Un grain qui veille – Grain d’Avent (13)

Elle me répétait souvent « J’ai veillé au grain ».

Et elle me racontait comment elle avait épousé un homme veuf et élevé avec lui ses quatre enfants. Femme instruite, femme de tête, elle avait aussi fait tourner l’entreprise familiale, n’oubliant jamais les mots d’encouragements. Je crois qu’elle était une femme aimée.
Je l’ai rencontrée la première fois, il y a 3 ans en pèlerinage à Lourdes. C’est moi, hospitalière, qui était chargée de m’occuper d’elle et de trois autres compagnes de chambre durant le séjour. Je me souviens de mes doigts posés sur son épaule lors du sacrement des malades dans la basilique. Ce jour-là, je crois n’avoir jamais reçu autant de Dieu, par elle. Nous nous sommes bien aimées.
C’est toujours étrange comme l’on peut aimer beaucoup d’une personne en peu de temps.

 

Je l’ai revue plusieurs fois ensuite et elle me téléphonait une fois par mois environ. Elle aimait bien que je lui raconte ma vie, mon travail, ma famille. Profondément croyante, elle avait toujours une petite parole biblique au bout de ses phrases.

 

J’ai appris sa mort ce midi. Elle avait chargé son beau-fils de prévenir ses amis.
C’était mon amie.
Une amie de presque 98 ans que je connaissais depuis trois ans seulement. L’amitié se fiche bien des décomptes de notre temps.
98 ans. Je ne peux qu’être heureuse pour celle qui me disait souvent « si vous saviez ma petite comme j’attends que Dieu m’appelle, maintenant je suis vieille et prête. »

Je ne peux qu’être qu’heureuse même triste.
Elle va me manquer. Terriblement.

Mais je l’entends, déjà.
« Ne vous inquiétez pas ma petite Corine, je veille au grain. »
Petit grain de femme qui veille.

 

Jour 13. Puisse cet Avent qui se réjouit d’un Fils à venir ne pas oublier qu’Il est notre Espérance, Fils d’un avenir à attendre, avec Lui.

À demain.
Corine

Grain de poussière – Grain d’Avent (12)

Comme un grain de poussière dans un engrenage bien huilé. Pourtant, le réveil était en pleine forme et la perspective d’un jeudi presque entièrement libre fort réjouissante.
C’est en sortant de classe à la première récré – celle signant la fin de ma journée de jeudi au collège – que j’ai bien senti le bide barbouillé et les tempes qui commençaient à tambouriner.
Mais la liste de belles choses à faire et à vivre m’appelait, ça va forcément passer : il y a le tour à l’abbaye, un peu de cuisine, un peu de café à aller partager, un peu de… J’ai su dès 10 h 45 et des brouettes que la petite liste, je pouvais la remettre dans ma poche.
Comme un grain de poussière dans un engrenage bien huilé.

Et au lit.

Avec l’âge  😉 , il n’y a plus la déception ni la colère. Il peut même y avoir un merci de ne pas avoir de cours, ni d’engagements et la possibilité d’un repos qui au bout de 6 ou 7 heures me remettrait d’aplomb. Le virus sévit parmi les élèves depuis une semaine, c’est l’histoire d’une petite journée au plus et finalement, ça tombe bien que ce soit  sur mon temps de repos.
Sept heures et des brouettes plus tard. Un tout petit microbe, un grain de poussière. Sur pieds depuis une bonne heure.
Il n’y a pas eu d’abbaye, pas de cuisine, pas de café à partager mais quelques bouts de prière sur l’oreiller.
« Petit vermisseau », « pauvre mortel ».
Il y a eu aussi les pensées toutes données pour les malades, les très malades, les fatigués, les épuisés même de leur vie, ceux qui souffrent vraiment, ceux qui sont proches et ceux que je ne connais pas.
Petit grain de poussière qui m’arrête dans ma course pour prendre le temps de prier pour eux, aussi.

Jour 12. Que les p’tits imprévus de cet Avent, rhume, petits maux, fièvres de décembre – certes parfois difficiles et souvent contrariants-  nous invitent à ne pas oublier ceux pour qui les jours n’ont jamais d’imprévus heureux.

À demain.
Corine

Grains de raisin – Grain d’Avent (11)

« …et tu prends les bonheurs 
comme grains de raisin
petits bouts de petits riens… »

Mercredi.
Matin rempli à déborder au collège.
Il n’aime pas trop l’école et le latin, pas plus que ça. Sauf que jouer Néron, apprendre un texte, long, se laisser filmer pour un beau projet, ça lui redonne sourire et motivation.
Petit grain de bonheur.
Elle est d’une timidité maladive et quel effort pour présenter son exposé en classe. Réussite. Applaudissements.
Petit grain de bonheur.
Mercredi.
Après-midi à piocher des lectures.
Librairie. Bibliothèque. Des trésors à lire.
Petits grains de bonheur.
Un chocolat chaud dans un petit café.
Refaire un bout de notre monde. Et sourire au garçon que l’on connait bien et qui refait un bout du monde avec nous.
Petits grains de bonheur.
Les copies, préparer un nouveau projet de classe, les cours, se redire la chance d’aimer passionnément mon métier.
Petit grain de bonheur.
Le coup de fil du mercredi fin d’après-midi. Ma grande fille, ses élèves, sa vie, nos partages.
– Maman, je retourne en pélé à Lourdes avec toi en avril !
–  oh…! et tu veux bien être ma marraine-témoin de mon engagement ?
– Oh…! je vais pleurer c’est sûr mais oui, oui, oui !
Petits grains de bonheur.
Mercredi.
Soir de réunion d’équipe liturgique.
Chez Frédéric cette fois, on  va préparer les messes du 29 et 30 décembre.
– Noël sera passé tu te rends compte…
– Ben sûr que non, Noël c’est tous les jours !
Et filer lire et relire encore Ta Parole. Samuel, Jean, Luc. Chercher. Puiser. Comprendre.
Mettre notre foi dans le nom de son Fils
Se remplir de Ses mots.
Petits grains de bonheur.

« …et tu prends les bonheurs 
comme grains de raisin
petits bouts de petits riens… »

Jour 11. Ne pas vivre en attendant du grand, de l’extraordinaire, du surprenant. Savourer chaque heure ordinaire, chaque grain du quotidien, chaque petit bout de petits riens.
Puisse l’Avent vous donner ces petits grains de bonheur, à savourer. Simplement.

À demain.
Corine