Skip to content

Merveille (1)

Voici le « M » d’Anne-Sophie qui sait si joliment écrire, merci chouette amie.
J’ai reçu une autre Merveille que vous lirez bientôt (c’est pour expliquer le  1 ). J’aime bien l’idée que nos mots se retrouvent sur les mêmes « M »… 😉

Mon Dieu, ce carême en M semblait bien appeler la Miséricorde, cette lumière de ton Être qui donne une saveur nouvelle à mes jours ces temps-ci. C’était immense et évident.

Et puis là, soudain, au-dessus de ce fleuve de Miséricorde qui charrie et nettoie mes doutes et mes absences, me soulève, me console et m’embarque, une petite mélodie, frêle et cristalline, qui murmure « Merveille ».

Qu’il est tendre au cœur, ce mot, à l’entrée du carême – il fait discrètement scintiller nos cendres au front…

Tu fais des merveilles, Seigneur, le psalmiste nous le rappelle à l’envie – puis un jour, il le déclare : je suis aussi parmi les merveilles que Tu as faites.

Il en faut du temps, Seigneur, pour croire ce mot déposé sur nos baskets, gravé sur le front, plié au creux des mains. Pourtant c’est avec lui que je découvre ma pauvreté – ma bienheureuse pauvreté. Parce que plus je suis petite et plus Tu peux faire des merveilles. Parce que la merveille, justement, elle n’y peut rien, il y a dans ce mot-là le petit brin de mystère qui fait qu’on n’y comprend rien mais ça n’est pas notre fait, ça nous dépasse, alors nous pouvons en sourire.

Tes merveilles, Seigneur, c’est comme un miracle au quotidien, un miracle qui se fait discret, doucement souriant, pas de trompette, pas de cris, on dirait de l’ordinaire si on regarde un peu vite – mais ta Vie repose bien là, soleil brûlant fait étincelle, pour respecter la liberté et se laisser chercher.

Tu fais des merveilles, Seigneur, parce que ta miséricorde t’oblige, t’oblige à prendre la moindre miette de beau en nous, et en faire un bon pain à partager, dont l’odeur surpasse le gris et le groumph qui voudraient prendre toute la place.

Tu fais des merveilles, et moi, petite merveille inattendue, surprise chaque matin de ce que Tu mets dans mes mains et offres au monde, je te rends grâce pour l’assemblée des merveilles qui colorent mon chemin d’humanité. Et je te demande, je te prie, pour ce carême, de croire aux merveilles que Tu peux faire dans mon cœur endolori de péché, et de savoir voir, chaque jour, les merveilles de toutes sortes que Tu déposes amoureusement sur ma route.

Anne-Sophie

30 ans Steph 075

Photo: Anne-Sophie, aussi. :-)

FacebookTwitterPartager

Matin

Matin.
Il y a un j’aime dans ses silences, il y a un j’aime dans son odeur de café, il y a un j’aime dans sa toute première prière.
J’aime le matin.
Dans le début de son quotidien, dans le presque pareil, dans l’espérance du meilleur.
J’aime le matin.
Il y a dans ce temps quelque chose hors du temps, comme si rien n’était vraiment commencé et que tout était encore possible.

Je sais qu’il est des matins difficiles pourtant.
J’en connais quelques-uns.
Des matins sans nuits à user des livres, à veiller leurs fièvres, à pleurer des morts.
Des matins bousculés, fatigués, perdus.
Des matins qu’on ne voudrait pas.
Oui, il est des matins difficiles parfois.

Pourtant il reste toujours un j’aime dans cet entre-deux, entre le rien n’est commencé et le rien n’est jamais fini.

Matin.
Il y a un j’aime dans ses silences, il y a un j’aime dans son café.
Il y a toujours ce je t’aime dans ma prière.
Sans bruit dans Ta Bible qui s’ouvre, dans les mots à peine murmurés de Ta Parole.
C’est là que je Te trouve, souvent Tu es au bord de ton lac, je souris, je suis presqu’au même bord d’un océan.

Le matin étant venu, Jésus se trouva sur le rivage.

Il y a un j’aime dans le début de chaque nouveau jour. Tu sais, je me demande parfois si Dieu le sait Lui, à ce point, Lui qui est de tous nos temps.

Dans ce Matin d’un nouveau Carême, il y a des j’aime à vivre comme si tout était toujours possible.
C’est difficile pourtant ces matins parfois.
C’est coton, tu sais, ce matin, de vouloir aimer, de le poser-là en tout premier et de ne pas être sûre de bien y arriver. J’aime bien dire c’est coton, parce que c’est ça, exactement: doux et difficile à la fois.
Les Cendres sur le front disparues, envolées.
Le chemin est long. Mais il y a l’église, mais il y a les autres, c’est bien ensemble.
C’est difficile et doux et joyeux même, en même temps, parce que tout est à recommencer, parce que tout est toujours possible.

Matin de Carême, je crois bien que je vais t’aimer.

 

À demain, avec un premier »M« reçu . Merci toutes et tous de vos envois: il y a de la place pour vous,  et le chemin est long, vous pouvez continuer à écrire. Ici, c’est pour vous. 😉
jour leve

Mercredi des Cendres

À bien y regarder, je me demande parfois si ça ne vient pas de là, la joie de croire.
Pas la Foi, non, juste la joie. La joie de croire.
Ce n’est pas tout à fait pareil tu sais. Je connais des gens autour de moi qui partage ma Foi mais la joie, pas tant que ça, et d’autres qui s’illuminent d’une belle belle vraiment belle joie, sans connaître la Foi.

Moi, là, je te parle bien de la joie de croire en Dieu.
Ça vient de là, j’en suis certaine maintenant.

Elle nous faisait des crêpes la veille de ce Mercredi, non pas parce que c’était Mardi-Gras mais parce que ce Mercredi-là, elle ne s’attarderait pas aux fourneaux comme à son habitude.
Mercredi des Cendres. Il ne fallait surtout pas que ce jour fût triste pourtant.
C’était même joli comme souvent.
Elle mettait simplement le mot partage en premier.
On ne fera pas de crêpes au goûter non pas seulement parce que c’est Carême mais surtout parce qu’on n’aura pas le temps: on va partager toutes celles qu’on a faites ensemble hier avec les enfants d’ici et de là: le Carême, c’est d’abord ça.
On se retrouvait à quinze autour de la table, à plus de vingt parfois, je crois même qu’un hiver la trentaine a été frôlée; on coupait les galettes en deux, on divisait les crêpes et les cuillères de sucre roux volaient très doucement comme des poussières d’étoiles. Tout semblait bien meilleur qu’à l’habitude. L’heure du goûter passait vite, la maisonnée se vidait tour à tour, les ventres heureux repartaient les uns après les autres. Ça ne s’appelait surtout pas de la charité mais juste de la joie, la joie d’un goûter avec des gamins des quartiers autour comme elle savait le faire, la joie partagée.
J’ai compris bien plus tard qu’elle nous servait parce que nous étions enfants, sans jamais goûter, et que son jeûne était nourri par son regard porté sur nos sourires.
C’était ça, d’abord : la joie de croire qu’on était là un peu pour aimer, comme ça.

Mercredi des Cendres. Il ne fallait surtout pas que ce jour fût gris pourtant.
C’était même une jolie robe ou une belle chemise sous les manteaux souvent. Et c’était sa cravate du dimanche tout le temps.
On ne fera surtout pas grise mine parce que c’est Carême, on sourira parce que Dieu s’est fait petit comme ça, jusqu’à ce point-là même, pour nous. Là, je ne comprenais pas tout. Je crois même que je ne comprenais rien. Les Rameaux brûlés, le feu, les Cendres, une conversion parce que nos chemins étaient sans cesse à recommencer. Recommencer quoi ? On me parlait de pardons à demander, de péchés, de Salut et d’un amour infini mais je ne comprenais pas. Alors, on me disait doucement des mots bien plus simples: tes petites bêtises, tes petits mensonges et tes petites colères. Mes ratés avaient des noms d’enfance bien connus et un adjectif tout devant qui les pardonnait déjà. Alors il était temps de partir à pied; à quelques mètres, les cloches appelaient. Ça ressemblait surtout pas à la  tristesse non, on chantait sur la route.
C’était ça aussi: la joie de croire qu’on pouvait encore et toujours avancer avec Lui, comme ça.

Mercredi des Cendres. Mon dernier mot d’elle de ce jour-là fut un clin d’oeil à son « bijou de Cendres », sa croix sur son front, gardée fièrement au sortir de l’église, à n’effacer sous aucun prétexte d’un revers de main qui se voudrait coquet.

On a déjà le ventre plein de nos rires partagés, on posera autour de nos cous les plus jolis foulards et sur nos joues nos plus beaux sourires.
On ira.
Petite croix de Cendres, nouvelle conversion et ce quelque chose qui ne change pas: la joie de croire, comme ça.

Au creux de mon oreille, je vais l’entendre encore.
Avec joie, convertis-toi. Avec joie, crois à l’Évangile.

Bonne route les amis,
Et merci pour vos premiers « M » qui arrivent, à partir de demain, je croiserai les miens avec les vôtres, ce sera joliment joyeux. 😉

IMG_1560

 

 

Quand Carême avait un prénom

Je ne peux pas m’empêcher de sourire à ce souvenir que j’ai gardé, jusque là, planqué un peu, et qui ressort de ma mémoire inévitablement chaque année, juste avant. À peine murmuré, parce qu’à le dévoiler ce soir, il ne sera plus jamais vraiment là, secret amusé d’un bout d’enfance.
Mais il appartient sûrement à d’autres petites mémoires de gosses et le partager me fait plaisir.
Et il est peut-être temps de sourire vraiment.

Ça se passe entre mes 6 ans et 7 ans – trois quarts à tout casser.
Parce qu’à l’école on apprend par coeur ses poèmes, et qu’on s’entraîne aussi à les copier à l’encre bleue sur des lignes très petites, et très droites. Parce que ça demande un effort pas possible et que je tire la langue pour ne jamais dépasser et qu’on me dit que des efforts il faut en faire. Parce que le chouette homme, l’heureux poète des classes primaires de mon enfance et le bien nommé évidemment, oui, lui, ce Maurice qui nous disait « Il viendra, voici deux mille ans qu’en ce monde en feu on l’attend », et bien oui, j’ai cru que l’église le fêtait tous les ans comme il se doit.
Faut dire que le Carême manquait rarement de commencer par son « hiver propice à la neige, passent les nues, passent les ans… » , qu’il y avait même sur mes cahiers « Une prière du poète » « et le peu qu’un enfant offre dans sa candeur, je vous l’offre Seigneur. »

Il y avait bien, Seigneur, des prières dans ton église pendant 40 jours mais le Carême pour moi avait seulement un prénom. Maurice. :-)

carem0

Mots de Carême

Mercredi 3 février. Le Carême, c’est dans une semaine.
Je crois vous l’avoir déjà écrit: j’ai le sentiment de n’avoir rien vu de ce temps ordinaire.
J’ai encore l’impression d’être toute remplie de Noël.
Je sens toujours ses parfums, j’ai Sa Lumière dans les yeux et le goût des sablés dans la bouche. Peut-être bien que ce temps resserré, c’est tout bon en fait. Un Avent et un Carême qui s’enchaînent, qui se tiennent la main, qui ne se lâchent pas.
C’est bien ça ma vie de Chrétienne en vrai non ? Être toujours reliée à Dieu et aux autres. Alors oui, ça me va ce temps-là qui défile trop vite. Ça me transforme pas en « super woman » oh non, peut-être même que c’est tout le contraire en vrai.

Le tout bon, c’est aussi l’idée de vous ouvrir à nouveau mes pages.
Parce que j’aime bien que les mots « partage » et « prière » s’habillent de ce sens-là, ici.
Vos mots m’ont toujours nourrie et fait grandir. Enfin, grandir c’est une façon de parler, je crois qu’en vrai ils me font plus petite, un peu, et c’est rudement bien.

Je vous invite toutes et tous, avec vos noms, vos pseudos, avec vos mots, comme ils sont.
Je vous invite toutes et tous à nouveau.
Et pour partager quoi ?
Vous m’avez donné des tas de belles idées, j’en garde quelques-unes que j’ai un peu mélangées.
Voilà.

Ça commence un peu avec ça. Carême, on le sait, dedans il y a « aime » et même si le jeu de mot est presque démodé, il reste juste vrai.
Mon Carême, le nôtre, le vôtre, c’est apprendre encore et encore à aimer, et mieux: Dieu dans nos prières, nos prochains dans nos partages, et nous-mêmes peut-être, un peu plus aussi, dans l’humilité, le silence, ce dépouillement qui mène au Pardon.

Je vous propose un bout de chemin avec chaque jour des mots qui commencent par « M » parce qu’à la prononcer cette consonne, le « aime » est là.
Des mots qui commencent par « M » et qui disent nos pas vers Lui et au milieu des autres. Qui disent des regards, des visages, des mains, des parfums, des partages, des rencontres, des Paroles. ( Et là, j’ai repris toutes vos autres chouettes belles idées 😉 )

Des mots qui aiment.

Je reviens Mercredi des Cendres.
Je vous attends, 40 jours à passer ensemble, allez-y, n’hésitez pas et plusieurs fois si cela vous tente. Vous savez où me joindre (et sinon, y a un truc, là, sur la colonne à gauche).

Et déjà, Merci 😉
à Mercredi, Corine

photo-635405264443905944-1 (1)

Ce soleil dans nos ventres

Bon, il est temps. C’est le jour même.
Depuis ce matin, y a des petits malins partout qui racontent le lien entre la Présentation au Temple de l’Enfant Jésus et les crêpes.
Oui.
D’accord, je vous la fais rapide. Procession de La lumière donc des chandelles parce que (bon c’est trop long , je passe) donc chandeleur – jusque là ça va- et puis Rome un hiver d’un siècle très lointain et un pape au nom trop bizarre qui décide de réchauffer ses pèlerins à coup de crêpes bien dorées.
Tout ça en vrai c’est sûrement pas faux.
Mais voilà en vrai aussi ce n’est pas l’essentiel.

La présentation de Jésus au vieux Syméon, j’sais pas si vous l’avez lue ce matin dans votre « Prions en église » ou sur votre super appli de l’évangile au quotidien ou si vous l’avez entendu (chez moi y a des messes tous les jours c’est fastoche), bref. Vous avez vu ça comme le vieux Syméon il prend l’Enfant dans ses bras, le bénit, comment ses yeux sont éblouis. Vous avez pas vu ? Si ? Parce que moi c’est peut-être que je suis un peu influencée par la page de mon vieil évangile illustré de petite fille. Syméon, dedans, il est beau à regarder tellement il y a de la tendresse et de la joie dans son regard. De la joie. Il a Tout vu en Le regardant.
Mais peut-être que je m’éloigne là. Revenons à nos crêpes.

Quand j’étais petite, les crêpes on en faisait souvent tout le temps alors vous savez quand je vois comment c’est par ici et ailleurs, l’exceptionnel de la Chandeleur, les crêpes le 2 février et presque seulement, bah je trouve ça bizarre. Et je me souviens des regards d’enfant sur mes goûters du mercredi à la maison où il y avait toujours des crêpes. Un jour, Lili, elle devait avoir 6 ou 7 ans, et j’avais fait des crêpes évidemment et sa petite copine de voisine avait traîné ses petits pas jusqu’au goûter.
– Tu fais toujours des crêpes toi ? qu’elle m’avait dit.
J’ai dû répondre que oui et parce qu’elle demandait pourquoi que c’était du soleil tout le temps dans l’assiette ce truc-là. Et de la joie.

Voilà. C’est tout. L’essentiel c’est juste ça.
Jésus dans nos assiettes oups pardon Jésus c’est du soleil. Pareil. Et rencontrer cette joie-là dans une messe, c’est possible pas qu’une fois ou deux ou dix dans l’année.
Oui, vous pouvez ramener tous les rabat-joie de la terre, Jésus c’est notre rond de soleil chaque dimanche (et dans les messes de semaine quand c’est fastoche), Jésus c’est du doré sur nos heures, c’est du presque sucré sur nos coeurs c’est bon là j’arrête j’ me fais plaisir.
Bref, c’est comme les crêpes, ah zut écrit comme ça elle fait pas très études-sérieuses-et-pertinentes mon analogie.
Tant pis. Je recommence.
Vous pouvez essayer les crêpes chaque semaine plus souvent: doré-soleil-sucré-joli-belles-heures, ça marche tout le temps. Et puis il y aura de la joie dans les regards.  Et ça rend beau la joie.
Jésus, Lui aussi, vous pouvez essayer tout le temps.
C’est La Joie, aussi. En vrai.

crepe-stack

C’est comme ça

C’est drôle un jour d’anniversaire.
Parce qu’on se souvient d’un jour dont on n’a aucun souvenir.
Et pourtant, il faut que je raconte encore. Ils me demandent toujours de raconter comme si ce morceau de passé était nécessaire pour me connaître, pour avancer. Pour grandir.
L’hiver. C’était l’hiver. Il faisait froid.
Comme j’étais son premier bébé et qu’elle était très jeune, ma maman a dû avoir très peur. On oublie parfois aujourd’hui de parler de la peur de mettre au monde ou peut-être qu’on ne l’oublie pas mais on préfère dire la belle nouvelle, la bonne nouvelle, le beau d’une naissance. Souvent, on préfère ça oui. Elle a eu peur pourtant. On m’a toujours raconté que les douleurs avaient commencé trois jours plus tôt, que j’arrivais avec presque trois semaines d’avance, que j’étais pressée de vivre  en dehors et que je suis née à l’aube, au tôt d’un matin pas même levé.

C’est drôle un jour d’anniversaire.
Parce qu’après il faut continuer à raconter.
Ils veulent toujours savoir un peu comme si les premiers anniversaires écrivaient encore mon histoire.
La photo de mon baptême. Ils paraissent plus âgés tous les deux. On paraissait plus âgés en ce temps-là. Je les trouve beaux. Ils s’aimaient. Mes premiers pas, un été, sur un bout de plage mouillée. Ma sagesse. C’est drôle ces qualificatifs qui vous collent à la peau dès que vous êtes petits. Besoin de mettre des mots sur nos peaux. Sage et silencieuse sont ceux de mon enfance.
Ça les fait sourire maintenant. On ne se reconnaît pas toujours enfant. Enfin si, nous on sait. Au fond, je me reconnais. Ce sont les autres qui ne nous reconnaissent pas tout le temps. Sauf que là, il y avait le sourire quand même. Le même.

C’est drôle un jour d’anniversaire.
Parce qu’ensuite on ne peut pas s’en empêcher, moi, je ne peux pas, de le faire défiler.
Je fais défiler le temps.
Mes 5 ans.
Et puis les dizaines après. Il y a quelque chose de nouveau pour chacune. On dirait.
Les études, le mariage, les enfants, la maison. On dirait une histoire toute lisse écrite à l’encre bleu clair sur du beau papier.
C’est jamais ça.
Ce ne serait pas vraiment beau sans les foncés, les ratures, les recommencements. Les dégradés. Les nuances. Ce serait sans relief.

Et un truc entre tout ça. J’aime bien dire truc. C’est court et en même temps, ça a le temps de nous écorcher un peu, de nous agripper. Un truc comme une présence. Il ne faut pas réfléchir trop longtemps. Il ne s’agit pas de comprendre.
Sa Présence.
Là.
Ouvrir un vieux, deux , trois, quatre vieux cahiers.
Les mêmes lignes de prières.Les mêmes mots mercis pardons. La même envie d’être heureuse tout le temps.
Malgré tout, malgré absolument tout. Le monde et nous et moi.

C’est drôle mes jours d’anniversaire. Ils se ressemblent je trouve.
Il y a Dieu dedans et je n’y peux rien, je ne le fais même pas exprès. Ça m’énerve parfois de l’expliquer. J’ai beau souffler les bougies. Sa lumière reste.
C’est joli tu sais comme la dernière sur le gâteau qu’on garde un peu, que je fais semblant de ne pas vouloir éteindre.
C’est joli oui la vie.
C’est comme ça.

SONY DSC

Rien qu’un p’tit bout de papier

J’ai trimbalé mon p’tit bout de prière tout le week-end.

Je l’avais griffonné pour me rappeler de dire à mes vieux amis que je les aimais. Et puis il y a eu leurs sourires, leur café, leurs mots que j’aime écouter et mon p’tit bout de prière il est reparti avec moi.
J’leur ai pas dit, j’ai juste souri.

Je l’avais plié dans ma poche pour la route sous la pluie vers Angers. Et puis dans la journée « comm. » du diocèse il y a eu leurs questions, leurs doutes, leurs partages et la magie des vraies belles rencontres. Et les mots écrits, je suis repartie avec.
J’leur ai pas dit, j’ai continué à leur sourire.

Je l’avais déplié au creux de ma paume pour la messe au matin du dimanche. Et puis les enfants très nombreux pour leur célé de caté ont chanté, levé leurs mains et souri comme seuls ils savent me faire sourire. Et mon petit papier, je suis repartie avec.
J’leur ai pas dit, j’ai juste souri avec eux.

Je l’avais remis au fond de ma poche, plaqué tout contre moi pour un gâteau d’anniversaire d’un dimanche après-midi. Et puis la paix a envahi tout l’espace. J’ai rien osé bouger. Et mon p’tit bout de prière, je suis repartie avec.
J’leur ai pas dit, on était bien comme ça.

J’ai trimbalé mon p’tit bout de prière tout le week-end.
Maintenant, il est là, tout près.
On dirait que le papier s’est usé, que l’encre s’est effacée, que les mots se sont tus.
On dirait que ma prière s’est échappée au fil de mes balades.

J’ai gardé mon p’tit bout de papier avec tous mes autres p’tits bouts de papier.
J’ai laissé ma prière. Avec eux.

 

papier

 

Stage d’amour

« C’est comme un stage d’amour la vie sur terre pour moi
 alors j’apprends, je m’entraîne à aimer en vue du Ciel.

 Mais, ce stage d’amour, de temps en temps,
on en a ras-le-bol,

on fait des pauses,
on doit se faire réajuster par ceux qui nous entourent,

et qui nous aident à vivre le chemin qu’on a choisi. »

Romaine Pouget, décembre 2011

IMG_1574

 

 

Et un bout de jardin

Des fois, il y a du joli dans les gestes des gens que je rencontre. J’aime bien sentir le joli des gestes. Comme si c’était toujours possible ce joli, au fond.
Ça fait des semaines que je devais passer chez elle. J’ai poussé sa porte avec un peu de honte, celle qui est là quand on se rend compte qu’on aurait pu faire autrement. Venir plus tôt par exemple, ça aurait été bien.
J’ai frappé entre la sortie du collège et une réunion qui m’attendait.
Ses petites rides au coin des yeux ont souri tout de suite et ses bras bien appuyés contre moi ont embrassé tous mes regrets. Elle a posé les tasses de café sur la table mais  elles étaient déjà prêtes dans la cuisine. Elle a insisté pour que je m’assois là.
Elle a posé ses mains aussi, sur la table. Elle a souri encore. Elle a fait taire mes excuses. Tu as une vie a-t-elle dit.

Des fois, il y a du joli dans les mots des gens que je rencontre. J’aime bien entendre le joli des mots. Comme si rien n’était impossible, au fond.
Elle m’a raconté ses semaines et le froid dehors. Le temps qu’elle regarde passer avec douceur. Et les petits carrés tricotés pour les couvertures des malades de Lourdes. Elle assemble des belles laines en patchwork de couleur. « Tu viendras les chercher pour les emporter avec l’Hospitalité, elles seront prêtes avant les Cendres, tu sais. »
Elle compte toujours son temps comme ça, avec les temps de la liturgie, ça me fait sourire. J’aime bien.
-Tu ne tricotes pas pendant le Carême?
J’aime aussi la taquiner et elle n’attend que ça.
– Oh si ! je vais même redoubler d’ardeur. Mais il y aura des couvertures prêtes avant.

Et souvent, ses mots, précieux, me rattrapent. Comme là.

Il faisait encore doux au début du soir.
-Viens voir, au fond du jardin.
Elle s’est levée, a abandonné ses histoires de tricot. Je l’ai suivie, doucement.
Des tas de jonquilles déjà s’étalaient. Dans le doux d’un hiver. Non, ce sont des narcisses. C’est jaune tout pareil. Lumineux.
– Il est joli ton jardin. Vraiment.
– Oui, je l’aime bien. Il est calme. C’est là que je viens gratter la terre, en me penchant un peu, doucement. Je fais attention tu sais. Ça fait prendre l’air et puis c’est là que je prie le mieux. Je crois que c’est un peu mon désert à moi.
Je l’ai laissé parler, je l’ai bien écouté, ça faisait du bien de l’écouter dans le doux d’un début de soir.
– Ton désert…? C’est parce que je t’ai parlé de Carême ?
J’ai souri.
Elle a souri encore.
– Oui…peut-être… et c’est parce que c’est joli. Tu sais, il faut que ce soit joli le Carême comme des carrés de couleur à tricoter, comme un bout de désert fleuri.

Des fois, il y a des instants jolis dans les rencontres. Des fois, il y a du joli dans le quotidien.
Une porte poussée simplement, un café, des couleurs. Des mots.
Et un bout de jardin.

Bouquet_jonquilles_FR_2013