Juste une histoire d’oreille

Elle n’a pas vu que je la prenais en photo. Elle n’a pas entendu. Et puis elle a dû sentir quelque chose, s’est retournée et a souri.
- Mais tu fais quoi maman ?

Rien. Pas grand chose. Juste une ou deux photos.

Après c’est bien, les photos, on les garde, on les regarde. Et celle-ci, je l’aime assez.
Elle me redit qu’on est bien avec des écouteurs sur les oreilles et notre musique, seulement celle qu’on aime, dans nos oreilles.
Sans tous les autres bruits.
On est bien juste avec ce qu’on aime.

- Et tu écoutes quoi ?
Je n’ai pas retenu le nom de la chanteuse, j’ai écouté un peu, avec l’oreillette dans mon oreille. C’était beau. La voix surtout, belle.

Parfois, suffit de tendre un peu l’oreille pour écouter des musiques qu’on ne connait pas. On est surpris de trouver ça bien. On est surpris d’aimer.

- Oh j’aime bien ça… tu peux monter la radio s’te plaît?

Nous, on écoutait la radio. Une reprise de Mistral Gagnant qui passe en boucle, ou presque. On se redisait qu’on aimait bien Renaud mais que cette version, elle était chouette.
Parfois, faut écouter ensemble et ça suffit pour être bien.

Elle a remis sa petite oreillette. Elle s’est replongée dans sa musique à elle.

J’aime bien cette photo.
Elle me dit qu’on n’aime pas les mêmes trucs mais qu’on s’aime quand même.
C’est bête mais c’est vrai.
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Petite prière, ma préférée

C’est ma petite prière rêvée
Elle ne fait pas de bruit, elle s’attarde, elle prend son temps

Elle garde au creux des mains les paumes serrées en poignées d’amitié
Elle retient dans ses bras les coeurs qu’elle entend battre un peu fort
Elle laisse venir aux lèvres les mots et les murmure doucement

C’est une petite prière presque tranquille qui sait s’attarder
Traverser l’espace à pas lents, attraper les sourires et les rendre
Traîner en chemin, à la table amie, rester et oublier l’heure
Passer du temps, se mettre un peu en retard et attendre encore

C’est une petite prière qui n’a pas vraiment le temps mais qui le prend
Au creux de tes églises, au coeur de tes chapelles, longuement
Au long des pages de Ton Livre, à lire et relire ton Verbe, infiniment
Dans la douceur de tes heures, en coeur à coeur, patiemment

C’est une petite prière qui ose aimer le temps, celui qui passe
Rester en arrière, se retourner et regarder autour, au loin
Pour toucher l’horizon

C’est ma petite prière, ma préférée.
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Clin d’yeux

Bien sûr, il y a Dieu dans mes paysages.
Et c’est peut-être ici que je le vois le mieux.
Un peu mieux.

Dans les ombres et lumières de la lande. Dans les ciels saturés de blanc.
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Dans les chemins difficiles parfois. Dans l’aridité de mes pas.
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Dans ces bleus-là.
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Ces gris aussi.

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Dans cet horizon du bout de la terre.

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Et dans les clins d’yeux de petite Marie.
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Prière, un peu tiède

Je suis rentrée, tranquille, d’une longue journée et sur ma route il y avait un soleil d’automne, tiède. J’ai trouvé qu’à travers ma vitre c’était doux le tiède.
Je suis rentrée, doucement, après des heures loin d’eux et sur ma joue, il y avait leurs baisers posés, tièdes. J’ai trouvé que sur ma peau c’était doux le tiède.
J’avais beaucoup parlé, j’avais même haussé un peu la voix parfois, j’avais beaucoup marché, j’avais même couru pour être au rendez-vous, alors c’est avec bonheur que j’ai retrouvé le calme d’un bureau, le moelleux d’un canapé, la tasse dans mes mains, tièdes.

J’aime les soirs de ma vie où tout est tiède.

C’est étrange parce que je sais bien que ce mot-là paraît fade, sans opinion, sans intérêt. Il n’a pas bonne presse, sans doute en dehors de tout, à côté, au milieu, pas vraiment dedans.
Il ne revendique pas, il ne dit pas les avis sur la question, il n’assure pas qu’il a raison, il n’affirme pas que les autres se trompent, il est même très timoré parfois.
Il entend des tas de bruits pourtant. Il ne sait pas trop ce qu’il entend d’ailleurs.
Il a simplement peur que tous fassent oublier Ta voix.
Alors tièdes, les mots restent là, à côté, au milieu, pas vraiment dedans.

Je suis rentrée, tranquille, après une longue journée.
Sur ma Bible, restée posée sur un coin de bureau, quittée trop vite au matin, il y avait le marque-page, une lumière de Taizé, tamisée. C’est un peu tiède le tamisé en vrai.
Et un rayon de soleil, dans le dos, pour adoucir les heures de la journée.
Le soleil aussi, parfois, est tiède.
Le calme de l’instant, encore. Le silence.
C’est peut être la fatigue, je ne sais pas, ou le repos tout simplement, mais dans cet instant-là, l’heure s’arrête, et la tiédeur berce l’atmosphère dans un peu de lenteur.

Alors, le cahier s’ouvre, la page s’offre, l’encre est un peu pâle.
Les mots de ma prière s’écrivent, lents, doux, presque patients.
Tièdes.

Je vais t’offrir une habitude en cadeau

Parfois la troisième personne pour écrire, c’est bien. C’est juste la bonne distance.

Elle avait 6 ans.
L’entrée en CP était un peu l’entrée dans une nouvelle vie, avec de nouvelles habitudes. L’hiver qui suivit fut celui de ses 7 ans. Sage petite fille, presque trop sage et depuis quelques mois déjà, le catéchisme de père Denis et de mademoiselle Marie-Jeanne. Et l’abonnement à Fripounet qui coloriait certains soirs, après les pages d’écriture.

L’hiver qui suivit fut celui de ce cadeau d’anniversaire.
« Je vais t’offrir une nouvelle habitude en cadeau. »
En vrai, c’était un drôle de cadeau. Elle aurait sans doute préféré un tome en Rouge et Or, un Tintin déluré et un capitaine en colère, une aventure de princesse dans un palais merveilleux, mais non, c’était une « habitude ».

Il la prit par la main, petites mains cachées à l’abri de moufles rouges.
Et il l’emmena à la messe, un peu en vrai, un peu comme une grande personne, un peu comme pour la première fois.
C’était un dimanche et il faisait tellement froid dehors, le vent était si cinglant à traverser la grande place, l’air si salé, presqu’amer, qu’elle s’est demandée un instant si c’était une bonne idée et si Dieu voulait vraiment l’inviter.
Elle se souvient seulement des cierges allumés, des poussières qui volaient au-dessus de l’autel au moment de l’élévation, comme les fines étincelles qui rendent la vie des fées un peu plus dorée. Elle se souvient que tout autour il y avait quelques visages ridés qui lui souriaient. Et cette longue file d’hommes et de femmes qui tendaient leurs mains, ouvraient leurs bouches.
Elle se souvient s’être demandée si c’était une bonne habitude de venir là, tous les dimanches à écouter ce qu’elle comprenait peu, à faire silence, à regarder.
Elle n’avait pas cette habitude, avant.
Elle ne savait pas.

Elle a appris.
Elle a eu 10, 15, 20, 25, 30, 35, 40, 45 ans. On grandit un peu de 5 en 5 en y regardant bien.
Parfois, cette habitude a pesé.
Parfois, cette habitude l’a gênée.
Parfois même, elle a eu envie de la changer.
Mais une habitude, offerte en cadeau, comme un cadeau d’amour, le jour de ses 7 ans, comment pourrait-elle l’oublier ?

Souvent, elle a dit merci à ces mots-là aussi, gardés sur une page dédicacée, ajoutée à un livre en Rouge et Or.
« C’est un cadeau cette habitude, ça veut dire que c’est donné. Tu seras toujours libre d’en faire ce que tu veux. C’est à toi maintenant. »
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La prière et le chocolat

Je fais toujours un détour par le rayon tablettes de chocolat. Ou même mieux je peux y aller exprès pour ça, dans le magasin. Si. Pour le carré avec le café, pour les carrés devant le DVD, pour la barre de choco entre deux copies, ou pour rien, juste parce que ça fait du bien.
Du bien.
Peut-être que c’est à cause des deux morceaux cassés sur la tartine de beurre salé de l’enfance, ou à cause de la tablette fondue au fond du sac de rando d’un été jeune et italien, ou à cause du lait aux noisettes des nuits blanches à réviser des examens, ou peut-être que c’est à cause des pauses, des pique-niques, des arrêts d’autoroute le jour, la nuit, à partager le temps, ou encore des heures d’attente dans des salles où on ne peut rien faire d’autre qu’attendre.
Je ne sais pas. En tous les cas, c’est du bien le chocolat, ça je le sais.

Ce midi-là, je suis sortie de la pharmacie, enrhumée-mal-fichue-mal-de-tête, avec des tas de comprimés, de sirops, des trucs pour se moucher. Je n’ai pas pu m’empêcher de faire un saut dans la grande surface d’à côté. Rayon tablettes.
La jeune femme déballait ses cartons. Mise en rayon. Je me suis arrêtée, je ne voulais pas trop gêner et puis c’était pas mal à regarder ce gros carton débordant de chocos.
- Allez-y… choisissez… je vais continuer après.
J’ai attrapé mes tablettes.
Elle me souriait. Et devant mon bon courage:
- J’en remets…faut pas manquer, surtout maintenant…
- Ah maintenant ?
- Oui, le froid, la pluie…les gens vont avoir besoin de douceurs…
Evidemment.

Ce midi-là, je suis repartie, un sac de médocs dans une main, trois tablettes dans l’autre, et le gris de la pluie sur le nez.
Et j’ai croisé Michelle tout près de la maison. Michelle, si vous saviez mais vous ne savez pas. Michelle, elle paraît un peu âgée maintenant. Elle est toujours là, après avoir croisé la mort tout le temps, dans sa vie, dans les amours de sa vie. Elle revient prier parfois, depuis peu.
Et elle me sourit toujours. En regardant mes mains, elle a souri, encore:
- Tu sais, tu peux lâcher les médicaments, le chocolat, il n’y a que ça. Corine, c’est comme une prière tellement il y a de douceur dedans.
Evidemment.

L’après-midi a fait tourner ses heures de cours, a enchaîné des réunions et quelques comprimés avec.

Je suis rentrée, enfin. Au soir, un peu tard.
J’ai retrouvé mes tablettes. J’ai cassé un carreau, puis deux. Ouvert ma Bible.
C’était de la douceur ce moment-là, seulement de la douceur.
Tu sais, ça va plutôt bien ensemble la prière et le chocolat pour adoucir tous les gris de l’automne.
Evidemment.
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Comme sur Ton dos

Je crois que j’avais oublié ça.
Je crois que j’avais oublié ce jeu-là.
8 ans, pas beaucoup plus. Fallait pas l’hiver et les gros cabans qui ne laissaient rien passer; non, fallait le printemps, un seul petit gilet sur les épaules, ou bien l’été, à travers le léger d’une robe. Il fallait quand même un tissu sur la peau avant de tracer les lettres dans le dos pour deviner les mots que l’autre écrivait de sa main. Puis les phrases. Avant de deviner les messages.
Il fallait être amis aussi pour ses secrets écrits avec nos paumes, avec nos peaux, dans le dos.

Je crois que j’avais oublié ce jeu-là quand je l’ai recroisé en traversant une cour d’école primaire au midi d’un lundi.
Je n’y vais plus depuis longtemps sauf que là, on s’était donné rendez-vous avec l’institutrice pour un petit projet d’atelier d’écriture.
Elles avaient 8 ans, pas plus. Des sourires, des voix d’enfants et ce jeu, tout simple. Debout, souriante, le dos bien droit, la blondinette épelait les lettres qu’elle sentait s’écrire sur son dos jusqu’à former les mots, pendant que la jolie brunette appuyait doucement de son doigt le tracé d’un A…
- A…M…I….S…  Amis !… Oh!… t’as oublié le « e », on est des filles!
Je me suis à peine arrêtée, c’était un peu secret quand même… Je n’ai pas entendu la réponse de la petite brune sur son orthographe un peu manquée.
Ça m’a juste fait sourire.
Et puis, il y avait la pluie qui faisait briller le gris de la cour, le soleil d’automne qui voulait faire danser les feuilles, les souvenirs d’océan et de jeux d’enfants.

La journée a filé.
Avec les mots de ces petites dans un coin de la tête. Avec des mots amis dans un coin du coeur.

Au soir, en écrivant les mots de ma prière, c’est drôle, j’ai imaginé que je Te parlais un peu, comme sur une cour de récré, oui, un peu dans le dos parfois, avec des mots pas vraiment grands.
Je ne Te vois pas, je sens juste ma main sur le papier. Tu es là Toi aussi, je crois, et j’écris comme sur un dos, comme sur un dos ami. Un dos, Tu sais, qui épaule, qui soutient, qui porte un peu, souvent.
Et je trace des lettres, des mots que tu devines. Je laisse sûrement quelques fautes, orthographe un peu manquée.

En vrai, je prie.
Et Toi, Tu lis, comme sur Ton dos. Ami.
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Une p’tite prière qui manque pas d’air

J’ai retrouvé une p’tite prière tout près d’un coin d’Océan.
Une p’tite prière qui manque pas d’air.

C’est vrai, vous allez m’dire, pas loin du large, c’est bien facile une p’tite prière qui aurait de l’air, mais l’air de quoi ? L’air du Large, l’air de ce Vent qui souffle dans nos voiles, qui nous fait respirer un grand coup et nous pousse en avant ?
C’est pas de cet air-là, non, non.
J’vous assure que ma p’tite prière, elle manque vraiment pas d’air, en vrai, tout simplement.
Et sous le soleil, elle a même pas froid aux yeux.

Elle te les plante ses yeux, mon Dieu, droits devant.
Elle te regarde franco pour que tu lui causes un peu.
Elle ne rougit pas. Elle n’a pas peur. Elle veut parler c’est tout.
De c’fichu monde mal fichu tout le temps, de c’fichu bide qui se tortille parce que ça fait mal, de c’fichu… non, non, elle trouve pas que tout est fichu, pas du tout.
Elle râle un peu, c’est tout. Comme d’hab. Tu la connais.
Tu la connais bien ma p’tite prière qui manque pas d’air. Elle te répète qu’elle T’aime et qu’elle aime le monde comme il est, même s’il est tout de travers. Elle ne crie pas, surtout pas, mais te murmure tout bas qu’elle en a marre des étiquettes qu’on veut lui coller sur sa gauche et sur sa droite, et qu’elle s’en fiche même du milieu.
Elle te redit doucement des prénoms d’enfants et de grands, de papas, de mamans, d’enfants sans parents, de parents sans enfants. Elle en connaît.
Elle te parle de femmes, d’hommes, d’homme et d’homme, de femme et de femme, d’homme et de femme. Elle en connaît aussi.
Elle te redit des noms d’amies, des noms d’amis aussi.
Parce qu’elle sait que Tu les connais, tous, un par un. Et que Tu les aimes.
Elle te les plante ses yeux, mon Dieu, droits devant. Elle attend et elle écoute.

Parce que c’est cela qu’elle veut. T’entendre dans tous ces bruits.
Entendre Ton silence qui lui parle.
Elle manque pas d’air quand même.

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Ce fichu rhume, tout le temps.

Et zut ça y est. Je l’ai choppé. Faut dire qu’avec les fenêtres ouvertes, les pieds nus, un peu de pluie sur le coin du nez, ça devait arriver. Mais la réserve de kleenex est là. Mon rhume n’a qu’à bien se tenir.

En vrai, souvent, vous savez que c’est un peu prétexte le rhume pour sortir le mouchoir.
Le paquet je l’ai même toujours dans la poche. Au cas où.

Quand je me planque devant un DVD, au fond d’un fauteuil préféré dans une maison qui sent bon la vie toujours.
Il me faut pas grand chose, même pas une fichue guimauve, même pas de doux sentiments pour que je renifle et que les yeux me piquent. Alors pour éviter le t’es vraiment une fille, je dis que j’suis juste enrhumée.
Et j’me dis qu’autour, on me croit.

Quand ils se mettent à lire des bouts de leurs textes ou à me filer en douce des enveloppes très jolies à la fin de la classe avec leurs mots à eux dedans.
Il me faut pas grand chose, même pas de la littérature, même pas le vocabulaire que je leur ai appris pour que je renifle et que les yeux brillent. Alors pour pas avoir l’air d’être trop touchée, je sors mes mouchoirs, satané rhume.
Et j’me dis qu’ils me croient.

Quand elles m’appellent Mamounette pour rien, pour même pas me demander un truc, pour même pas me dire une chose importante.
Il me faut pas grand chose, pas beaucoup de mots, surtout pas de grandes phrases, surtout pas de discours pour que je retrousse le nez et que la main vienne vite fait au coin de l’oeil. Oh… ce rhume encore qui me fait pleurer.
Et j’me dis qu’elles me croient.

Quand on marche sur les bords de Loire, lentement, pour laisser filer l’eau et les Paroles avec.
Il ne faut presque rien à ce bon Père pour que le silence me porte, même pas de sermons, surtout pas de sermons. Et moi, il me faut pas grand chose pour que les yeux se brouillent. Alors pour voir encore le chemin, j’essuie avec le mouchoir. Oh fichu vent, fichue poussière. Et en plus j’ai choppé un rhume.
Et j’me dis qu’il me croit.

En vrai, c’est souvent un peu prétexte mon paquet de kleenex qui mouche le nez.

Et au soir, Tu sais juste au soir, quand les heures épuisées, je Te retrouve en tournant Tes pages. Tu sais quoi, Ta Bible, été comme hiver, c’est bien simple, besoin de kleenex.
Mais Tu le sais bien aussi, c’est ce fichu rhume, tout le temps.

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Prise de risques

Il n’y a pas un brin d’humour noir, pas un dans mon billet.
Pas une pensée qui n’oublie un Orient en feu où, là-bas, être Chrétien, le murmurer seulement, c’est du risque maximum.

Il n’y a pas un brin d’humour noir et pourtant, j’ai rencontré des gamins ce matin, une petite vingtaine, qui ont pris un max de risques.
Ils auraient pu filer tranquilles en étude, faire leurs leçons peinards pour avoir un mercredi aprèm à profiter du soleil. Ils auraient pu ne pas trop se faire remarquer, se fondre dans la masse des collégiens.
Ils auraient pu ne pas s’y risquer. Ils auraient pu ne pas oser venir aux rencontres de caté. Parce qu’on s’y inscrit pour l’année, parce qu’on n’est pas forcément avec son copain, parce qu’on fait silence, parce qu’on prie, parce qu’on lit la Bible, parce qu’on parle de la vie qui n’est pas toujours facile, parce qu’on chante des trucs qui parlent de Dieu¹.
Ils auraient pu ne pas s’y risquer. Mais ils sont venus. Ils étaient là. Heureux.

Il n’y a pas un brin d’humour noir, vous l’avez compris.
J’ai croisé sur mon chemin Clémence et ses 15 ans et on est allées se balader tout près de l’abbaye. Elle aurait pu passer certains de ses week-end devant son ordi, à papoter avec des copines, à écouter de la musique tranquille.
Elle aurait pu ne pas s’y risquer. Elle aurait pu ne pas oser se lancer dans le parcours vers la confirmation. Parce que le chemin est long, parce qu’on n’est pas forcément avec sa copine, parce qu’on prie, parce que ça remue, parce que je vais être là en compagnon et attraper quelques-unes de ses heures.
Elle aurait pu ne pas s’y risquer. Mais elle est venue. Elle était là. Heureuse.

Il n’y a pas un brin d’humour. Pas un.
Ça fait trois ans que Maya fait partie de ma vie. Elle et ses cinq petits. Elle aurait pu se planquer avec sa vie mal fichue, passer des heures silencieuses à travailler, à se former pour un meilleur boulot, à nourrir ses gosses, à les aimer, à se cacher des autres parfois, à ne pas faire de bruit. Elle aurait pu ne pas s’y risquer, ne pas s’aventurer à Emmaüs pour donner un coup de main. Elle aurait pu ne pas le donner cet après-midi par semaine pris dans le peu de son temps, à faire du tri, à recoudre, à réparer de ses doigts de fée.
Elle aurait pu ne pas s’y risquer. Mais elle vient. Elle est là. Heureuse.

Il n’y a pas d’humour… oh si là, souvent.
Et il y a de la joie, tellement. À les voir, à les entendre, à les regarder grandir. Ils pourraient ne rien dire, me laisser faire, me dire non gentiment, soupirer de mes idées qui prennent de la place à la maison, tant de place. Ils pourraient ne pas s’y risquer à aimer Dieu à leur façon, à m’accompagner quand même sur un bout de chemin du monastère, à trouver mes prières belles à entendre, à oser prier d’une même voix. Ils pourraient regarder ailleurs.
Ils pourraient ne pas s’y risquer à ma Foi. Mais ils viennent comme ils sont. Et ils sont là. Heureux.

Ce n’était pas drôle. J’aurais pu ne pas m’y risquer.
Rester tranquille. Oublier. Ne pas demander pardon, ne pas reconnaître ma faiblesse, ne pas m’agenouiller, toute petite. J’aurais pu ne pas me risquer à cet Amour-là. 

Si vous saviez pourtant.
Comme il y a de la joie à se risquer aussi, à se risquer parfois à aimer, un peu, juste un peu… comme Lui.

¹  spéciale dédicace. Il se reconnaîtra je crois.