Vieillir

1 février 2020 6 Par Corine

– Mais Jésus alors, il n’a jamais été vieux ?

 

Petite, j’ai détesté Dieu d’avoir laissé son fils mourir.
J’aimais tant Jésus que je l’aurais bien fait vieillir plus que de raison plutôt que de le ressusciter.
Il serait devenu un vieil ami aux cheveux blancs, “couronne d’honneurs”, passant par toutes les étapes de la vie et surtout celles de la vieillesse.
Ma théologie de petite fille s’accommodait bien mal d’un Dieu fait chair qui endosse nos souffrances cloué sur une croix, pour le salut de nos âmes, tout comme elle ne comprenait pas que les trop vieux Adam, Noé, Abraham ou Gédéon avaient eu, eux, le droit aux rides. Et je me souviens encore avoir murmuré “même Job, il a pu vieillir.”
Je ne savais pas très bien la mort je crois, je comprenais la souffrance, j’aimais l’idée de vieillir. Pas celle de mourir trop tôt.

Je souris parfois à la petite fille que j’étais qui osait toujours “mais Dieu il savait très bien la peine et la souffrance et la mort et puis il pouvait le faire ressusciter vieux !”
Là, personne n’essayait plus de m’expliquer laissant au temps le rôle ingrat de me convaincre.
Il le fit.

Pourtant, revient au cœur depuis quelques petites années cette question d’enfant.

– Mais Jésus alors, il n’a jamais été vieux ?

Vieillir.
Le verbe n’a sans doute pas tout à fait le même sens pour chacun d’entre nous.
Je me rends compte qu’il est entré dans mon vocabulaire depuis peu. Il y a trois ou quatre ans peut-être, avec la cinquantaine. J’aurais bien aimé que Jésus soit là avec ses 50 ans, ça m’aurait aidée à comprendre pourquoi on admire les belles vieilles personnes une fois devenues vieilles mais pas les belles personnes qui vieillissent. Ou pourquoi à 20 ou 30 ans, on peut rêver tout haut et plus après. Ou pourquoi on habille les gens de présupposés sur ce qu’ils sont ou pensent dès qu’ils ne sont plus assez jeunes. Et puis, il aurait pu m’expliquer pourquoi l’idée de la mort se fait parfois plus vive aujourd’hui. Plus réelle.

Vieillir.
Je me rends compte que j’aime bien ça finalement. Sincèrement.
J’apprivoise doucement mon corps qui se fait parfois plus lent, plus fatigué.
Je n’aime pas trop les gris encore mais je regarde mes petites rides avec bienveillance.
Je connais bien mes pas, mes gestes, mes manières et je me surprends moins, c’est bon de s’aimer mieux.
Je savoure le temps retrouvé depuis que les enfants ont quitté la maison, toujours présents, tellement présents, mais leurs propres ailes font que l’espace de mes lectures et de mon écriture s’agrandit chaque jour un peu plus. Et c’est doux, après des années à les faire grandir de les voir grands.

Vieillir.
Je me souviens d’Angèle à Lourdes, l’année d’avant sa mort.
– 96 ans ma petite, Dieu exagère, non ? Il sait pourtant combien je L’attends. Mais j’ai tellement de chance de ne rien regretter. Vieillir donne le temps de se préparer.

– Mais Jésus alors, il n’a jamais été vieux ?

Je ne crois pas que je poserai encore cette question aujourd’hui. Je sais que l’ami qu’il est n’a pas d’âge. Ou seulement celui d’aimer.
Je vais souffler mes bougies ce soir.
Un anniversaire encore qui me redit les mots d’Angèle.

Vieillir me donne le temps d’aimer.

 

 

Please follow and like us:
error0