Comme neuf !

Il faut dire que ça fait des années que je le traîne. De longues années.
Partout. Dans mes classes, au gré de mes réunions, au fil des rencontres à droite et à gauche, ailleurs même, il me suit tout le temps, et il revient à la maison toujours chargé de tout ce qui va et même de ce qui ne va pas.
Il se fatigue, il s’épuise, il se lasse.
Il se remplit aussi du joli des heures c’est vrai.

Il faut dire que mi-juin, j’ai bien vu qu’il avait un peu de mal à rester encore debout.
Il fallait tenir pourtant.
Peut-être qu’il avait besoin de se vider.
De se reposer.
De se refaire une santé.
Peut-être qu’il avait besoin de retrouver le calme. Un peu d’essentiel en vrai.

Il a passé l’été tout tranquille.
Je l’ai laissé se reposer.
Il a vidé sa vieille carcasse de tous les trop-pleins des années. Accumulés.
Il a pris le temps de respirer.

Je l’ai retrouvé au petit matin.

Beau. Vraiment beau.

 

Le cordonnier m’a dit qu’il avait bien souffert mais que là, il était fin prêt pour de belles années encore. Il suffit de le remplir, mais pas trop…
« Faites attention à ne pas le gonfler à bloc, laissez lui de l’espace, laissez-le respirer. »
Le conseil est entendu cette fois.

Mon cartable a retrouvé l’empreinte de ma main, celle qu’il n’a jamais quittée. Fidèle.
Le repos l’a rendu doux, sa peau sent bon, il me semble qu’il a même retrouvé son appétit…au travail.
Il est fin prêt.
Comme neuf !  🙂

 

Marie est mon amie, seulement.

C’est parce que ce matin, j’ai encore entendu cette phrase.
« C’est notre maman à tous, notre petite mère du Ciel. »
C’est parce qu’à chaque fois, même si je peux la comprendre cette phrase, ce n’est jamais ce que je ressens.
Jamais.
Marie est mon amie, ce n’est pas ma maman.

Lorsque j’étais petite, elle était la maman d’un chouette Jésus et c’est lui que j’essayais de prier avec mes mots d’enfant. J’essayais parce que pour dire la vérité, je lui parlais comme à un copain des mercredis ou à un camarade de classe. Et à relire parfois les petits mots de mon enfance, je suis encore touchée par cette petite fille qui savait parler à Dieu sans ambages. Elle était sincère et vraie.
Lorsque j’étais petite, Marie était la maman d’un autre, pas la mienne. Et je me demandais souvent si c’était une chouette maman.

Lorsque je suis devenue jeune femme, elle était celle dont j’admirais la confiance et les choix. Je la priais avec des mots inquiets qui ne savaient pas quel chemin prendre souvent.
Lorsque j’étais jeune femme, Marie était la femme qui savait, et j’aimais l’écouter.

Lorsque je suis devenue maman, c’est là et seulement là qu’elle est devenue mon amie.
Une véritable amie.
Celle de la douleur de l’enfantement, celle de la joie de se donner et d’aimer. Puissamment.
Lorsque je suis devenue maman, je lui demandais de l’aide tout bas, elle répondait quand au matin, tout devenait à nouveau simple.
Lorsque je suis devenue maman, j’aimais imaginer le petit mot doux de Jésus lorsqu’il lui parlait.

Et je n’osais imaginer la souffrance d’une maman qui survit à son enfant.

Je l’ai vu plusieurs fois dans les larmes et les cris de mamans tout près de moi.
J’en ai voulu à Dieu, souvent.

Elle est restée mon amie au long des années, celle qui me regarde regarder mes enfants grandir.
Je crois qu’elle sourit. Je sais qu’elle sourit.

Oui, Marie est mon amie, seulement.