Heureux quand ils écoutent la Parole

Je crois que c’est un de mes petits moments préférés, un de ceux qui s’abrite entre les quatre murs d’un collège de campagne, un instant joliment coincé entre les heures de cours et les récrés à se laisser bercer par un doux soleil d’automne.
C’est un moment qui ne vaut rien que la peine d’être partagé avec une presque vingtaine de gamins de 12 ans. J’aime bien le mot gamin. Il leur ressemble avec la simplicité de leur âge, leur air de ne pas en vouloir et leur franchise à oser des paroles.
C’est un de mes petits moments préférés le caté. Non pas parce que c’est du caté, ni parce que j’ai l’impression d’y être pour quelque chose de bien ou de bon, même pas parce qu’il y a Dieu tout près. C’est un de mes petits instants précieux parce que ce sont eux qui me font le mieux écouter la Parole de Dieu.

On a posé la Bible un peu comme d’habitude, avant de se quitter, allumé une bougie. Ils ont poussé les tables et les chaises.
On est mieux assis par terre pour écouter.
Ils n’ont pas dit prier. Et j’ai pensé à cet instant que c’était une drôlement jolie définition de la prière l’écoute de Dieu en nous. Je ne leur ai pas dit parce que déjà certaines ont allongé leurs jambes, d’autres se sont un peu repliés et ont fermé leurs yeux.
Cette semaine, c’est lui qui avait choisi un texte.
Il n’a pas prononcé les mots comme à la messe mais il a commencé comme ça « je vais vous lire ce que Jean, le copain de Jésus, a écrit parce que j’avais juste envie de savoir comment Jésus aimait ses amis… parce qu’on a parlé d’amitié depuis le début du caté. »
Et il a lu. Doucement. Comme si la Parole se posait au milieu de nous.

 

Ce matin, en écoutant l’évangile du jour, je l’ai revu lire, et eux tous, à l’écouter, à T’écouter. Et j’ai peut-être trouvé la vraie raison de ce petit moment préféré, un de ceux qui s’abrite entre les  quatre murs d’un collège de campagne, un instant joliment coincé entre les heures de cours et les récrés à se laisser bercer par un doux soleil d’automne.

Je crois que nous y sommes heureux.
Simplement heureux.

Demandez, Il vous aimera

« Demandez, on vous donnera. »

C’est toujours un peu étrange de relire ou d’entendre à nouveau l’évangile du jour au retour d’une journée remplie, trop dense peut-être, au soir fatigué qui se repose enfin.
Parce qu’au tôt du matin, comme au tôt de tous les matins, il y avait tant à Te demander encore.

De la patience pour cette petite qui ne comprend pas bien
Du courage pour rencontrer ces parents et régler un malentendu
Des sourires pour répondre à leurs mains levées et impatientes sans soupirer encore une fois
De la persévérance, de l’audace, de la force…

C’est toujours un peu étrange de Te demander tant quand au soir je me rends compte que j’ai reçu, beaucoup, et bien mieux que mes pauvres souhaits.

Son merci parce qu’elle ne comprenait pas bien mais qu’en vrai elle était drôlement bien là et que c’est ça qui compte non vous ne croyez pas osant la question son regard planté dans mon regard
Leurs mots les premiers qui ont osé engager un dialogue avouant leur peur sans fard et comprenant la nôtre
Mes éclats de rire de voir ma classe soupirer à son tour à mes questions posées une à une avec douceur
Je ne me suis pas sentie plus persévérante,  plus audacieuse, plus courageuse mais au bout de chaque heure j’ai trouvé un petit supplément de vie en sourires ajoutés.

C’est peut-être bien ça ce que tu donnes sans même qu’on ose le demander:
un bout de Ta volonté qui nous aime et nous pousse à aimer.

 

Chaque jour un peu mieux

« Seigneur, apprends-nous à prier… »

A chaque fois que revient cet évangile, je me demande si j’ai bien appris.
Si je sais.
Je me demande si elles valent quelque chose mes petites prières.
Oh… ce n’est pas une question de prix ou d’importance, même pas une question de qualité, non, rien de ce genre, c’est seulement savoir si ce que je dis, ce que j’écris, si ce que je crois être une prière, c’est du vrai, du sincère, du juste.
A chaque fois que revient cet évangile, je me demande si j’ai appris à parler avec mon coeur en vérité quand je parle à Dieu.

Et je me souviens alors de ça.

J’avais une dizaine d’année.
J’écrivais déjà mes p’tites prières dans un cahier.
Je n’en parlais jamais, sauf à grand-mère parfois, prétextant l’orthographe d’un mot pour lui partager à elle aussi ce que j’avais sur le coeur.
J’avais une dizaine d’année et la maîtresse, je ne sais plus pourquoi, nous avait parlé d’Anne Frank et de Kitty son amie imaginaire. Elle avait apporté le livre en classe et je l’avais dévoré en peu de jours. Bien sûr, j’avais eu toutes les explications de l’Histoire. Je m’étais insurgée contre des fantômes, contre l’absurde, contre l’horreur.
Et contre Dieu.
J’avais une dizaine d’années, j’écrivais mes p’tites prières dans mon cahier et un soir, je me suis demandée si ça n’était pas autre chose qu’écrire à un ami imaginaire.
Je me suis plantée devant eux mon cahier à la main.
– Et si écrire cher Jésus ce n’était rien d’autres qu’écrire chère Kitty, s’il n’y avait que le prénom qui changeait et si mes prières n’étaient rien d’autres que mes mots dans un journal, si ce n’était pas prier tout ça…

J’ai déchiré les pages de mon cahier une à une.

Ils ont laissé ma colère passer, comme souvent.

Assez vite, je ne sais plus trop le temps, mais assez vite, j’ai repris un cahier, mon encre bleue et mes petites prières.
Mais je crois que quelque chose avait changé.

Des années plus tard, alors que je préparais une séquence de travail sur le journal d’Anne Frank, ma grand-mère a rappelé à ma mémoire ma première lecture de ce livre et cet épisode. On a souri de ce qui était peut-être bien mon premier doute, ma première rébellion contre Dieu. Et je me souviens qu’elle a ajouté:
– c’était plutôt rassurant qu’enfin tu doutes de tes prières…
– pourquoi ?
– parce que dans prier je crois qu’il y a apprendre à prier, apprendre à l’entendre, apprendre à l’écouter, apprendre à Lui parler en vérité. Ce n’est pas Lui écrire chaque jour comme dans un journal intime, non. Prier, c’est apprendre à Lui écrire chaque jour un peu mieux.

A chaque fois que revient cet évangile, je me demande si j’ai bien appris.
Je ne sais pas.
Je sais seulement que je ne finirai jamais d’apprendre à Lui écrire chaque jour un peu mieux.

Je ne pars pas sans Toi

8 octobre.
Il reste 12 jours et comme il reste 12 jours, j’ai commencé une p’tite liste. Forcément. En vrai, même pour partir au bord de ma Bretagne, je fais des p’tites listes alors pour m’envoler vers la Terre Sainte, tu penses bien que je ne vais pas y échapper.

8 octobre, au soir.
J’ai pris mon long Rhodia noir, celui qui ne sert qu’à faire des listes ou parfois à retenir les mots jolis des livres comme un marque-page sur lequel on peut laisser des traces. Mais finalement c’est presque pareil. Il s’agit de ne pas oublier.

8 octobre, un peu tard.
J’ai pris mon long Rhodia noir et mon stylo bleu. J’ai écrit les trucs et les machins, ceux que je mets toujours dans ma valise et que je n’oublierai jamais mais je les écris quand même. J’ai cru longtemps que ça me rassurait la liste des choses parce que je ne suis pas une courageuse d’aventurière alors ça me fait des mots tout proches pour garder mon quotidien avec moi, peut-être même pour ne pas trop me perdre.
Je sais bien que si j’oublie des trucs et des machins ce n’est jamais très grave, que ça m’arrive souvent et que ce n’est jamais important les choses.
Pourtant, je continue à écrire mes listes dans mon long Rhodia.

8 octobre, il bouquinait à côté de moi.
C’est lui qui m’a demandé pourquoi, lui qui me connaît par coeur depuis 26 ans. Il a souri en ajoutant que ma valise était déjà ouverte et que je savais ce que je mettrai dedans et même il a osé un ta-liste-tu-la-connais-par-coeur.
– Alors pourquoi tu continues à écrire tes listes dans ton long Rhodia ?
– Parce que j’aime ça la liste des mots que je mets dedans.
Voilà, c’est tout, c’est même pas que ça me sert vraiment. C’est même pas que ça me rassure. Je crois que c’est juste pour ça.
Pour écrire mon quotidien parce que je l’aime vraiment bien.
Pour ne pas me perdre parce que ça peut m’arriver et que ça, je n’aime pas du tout.
Et pour ne pas L’ oublier.
Oui pour ne pas L’ oublier.
C’est un peu ridicule mais pas tant. Je peux L’ oublier facilement Dieu dans ma vie en vrai.

Alors tu sais le mot que j’écris en premier, tout en haut de ma p’tite liste c’est toujours le même.

Bible.

Je ne l’oublierai jamais ma Bible c’est pas une histoire d’objet non mais l’écrire c’est comme si je Lui disais

Je ne pars pas sans Toi.

Tu es là. Tu seras là. Même si je T’oublie parfois. Souvent même.
Tu seras là quand même.

8 octobre. Dans 12 jours, la Terre Sainte.
Là-bas, je ne sais pas ce que je vais vivre chez Toi.
Mais j’ai une certitude: je ne pars pas sans Toi.

Et de l’amour tout bête

Demain c’est son anniversaire.
18 ans.
Elle n’est plus vraiment petite ma petite Marie.
C’est drôle le temps.

C’est doux un anniversaire à fêter. C’est doux et ça fait du bien au bout d’une semaine chargée, comme une grande respiration quand on est essoufflé.
C’est prendre le temps d’ouvrir un album photo et un vieux cahier.
Il y a 18 ans, à l’heure où j’écris ce matin, ventre tiède et emplie d’elle, j’avais griffonné un p’tit bout de prière, sans Seigneur sans Amen, juste avant qu’elle ne vienne.
Un p’tit bout de prière comme une petite liste de mercis aujourd’hui.

Et si elle arrive demain, je ne veux rien d’autre pour elle que:
– du soleil pour estomper ses gris 
– des mots et des silences pour l’aider à grandir
– des cahiers d’écolière et des livres d’images
– du vent d’océan pour sécher ses larmes 
– des Noëls sucrés et des prières au bout du lit
– mes sourires pour lui répéter que la vie est jolie
– des crêpes dorées et des caramels mous
des anniversaires d’automne au jardin
– des voyages à la mer et des châteaux de sable
– des retours de boulangerie qui grignotent le croûton
des bonnets et des écharpes de laine
– des pieds qui sautent dans les flaques de pluie
sa menotte dans la mienne
– des premières fois qui ne lui feront pas trop peur
des bêtises en cachette et des éclats de rire
des histoires à lui écrire en bleu clair
– un coeur au chaud et des yeux posés à l’horizon
– Et de l’amour tout bête qui l’aime sans savoir compter.