Un, deux, trois p’tits cafés

– Tu veux un p’tit café ?
Oui, bien sûr. On commence toujours par le commencement avec le vieux Père Louis. Dans le creux d’un lundi. Un café qui parfume tout au long du vestibule, ça ne se manque pas. Un café qui a pris le temps de s’écouler juste avant mon arrivée. Un café qui dit bonjour tout simplement.
Un café déjà prêt. Celui qui réchauffe mes mains, qui va dénouer un peu la gorge, qui me fera sourire.
La Bible est ouverte sur la table. Il a choisi la page. Elle m’ira bien aujourd’hui, elle me va toujours bien. Les mots s’agrippent un peu aux versets, le pourquoi qui colère aussi parfois. Il sait bien le vieil homme que j’aime comprendre. Il sait que je n’aime guère le silence qui tait les réponses. Et le temps passe, il s’agit bien moins d’expliquer Ta Parole que de la laisser me rejoindre dans les tout petits espaces de ma vie.

– Tu veux un autre café ?
Oui, évidemment. Il y a toujours un moment où il ne faut plus parler, laisser couler les paroles au fond de la gorge, en silence. Prendre le chaud, rejoindre le coeur, toucher les entrailles.
Le café est prêt. Celui qui fait taire et qui pose le regard en prière. Déjà.

– Tu veux un petit dernier, pour la route ?
Oui même si c’est trop un troisième et il rit, toujours du même rire. De ce rire qui sait dire je suis là, rien n’est grave, l’essentiel tu le sais déjà.
La Bible se ferme. Elle est posée sur le coin de sa table. Elle a l’air bien.
Le café est resté au chaud. Il a toujours un petit goût de noisette brûlée celui-là, le goût du familier qu’on a laissé sur le coin du feu sans craindre qu’il soit moins bon.
On sait qu’il est là pour l’au revoir qui reviendra.
On sait qu’il sent bon cette douce habitude, celle qui aime tant les interstices de nos deux temps croisés.

Un, deux, trois p’tits cafés.

Parfois, je me dis que c’est ça aussi, un peu, parler à Dieu.
Un premier café pour dénouer la gorge et Lui dire nos mots, un deuxième pour laisser s’écouler Sa Parole en nous, un troisième pour se dire qu’on ne se quitte jamais.
Juste un au revoir,  à une prochaine fois.
café

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Il était là le joli, au matin

Il faut arriver au début du soir, s’arrêter un peu de lire, se poser davantage encore pour regarder le joli par dessus son épaule.

Il était là le joli, au matin.
Les premiers rayons glissés sur nos sourires devant la glace, à se donner un dernier coup de brosse sur nos cheveux, à mettre un peu de doux sur nos regards. On s’est levé avant la maison et on est parti toutes les deux dans une autre église de notre paroisse. Parce que ce matin, 25 enfants- les premiers, il y aura deux autres dimanches encore- mais eux, les 25 premiers allaient communier et pour la première fois.  Lili, elle m’accompagnait pour chanter. J’aime bien quand elle est là. Parce qu’il y a le matin à se préparer un peu avant toutes les deux, et la route. Ce n’est pas loin, c’est tout près. 7 kilomètres à peine. Il faut quitter Beaupréau, passer pas très loin de l’abbaye, croiser des chemins et on y est. Le village est calme et l’église tutoie le ciel tout bleu en silence.

Il était là le joli, au matin.
Dans la petite auto, elle répétait ses chants et puis je ne sais plus pourquoi, peut-être parce qu’on a parlé de la librairie de l’abbaye, elle m’a raconté que dans sa Bible d’enfant, elle se souvenait avoir colorié au stylo vert tous les Romains pour qu’ils ne lui fassent pas de mal à Jésus. J’ai souri. Moi, petite, j’avais bien failli les découper pour qu’ils ne soient plus là. J’avais été arrêtée dans mon élan juste à temps. On a souri encore. On s’est tu. On a allumé la radio machinalement. Il y avait un vieux chanteur qu’on aime bien.
Il était joli ce matin avec nos souvenirs d’enfants et la musique juste pour nous.

Il était là le joli, au matin.
Les sourires et les regards de ces enfants accompagnés pendant quelques mois. On les connaît un peu mieux. J’aime bien me dire qu’ils sont heureux là, en cet instant, et qu’ils se souviendront d’avoir été heureux là, en cet instant, au coeur de la petite église. Pour y revenir, encore. Lili a chanté, et les enfants, et l’assemblée. Et j’ai prié tout bas. J’aime bien dire merci à Dieu, juste à ce moment-là, de me laisser la chance d’être près des enfants tout le temps. Je crois qu’Il sait que c’est là que je suis bien et combien leurs prières balbutiantes me font grandir.

Il était joli son sourire quand elle m’a dit vous savez moi c’était il y a 70 ans ma première communion dans ce geste de paix si confiant.

Ils étaient jolis leurs sourires répondant au mien quand j’ai élevé un peu Ton Corps pour leur donner. J’aime bien accompagner avec de la joie le geste de communion. Et leurs mercis de parents ou d’oncles ou de cousins, pas habitués, peut-être même pas vraiment croyants, à la place de leur Amen, je les ai trouvés jolis aussi. Je me suis dit combien l’Église que je connais et que j’aime peut être belle et accueillante, vraiment. Et combien Toi, tu nous aimes, tous. Sans distinction.

Il était là le joli, au matin.
Il est resté un peu, et à l’écrire, il fait joli le soir.

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Si un jour je suis vieille

Si un jour je suis vieille je raconterais tout ce qui s’est glissé dans les rides de mes sourires.
Je dirais tout ce qui a fait ma vie jolie. L’océan, l’écriture, les enfants, les rues, l’amour, l’amitié, Dieu.
Comme il me restera peu de temps, j’oserais l’essentiel.
Tu sais, quand on est au bord des dernières heures, on ne s’embarrasse plus des broutilles, des bricoles, des babioles.
Et on dépose au bord du chemin ce qui pèse encore pour partir léger.

Si un jour je suis vieille je demanderais à Dieu tous les mots qui m’ont manqué pour aimer.
Je lui murmurerais à l’oreille que je veux bien les Lui donner pour qu’Il les souffle là où l’amour manque encore.
Je lui dirais de retenir un instant le printemps, de poser du bleu de son Ciel sur mon océan, d’effacer un peu les gris.
Alors ce sera bien alors je serais prête.
Si un jour je suis vieille je raconterais tout ce qui s’est glissé dans les rides de mes sourires juste avant de me taire.

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Dieu était pas loin

« Il y a un moment pour tout, et un temps pour chaque chose sous le ciel. »

C’est drôle le temps tu sais.
Je peux te dire là, exactement, ce que je faisais il y a 22 ans.
Le 27 avril, et bien c’était aussi un mercredi. C’était même la première semaine de nos vacances de printemps cette année-là. L’après-midi, j’avais acheté des chaussures. Enfin. Comme la météo annonçait une chaude journée, j’avais décidé de trouver des chaussures très souples pour être pieds nus dedans. Et ça m’avait fait sourire parce que je me disais aussi que je pourrais me mettre pieds nus tout court et que personne n’y verrait rien. Et il devait bien être 22H30 heures passées exactement comme ce soir quand j’ai décidé de tout déballer et de tout essayer: les chaussures, la robe, l’étole légère, les gants, non, pas de gants quelle idée. Et ma médaille, la sienne, celle qu’elle m’avait offerte en me disant c’est Jésus, enfant, parce que c’est comme ça que Dieu est, aussi, et qu’Il t’aime.
Tranquille. Lui, il souriait de mes sourires.
Je peux te dire tout ça très précisément non pas parce que je l’ai gardé griffonné dans une page de cahier, c’est juste que c’est resté, là, exactement, sans bouger.
Comme chaque naissance de mes enfants, comme chaque mort que je ne voulais pas.
C’est drôle le temps tu sais. Il inscrit, il garde, il efface. Tu peux pas y faire grand chose en vrai. Il nous fait des pieds de nez aussi. Je crois même qu’il a de l’humour parfois.
Paraît que ça se voit un peu que je relis l’Ecclésiaste en ce moment.
N’empêche. Le 27 avril il y a 22 ans, j’allais me marier dans trois jours. Dieu était pas loin. C’était balèze comme jour. Il n’a rien oublié.
C’est aussi pour ça que je m’en souviens.

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Mis bout à bout

Il y a ce moment. Elle doit avoir six ans et elle te demande tes chaussures celles qui ont un talon ou celles qui sont vernis pour jouer à la maman ou à la princesse. C’est mieux la princesse. Elle enfile aussi une de tes vieilles jolies robes d’été qui lui descend plus que jusqu’aux pieds. Elle joue. Elle se déguise. Et toi tu prends des photos. Tu souris. Tu lui dis de faire attention aux chaussures, pas pour les chaussures, celles-là tu ne les portes jamais, mais pour ses pieds. Elle est petite encore. Tu n’as pas envie qu’elle tombe.

Il y a ce moment, plus tard. Elle a seize ans et une moitié d’année déjà et elle te demande au soir si tu n’as pas ce petit pull gris à lui prêter. Tu dis regarde si tu veux dans l’armoire. Tu ne fais pas très attention. Tu as la tête un peu ailleurs. Elle l’attrape au matin le petit pull gris. Elle ne joue pas. Elle ne se déguise plus. Tu souris au soir quand elle rentre du lycée. Tu prends une photo. Tu lui dis qu’il lui va bien ton petit pull gris qu’elle t’a piqué en douce. Elle est petite encore. Tu vois bien qu’elle grandit pourtant dans ton pull qui la fait si jolie.

Il y a ce moment, encore plus tard. Tout est silence. Tu repenses à tout ça. Les chaussures de princesse. Le petit pull gris. Tu sais le temps précieux. Tu as pris aussi celui de lire tous les journaux, tu avais du temps encore aujourd’hui. Tu as fait de l’espace à l’évangile, tu as envie de Lui faire de l’espace, davantage. Tu repenses à la paix.
Je m’en vais, et je reviens vers vous. Si vous m’aimiez vous seriez dans la joie puisque je pars vers le Père.

Tu te demandes ce qui peut bien rester d’une vie, après.
Si ce n’est la paix. La paix de ces photos. En robe de princesse. Avec son petit pull gris. Tu repenses à ces nouvelles et ces journaux où il y a si peu de paix. Et tu te dis que le monde commence ici, qu’il faut qu’il sache aimer les interstices du quotidien pour aimer en grand.
Il y a son petit pull gris. Tu vois bien qu’il brille. Et que la lumière vient bien de là, de ces moments-là, de nos tout petits bouts de vies mis bout à bout.

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Urgence

J’aime toujours partager les mots des autres surtout quand ils sont cadeaux. Et amis. Et beaux.
Et juste là, comme il faut.

 Lundi 25 avril 2016

Il y a urgence à vivre.
Plonger les deux mains, jusqu’aux coudes, dans le bazar de son cœur
Fouiller
La boue
Les tas de poussière et de ruines
Les amas de tissus délicats, les pelotes de fils d’or,
Jusqu’aux coudes.
Fouiller
Les tripes
Les neurones
Le muscle et la chair
Fouiller
Se salir
Se mouiller
En soi
Au fond de soi.

Il y a urgence.
Les mains dans la pâte humaine
Fouiller.
Urgence.
Et trouver
Ce diamant unique,
Seul,
Poli de nos crasses
De nos lumières
Pièce irremplaçable
Des lumières du monde.

Il y a urgence
Personne d’autre
Ne peut.
Il y a urgence
Fouiller,

Pour être.
Être.

Anne-Sophie

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Matin

Elle sourit ma Bible
Posée sur le coin de ma table, entre une tasse de café et une tartine grillée
Elle écoute les nouvelles
Elle s’ouvre au matin

Il me semble que Dieu sait être là
Peut-être même qu’il goûte au jour avec moi

matin

 

 

Curseur au maximum

Il y a des petits dimanches cachés au fond d’un canapé à regarder des guimauves comme si c’était Noël. C’est doux tu sais Noël juste après Pâques. Ça a un goût de nouvelle naissance dans le bon sens, de crêpes toutes sucrées et de soleil timide qui ose frapper à la fenêtre quand même. La plus p’tite crèche est toujours là, manquerait plus qu’une guirlande à la porte et voilà. Dans Ton Livre ce matin, il y a même Noël en creux de page avec Ton commandement, celui que j’trouve balèze tout le temps et qui déborde d’un amour qu’on sait même pas comment le dire tellement il rentre pas dans un tout petit mot. Pourtant Il est dans un tout petit enfant.
Il y a des dimanches où tu décides de te planquer un peu et où l’amour, y en a tout plein à bien y regarder.

C’est étrange comme j’aime pas trop les maths et que pourtant l’amour je ne trouve pas d’autres adjectifs qu’exponentiel pour le qualifier. Ou peut-être que c’est plus physique que mathématiques d’ailleurs la dilatation du coeur en vieillissant.
C’est vrai ça. J’sais pas toi mais moi tiens je me souviens très bien quand mes enfants étaient bébés de l’amour que j’avais pour eux. Je me souviens de ce que je ressentais. Je crois que je croyais que ça allait rester comme ça tout le temps. Ou même diminuer un chouilla parce que quand même tu sais ils vont devenir des gens et peut-être que tu vas pas aimer leurs caractères, leurs défauts, leurs choix. Leurs fringues ou leurs chaussures aussi.
Leurs caractères, tu les aimes; leurs défauts, même leurs défauts tu les aimes; leurs choix, tu les comprends. Leurs fringues ou leurs chaussures, ça dépend mais tu t’en fiches. Et l’amour, il augmente. Plus le temps passe.
Je crois bien que l’amour grandit avec eux. Oh ça va dis donc c’est pas que du bla-bla. Tu souris parce que tu te dis oui é-vi-dem-ment, bah non, c’est pas une évidence du tout quand tu tiens trois kilos et quelques grammes dans tes bras de maman toute neuve. Ou de papa. Il me dit que c’est pareil.
C’est un truc vivant l’amour en fait.

Aujourd’hui, sur mon canapé devant mes guimauves de Pâques, j’leur ai raconté un peu mon truc avec le coeur dilaté. Ils font semblant de me trouver tordue tout le temps avec mes mots, c’est un côté que j’aime bien chez eux de faire attention sans vouloir le montrer.
Parce que quand même, ils m’ont laissé ça, à traîner entre deux scènes de guimauve. Bah oui, ton coeur, c’est pas comme une pomme toute fripée, toute rabougrie, toute vieillie. Il est drôlement bien accroché tout le temps à la vie. Alors paf il grossit.
Ça m’a fait chaud partout.
J’ai souri en répondant que j’savais pas comment j’allais finir cette vie si cet amour il grandit encore.
Si, tu sais qu’ils m’ont dit. Et hop ils ont tourné les talons, attrapé leurs sacs avec leurs fringues et leurs chaussures pour la semaine et ils ont filé parce qu’il est 16 heures passées déjà et qu’ils ont une vie à vivre ailleurs.

Je m’demande si c’est pas ça l’éternité.
Si c’est pas être sur le curseur le plus haut, tu sais comme le volume le plus fort des écouteurs que même ça emplit tes oreilles, et ton corps, entièrement. Qu’il n’y a plus de place pour les bruits parasites. Plein pot.

J’m’demande si c’est pas ça l’éternité. Être au maximum du volume d’aimer.

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Toute petite prière fatiguée

Ma tête lourde, mon dos fourbu, mes yeux clos
Épuisée, je viens m’asseoir près de Toi
Ne plus trouver la force des mots pour te dire
Mes pardons, mes mercis, mes promesses
Rester là,
sans bouger,
en silence
Et attendre, attendre que Tu viennes, doucement
Sentir Ta présence
Envelopper ma lassitude, bercer ma torpeur
Laisser couler les larmes
Celles qui soulagent, celles qui apaisent, celles qui allègent
Du bout des lèvres murmurer une toute petite prière fatiguée
Que Tu entends toujours
Que Tu rejoins maintenant
Qui T’aime.

 

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Ma prière sparadrap

J’aimais bien ça.
Les genoux tombaient par terre. Parce qu’ils voulaient aller trop vite ou grimper trop haut sur les rochers ou pédaler en marche arrière. Ils s’écorchaient, se griffaient, saignaient aussi. Assise sur le rebord d’une chaise, je plissais les yeux au passage de l’alcool, de la compresse ou même du rouge. Je n’avais pas intérêt à souffler un mot si je voulais continuer à galoper sur le rebord des vagues. Alors,  elle posait un sparadrap pour éviter les grains de sable sur la plaie et je repartais.
Guérie, déjà.

J’aimais bien ça le sparadrap. Ça protégeait bien.
Dans les sandalettes trop neuves aussi. Il calfeutrait le petit orteil, celui qui fait toujours mal en frottant sur la lanière de cuir quand la peau trop tendre vient tout juste de sortir de son hiver au chaud.
J’aimais bien la façon qu’elle avait de découper le ruban en le déroulant un peu, transformée en infirmière le temps de nos aventures estivales dignes d’un fameux Club des Cinq.

J’aimais bien ça. Il y avait dans chaque pansement sur ma peau la marque inévitable de nos périples d’enfant et de nos rêves d’aventures.

J’aimais bien ça, le soir.
Parce qu’après des heures d’escapades, il fallait le calme, le silence, le repos. Le vent se levait toujours un peu et faisait chanter les bois des volets.
Ton souffle sans doute.
Dans ma petite prière au bord du lit, les doigts, souvent, presque machinalement, effleuraient le sparadrap. Puis, les mains rapprochaient leurs paumes et savaient dire mercis aux jeux d’enfants, aux cousinades endiablées, aux châteaux de sable. Et le petit sparadrap me regardait toujours d’un air attendri me rappelant qu’elle était là, murmurant tout le soin qu’elle avait pour moi, pour nous. Pansement des bobos d’un jour, petit baume des blessures, vrai rempart aux souffrances.

J’aimais bien ça. Ce petit bout de rien guérissait toutes mes écorchures.

J’aime bien ça encore.
Un p’tit pansement sur le bras. Il va bien avec Toi, quand je Te parle.
Un p’tit bout collé sur la peau, posant du doux, apaisant les bobos des jours.
Elle est là, encore avec moi. Ma p’tite prière sparadrap. 😉

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