Petite pause (5)

22 juillet 2019 4 Par Corine

Étrange étranger

C’est étrange une grosse semaine à l’étranger. Pas si loin mais l’étranger quand même. Sept heures et des poussières de routes et voilà, c’est la perte de presque tous les repères de langue, d’habitudes, de quotidien. Il suffit de peu.

L’étrange surtout, c’est parce que je pense souvent que c’est facile de croire en Dieu. Oui, facile. Là aussi, il suffit de peu: c’est facile de le mettre au cœur de ma vie, tout le temps. Facile, ne vous méprenez pas ! … Non, pas facile dans le sens de suivre sa Parole facilement, la faire mienne, la comprendre vraiment, non,  mais c’est facile de penser à Lui, de Le lire, de Le prier, de Lui parler, de garder Ses mots au creux de ma poche comme au creux d’un cœur bref, de Lui faire une petite place dans mon quotidien. Oui, ça, pour moi, c’est facile.
Et puis, il suffit de partir une grosse semaine à l’étranger à quelques heures de la maison et tout n’est plus aussi simple.

Disparu ce joli temps de mes matins tranquilles avec Lui pour lire Sa parole.

Disparue la prière qui prenait son temps et trouvait ses mots à la fin de mes journées.

Disparue l’église ouverte toute proche pour mes pas si j’ai envie sans jamais embêter personne.

Disparue la messe.

Bien sûr oui bien sûr que je pourrai me renseigner et trouver l’heure et l’endroit exactement et y aller mais il y a ce train à prendre tous ensemble et cette visite à ne pas manquer et cette journée qu’on a pris le temps de planifier en famille et leurs rires toujours à entourer dans chacune de mes heures. Oh… ils Te font une place eux aussi, à leur manière, mais pas tout à fait comme moi. Ces derniers jours, dans l’emploi de mon temps d’ailleurs, ils étaient écrits avant Toi. Une grosse semaine à l’étranger et Tu passes un peu après eux tous. Je les aime, Tu comprends ?
Evidemment, au fond de ma poche, je garde un petit carnet pour mes mots en prières mais j’ai l’impression que ça suffit à peine. Finalement, comme le sentiment d’être partie en vacances un peu sans Toi. Plus exactement sans Toi comme d’habitude.

À moins que ce soit quelque chose d’un peu différent.
Tu es ailleurs.
Autrement.
Loin de mes habitudes qui parfois me ferment les yeux.
Loin de mon quotidien qui me rassure mais m’enferme souvent.

Tu es là, dans tous les sourires partagés, dans les regards que je pose au gré des rues et sur les visages inconnus, dans mes pas sur des chemins jamais empruntés encore, dans ce tableau niché au creux d’une visite et qui me redit tant, dans cette heure arrivée sans calcul dans une cathédrale et y attraper par hasard un bout de messe dans une langue inconnue.
Tu es là au milieu de tant de visages et de paysages que je ne connais pas.

Peut-être bien que c’est Toi, Dieu de mon quotidien, qui T’es mis en petite pause de moi cette fois.
Peut-être bien qu’ainsi je regarde mieux, vraiment.

Autrement et ailleurs.
Peut-être bien que, Toi aussi, dans cet étranger, je Te découvre.
Et c’est étrange comme je finis par l’aimer cette étrangeté.  🙂

Au détour de la maison de Rubens à Anvers, Moïse ne me montre pas ses tables de la Loi mais le visage de son épouse par dessus son épaule.  🙂

 

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