Gamins…à leur place

12 décembre 2020 2 Par Corine

Elle ressemble à des gamins assis sur les places...”

Gamins

Le mot m’a fait sourire au matin d’hier. Et la journée a filé sans y songer vraiment et surtout, sans pouvoir m’arrêter ici. Il y a des matins d’Avent où on ne peut  même pas ouvrir les petites fenêtres ! Et Dieu reste-t-il à l’extérieur ? Sur le pas de la porte sans jamais pouvoir entrer ? 

 

Les gamins, lorsque je les nomme, ce ne sont jamais les miens. Non, j’ai des enfants, mes petits ou plutôt mes grands maintenant, mais des gamins, ce n’est pas mon mot pour parler d’eux.
Les gamins, lorsque je les nomme, ce sont plutôt ces gamins, ceux qui, parmi les milliers d’élèves que j’ai déjà côtoyés dans ma vie de prof, ont laissé une petite trace, celle dont on se souvient bien.
Et depuis 30 ans, il y en a beaucoup. Vraiment. Et c’est étrange comme cette place grossit mon cœur en vieillissant de celui qui ne tenait pas debout dans sa vie et encore moins sur sa chaise de collégien à celle qui déjà lisait Baudelaire et l’écrivait presque. J’ai une vraie tendresse pour ce que sont mes élèves, du plus fragile qui reste au bord des choses à celui qui déjà prend à pleines mains la vie. Souvent, je me dis que mes classes ressemblent au reste du monde, microcosme des différences, même si elles ne sont pas toutes là, je le sais bien.

Et j’aime les gamins autant que l’humanité, avec ses gris clairs et ses gris foncés. 😉

Gamins. Le mot m’a donc fait sourire tendrement au matin d’hier. Et la journée a filé sans pouvoir m’arrêter ici.
Mais Dieu n’était pas très loin quand au retour d’une récré, le petit ange gardien désigné en secret pour ma pomme dans ma classe de 6è a laissé un mot sur le coin de mon bureau de prof. Un mot de gamin, avec la gentillesse de l’attention. J’ai souri tout au long des heures malgré la fatigue d’une période difficile. 

 

Au matin de ce matin, l’évangile me parle encore de “remettre toute chose à sa place“.
Un même billet pour un autre mot. 
“Remettre à sa place”.

La juste place des choses, des vies, des relations. Ce petit mot griffonné, quelle place lui donner ?
Souvent, on a voulu me faire la leçon là-dessus. Leçon si bien apprise par ceux qui posent des frontières au verbe aimer. Je ne retiens rien en mauvaise élève têtue que je suis. Et les gamins ? Je continue à les aimer bien plus que de simples élèves. Tout comme les gens que je croise au bord du chemin, je continue à les aimer bien plus que de simples gens que je croise au bord de mon chemin. La juste place, c’est celle d’un cœur qui aime simplement et Dieu m’a donné cette seule mesure. Ce petit mot  de gamin? Je vais le garder dans ma boîte à mots, jolis mots de ma vie, à leur juste place. 

Seigneur, que cette deuxième moitié d’Avent qui commence ne fasse pas de nous des demi-mesures d’amour. 🙂