Premier chapitre

Chers amis lectrices et lecteurs,

Merci de vos passages ici, cela encourage Coquille à continuer de venir écrire ses p’tites histoires.  🙂

Les p’tites histoires de Coquille se présenteront toujours (sauf pendant l’Avent et le Carême 😉 ) sous une petite série de 12 textes. La première est terminée: elle vous a permis de rencontrer Coquille et vous savez maintenant qu’elle aime les mots démodés et le chocolat, les fêtes foraines et son ami Phil, écrire des prières et poser des questions, courir à perdre haleine sur le bitume et laisser le vent ébouriffer ses cheveux.

En attendant de la retrouver, vous pouvez relire ici:

I – Premières rencontres

1- La barbe à papa
2- Les vitres
3- Le cahier à spirales
4- Le rhume
5- Le mariage de Paulo
6- Une respiration
7- Les chaussures neuves
8- Lili
9- Prière -1
10- la bordure du trottoir
11- La Pentecôte
12- Suzanne

à bientôt,
Corine

Suzanne

Je regarde le monde du haut de mes 3 pommes et je l’écris au crayon.
Je m’appelle Coquille et mes aujourd’hui m’apprennent un peu la vie.

 

Hier soir, en rentrant de l’école, je suis allée voir Suzanne avec Grand-mère.
J’avais gardé mon cartable sur le dos quand elle a ouvert sa porte d’entrée et elle a souri en me disant que je lui rappelais de jolis souvenirs.
Suzanne, elle est en retraite depuis 8 ans mais auparavant, elle était institutrice. Je me souviens bien l’an dernier, à peu près à la même époque, quand elle nous avait aidé à découper des roses dans du papier crépon  pour préparer le décor de la kermesse. En même temps que nos ciseaux filaient sur les contours qu’elle avait dessinés au crayon gris, elle nous racontait la classe de ses débuts avec les craies encore, les vraies ardoises et même ses premiers mercredis qui étaient des jeudis.
J’aime beaucoup Suzanne. J’aime bien aller chez elle.
Elle prépare toujours deux madeleines et deux carrés de chocolat pour mon goûter avant de servir un petit café à grand-mère. Ensuite, elles se racontent quelques nouvelles et des tas de souvenirs d’école. J’aime bien rester là, tranquille, à les écouter. J’aime beaucoup écouter les grandes personnes quand elles disent le joli des choses et la vie comme elle est.

La vie comme elle est.

Grand-mère me la dit toujours. Peut-être parce qu’elle n’a pas envie de me mentir ou parce qu’elle sait que de toute façon je comprendrai. Alors, elle m’a expliqué sur le chemin que Suzanne laisserait peut-être ses volets fermés à cause de la lumière trop forte et du grand soleil d’aujourd’hui, qu’elle n’aurait peut-être pas préparé les madeleines, le chocolat et le café, qu’on ne resterait pas très longtemps pour ne pas la fatiguer davantage.
Elle m’a expliqué aussi ce qu’était une tumeur au cerveau, la chimiothérapie, et que personne ne savait comment on pouvait attraper cette maladie contrairement à l’angine qui m’avait clouée au lit il y a un mois. Ces questions-là n’auraient pas de réponses. Parfois j’aimerais avoir ce pouvoir sur les mots: effacer du dictionnaire tous ceux qui font du mal. Si on n’avait pas de mots pour dire le mal, peut-être qu’il n’existerait pas.
Puis, Grand-mère m’a raconté l’hier matin quand j’étais en classe. Le sacrement des malades avec les proches amis de Suzanne. Suzanne n’a pas de mari ni d’enfants. Enfin, pour les enfants, elle me dit toujours que les petits de toutes ses classes, c’était un peu comme les siens. Moi, je trouve que ça fait une sacrée belle famille. C’est étrange parce que père Jean, juste après être allé chez Suzanne, il est venu nous raconter la Pentecôte en caté. Je me suis souvenue qu’il a expliqué le Souffle de l’Esprit après la mort et la résurrection et qu’Angélique a demandé si c’était un peu comme le vent du large qui nous décoiffe.

 

Hier soir, en rentrant de l’école, je suis allée voir Suzanne avec Grand-mère. J’avais gardé mon cartable sur le dos quand elle a ouvert sa porte d’entrée et elle a souri en me disant que je lui rappelais de jolis souvenirs.
J’ai bien aimé la lumière tamisée, celle qui filtrait par les volets juste entrouverts. J’ai trouvé mes madeleines et mon chocolat. Suzanne s’est assise en face moi. Elle a le visage un peu fatigué mais ça ne la rend pas moins jolie. J’ai oublié de vous dire que Suzanne, j’ai toujours trouvé que c’était une jolie dame. Et puis son foulard bleu pâle sur sa tête donne encore plus de douceur à ses yeux bleu-gris.
Je n’avais pas très envie de manger à cause de la petite boule de tristesse coincée dans ma gorge.
Je crois que Suzanne l’a vue pendant que Grand-mère se servait son petit café.
Elle m’a demandé d’ouvrir davantage les volets. Et elle a raconté la bêtise de Jean-Paul, le premier élève qu’elle a puni de toute sa vie. J’ai ri.

On est rentrés en silence sur le chemin. Je ne sais jamais dire les mots quand mon coeur déborde. Grand-mère a dû les entendre pourtant.
– Tu sais, hier père Jean a posé la force et l’amour de Dieu au creux des mains de Suzanne.

Ce matin, j’ai écrit ma prière numéro 2. Pour demander à Dieu d’aimer Suzanne un peu plus que d’habitude. C’est parce que Grand-père me dit toujours que l’amour fait des miracles.
J’ai ouvert en grand la fenêtre de ma chambre.
Et le vent venu du large a ébouriffé tous mes cheveux comme si une grosse main amie s’amusait à caresser ma petite tête de petite fille.

 

 

La Pentecôte

Je regarde le monde du haut de mes 3 pommes et je l’écris au crayon.
Je m’appelle Coquille et j’aime bien comprendre les mots.

Dimanche, on fête la Pentecôte à la maison. Chez moi, ce n’est pas qu’une question de grand pont ensoleillé, c’est plutôt une jolie réponse je crois.

 

Quand j’étais plus petite, il me faisait un drôle d’effet ce mot. Vous allez dire que je suis bizarre mais quand j’entendais pentecôte sans aucune majuscule, je pensais aussitôt (on dit aussi illico mais parfois les mots latins, je les trouve trop amusants et ça ne fait pas très sérieux quand je parle de choses sérieuses), donc je pensais aussitôt aux balades sur ma bicyclette à suivre Grand-père qui est un fameux cycliste. Ou l’inverse, c’est lui qui me suivait pour veiller sur moi, et dans les pentes et dans les côtes. Et voilà ! Pentecôte, quand je ne savais pas ce que c’était, je trouvais que ça ressemblait à un dimanche à bicyclette à pédaler dans les monts d’Arrée, ses pentes et ses côtes ( essayez les monts d’Arrée, ensuite vous pourrez vous moquer! )
Finalement, les gens, ils sont peut-être comme moi quand je ne savais pas: ils pensent que la pentecôte en minuscules, c’est seulement une histoire de week-end à vélo.

Dimanche, on fête la Pentecôte à la maison. Parce que dans ma maison,  aimer Jésus et Dieu ou Dieu ou les deux ou même les trois…oh oui, je sais c’est un peu complexe. ( Il est démodé le mot complexe aujourd’hui, on lui préfère compliqué. C’est dommage parce que ce n’est pas la même chose. Par exemple, la Pentecôte c’est complexe mais ce n’est pas très compliqué).
Vous allez comprendre. Ce n’est en effet pas très compliqué de savoir que Dieu nous aime tellement qu’Il est venu en chair et en os tout près de nous et pas plus compliqué de se dire qu’une fois parti, Il nous aime tellement qu’Il ne nous quitte jamais. Je crois qu’un ami, ça ressemble aussi à ça: c’est toujours là. Donc, Dieu, Jésus, l’Esprit Saint, c’est complexe. Mais ce n’est pas compliqué.

 

Bref, tout ça pour vous dire que dimanche, je fête la Pentecôte et que ça va être une vraie fête. Même que s’il fait grand soleil, les pentes et les côtes en bicyclette m’attendent aussi !
Il faut vous dire encore que c’est devenu un petit rituel parce que Grand-père me rappelle  toujours en souriant que ma première définition de Pentecôte ( quand j’étais vraiment petite) est la meilleure: une randonnée avec Dieu (avec ou sans bicyclette), toujours là dans nos vies, dans les hauts comme dans les bas.