De la farine et de l’eau

12 février 2019 4 Par Corine

“Je prie dans ma cuisine.”
C’était juste, c’était beau. Dans la bouche d’une Grand-mère qui faisait valser les ronds de soleil dans sa crêpière, dans le silence d’un matin, c’était le vrai de Dieu, assis juste à côté de la cuisinière sûrement, à l’écouter chanter des psaumes.

Je prie dans ma cuisine.
Petite, les mains dans la farine, je crois que mon silence, entre le bord de l’évier et le vaisselier, parlait un peu à Dieu. J’ai oublié l’endroit jeune fille et préféré l’aventure des mots dans les livres. J’ai évité l’endroit jeune femme mais dis, à trop en faire tu pourrais oublier d’être moderne. J’ai partagé l’endroit jeune mariée parce que dis, il peut bien faire la cuisine lui aussi. J’ai retrouvé le chemin de ma cuisine jeune maman à vouloir leur faire danser des ronds de soleil dans ma crêpière. Comme elle.
Je ne l’ai plus quittée sans quitter pour autant les mots de mes livres, le moderne je m’en fiche, le partage avec le p’tit mari.

Je prie dans ma cuisine et j’aime ça.
Il suffit d’un peu de temps, d’un peu de farine et d’un peu d’eau. Le silence du matin c’est bien aussi. On peut ajouter le sucré d’un après-midi parfois. Ou même l’après-midi tout entier à épicer un dîner pour des amis.

Je prie dans ma cuisine et j’aime l’endroit pour entendre ce qu’Il peut bien me dire.
Trop, pas assez, parfait. Les ingrédients…
Laisser là la métaphore.
Ne rien dire.
Casser, battre, mélanger, étirer, fouetter, faire des verbes des temps volés au temps, des petites prières en suspens.
De la farine, de l’eau. Presque rien.
Je prie dans ma cuisine. Je L’entends, là aussi.
Il est assis sur le bord de l’évier sûrement, à m’écouter fredonner Ses mots.
Et c’est bien.

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