De nos mains (3)

28 février 2020 0 Par Corine

Peut-être parce que du jeûne qui retient mes mains de trop faire, de la prière qui les fait se rejoindre en croisant mes doigts, de l’aumône qui essaie de les ouvrir aux autres, mes mains, les mains, nos mains sont elles aussi à raconter.
De l’imposition des Cendres, croix marquée sur nos fronts par la main du prêtre, jusqu’à Ses mains clouées en croix au soir de Sa Pâque, le Carême me parle d’elles tout le temps.

Alors, je vais venir vous raconter des mains, oh… pas seulement les miennes, surtout celles autour.

 

Ces petites mains.

 

J’aurais pu rester plantée quelques minutes supplémentaires devant la porte. Je n’avais pas la clé mais Odile était là. Elle m’a ouvert d’une main, l’autre tenait le tuyau d’un gros aspirateur. J’arrivais pour les derniers préparatifs de l’éveil à la foi, elle partait vers la chapelle pour “un bon coup de nettoyage.” C’était chouette de la trouver là.

J’aime bien Odile. Elle n’habite pas très loin de la maison alors on fait aussi équipe ensemble pour les préparations de messes.

J’aime bien Odile. Elle a toujours l’air de s’excuser un peu.
– Oh tu sais… j’ai mal commencé mon Carême moi, nous sommes rentrés seulement hier soir, tard…
Mais elle était chez sa fille et ses petits-enfants à passer du temps en famille et déjà prête à faire le ménage aujourd’hui, petites mains données :  j’ai trouvé que c’était un bon début de Carême.

 

J’aurais pu rester encore quelques minutes tranquilles à attendre les amies pour les derniers préparatifs de Carême mais Bernard est passé chercher un dossier alors on s’est raconté un peu la Bretagne avant qu’il ne reparte vers l’église pour je ne sais plus quelle vérification à faire.

 

Les filles sont arrivées. On a préparé. J’aime bien ces moments. Les idées d’Annie et de Laurence croisent les miennes et ça fait toujours de jolis mélanges. On entendait parfois une porte s’ouvrir, une voix de l’autre côté. Ça ressemble à une ruche un centre pastoral, souvent. Peut-être bien qu’il y a du doux et du bon qui se fabriquent ici.

 

 

Je suis rentrée deux heures plus tard en me disant que j’avais de la chance. Rien n’est jamais idyllique ni trop parfait et à l’heure où l’Église est éclaboussée par des affaires plus sordides les unes que les autres, je suis souvent triste pour elle, pour nous. Pourtant, je n’arrive pas à être foncièrement pessimiste quand je regarde vivre ma paroisse. Elle me redonne le sourire. Elle a cette Joie de croire.
Bien sûr comme ailleurs, les énergies vieillissent, les bancs sont sans doute moins remplis, les baptêmes et mariages en chute mais il reste du beau, il reste du bon, il reste du doux. Et tant de jeunes gens, de jeunes familles, aussi.

Il reste du bon oui, fait de toutes ces petites mains qui nettoient, fleurissent, préparent, répètent, agencent, bricolent, chantent, cherchent, partagent. 
Au regard des vies autour et du monde ailleurs, ça peut passer inaperçu, ça ne paraît pas grand chose, ça semble du presque rien que de remuer nos petites mains au nom de notre Foi.

 

 

Alors, il suffit d’arriver à la maison, de voir qu’un papier dépasse de la boîte aux lettres, de pousser ses pas jusque là pour l’attraper:  le dernier numéro du journal de la paroisse juste livré par le bénévole du quartier. Au moment de remonter l’allée, croiser la voisine.
– Ah moi aussi, j’ai vu qu’il avait été déposé à l’instant.
Le sourire. Et le bonsoir.

Peut-être que ses mains vont l’ouvrir. Elle qui ne connaît pas l’Église. Du tout.
Peut-être qu’elle y lira un peu de toutes ces petites mains qui la rendent, cette église, ici, si jolie à vivre.

 

Bon vendredi  !
Le Carême, c’est aussi rendre grâce pour nos petits gestes de rien, ceux qu’on fait de nos simples mains, sans grand discours, sans beaux atours, bien loin de toute théologie. N’oublions jamais qu’Il est le Dieu de tous ces petits riens qui font l’Église, Dieu fait chair pour vivre nos vies. Comme Isaïe nous le redit au matin, Il est toujours là.


Si tu appelles, le Seigneur répondra ;

             si tu cries, il dira : « Me voici. »

 

Et 40 jours ou presque à L’aimer toujours plus. 🙂

 

 

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