Petits

11 mars 2019 4 Par Corine

On dit souvent la Parole de Dieu “vivante”. J’aime assez la dire “présente”. Non pas seulement parce qu’au matin, la Bible ouverte dessine le jour au bord de ma tasse de café…  😉 mais surtout parce qu’au long des jours, Elle est. De ce Verbe qui l’écrit à l’intérieur de nos vies.
Bonne deuxième semaine de Carême.  🙂

“Amen, je vous le dis :
chaque fois que vous l’avez fait
à l’un de ces plus petits de mes frères,
c’est à moi que vous l’avez fait.”
Mat. 25, 40

J’ai cru tout savoir de cet évangile. Pendant très longtemps.
Regarder comment les autres faisaient autour de moi avec les plus petits: avec ceux qui semblaient à part, avec les exclus, avec les un peu à côté, avec les fatigués, avec les malades, avec ceux qui n’avaient pas la parole, avec les enfants aussi. J’ai vu tant et tant d’hommes et de femmes qui donnaient, aidaient, soulageaient, encourageaient, aimaient les plus fragiles, portés par l’amour des hommes et par celui de Dieu.
Alors j’ai essayé de faire comme eux parce que cela me semblait bon et juste.
J’essaie, encore, portée par l’amour des hommes et par celui de Dieu.

 

J’ai cru tout savoir de cet évangile. Longtemps.
Jusqu’à ce matin-là, à Lourdes.
Un temps fort de l’Église catholique, il y a 6 ans bientôt. Je me souviens qu’il y avait eu un bel élan dans ma paroisse, dans d’autres aussi, des sourires pour un rassemblement au nom qui faisait rire, Diaconia. J’avais entendu aussi des critiques “ça ne changera rien, ce grand étalage”; j’avais lu des “mais on le sait tout ça, ça sert à quoi ?”. En y repensant, c’était quand même le joyeux qui prenait le pas, on ne parlait pas alors de scandales dans mon Église.
Diaconia. Il s’agissait d’un temps fort initié deux ans auparavant pour faire entendre la Parole des plus pauvres. C’est étrange comme à l’écrire aujourd’hui cela paraît un peu loin.
Servir la fraternité, on partait trois jours à Lourdes pour écouter, dire et partager.
Je me souviens que je n’avais pas trop souri au mot difficile à prononcer, ni à l’idée. Je la trouvais trop belle pour m’en moquer, ou jouer de cet humour qui attire les “like”. Oui, l’aventure de ces partages allait en être une, et belle, j’en étais persuadée.
J’étais partie avec quelques amis de la paroisse puis lors du voyage, nous avions constitué des petites fraternités avec d’autres paroisses de notre diocèse. Belles rencontres encore présentes dans nos vies.
Lourdes, ce fut trois jours de paroles précieuses, vivantes, présentes, des visages et des paroles femmes et d’hommes extra-ordinaires, des partages de Foi et d’expériences qui me nourrissent encore aujourd’hui, je crois.

 

Je croyais tout savoir de cet évangile jusqu’à ce matin du troisième jour où levée très tôt avec une amie, nous étions allées à la grotte avant que la journée ne commence. Il y a toujours, dans chaque tôt du matin à Lourdes, la grâce d’une prière à peine murmurée qui emplit jusqu’à la nuit.
L’amie était très fatiguée, elle avait très mal dormi et au matin, la mine défaite d’une tête toujours embrumée de migraine l’empêchait de sourire. Arrivées à la grotte, nous nous sommes retrouvées tout près d’un groupe venu de Bordeaux si je me souviens bien, un groupe “Foi et Lumière”. Les adultes handicapés qui en faisaient partie nous avaient appris la veille à prier en posant nos mains sur notre visage. Le moment avait été fort. Et beau. Un des animateurs nous a salués d’un sourire.
Je ne sais pas si la jeune femme qui s’est approchée de mon amie nous avait reconnues mais ce qui est certain, c’est qu’ elle a vu tout de suite que l’amie n’était pas très en forme. Elle s’est assise à côté de nous pendant que nous priions et doucement, elle nous a demandé, avec des gestes que j’ai compris, si elle pouvait s’agenouiller devant nous et nous faire “la prière des mains” sur nos visages.

.

Nous avons dit oui.

 

Les larmes à nos yeux ont simplement dit la joie d’être aimées.

 

Nous sommes reparties vers notre journée. L’amie avait toujours la tête embrumée de migraine mais elle souriait, comme apaisée.
Je me souviens qu’ensuite, au long de cette dernière matinée, nous avons été séparées dans des conférences et des prières différentes et au midi, lorsque je l’ai retrouvée, elle avait “une pêche d’enfer”. Elle souriait à me le répéter et ses mots redevenus bavards racontaient: “Ce sont ses mains, fragiles pourtant, déformées même par sa maladie, ce sont ses mains  qui m’ont redonné le sourire. Guérie !”

 

Nous nous racontons souvent ce souvenir encore toutes les deux.
Je crois qu’avant ce jour-là, je n’avais pas bien compris le vrai sens de cet évangile.
Nous pouvons tous être “petits”. Nous pouvons tous nous faire du bien les uns aux autres.

 

En ce temps de Carême, j’y pense à nouveau ce matin, la Bible au bord de ma tasse de café, avant que le jour ne recommence.
Paroles présentes, là, vraiment.
Osons nous regarder, “petits”.
Osons aimer et nous laisser aimer, avec toutes nos fragilités.

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