Du bout de mes doigts

Le pouce en premier.
J’ai failli le dire. Pouce !
Parce que j’avais 13 ans. 13 ans seulement. Baptisée, confirmée depuis plusieurs années déjà. Mais que sait-on de Dieu à 13 ans ?
Pourtant, ils m’ont choisie pour être marraine de leur deuxième enfant. Je suis devenue sa petite marraine au milieu d’un printemps.
Il m’appelle toujours sa petite marraine, il ne veut pas entendre parler de mon église mais il garde tout, des évangiles illustrées aux cartes postales de Lourdes en passant par mes p’tites prières. Peut-être que si Dieu existe il comprend, c’est ce qu’il me dit tout le temps. Je crois qu’il croit, en vrai, mais je ne l’embête pas avec ça. Oui, Dieu comprend qu’il est homme et qu’il a épousé un homme. Et combien son mariage était beau et à quel point il était doux d’être sa marraine, la première à ses côtés.

L’index. Il y a 11 ans.
Il fallait que je lui montre le chemin.
Parce que sa maman n’est pas baptisée, il ne l’est pas non plus. « Il choisira et toi, tu l’aideras à savoir. » Mais est-ce que je saurai bien lui parler de Dieu ?
Ils ont voulu que je sois sa marraine « en attente » pour qu’il puisse choisir vraiment.
Il m’appelle marraine Coco et il aime que je lui raconte les histoires de Jésus, les yeux rivés sur ma vieille bande dessinée toute jaunie, venue de l’enfance. « Tu sais je rentre en 6è et il y a une dame qui nous a dit aux Portes Ouvertes que je pourrai faire caté quand même ». Quand même. On va continuer à ouvrir une autre petite porte, celle de la chapelle de granit qu’il aime tant.

Le majeur et l’annulaire, tout près.
Il y a 6 ans, à six mois d’intervalles, accueillir deux petites filles en filleules. La confiance d’un frère et d’une petite soeur retrouvée. Vouloir au plus profond que ces liens-là, ceux-là, ne se brisent jamais. Comme une famille qui recommencerait en vrai. Mais que veut Dieu à la fin ? De l’amour, seulement ça, tu crois ?
Et attendre juillet à chaque fois, leurs rires aux éclats qui appellent Marraine dans tous les coins de la maison vacancière, comme s’il fallait choyer une enfance à rattraper et leur raconter Jésus et la vie et l’océan et c’est bon. Tellement.

Il me restait un doigt. Le plus petit.
Mes 50 ans ont sonné aussi. Une « vieille » marraine. Je n’y pensais même pas.
Je n’y ai jamais pensé quand elle me racontait son ventre qui s’arrondissait, ce bébé pas vraiment prévu après les deux autres petits et le difficile de la vie parfois. On s’aime vraiment toutes les deux, avec Dieu en grand tout le temps entre nous mais.
Mais on ne se connait pas tant que ça. Je me suis posée des questions.
C’est quoi se connaître ? Tu crois que Jésus a fait confiance qu’à ceux qu’il connaissait bien depuis longtemps ? Connaître, vouloir connaître, c’est simplement accepter d’aimer non ?

J’ai dit oui et il est né, une veille d’été. Hier, j’ai reçu ce cadeau donné, don de Dieu.

 

Toute cette journée je me suis demandée pourquoi tout ça, pourquoi être marraine comme ça, pourquoi moi pour chacun d’eux.
Alors j’ai pris le temps d’une toute petite prière, posée dans la fraîcheur de la maison, en regardant ma main, grande ouverte.
Peut-être bien qu’il y a du tout simple, peut-être bien que marraine est un des mots que Dieu me fait écrire le mieux, depuis tout le temps, du bout de mes doigts.