Et c’est l’automne

22 septembre 2021 6 Par Corine

Et c’est l’automne. 
Je pourrais vous dire que je ne vois pas le temps passer entre la rentrée, le collège, les élèves, les masques encore, les cours, le retour des formations, la famille, mes grands enfants, nos parents vieillissants, la paroisse, notre nouveau curé, nos nouveaux projets, les amis, la natation, la marche à pied, la cuisine, les tout ce qu’on fait et qu’on ne dit pas. Je pourrais ajouter le monde, le souci de l’entendre souffrir sans pouvoir rien y changer, les échos sur des réseaux qui souvent m’échappent. Je pourrais vous faire entendre encore les rires sur la cour, les retrouvailles de caté, les phrases trésors de mes classes, les éclats de soleil qui réveillent les murs, la vigne vierge qui rougit en silence, le chat qui ronronne, les feux qu’on aimerait déjà faire crépiter dans le cocon de l’hiver, le froid sifflant qu’on ne souhaite jamais pour personne. Je pourrais dire je n’ai pas eu le temps de venir écrire ici et raconter les clins Dieu. Que c’est déjà l’automne.

Mais non. J’ai le temps. Je l’attrape même à pleines mains quand je saisis tous les instants de ma vie. Je le prends, je le remplis, je le garde. Il peut bien fuir, peu m’importe. Mes cheveux gris, les petits plis au coin de mes yeux, les jambes plus fatiguées certains soirs, les yeux qui piquent de ne pouvoir lire plus longtemps me redisent qu’il est bien là ce temps. Et que je l’ai. Et que je l’aime, pleinement. C’est vrai qu’il semble ne plus s’arrêter depuis que le long été a rangé ses quartiers mais c’est bien cela qui le rend visible. Le temps est là, empli d’audace. Il est bien là, tant qu’il ne s’arrête pas. 
Et chaque matin, dans les mots de ma petite prière, il y a ce merci pour le temps qui chaque jour m’est donné et s’ajoute à mes heures. Au soir, des regrets parfois de ne pas l’avoir assez pris, la joie souvent d’en avoir récolté des bribes.
Et c’est déjà l’automne.