Du sel, de la lumière et un chapelet fluo

11 février 2020 4 Par Corine

Il est des textes d’évangile qu’on connaît bien.

Presque par cœur, presque trop peut-être.
Celui de dimanche dernier par exemple. À entendre les métaphores du sel et de la lumière commentées maintes et maintes fois, on garde le sens, les sens même, le goût du sel, l’éclat de lumière, on les garde oui, mais, souvent, pas beaucoup plus loin qu’un coin de son cœur coincé entre deux pages d’une Bible.

Et parfois il suffit de peu pour que la vie en vrai les éclaire. Un tout petit peu.

Il suffit d’une journée, de celles qui ne payent pas de mine, d’un ordinaire dont on ne se souviendra plus d’ici quelques temps.

Pourtant je crois que ce sont ces jours-là qui font la saveur de nos vies, leur véritable éclat aussi.
Il suffit d’un moment à croiser un témoin qui prolonge par sa manière de vivre selon les Béatitudes l’action de libération et d’enseignement de Jésus telle que les premiers disciples l’ont rapportée.

 

C’était un jour comme celui-ci, à Lourdes.

 

Il y a, à Lourdes, de ces dizaines et dizaines de boutiques qui font dire à certains en colère que les marchands du temple n’ont pas oublié d’être là, à d’autres plus moqueurs que cette piété populaire n’a pas grand chose à voir avec Dieu et qui me font dire à moi, aujourd’hui, que c’est parfois aussi le lieu de beaux instants.
C’était il y a trois ans, finalement je me souviens encore très bien de ce jour ordinaire.
Je m’occupais d’une famille venue en pèlerinage pour la première fois et surtout d’un petit Alizéo âgé de 8 ans.
Quand on est hospitalière, on ne choisit pas “ses” malades mais je crois que Dieu a mis sur sa route ce petit bonhomme et pas par hasard puisque, depuis, nous avons fait un bout de chemin ensemble. Mais ce sera une autre histoire à raconter.

Cet après-midi là, on avait décidé avec Alizéo de sortir du sanctuaire l’espace d’une petite heure pour acheter des cadeaux pour ses parents. Des cartes de Marie et Bernadette, ce qui fut fait. Et un cadeau pour lui.

Mais de cadeaux, en vérité, pour lui, il n’en voulait qu’un seul.

Dans le joli magasin où j’avais décidé de le conduire, une dame s’est posée, avec sa gentillesse et sa patience, juste à côté de lui, pour lui montrer des icônes, des lumignons, des chapelets de bois tous plus jolis les uns que les autres.
– Mais moi, j’aimerais un chapelet de toutes les couleurs.
On y était. Mais pas dans le bon endroit. Le demi-tour vers la première boutique fut vite fait pour contenter le garçon et on est repartis avec son chapelet en plastique fluo et son sourire à embrasser la terre entière.

Il ne me plaisait pas plus que ça ce chapelet de pacotille, vous l’aurez deviné, petit bonhomme qui savait si bien parler de Dieu, je lui voulais quelque chose de “vrai”  et je fus même tentée de lui en offrir un, un autre, un “bien”.

 

C’était sans compter sur le père Vianney qui passait par la chambre du petit avant le dîner.

– Vianney, si tu as un peu de temps, il y a un chapelet à bénir pour Alizéo, enfin un chapelet…

J’ai bien senti, à l’instant où je le disais, que je disais une bêtise et je n’ai plus rien dit.
J’ai simplement regardé la prière du prêtre avec des mots qui respectaient l’enfant qu’il était et que l’enfant comprenait, j’ai bien entendu le disciple laissant là tout son savoir pour se faire proche d’un petit malade, j’ai bien vu le moment de grâce éclairer le regard de cet enfant lorsqu’il a posé autour de son cou “son collier de prières” digne d’une machine à sou, en me disant:
– Le père Vianney m’a dit que Jésus était toujours avec moi, tu sais.

J’ai entendu une jolie histoire à raconter, une histoire de sel et de lumière, d’enfants venus à Lui, d’une pauvre petite Bernadette aussi. Comme ils étaient et non pas, avec ce qu’il conviendrait qu’ils soient.

 

Au départ du pèlerinage, Alizéo m’a fait un cadeau, déposant autour de mon cou un chapelet en plastique fluo.
– Maman a racheté le même pour toi, comme ça toi aussi tu auras le même Jésus que moi.

 

Et c’est étrange parce que moi qui ne prie jamais avec un chapelet, j’en garde quelques-uns, tous précieux, qui me redisent des instants au goût de sel et à l’éclat de Sa Lumière.

 

 

 

 

 

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