Attente

On pourra briser le silence mais ce qu’il y aura eu de plus précieux, c’est bien ce qui n’aura pas été dit, juste avant. Peut-être quelques secondes, à peine, un infime espace d’un silence qui se tait, qui imagine, qui pense. Quel sera le meilleur mot à prononcer ? Quel sera celui qu’il ne faut surtout pas dire? Le rendez-vous a été pris il y a quelques temps déjà, noté dans un calepin, celui qu’on garde encore malgré l’agenda du téléphone. Et on attend. Il y a dans l’attente ce qui ne sera jamais plus après, même si l’après sera sûrement bien.

Au fond, je crois bien pouvoir oser dire aujourd’hui que le jour de Noël ne m’a jamais autant réjoui que de l’attendre, tout au long de décembre, Avent. Vous savez, c’est sans doute la même histoire que celle du chemin et du but. Peut-être bien que Noël, ce n’est plus un but pour moi depuis longtemps. Peut-être que seul le chemin m’importe parce que lui et lui seul ouvre quelque chose de neuf. Il y a dans l’attente les petits riens du quotidien que l’on semble mieux voir comme si notre oeil s’aiguisait. On entend mieux aussi, notre ouïe s’affine. On sent les parfums plus distinctement. Notre corps se tend vers ce qui doit être sans y être encore. L’attente n’endort jamais, au contraire, elle nous réveille.

Évidemment, j’ai sorti le carton de santons, les étoiles, quelques lumières. Ils m’attendaient. Ils ne font que ça tous ces objets serrés dans du papier de soie, des objets qui n’en sont plus vraiment pour moi, oui ils ne font que ça, m’attendre. Je suis pourtant capable de les oublier une année entière. Enfin presque. Parce que des photos, des parfums, des rires m’y feront inéluctablement revenir au fil des jours qui filent. J’ai préparé mes quatre bougies. J’ai attendu de trouver une idée. Comme si une idée ça se trouvait ! Non, en vérité, j’ai cherché. Ce qui pourrait être bien, ce qui pourrait être beau. Il y a dans cette attente tout ce qu’il faut préparer, tout ce temps qui me prépare. Au fond, peut-être l’année entière qui sait ? Ce serait assez réussi une année à attendre Noël.

Je crois que décembre vit dans cette attente. Chacun ses raisons, certains n’attendent jamais rien c’est vrai mais je m’en fiche un peu. J’en connais quelques-uns qui n’aiment pas Noël d’ailleurs. Pas pour Noël mais pour ce qu’il y avait autour dans leur enfance, ou ce qu’il n’y avait pas. Pour ce qu’il y a eu depuis, pour ce qui n’est plus. Je me rends compte que ce n’est plus très important pour moi les gens qui ne veulent pas de Noël. Jésus lui-même n’en aurait pas voulu, j’en suis presque certaine, Lui qui se faisait petit, humble et ne souhaitait absolument rien d’autre que de parler de son Père. Je ne suis pas certaine d’ailleurs d’avoir trouvé cela important un jour que Noël s’affiche en rouge et or. Il me va bien dans l’attente de ma maison, presque en secret. Et si j’aime les chants, les parfums de vin chaud sur les marchés, les lumières des vitrines, je ne suis plus vraiment dupe. L’attente est ailleurs.

C’est drôle, vous savez, j’attendais ce moment où je reprendrai l’écriture ici. Par habitude ? Par besoin ? Je n’en sais rien. J’ai lu La vie en relief de Delerm, c’est peut-être juste pour ça. L’envie d’écrire les instants, ceux un peu précieux, la joie, essayer de mettre des mots sur des émotions, écrire la vie comme je crois qu’elle est. J’attendais ce moment. A comme Attente. Un abécédaire, c’est facile! Il y a 26 jours cette année entre le premier dimanche de l’Avent et le jour de Noël, 26 lettres, ça tombe bien. En d’autres temps et lieu, certains s’y sont essayé bien sûr. Avec talent.
À mon tour ! J’aime bien jouer en écrivant ou écrire pour jouer. Une lettre chaque jour, trouver le mot, l’attendre peut-être: il est de certains mots des évidences, d’autres moins. Le laisser venir avec le jour, pour qu’il soit un peu vrai.

Vous pourrez venir partager vos mots en commentaire si vous en avez envie, cet espace est là pour ça: il n’est pas un livre mais un lieu. Plus vraiment à la mode c’est vrai mais il se partage ainsi. C’est presque mieux.

À demain. B, ce sera B, je n’ai rien compliqué, j’irai dans l’ordre de l’alphabet.

 

 

Demain, un Avent

Il est des choses immuables et dans un monde où tout, chaque jour, semble encore plus rapide, encore plus fragile, encore plus instable, qu’il y ait des choses immuables, ça me fait juste du bien. Oui, du bien.
Quatre dimanches avant Noël, une éternelle ritournelle faite d’un peu de paillettes dorées, de quelques guirlandes lumineuses et de santons tout juste réveillés après une longue année emmaillotés dans du papier de soie.
Un Avent.
Des jours qu’on laissera défiler au fil d’un calendrier. Il y en a tant aujourd’hui. Et peu m’importe que beaucoup de ces cases à ouvrir n’aient aucun rapport avec mon Avent, peu m’importe. En vérité, j’en connais beaucoup qui raconteront Noël, le sens de Noël.
Cette année, j’en ai un précieux, offert, posé juste à côté de ma crèche, qui s’ouvrira chaque jour sur un visage d’enfants ou de petites-filles, de moments partagés ensemble en famille, et je sais qu’il me parlera d’amour donc de Dieu.
J’en ai un autre qui m’offrira un bon thé chaque matin, que je garderai pour le partager avec les amis qui frapperont à ma porte.
Vous voyez, il suffit de peu pour que n’importe quel calendrier parle de Lui !
Un Avent.
Ici aussi, chaque matin, il y aura un texte à découvrir, des mots à partager. Rien de bien extraordinaire car c’est bien dans l’ordinaire de ma vie que je peux raconter Dieu.

Je ne vous en dis pas plus, je vous attends, à demain.