Des petits mots

19 décembre 2020 10 Par Corine

Non, mes petits mots d’évangile ne m’ont pas quittée et ils me font aller bien.  😉

 

Mardi, volonté
Le café brûle un peu ce matin. Mes mains se figent autour de la tasse. Quatre jours encore et la chance de deux  semaines de vacances. Encore quatre jours à tenir avec le gel hydroalcoolique qui accompagne nos bonjours du matin, les désinfections des tables après chaque heure, les masques toujours et nos yeux qu’il faut faire sourire. Le café brûle un peu ce matin. C’est étrange comme parfois les choses habituelles prennent un drôle de goût. Deux cas positifs parmi mes collégiens de 3ème jusque là épargnés. Un de plus et notre projet de “poèmes au-delà de nos masques” tombe à l’eau. Le collègue a dit on croise les doigts, j’ai souri en Te priant hier soir, Seigneur croise les doigts avec nous. Le café brûle un peu ce matin. Il y a bien plus grave que des poèmes qui tombent à l’eau et je pense très fort à l’amie qui a perdu sa maman. C’est étrange comme la vie nous rappelle l’essentiel souvent.

Mercredi, maladies.
Le café s’attarde un peu ce matin. Mes mains traînent en miettes sur la table. Trois jours encore et la chance de deux semaines à revoir tous mes enfants enfin. Encore trois jours à tenir sans la collègue épuisée qui s’est arrêtée mais avec celle qui revient d’une longue maladie. On se réjouit de la revoir, trois jours à se rappeler qu’elle nous a terriblement manqué. Le café s’attarde un peu ce matin. On s’inquiète les uns des autres et nos récrés sentent bon les chocolats, les clémentines et les blagues qui tiennent le coup. Le café s’attarde un peu ce matin. Il y a bien plus qu’un travail de simple prof dans ce collège. Il y a nos vies partagées tout le temps. C’est étrange comme la vie nous rappelle l’essentiel souvent.

Jeudi, générations.
Le café a un drôle de goût amer ce matin. Troisième élève positif, la classe a fermé hier midi. Il n’y aura pas de poèmes au-delà de nos masques, madame bonnes vacances !… janvier sera forcément meilleur. Un autre cas dans une autre classe. Deux jours à tenir. Le café a un drôle de goût amer ce matin. On avait obtenu le droit d’apporter nos lettres de Noël à l’Ephad, juste quatre élèves, on laisserait les lettres en quarantaine, trois mètres de distance, les masques, le temps que leurs quatre voix leur lisent un message à voix feutrée sous les masques. Tout est annulé. Marie-France viendra chercher les enveloppes, elle gardera les lettres en quarantaine, une rue nous séparera encore et nos bâtiments garderont les distances, elle lira leur message. Madame… nos fenêtres donnent sur les leurs, on peut leur faire coucou!  Signes de petites mains de 12 ans à de vieilles mains octogénaires. C’est étrange comme nos mains tendues nous rappellent l’essentiel souvent.

Vendredi, ne crains pas.
Le café se dépêche un peu ce matin. Dernier jour et seulement une classe et demie absente. Il n’y a pas eu de poèmes au-delà de nos masques mais les contes des 6è, des mains tendues au-delà d’une rue, des sourires et puis, ce quotidien qui ne cesse de redire la vie comme d’habitude avec un mot sur le carnet, une retenue, un rendez-vous de parents de dernière minute. Le café se dépêche un peu ce matin. Ils n’ont pas changé, n’aie pas peur…a murmuré le collègue . Elle, elle a retrouvé ses repères en revenant au collège. Elle est rassurée après un si long arrêt. Elle va bien. Le café se dépêche un peu ce matin. Mes enfants arrivent ce soir. Tout est prêt pour qu’ils soient bien. Je vais laisser le collège pour soigner les miens, allumer ma dernière bougie, faire avancer doucement Marie et Joseph sur leur chemin. La petite étable n’est plus très loin. J’entends la voix de Joseph au matin. Ne crains rien Marie, je suis là. 
La sonnerie de 17h05 a retenti. Il fait un peu froid mais, sous le préau d’un collège désormais fermé, le vin chaud réchauffe doucement. On s’écarte les uns des autres mais on est ensemble. Prends bien soin de toi, c’est notre petit mot d’amitié. N’aie pas peur, on se revoit en janvier, c’est notre petit mot d’au revoir.

Samedi, enfants.
Le café sent bon ce matin. La maison dort encore. J’ai allumé les petites guirlandes. Ils seront heureux au réveil.
Je crois que je ne l’avais pas bien vu jusque là.
Je crois que le quotidien masqué me cachait un peu son visage.
Je crois que je n’osais peut-être pas vraiment le regarder en face.

Mais si. Il est là, il est bien là, ce Noël. Il l’était dans nos heures collégiennes déjà. Il l’est dans nos églises à préparer. Il le sera dans nos regards à poser, dans nos lettres à déposer, dans nos messages à dire. Il est là, au milieu de tous nos temps.

Que ces derniers jours d’Avent nous redisent tous nos petits essentiels Seigneur.

Belle route mes amis, je vais poursuivre la mienne loin d’ici, passez de belle fêtes autour de Sa crèche. Et puis, regardez-Le Ce Petit, écoutez tous Ses Mots glissés dans nos balbutiements, Sa Parole qui nous redit d’aimer, encore et toujours.

Corine