L’odeur du soleil

Et puis il y a l’odeur du soleil.

Longtemps j’ai cru seulement le sentir sur ma peau quand il ose faire rougir le rose des joues, quand il réchauffe le nu des épaules, quand il laisse traîner les pieds dans des sandales dorées.
Longtemps j’ai pensé qu’il n’était que lumière jouant des clins d’oeil  à la vue de tous, nous obligeant  à baisser les yeux en plein jour.
Longtemps j’ai grandi en apprenant le soleil seulement avec ma peau et mes yeux. Mais non.

Le soleil a une odeur.
Je le respire
Je le sens.

Dans la maison baignée au matin déjà comme les premières heures d’un plein été. Il est le miel  trop sucré des bois cirés, l’entêtant des seringas déposés en brassée sur un coin de table, le café, le café même n’a pas le même parfum au soleil. Il a l’odeur du temps qui met du temps à passer.

Le soleil a une odeur.
Je le respire.
Je le sens.

Dans les pages d’une vieille Bible tenue ouverte dans le creux de mes genoux.
C’est drôle comme ses rayons traînent sur ces versets, ceux-là. « Et votre coeur se réjouira. » C’est drôle comme le papier jauni prend une teinte dorée. C’est drôle comme le parfum d’encens attrapé dans des autrefois d’église revient aux narines. C’est du soleil posé à pleines pages, dévorant Ta Parole, jouant sur les pleins et les déliés, c’est le soleil d’un matin de presque été qui fait respirer Tes mots comme on respire la vie à pleins poumons.

Le soleil a une odeur.
Je le respire.
Il sent bon.

Il écarte les volets en grand pour laisser enfler la lumière au creux des murs
et grossir les sourires sur nos mines d’hiver.

Le soleil a une odeur.
Il sent si bon.
Il me semble parfois qu’il fait respirer les matins d’un nouveau temps.