
J’ai ouvert mon cahier.
Je me suis demandée si Tu avais fait un brouillon de notre monde avant de le remettre au propre.
Ça m’a fait sourire ma drôle d’idée de prof.

Les mots sont revenus.
Pour une petite histoire de nuages.
Et ma petite prière avec eux.

C’est doux une page toute blanche toute embrouillonnée de bleu.

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