Lapsus

19 juin 2020 4 Par Corine

Il y a eu ce petit instant joli en classe ce matin alors je raconte parce que j’aime bien ce joli-là.
J’ai retrouvé ce groupe de troisièmes avec leur journaux de confinement.

On n’avait pas eu très envie d’en parler dès nos premières retrouvailles, on s’était dit on verra ça, plus tard, un peu plus tard.
Le un peu plus tard c’était ce matin.

Ils avaient posé devant eux un petit carnet, un vieux cahier, quelques feuilles.
Ils n’avaient pas remis le nez dans leurs écrits commencés en mars. Je les comprends, j’ai fait comme eux. 
Il y a ce temps d’aujourd’hui qu’on a envie de faire avancer sans trop se retourner. Pourtant, je leur ai proposé de se replonger dans les premiers jours. Ils devaient y écrire leurs sentiments, leurs émotions, le pourquoi, et puis ce qu’ils faisaient. Et on en a profité pour partager les moments agréables et tout le difficile des situations vécues, différentes les unes des autres.
Ce fut le tour de F.
– Alors 17 mars…le plus agréable c’est d’être avec soi…ah madame! zut alors!… j’me suis trompée, j’ai écrit “avec” je voulais écrire c’est d’être “chez” soi.
Elle a appuyé le “chez” malgré son masque qui feutrait un peu sa voix.

– Tu es certaine, tu as bien écrit “être avec soi”, non ?
– Oui mais ça n’a pas de sens “avec soi”, c’est bien “chez”.
Et elle a pris son crayon pour rectifier. Je l’ai laissée faire bien sûr.

M. a pris la parole.
D’ailleurs c’est assez chouette ça. Ils sont en petit groupe, peu nombreux. Il n’y a pas besoin de lever la main: j’ai l’impression qu’ils s’écoutent mieux, se regardent et prennent la parole, doucement, derrière leurs masques. Il n’y a plus ces mots qui parfois volent, souvent trop vite, parfois trop hauts.
M. a pris la parole:
– Mais si ça a du sens ! Le confinement, c’était quand même plein de temps seul, seul avec soi. “Avec”… oui c’était même complètement ça !

Je les ai laissés parler un peu du pas facile d’être seul et bien davantage de ce “être seul avec soi-même”. 
C’était bien.
Joli.

F. a maintenu son “chez soi”. J’ai expliqué le lapsus, ce petit glissement des mots qui se fait, malin, sans qu’on s’en rende bien compte. Mais qui est là.

 

Ils ont grandi je trouve. Leurs 15 ans sont arrivés, pour beaucoup.

Je suis repartie du collège en repensant à leurs mots, à leurs années de collège qui s’achèvent drôlement, à leurs yeux qui sourient encore.
Le temps de la route pour les confier en p’tits bouts de prières et pour être encore un peu avec …soi.  😉

 

 

 

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