Réveil

“Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit.”
Mat 1, 24

Il arrive qu’on me demande mes mots préférés de Jésus, la Parole de Dieu qui me parle le plus.
Souvent, je me rends compte qu’on en oublie les gestes.
Et même si j’aime les mots, tellement, ce sont les gestes de Jésus qui me touchent le plus. Il y a bien sûr ses mains posées sur les plus fragiles, celles qui partagent le pain, celle qui écrit dans le sable.

Mais il y a aussi, peut-être même en premier, ce mouvement de Joseph.
Ce sursaut, ce réveil.
Son « fiat » qui se révèle dans la décision de prendre chez lui, et en dépit de tout, Marie. La volonté de Joseph saisie par Dieu.

 

Tu sais Jo, souvent j’ai demandé dans mes petites prières de rien du tout de te ressembler un peu. Un tout petit peu. 🙂
De me réveiller et de faire selon Sa parole. D’avoir confiance. Pleinement.
Mais c’est un truc plus que balèze.
Pourtant je crois que c’est bien là qu’est la clé.

Je lis un peu partout que mon Église part à vau-l’eau avec tous ses scandales, que la confiance est perdue ou du moins qu’elle mettra des années à revenir. Peut-être. Et j’en parle souvent ici pendant ce Carême parce que cela me touche profondément.

Ce que j’entends aujourd’hui autour de moi, c’est qu’au-delà des scandales, la parole se libère aussi sur ce qui, dans l’église, a touché des pratiquants ou non, à un moment de leur vie. Des souvenirs heureux de partages, de gestes qui aident, de paroles qui réconfortent et juste à côté, d’autres souvenirs, rudes ceux-là, de paroles absentes, de regards fuyants, de mépris. Et ces souvenirs-là, parce que liés à une église qu’ils croyaient aimante, font mal et souvent blessent à jamais.

Alors oui, il y a des gestes pour aimer, il y a des gestes à continuer, il y a des gestes à oser davantage.

Le bras qui soutient l’ami fatigué parce que ce maudit cancer le bouffe un peu plus chaque jour.
La main qui sert un café chaud parce que le printemps c’est dans trois jours mais que ça ne change absolument rien dans les rues.
Les doigts qui pointent vers du joli à regarder parce que t’as intérêt à lever la tête de ton nombril pour aimer un peu, un peu mieux.

Il y a des gestes à continuer.

Dans nos vies de croyants. Parce que c’est là que Dieu nous attend.
Et l’élève à encourager, et le collègue à écouter, et celui qui me casse les pieds à comprendre aussi, et les parents des communiants à accueillir même surtout s’ils ne mettent pas les pieds à l’église, et nos enfants à accompagner toujours, et nos couples à préserver d’un monde qui file souvent à l’envers et.
Et la liste ne s’arrête jamais parce qu’aimer comme Lui, c’est une volonté de chaque instant.

Comme ce mouvement de Joseph.
Ce sursaut, ce réveil.

On aura beau chercher des solutions, inscrire des changements, faire tous les discours de la terre – même si tout cela me semble nécessaire aujourd’hui et sera bénéfique j’en suis intimement convaincue – notre Église ici-bas, elle est d’abord faite de nos gestes d’amour, de nos gestes de fraternité, de nos gestes vers l’autre.

Jour 12. Que ce Carême nous rappelle que notre chemin de conversion c’est d’abord se mettre à l’écoute de ce qu’Il nous dit.
Se réveiller, peut-être simplement pour mieux L’entendre.
Se réveiller, peut-être pour oser aimer comme Lui, vraiment.

                                               Songe de Joseph, Arcabas

 

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L’autre chemin

“Pardonnez et vous serez pardonnés.”
Luc 6, 37

 

Jésus se penche

Le dos courbé d’amour

Sur la poussière de nos pas, il dessine l’autre chemin.

 

 

Ce Carême ressemble à une randonnée. Le premier quart du chemin est fait, il y a la joie d’avancer, la joie de regarder par-dessus l’épaule ce bout de chemin déjà parcouru et de se dire c’est bien parti, continuons. Prier, être avec Lui et au milieu des autres, avec les autres surtout.
Mais déjà, les premiers signes montrent que la route sera longue, peut-être trop longue.
Et les premiers doutes.
Suis-je capable de ce chemin  ? 

Parce que le pardon est si difficile.
À oser.
À demander.
À donner.
À attendre.
À recevoir même parfois.

 

Que ce Carême nous donne l’audace de suivre cet autre chemin, chemin d’amour et de miséricorde, qu’Il dessine pour nos vies. 🙂

 

 

 

 

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Heureux…!

Heureux ceux qui marchent
suivant la loi du Seigneur !
Psaume 118,1

Et il y a ces jours où l’on part sur la route un verset au cœur et où l’on revient avec un autre… 😉

Entre les deux, un moment un peu hors du temps, un peu cocon comme “sur la montagne”, là où l’on aimerait bien rester plus longtemps même si l’idée d’y planter une tente me fait toujours sourire.
Entre les deux, les retrouvailles avec tous les amis hospitaliers, la rencontre de l’équipe qui pendant une petite semaine sera la mienne auprès des malades, des vieilles personnes ou des plus fragiles, les nouvelles responsabilités à apprivoiser.
Entre les deux, les sourires de plusieurs générations de prêtres qui ont accompagné plusieurs moments importants de ma vie: Marcel, Roger, Vianney ou Stéphane, les souvenirs de Clins Dieu, les promesses de nouveaux partages.
Entre les deux, les nouvelles des pèlerins, ceux avec qui, les uns et les autres, on garde des liens tout au long de l’année. Et toutes nos petites prières blotties au creux de nos vies un instant partagées.

Et puis il y a ce p’tit truc qui ne me quitte pas.

La certitude que mon cœur grossit à chaque fois que je m’approche du mot service d’une manière ou d’une autre, la certitude d’aimer mon Église – et diocésaine sans doute un peu plus- bien au-delà de ses scandales, la certitude qu’aimer souvent à la manière de Marthe n’oublie jamais mes p’tites prières et même, je crois, les remplit un peu plus d’essentiel.

Il arrive que notre pèlerinage à Lourdes se situe pendant le Carême. C’est le cas cette année,  une semaine avant la Semaine Sainte, nous y serons. Et ça risque bien de lui donner un goût encore plus particulier avec au cœur une immense joie : mon engagement au sein de l’Hospitalité.
Et pour reprendre les paroles du père Roger en me quittant ce soir: “le temps des fiançailles a assez duré, maintenant tu vas pouvoir épouser notre belle Hospitalité”.
Oh je parle un peu de moi, trop sans doute ce soir,  mais le cœur est vraiment rempli de joie à cette idée, joie à venir raconter je pense. 😉

Alors que ce Carême ne soit pas seulement celui empreint du rude des temps de notre Église, qu’il soit aussi le chemin de nos joies, petites ou grandes, à partager.
Bon deuxième dimanche !

 

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Laisse ta colère…

Laisse ta colère, calme ta fièvre, ne t’indigne pas : il n’en viendrait que du mal;
les méchants seront déracinés, mais qui espère le Seigneur possédera la terre.
Psaume 36, versets 8 et 9

C’est Marine qui m’a donné l’idée. En ce début de Carême, comme un calendrier pour filer ses 40 jours. Et son idée était belle : écrire les 40 versets du Psaume 36 pour en relire un chaque jour.


Alors depuis 9 jours, il y a le café, la Bible, l’évangile du jour comme un phare et… le psaume 36.
Ça fait beaucoup me direz-vous. Peut-être, mais il y a dans mon Carême cette année une envie plus vive encore de retrouver la Source dans une Église qui se perd et se cherche.
Ça fait beaucoup me direz-vous et je vous avoue que ce matin, je n’ai rien trouvé à écrire ici. Peu de temps à nouveau et c’était peut-être trop.

La journée a filé, dense comme un vendredi, et je n’ai plus pensé à ici. Tant pis.

Et puis, ce soir, il y a eu le caté avec mes 5è parce que ce vendredi, je les retrouvais en fin d’après-midi. Avec deux invités supplémentaires au groupe parce que c’est Carême, vous vous souvenez ?  😉

Ils étaient énervés, il y avait un peu de colère, je ne savais pas pourquoi.
Je n’aime pas vraiment les “récupérer” dans cet état mais ça arrive, parfois.
J’ai pris le temps de les écouter avant de commencer sans trouver de vraies réponses à leur plainte qui ne concernait pas le caté.
J’ai senti que la séance que j’avais préparée ne tiendrait pas la route, qu’ils n’étaient pas prêts à parler Pardon aujourd’hui alors, comme je sais le faire avec l’habitude – ça a du bon de vieillir parfois -, j’ai changé le déroulement sans leur dire. On a partagé notre goûter, parlé Carême mais le calme était absent, difficile de capter leur attention prise dans des filets compliqués. Comme disparue dans les tracas de leurs 12 ans.

Je ne sais trop comment j’ai eu l’idée mais je leur ai parlé de mon calendrier de Carême, enfin le “calendrier de Marine” et je leur ai proposé comme activité du jour. J’ai toujours sous la main ma boîte à bricoler, il n’était donc pas difficile de trouver des couleurs, des papiers, des petits pots. Ma musique aussi, des vieux airs rapportés d’Israël, et mes photos du désert.

Le calme est revenu.

À chaque verset écrit, ils m’ont demandé une explication, l’un puis l’autre. Je leur ai parlé des Psaumes.
Puis, plus rien.
Leur écriture est devenue prière, appliquée, presque silencieuse.

Je les ai trouvé beaux et j’ai murmuré un petit merci.

Au moment de se quitter, en rangeant leurs versets dans leur pot, M. a dit:
“Dites-donc, le verset 8 d’hier, c’était vraiment ça, notre colère jusqu’à aujourd’hui même…mais là maintenant, on dirait bien qu’on arrive au verset 9.”
Il y a eu un “oh oui général”, et même un “c’est presque magique Madame!”

J’ai souri parce que la sonnerie a retenti, qu’ils étaient déjà en week-end et qu’ils souriaient aussi, enfin.
Ils sont sortis dans le brouhaha de leurs rires, leur petit pot à la main et un bon week-end madame en guise d’au-revoir !
Comme si leur colère n’avait jamais existé. Disparue.
La joie était là.

Ma promesse de Carême: un jour, je leur dirai que nulle magie dans tout ça mais la Parole de Dieu…comme un phare.  😉

 

 

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L’exigence

“Lave-moi tout entier de ma faute,
purifie moi de mon offense.”
Psaume 50, 4

C’est étrange de lire ce verset au tôt du matin.
J’ai très peu de temps. Vraiment très peu car ma journée part un peu loin aujourd’hui.
Il faudrait sans doute l’écrire mieux ou davantage mais je n’ai le temps que de l’écrire ainsi.

C’est étrange de lire ce verset au tôt de ce matin.
Il y a deux jours, j’ai lu un joli texte dans le journal La Croix, le témoignage d’une femme, très touchant, qui disait merci aux prêtres bienveillants croisés au long de sa vie, dans les joies et dans les épreuves aussi.
Lire ce texte au moment où l’Église catholique se retrouve face à de très graves scandales, cela pourrait paraître décalé. Pourtant, c’est un texte vrai qui m’a fait du bien parce que dans nos paroisses, dans nos maisons, dans nos vies de croyants, nous côtoyons des prêtres qui n’ont rien de scandaleux. Comme le dit l’article, cela n’enlève pas la gravité des fautes et des abus de quelques-uns. Mais cela remet à sa juste place tous ceux qui nous entourent depuis toujours, portés par l’Amour de Dieu, par une Bonne Nouvelle à annoncer, par la charité à déployer au quotidien.

Je crois que j’aurais aimé ajouter à la liste de cette femme bon nombre de  prêtres rencontrés depuis l’enfance jusqu’à aujourd’hui.
J’aurais surtout aimé ajouté les mots du père Denis, décédé il y a quelques années déjà, qui, lorsque j’étais petite fille, venait nous parler de Dieu à l’école après avoir couru des villages pour aider les uns et les autres. Il n’avait pas pignon sur rue ce curé de campagne mais il était de toutes les vies qui avaient besoin d’aide, de réconfort, de prières.

Je me souviens très bien lorsque le père Denis nous expliquait la messe, enfin, surtout ce que lui, il y faisait. Nous étions très jeunes et cela paraissait souvent mystérieux. Mais si le père Denis ne refusait pas les Mystères, il ne voulait surtout pas en faire ni sur son état, ni sur ce qu’il faisait et il nous expliquait tout, absolument tout, avec des mots simples.
Je crois qu’il refusait surtout de passer pour un “héros de l’autel” et comme il aimait à le rappeler: “je ne suis qu’un petit serviteur”.
Mais il ne manquait pas de nous redire que nul homme n’est parfait et que c’était la raison de sa petite prière, dite tout bas, juste avant de consacrer le pain et le vin.

“Lave-moi tout entier de ma faute,
purifie moi de mon offense.”
Psaume 50, 4

Puis, il ajoutait encore autre chose (que Grand-mère reprenait souvent à son compte d’ailleurs ) et dont je me souviens plus vivement aujourd’hui.
“Que Dieu nous pardonne, oui…mais chenapans que nous sommes (il disait chenapans pour pécheurs et on comprenait très bien que c’était une affaire sérieuse), ce n’est surtout pas la bonne excuse pour faire n’importe quoi. Il ne s’agit pas d’aller faire nos bêtises tranquilles sous prétexte que le bon Dieu nous pardonnera, vous m’entendez ?”

Ça ne rendait pas les choses plus faciles, non. Et les bêtises, on continuait à en faire mais.
Mais savoir le Pardon possible de Dieu, peut-être bien que c’est ce qui pouvait nous rendre jour après jour un peu plus exigeant, le mot est difficile à trouver, mais oui, exigeant, un peu meilleur peut-être. Peut-être. C’est un peu difficile à expliquer oui, mais c’est exactement comme lorsque l’on tient beaucoup à quelqu’un et qu’on le sait là à nous regarder: on essaie de ne pas lui faire de peine. On n’y parvient pas toujours et on sait bien nous détourner de son regard mais sans doute qu’on essaie un peu, peut-être un peu plus.
Et on tenait à Dieu.
Pour le père Denis, c’était certain.
Un grand livre est resté ouvert des mois après sa mort au presbytère pour venir y écrire tous les mercis. Jamais, je n’en ai lu autant.

Et je mesure à chaque Pardon reçu mes tout petits pas mais aussi cette exigence. Oh… ne vous y trompez pas, elle n’est pas moralisatrice, non. Elle n’est pas miraculeuse non plus. Mais elle nous invite à nous regarder sans fards: cette exigence pour aimer, pour vouloir aimer en vérité, simplement. Selon sa volonté.

Dans ce Carême, continuons à avancer, à petits pas pour essayer d’aimer, en vérité. Elle a aussi besoin de tous nos petits pas notre Église.

 

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Par cœur

” Vous donc, priez ainsi :
Notre Père, qui es aux cieux,
que ton nom soit sanctifié,
que ton règne vienne,
que ta volonté soit faite
sur la terre comme au ciel.
Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour.
Remets-nous nos dettes,
comme nous-mêmes nous remettons leurs dettes
à nos débiteurs.
Et ne nous laisse pas entrer en tentation,
mais délivre-nous du Mal.”

Mat. 6, 9-13

 

Petite prière
Par cœur
qui vient à mes lèvres
quand je ne sais plus parler
qui s’écrit sur mes heures
quand je n’ai plus les mots

qui adoucit mes peines
qui dit mes joies
qui m’aime

Ma petite prière de secours

 

Que notre Carême murmure nos petites prières…  🙂

 

 

 

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Petits

On dit souvent la Parole de Dieu “vivante”. J’aime assez la dire “présente”. Non pas seulement parce qu’au matin, la Bible ouverte dessine le jour au bord de ma tasse de café…  😉 mais surtout parce qu’au long des jours, Elle est. De ce Verbe qui l’écrit à l’intérieur de nos vies.
Bonne deuxième semaine de Carême.  🙂

“Amen, je vous le dis :
chaque fois que vous l’avez fait
à l’un de ces plus petits de mes frères,
c’est à moi que vous l’avez fait.”
Mat. 25, 40

J’ai cru tout savoir de cet évangile. Pendant très longtemps.
Regarder comment les autres faisaient autour de moi avec les plus petits: avec ceux qui semblaient à part, avec les exclus, avec les un peu à côté, avec les fatigués, avec les malades, avec ceux qui n’avaient pas la parole, avec les enfants aussi. J’ai vu tant et tant d’hommes et de femmes qui donnaient, aidaient, soulageaient, encourageaient, aimaient les plus fragiles, portés par l’amour des hommes et par celui de Dieu.
Alors j’ai essayé de faire comme eux parce que cela me semblait bon et juste.
J’essaie, encore, portée par l’amour des hommes et par celui de Dieu.

 

J’ai cru tout savoir de cet évangile. Longtemps.
Jusqu’à ce matin-là, à Lourdes.
Un temps fort de l’Église catholique, il y a 6 ans bientôt. Je me souviens qu’il y avait eu un bel élan dans ma paroisse, dans d’autres aussi, des sourires pour un rassemblement au nom qui faisait rire, Diaconia. J’avais entendu aussi des critiques “ça ne changera rien, ce grand étalage”; j’avais lu des “mais on le sait tout ça, ça sert à quoi ?”. En y repensant, c’était quand même le joyeux qui prenait le pas, on ne parlait pas alors de scandales dans mon Église.
Diaconia. Il s’agissait d’un temps fort initié deux ans auparavant pour faire entendre la Parole des plus pauvres. C’est étrange comme à l’écrire aujourd’hui cela paraît un peu loin.
Servir la fraternité, on partait trois jours à Lourdes pour écouter, dire et partager.
Je me souviens que je n’avais pas trop souri au mot difficile à prononcer, ni à l’idée. Je la trouvais trop belle pour m’en moquer, ou jouer de cet humour qui attire les “like”. Oui, l’aventure de ces partages allait en être une, et belle, j’en étais persuadée.
J’étais partie avec quelques amis de la paroisse puis lors du voyage, nous avions constitué des petites fraternités avec d’autres paroisses de notre diocèse. Belles rencontres encore présentes dans nos vies.
Lourdes, ce fut trois jours de paroles précieuses, vivantes, présentes, des visages et des paroles femmes et d’hommes extra-ordinaires, des partages de Foi et d’expériences qui me nourrissent encore aujourd’hui, je crois.

 

Je croyais tout savoir de cet évangile jusqu’à ce matin du troisième jour où levée très tôt avec une amie, nous étions allées à la grotte avant que la journée ne commence. Il y a toujours, dans chaque tôt du matin à Lourdes, la grâce d’une prière à peine murmurée qui emplit jusqu’à la nuit.
L’amie était très fatiguée, elle avait très mal dormi et au matin, la mine défaite d’une tête toujours embrumée de migraine l’empêchait de sourire. Arrivées à la grotte, nous nous sommes retrouvées tout près d’un groupe venu de Bordeaux si je me souviens bien, un groupe “Foi et Lumière”. Les adultes handicapés qui en faisaient partie nous avaient appris la veille à prier en posant nos mains sur notre visage. Le moment avait été fort. Et beau. Un des animateurs nous a salués d’un sourire.
Je ne sais pas si la jeune femme qui s’est approchée de mon amie nous avait reconnues mais ce qui est certain, c’est qu’ elle a vu tout de suite que l’amie n’était pas très en forme. Elle s’est assise à côté de nous pendant que nous priions et doucement, elle nous a demandé, avec des gestes que j’ai compris, si elle pouvait s’agenouiller devant nous et nous faire “la prière des mains” sur nos visages.

.

Nous avons dit oui.

 

Les larmes à nos yeux ont simplement dit la joie d’être aimées.

 

Nous sommes reparties vers notre journée. L’amie avait toujours la tête embrumée de migraine mais elle souriait, comme apaisée.
Je me souviens qu’ensuite, au long de cette dernière matinée, nous avons été séparées dans des conférences et des prières différentes et au midi, lorsque je l’ai retrouvée, elle avait “une pêche d’enfer”. Elle souriait à me le répéter et ses mots redevenus bavards racontaient: “Ce sont ses mains, fragiles pourtant, déformées même par sa maladie, ce sont ses mains  qui m’ont redonné le sourire. Guérie !”

 

Nous nous racontons souvent ce souvenir encore toutes les deux.
Je crois qu’avant ce jour-là, je n’avais pas bien compris le vrai sens de cet évangile.
Nous pouvons tous être “petits”. Nous pouvons tous nous faire du bien les uns aux autres.

 

En ce temps de Carême, j’y pense à nouveau ce matin, la Bible au bord de ma tasse de café, avant que le jour ne recommence.
Paroles présentes, là, vraiment.
Osons nous regarder, “petits”.
Osons aimer et nous laisser aimer, avec toutes nos fragilités.

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S’inviter

“Jusqu’aux cieux, ta splendeur est chantée
par la bouche des enfants, des tout-petits :
rempart que tu opposes à l’adversaire,
où l’ennemi se brise en sa révolte.”
Psaume 8

Le samedi matin, il y a la chance des Laudes dans ma paroisse, ce temps pris au temps qui court trop souvent.
Quand je ne suis pas en petit séjour en monastère, je trouve toujours autre chose à faire que d’y aller.
Même pas une grasse matinée, ça, c’est quelque chose qui me connaît peu. Non, autre chose comme la cuisine, un peu de rangement, un petit café chez l’une ou chez l’autre, une rencontre caté à préparer, une lecture au-chaud-de-la-maison-sans-avoir-besoin-de-sortir, un peu de jardinage, bref, je trouve toujours autre chose à vivre dans ce samedi que je m’accorde pleinement sans copies ni cours à travailler pourtant.
Dans ma petite prière d’hier soir, je me suis dit tiens, ce serait bon de confier tout mon temps dès l’aube. Si j’y allais aux Laudes ?

Et puis, le Carême, partager ma prière et ma louange, ce serait un joli chemin.
Et puis, retrouver quelques amis paroissiens dans la petite chapelle.
Et puis, chanter, simplement.
Les belles raisons.

 

Le réveil, le café, je prends mon temps.
L’heure tourne, assez vite.
Finalement, les Laudes…. elles peuvent attendre la semaine prochaine, non ?
L’horloge me regarde du coin de son aiguille.
La robe, le pull.
Je pourrais aller porter ce livre à l’amie.
Les chaussures.
Les Laudes ?

Pourquoi hésiter encore ?
C’est étrange parfois ce pouvoir d’auto-persuasion que j’ai et me dire que je peux faire autrement que je l’avais souhaité d’abord.
8h30
Zut, ça va être commencé.
Mais j’y suis en trois minutes à la chapelle.
Allez, j’y vais.

J’y suis.
Avec un peu de retard.
Mais j’y suis.
J’y suis bien.

J’aime beaucoup chanter les psaumes, entendre les voix se répondre.
Nous sommes dix. Les visages de quelques amis qui étaient avec moi à Jérusalem. Et notre curé aussi.
Se rappeler d’autres Laudes.
Chanter. Prier. Me redire que j’aime mon Église avec son visage familier.
J’aime mon Église avec tous les temps que je vis en paroisse, ici, les projets avec les amis, ici, si loin de tous les scandales. Les scandales pourtant. La prière du matin les redit encore, regarde notre faiblesse.
Nous sommes dix et on est drôlement bien, là.
C’est bon de faire corps, encore. Dieu a besoin de nous, aussi. Davantage encore. Je Le sens, là. Au cœur de la petite chapelle.

 

Tout s’est enchaîné. Le beau des partages et de la vie quand elle donne aux petites choses une place pour aimer.
Le samedi matin, il y a la chance des Laudes dans ma paroisse, ce temps pris au temps qui court trop souvent.

Prenons pendant ce Carême le temps de prendre du temps. Dans nos semaines, dans nos dimanches. Peut-être que Dieu aimerait qu’on lui laisse la place d’être là, avec nous. Dans notre Église.

 

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Jeûne en partage

“Le jeûne qui me plaît, n’est-ce pas ceci : faire tomber les chaînes injustes, délier les attaches du joug, rendre la liberté aux opprimés, briser tous les jougs ?
N’est-ce pas partager ton pain avec celui qui a faim, accueillir chez toi les pauvres sans abri, couvrir celui que tu verras sans vêtement, ne pas te dérober à ton semblable.” 
Isaïe 58, 6-7

Il y a de ces jolis instants grâce au Carême.
Ça s’est passé hier mais c’est la première Lecture de ce jour qui met le moment en lumière. C’est vrai que je n’ai pas songé à vous le dire encore: les lectures quotidiennes de la Bible, ancien ou nouveau testament, en plus d’éclairer nos vies, ont parfois souvent le chic de faire résonner autrement une petite heure grappillée au temps.
C’était hier donc et en vrai, ça n’a pas duré une heure.
Non. Juste un petit quart d’heure de récréation pas très loin de la salle des profs. Je suis allée à la cantine pour confirmer que je n’y mangerai plus les vendredis jusqu’à Pâques, les cuisinières sont habituées, elles sourient tout le temps et celles qui prennent encore le temps de nous préparer des plats-pas-tout-préparés ajoutent toujours un “pas de soucis, prends soin de toi quand même“.

Elle était là aussi je ne sais pour quelle raison.
Elle est nouvelle depuis la rentrée, on se connaît un peu mais pas trop.
Elle m’a entendue.

Nous sommes retournées toutes les deux vers la salle des profs et au milieu des escaliers elle a osé un “c’est à cause du Carême que tu ne manges pas demain ?”
Alors je lui ai raconté ce que d’habitude je ne raconte pas trop au collège.

– Si, je mange. Je ne jeûne pas. C’est quelque chose que je n’arrive pas à faire surtout dans une journée très chargée. En revanche, je prépare un petit pique-nique et je file à l’abbaye, une chance – presque inouïe – de la savoir là, à 15 minutes à peine. Voilà. Je partage mon repas avec un petit coin de nature, avec de la lecture, pas mal avec Dieu, et de temps en temps avec une amie que j’invite. Demain, je commence avec Dieu. La semaine prochaine, une vieille amie de passage. Ensuite, on verra. J’aime bien ne pas tout prévoir.

Elle a souri.

– Moi, je jeûne aussi le vendredi. Mais en vrai, je veux dire… je ne mange pas. J’aimerais bien partager le troisième vendredi avec toi, si tu veux bien, à l’abbaye…

Elle n’est pas catholique, elle n’est pas pratiquante, le jeûne c’est son “truc santé”. Elle m’a expliqué rapidement.
En vrai, je m’en fiche un peu, non pas de ce qu’elle est mais de ce que signifie le jeûne pour elle.
Je suis heureuse d’avoir osé lui raconter et cette belle rencontre à venir me redonne un peu d’élan pour oser. Parce que le jeûne qui me plaît, c’est un jeûne en partage!

Il y a de ces jolis instants de grâce au Carême.  Qu’il soit pour nous l’occasion de vivre des moments pour oser partager, même les toutes petites et jolies choses de nos quotidiens.  😉

 

 

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Il faut

Jésus disait à ses disciples :
« Il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il soit tué, et que, le troisième jour, il ressuscite. »
Luc, 9, 22

Je me suis longtemps battue contre ce “il faut“.
Petite, je ne voulais pas l’entendre. Mes crayons griffonnaient rageusement les grands prêtres et les Romains, mes ciseaux découpaient sa couronne d’épines et ses chaînes, ma gomme voulait effacer les larmes de Marie et de ses amis.
L’audace de l’enfance croit parfois que tout aurait été possible autrement.
Je ne voulais pas de cette mort.
“Et Dieu, pourquoi Il a fait ça ?”

Comprendre que c’est Lui, Dieu, justement, qui vivait la souffrance dans sa chair, ce n’est guère possible à 7 ans. Et même après. Même quand on sait le troisième jour. Il y a toujours au fond de moi une colère sourde plus forte que la tristesse, plus forte que l’Espérance parfois, quand j’entends le récit de la Passion. Il n’y a pas de mots mais un silence qui s’épuise contre cette humanité capable de tant d’horreurs et de tellement d’absurde envers elle-même.

Ce matin, deuxième jour seulement de Carême et les mots d’évangile me redisent à nouveau ce rude et j’ai envie de vous en parler avant que la journée ne commence.

Il faut.

Dans l’éveil à la foi, il est toujours difficile le moment pour moi de raconter la mort de Jésus aux petits. Avec les ados aussi, rien n’est simple et leur incompréhension est à la mesure de mes silences souvent.

Je n’ose pas leur dire ces mots-là. Pourtant ce sont peut-être ceux qui ont su apaiser ma colère aujourd’hui et qui enfin peuvent dire mon Espérance, ma joie de vivre. Et de croire aussi.

C’était il y a 7 ans.
J’ai connu un petit garçon, très malade, dans un atelier d’écriture. Un petit garçon extraordinaire qui a su éclairer ma Foi avec ses mots d’enfant.

“Il s’est mis à ma place tu comprends ?”

Petit bout de garçon fragile qui supportait sa souffrance sans se plaindre, il me demandait de comprendre autre chose que la souffrance elle-même.
Devant l’impossible soulagement de la médecine, face à l’impossible baume que pouvait être la présence de ses parents et la nôtre, ce Petit bout d’homme osait une Foi immense dans un “mais Lui, Il sait. Jésus sait. Il peut être vraiment avec moi.”
Et il parvenait à sourire encore et toujours.
Et nous prenions tous, à chaque fois, une grande claque d’amour.

C’est peut-être là, oui, que  ce “il faut” tant détesté a enfin pris le sens de Son Amour à Lui. Donné.
Infini.

 

 

Bien sûr nos peines sont là, nos souffrances aussi. Physiques, morales, nous les portons comme nous pouvons. Personne n’est épargné.
Bien sûr celles des autres. Nous essayons d’aider parfois à les supporter.
Et l’inadmissible, l’impardonnable, la folie des hommes. On peut les entourer de cris ou de silence mais les comprendre – les prendre avec nous – jamais.
Seul Dieu le peut.

À chaque Carême, la voix de ce petit garçon me redit que dans la solitude de nos faiblesses, dans l’incompréhension du mal, dans l’infini de nos blessures, Il est là. Lui.
Et j’ose sourire parce que cette voix est celle qui me parle d’Espérance et me fait aimer la vie. Malgré tout.
Absolument malgré tout.

En ce deuxième jour, ce “il faut” c’est peut-être oser regarder nos vies, pleinement, dans ce qu’elles ont de rude et dans ce qu’elles ont de doux, et entendre, au-delà de tout, la promesse de Dieu.

 

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