Pieds nus, l’air de rien.

Je ne me souviens pas m’être fait beaucoup gronder.
Il y avait pas mal de silence et le plein de calme et ça m’allait bien. On me disait docile. Je me savais têtue.
Docile et têtue. Comme dans toute enfance, il y avait des choses à ne pas faire, des interdits, parfois des lubies de grands à respecter et je m’y pliais le plus souvent volontiers, sachant qu’un jour sûrement, je n’en ferai qu’à ma guise.
Je savais que certaines libertés devaient attendre, sagement. J’attendais.
L’une d’entre elles me fait encore sourire et si je vous la raconte, c’est à cause d’un bout d’hier soir. Je suis allée écouter de jeunes élèves chanter sur scène et l’une des troupes était pieds nus. Ils chantaient très bien mais je n’ai rien vu de leurs visages ni de leurs mains: je n’ai fait que regarder leurs pieds, leurs pieds nus frappant la mesure, s’égarant parfois, hésitant, s’accordant au rythme, s’entraînant dans un refrain.
Leurs pieds chantaient.

Je savais que certaines libertés devaient attendre sagement: et moi, je n’avais pas le droit de marcher pieds nus.
Parce que le carreau de la cuisine glacé me ferait attraper un rhume,
parce que le parquet même ciré au plus près et patiné par les ans ne me mettait pas à l’abri d’une écharde,
parce que la pelouse d’été même coupée au plus ras cachait une possible guêpe et que j’étais allergique,
parce que les rochers pauvre malheureuse te blesseront les orteils à jamais,
parce que de toute façon les pieds ça marche dans des chaussures, point final.
Et pourtant, je n’étais pas protégée plus qu’il ne fallait : l’on me poussait volontiers à l’école avec un brin de fièvre qui passerait, on me faisait marcher en randonnée par grand vent et pluie battante, on ne s’attardait pas aux pleurnicheries, ni aux petits bobos.

Je souris encore parce que j’ai très longtemps rêvé de tongs, interdites dans la gamme des sandales d’été, qui m’auraient laissée glisser le pied l’air de rien sur le sol gelé, le parquet ciré ou le sable trop chaud.
Voilà, les pieds n’avaient d’autre liberté que sous la douche, le temps d ‘une longueur de piscine et sous la couette, ne quittant, bien évidemment, les chaussons qu’au bord du lit.

Et le temps de la prière. Petite prière accordée, pieds nus.
Le matin, avant toute autre chose.
Le soir, avant tout autre rêve.

Pieds nus, agenouillée parfois, debout, assise souvent, dans ma chambre toujours: on acceptait cette « fantaisie » parce que là, peut-être qu’enfin, mains et pieds nus, avec Toi, je ne risquais rien.
Rien d’autre que de laisser le pied frapper un peu la mesure de Ta Parole, m’égarer doucement sur Ta terre, frotter le parquet comme hésitant les pardons qu’il fallait oser, s’accorder joyeusement au rythme de tes mercis, se laisser entraîner dans un Amen comme dans un pas de danse.

Aujourd’hui, je peux abuser à n’importe quel moment du froid du carreau, du chaud du bois ou du sable, du chatouillis du gazon printanier, du rude des rochers.
C’est une liberté de rien qui me fait doucement sourire.
Je peux même laisser glisser mon pied sur le sol, l’air de ne pas s’en faire, échappé d’une jolie tong d’été.

Pourtant, c’est le matin et le soir, dans le simple de quelques mots que j’aime encore davantage que ma peau touche Ton sol, que mon corps me rappelle à Ta terre pour faire danser un peu ma prière, libre, et mes pieds, nus.
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C’est juste un prétexte

Ça commence par un mail de Soeur Marie.
C’est juste un prétexte pour lui répondre longuement.
Ça commence toujours bien.

Ça continue avec le mari qui s’trouve le prétexte d’écrire un article sur les ateliers des soeurs de Martigné-Briand – un dimanche – « parce qu’elles font une vente de poterie le week-end prochain et tu comprends un peu de pub, ça serait bien. »
Je comprends.
Ça ne fait ni une ni deux que je trouve moi aussi un prétexte pour embarquer dans l’auto parce qu’on n’a plus de confitures du monastère, justement.
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Et il me faudrait des photos pour mon dossier d’élèves que j’emmène dans 15 jours, et c’est à peine un prétexte caché pour lui chiper son appareil photo et saisir l’une après l’autre les ombres du doux d’ici, et ses éclats. Avant même d’entrer.

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C’est juste un prétexte pour garder un bout de ciel, un bout de mon chemin.
DSC_0171DSC_0167Un prétexte pour fixer leurs sourires.
Et les éclats de rire qui ricochent aux blagues.
Et de la joie, celle en bleu du Ciel, profond.
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Et dis-moi un peu là…

C’est un prétexte cette ‘tite madeleine de Proust sur la radio qui me redonne 10 ans à tout casser, le soleil plein pot dans les yeux et la nature belle à traverser au retour ?

J’sais pas, mais parfois Tu le fais un peu exprès.
Alors, là, faut que je te le redise pour rien, ou pour quelques heures seulement, pour des sourires, pour du soleil qui revient et des coeurs qui battent.
Oui, c’est juste des prétextes du tonnerre pour Te murmurer merci tout bas.

Toujours

Je t’ai toujours accroché à mon cou. Ma médaille de baptême, longtemps. Même mordillée par des petites dents de toute petite fille.
Je t’ai toujours accroché à mon cou. Ma petite croix. Depuis des années. Offerte en cadeau, précieusement.
Je t’ai toujours accroché à mon cou. Non pas comme un bijou. Comme un ami plutôt, tu sais, celui qui te tient doucement par l’épaule et qui laisse sa main, juste là, à peine appuyée. Présente, pour te redire que tu es son amie.
Je t’ai toujours accroché à mon cou. Dans tous mes quotidiens d’étudiante, de femme, d’épouse, de mère, d’amie, de collègue, de professeur.
Je t’ai toujours accroché à mon cou, les jours de joie, les jours de peine, les jours après les jours.
Je t’ai toujours accroché à mon cou. Il n’y a pas si longtemps, devant un jury. Hier encore, devant une inspectrice. Quelques jours par an, pendant des surveillances d’examen. Souvent, devant des étudiants. Toujours, devant mes élèves.
Je t’ai toujours accroché à mon cou. Facilement, dans ma paroisse et sans complication, dans tous les autres lieux.
Jamais, jamais, personne ne m’a rien dit sur Toi, là, au creux de ma gorge, devant leurs yeux.
Jamais personne ne m’a reproché que Tu sois là, si près de moi.

Je t’ai toujours accroché à mon cou. Jamais par défi, jamais par audace.
Je t’ai toujours accroché à mon cou. Sans rien dire.
Je t’ai toujours accroché à mon cou parce que tu fais partie de moi, de ce que je suis.
Tu n’es pas un signe.
Tu es.

Je veux seulement que tu restes là.
Toujours.

jihu

Prière post-it

Ce n’est pas parce que je vieillis, ni  parce que j’ai parfois des trous de mémoire, non.
Ce n’est pas pour ça.
En vrai, ça fait un bail que j’utilise les post-it et dans mes classeurs de cours, et dans mes livres, et pas loin du frigo.
J’aime assez les tout petits bouts de papier qui se collent et se décollent comme on veut, j’aime bien les roses surtout, et les verts aussi. J’aime vraiment les glisser dans ma corbeille quand ça, c’est fait, j’aime bien les déplacer à une autre page quand ça, c’est pas si urgent. Bref, ce n’est pas parce que je vieillis ni parce que j’oublie, j’aime bien les post-it, c’est tout.
Preuve en est: j’en achète toujours, au rayon de rentrée des classes, un bon petit stock pour mon année.

Et en regardant mon trieur ce soir, là où j’avais rassemblé les p’tits bouts de roses et de verts de ma journée, ça m’a fait sourire: y en avait à mettre à la corbeille, d’autres pas encore faits et à recoller encore et oui, un autre à garder un peu plus longtemps.

Mais évidemment ce qui m’a fait sourire, c’est mon idée tordue. Je trouve que j’ai souvent des idées tordues. Si.
Voilà. Je me suis rendue compte que je ne T’ai jamais écrit de prière sur un post-it.
Et c’est dommage.

Une prière sur un p’tit carré de rose qui se décolle et se déplace, un p’tit truc qui pourrait me suivre sur toutes mes pages, un ou deux mots parce qu’il y aurait peu de place, et pas pour du bla-bla, ce serait chouette.
Une prière sur un p’tit carré de rose qui pourrait dire un bout de merci, puis la glisser entre deux pages, la décoller, la recoller pour le lendemain et l’après, longtemps.
Une prière sur un p’tit carré de rose qui redonnerait de la couleur jolie à mes mots portés vers le monde, vers ceux que j’aime, vers le difficile des autres autour.
Une prière sur un p’tit carré de rose qui ferait mes pardons un peu moins lourds à porter.
Une prière sur un p’tit carré de rose qui me dirait et me redirait encore, tout discrètement, que T’es là, tout le temps, dans tous les recoins de ma vie.

Et si je T’oublie, trop souvent, le post-it, lui, il me rappellerait au coin d’un cahier, au détour d’une date, au semblant d’un rendez-vous important que Toi, et tout l’amour qui va avec, T’es juste l’Essentiel.
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Puissance 4

Il suffit de presque rien.
Un coin de canapé de dimanche après-midi, une pendule qui traîne ses aiguilles autour de quatre heures, un  timide rayon de soleil qui ose effleurer mes épaules, tranquilles.
Elle s’agenouille, en face de moi.
Elle pousse d’une main un vieux journal qui ne dit plus rien de bon. Elle fait un peu de place et installe sa boîte sur la table basse. Elle sourit en l’ouvrant.
- Tu veux bien faire une partie de Puissance 4 ?
Sans attendre ma réponse, elle prépare le jeu et sépare les pions rouges des jaunes. Je ferme mon livre. De toute façon, je ne lisais pas vraiment.
- Tu veux quelle couleur… Moi, j’aime bien prendre les rouges…
Les pions jaunes m’iront très bien.
Elle me fait rire avec ses réponses en forme de questions, sa mine sérieuse, ses yeux par-dessus ses lunettes. C’est du p’tit bonheur ses commentaires de 9 ans un quart.
- Dis, ça fait trois fois de suite que je gagne, tu n’es pas très concentrée je trouve. Il faut jouer pour de vrai.
Il est temps de me ressaisir, donc.
Il suffit de presque rien, peut-être de gagner à mon tour pour qu’elle essaie des tentatives de déconcentration au moment où je prends la main.
- Dis…il jouait à quoi Jésus quand il était petit ?
Mon pion jaune stoppe son élan. Son rouge est supendu.
- Je ne sais pas…les jeux des garçons de son époque: des billes de terre peut-être, des osselets… des devinettes !
- Pas de Puissance 4 ?
- Peut-être bien…il suffit de presque rien pour ce jeu-là…
J’ai posé mon jaune là où il ne fallait pas, sans plus vraiment faire attention. Elle, elle ne s’y est pas trompée.
- Et voilà!!! J’ai gagné!
- Mais dis donc, tu crois qu’il était malin comme toi Jésus quand il était jeune ?
Elle sourit.
- J’sais pas…en tous les cas, tu sais quoi…Il m’aide drôlement.
- À gagner en me déconcentrant…?
Elle sourit, encore davantage.
- Ah non, ça c’est facile! Lui, Il m’aide Puissance 4…
- ????
- Mais si tu sais bien: 1- tu souris 2- tu aides 3- tu aimes 4- et tu recommences même si tu rates.
- Mais c’est génial…t’as appris ça où ?
-  Tu dis toujours ça au Puissance 4 : 1-souris un peu…2-aide-moi, je perds tout le temps…3- tu aimes bien… ? 4- on recommence une autre partie alors parce que j’ai perdu…?…Voilà. Je trouve que ça marche tout le temps. T’es pas d’accord ?

Si. Du p’tit bonheur.
Il suffit de presque rien.
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Prière… sur un fil

J’vous en ai jamais parlé de cette petite prière, pourtant elle est quotidienne.
Elle est juste minuscule, elle paye pas d’mine, elle a vraiment l’air de rien du tout.
Toute simple, presque banale, elle les fait sourire lorsque je l’appelle ma p’tite prière de ménagère, de fille modèle, de fée du logis. Elle pourrait en faire râler certaines, j’m'en fiche parce que y a des trucs du quotidien que je n’aime pas faire mais ça, j’aime bien.
Ils ont peine à me croire parfois chez moi, pourtant je leur dis, cette p’tite prière, elle est bien là, à chaque fois. Elle fait aussi partie de moi.
Ce que j’aime chez elle, c’est qu’elle n’a besoin de rien: pas de Bible, pas de croix, pas de mots compliqués. Rien.
Pas de mots du tout d’ailleurs.
C’est une p’tite prière silencieuse.

Ça se passe entre la machine à laver et le fil à étendre. Non, il ne faut pas rire, c’est une vraie p’tite prière.
Elle commence sans rien dire quand je retire leurs vêtements tout frais, tout propres et qui sentent bon la lavande. Elle me redit combien ils sont précieux.
Puis, quand il fait beau comme ce soir c’est encore mieux.
Il y a le soleil qui m’fait de l’oeil dès que j’accroche leurs petites et grandes bricoles.
Il y a les pinces à linge qui alignent les heures de leurs journées, celles où je ne suis pas: le jogging du cours de sport, le joli pull qu’elle a portée à cette soirée, sa veste, celle de son rendez-vous important.
Et leurs pyjamas qui me rappellent qu’ils sont ma famille, mon p’tit cocon, ma douceur.
Il y a le geste machinal qui défroisse, étire, tourne la manche et puis, parfois, la main qui traîne un peu comme une caresse sur leurs épaules, absentes.

Enfin, il y a toujours un sourire, pas celui de la tâche accomplie non, celui qui embrasse d’un regard mon fil à linge, coloré de leurs bouts de vie, et qui te redit, à Toi, un tout p’tit merci.
filalinge

P’tit message

Ce que j’aime bien avec Dieu, ce sont ses p’tits clins d’œil.

On est reparti doucement, on a marché un peu. Il y avait plein de soleil et dans ma tête un peu de vide. Je ne sais pas si ça vous arrive, vous savez, quand il y a un trop-plein et de joli et de triste mélangés, parfois, tout se tait l’espace d’un instant.

Je crois que c’est justement à cet instant.
J’étais prête à traverser, lui, il regardait les sculptures au-dessus de la porte. Des églises et des chapelles, il n’oublie jamais de me faire un petit cours d’histoire de l’art. Mais je ne suis pas toujours bonne élève et là, je regardais ailleurs.
La petite camionnette, elle est passée juste sous mon nez.
Les lettres rouges ont filé sous mes yeux et laissé le message.
« Louez-moi… et vous serez libres! »
- Tu as vu qu’ici les gargouilles elles…
- Oh regarde ce qu’il y a d’écrit sur la camionnette!
Il a tourné la tête juste à temps.
- Fi mes gargouilles si … Dieu se mêle de nous parler en lettres rouges…

On a ri. On est reparti doucement. Il y avait plein de soleil. :-)

Avec ou sans Dieu

Je me souviens avoir entendu un ami prêtre me parler de sépultures où les gens qui étaient là, pour la plupart, n’étaient pas pratiquants, et pour certains, beaucoup peut-être, non croyants.
Je me souviens surtout comment on peut être démuni parfois devant les choix des textes, le chagrin, les larmes, les silences, l’absence de gestes.
Perdus même, devant une impression de vide.
Je me souviens de la sépulture d’une amie où ceux qui l’entouraient ne connaissaient pas les prières, ne savaient pas ce qu’il fallait répondre ou faire.
Je me souviens de ce voisin qui m’avait demandé si cela durait encore longtemps.

Je sais l’absence de Dieu dans les vies autour de moi.

Souvent, je peux même la comprendre. Mais dans les souvenirs de ces sépultures-là, il y avait l’église. Et le prêtre ou l’équipe de laïcs préparés à conduire les sépultures étaient présents.
Il y avait Dieu même s’il n’était pas dans les pensées de chacun, ou dans leurs coeurs.

Mais la mort sans Dieu, je ne connaissais pas.

Son corps, trop jeune, dans un salon du crématorium.
Un peu plus de trente minutes de poèmes, de textes composés par ses proches pour parler d’elle. De sa vie, de ses joies, de ses sourires.
Puis, la crémation.
Les cendres déposées dans une urne. Ses cendres envolées dans un jardin.
Les larmes, la peine, la souffrance.
La bienveillance et la gentillesse des accompagnateurs de la cérémonie.
Pas une prière, pas un mot d’espérance.
Pas une Parole de Dieu pour prendre ses enfants dans ses bras et apaiser leur peine.

La cérémonie est prête.
Demain matin, dans sa Bretagne, elle partira sans Dieu, avec tout l’amour des siens.

Alors, je caresserai ma croix, je poserai mes doigts sur mon chapelet, je murmurerai Ta prière.
Mes paumes n’oublieront pas de la confier à Notre Mère.
Je tairai mon Espérance.
Dans le silence, je laisserai ma prière monter et Te redire que sans Dieu dans cette vie, Tu peux la prendre dans Tes bras dans l’autre.
Garde-la. Garde-la oui. Garde-les tes enfants qui vivent sans Toi.
Et qu’elle soit avec, avec eux, avec Toi.

Il y a des retours

Il y a des retours.
Il y a ce retour de Lourdes, chargé et pourtant si léger.
Comme il est difficile  à raconter ce temps d’une toute petite semaine, comme elle est étrange cette courte parenthèse. Un trop-plein d’amour reçu, une surdose de sourires, six jours presque entiers à accompagner des malades, des tellement malades, des handicapés, tellement.
Six jours à aimer, jamais trop.
Il y a des retours qui vous changent un tout petit peu, le millimètre ajouté à votre vie, celui qui me donne la certitude que c’est dans le « servir le plus petit, le plus fragile, le plus loin de moi » que je suis le plus près de Dieu. Le millimètre qui me demande comment ai-je pu manquer d’aimer, si souvent. Le millimètre qui ne me rendra pas meilleure mais qui me donne le petit frisson, la chair de poule qui prend le cœur pour le faire sourire, l’envie d’avancer.
Il y a ce retour qui t’interroge Toi, encore, sur tant de pourquoi, pourquoi tant de souffrance.

Il y a ce retour de Lourdes, et la maison retrouvée. Les phrases qui s’enchaînent, les mots qui s’emmêlent pour presque tout leur raconter, pour tout leur partager.

Il y a ce lundi matin qui prépare à nouveau une valise. Filer quelques jours vers le nord. Et on s’arrêtera à Lisieux, dis ?

Il y a ce lundi après le retour.
Il y a ce coup de téléphone, juste avant le départ.
Angélique est morte tôt ce matin.
Ma cousine. Ma petite cousine de presque 10 ans de moins que moi, une petite soeur de vacances d’été.
Il y a un mois, elle ne savait même pas qu’elle était malade. Et condamnée.
Il y a ce retour. Vers l’enfance et nos jeux. Vers trois années qui viennent de passer à dire adieu à Fabien, Ghislain, grand-mère. Et Flo, et petite Natacha, et petit Paul.
Il y a ce comment consoler son mari, et ses deux jeunes garçons.
Il y a ce lundi matin qui te demande ce que Tu fais, ce que Tu veux me dire.
Moi qui suis là, qui guéris, qui vis.
Il y a tant de pourquoi.

Et Lourdes qui me raconte ses vies qui ressemblent si peu à des vies. Et qui sont leurs vies, toute entières, pleines de Toi aussi.

Il y a ce retour, étrange. Sans colère. Avec les larmes qui me disent d’aimer, encore, encore et encore. Avec les blessures qui regrettent, avec mon espérance plus qu’impertinente, avec le cœur qui déborde.
Il y a des retours qui ressemblent à des départs.

Parce qu’il n’y a plus de temps à perdre pour aimer, ne faire qu’aimer. Jamais trop.

Debout

J’ai bouclé ma valise.

Les trucs et les machins, des bricoles.
Ma blouse blanche, mon réveil, mon programme.
Mon stylo quatre couleurs et ma tablette de chocolat.
Et entre mes chaussettes, ma Bible.
La métaphore est facile mais c’est bien là sa place: j’aime bien la coincer là, à chaque nouveau départ, parce que c’est Ta Parole qui me fait tenir debout.
Vrai de vrai.
Et debout, c’est là que je vais être. C’est là que je veux être.

Debout, avant même que le jour se lève, demain.
Cette fois, je n’aurai pas peur en refermant la porte de notre maison. Ils savent que je les aime et qu’ils sont de tous mes voyages. Il y aura le doux du matin, les fleurs en bourgeons qui profiteront sûrement de mon absence pour éclore et le seuil qui attendra mon retour.
Debout, en gare, je ne craindrai pas de les retrouver, les accueillir, leur promettre d’être bien. Eux, qui ne tiennent pas bien debout, je vais leur donner mon bras, leur prêter mes jambes pour quelques jours ensemble à Lourdes. À moins que ce ne soit eux avec leurs sourires, et leurs mains qui embrassent, qui me relèvent.
Debout, du matin au soir. Michèle m’a prévenue: cette fois,  il faut que tu sois vraiment en forme. Vitaminée. « En chambre, les malades ont besoin que tu sois debout et que tu souris debout. T’auras mal au dos, aux bras, aux pieds mais jamais au coeur, crois-moi. »
Ils sont chouettes les mots de Michèle.

Debout, en procession.
Debout, devant Massabielle.
Debout, dans mes petites prières.
Debout, à regarder devant, à me quitter un peu, à grandir avec eux.

Debout.
Il ne faut pas s’y tromper, ça ne rend pas plus fort d’être debout. Ça nous éloigne seulement un peu de nous, du nombril de nos vies, pour rejoindre l’autre.

Debout, mes chaussettes bien dans mes baskets et Tes mots au chaud dans ma tête.
Debout, j’vais rester petite mais debout.
Ça me rend juste vivante. :-)
lourdes